‹ La frileuseChapitre 21 sur 79 · SCÈNE 'IX · texte numérisé non relu

SCÈNE 'IX

CONRAD, seul.

Quelle idée! quel caprice ! me mettre ainsi aux arrêts jusqu’à demain !... Me priver de l’honneur de déüler avec ma compagnie devant ma souveraine!... Pourquoi? je vous le demande. Et puis, après le revue, tous ces jeunes officiers, mes camarades, je les vois d’ici, dans le palais de la résidence, au milieu du bal... à l’éclat des lumières, au sons de la musique, valsant avec ces belles dames I (a demi-voix.) Qui sait, meme... si, parmi ces parures elegantes et ces blanches épaules, je n’aurais pas reconnu celles de ma jolie frileuse?... Ah! c’est à se désespérer!... Sans compter que les arrêts... c’est fort ennuyeux... en hiver surtout, où la nuit vient vite et n’en est que plus longue! Qu’est-ce que je vais famé? Mettre du bois dans la cheminée, cela occupe... (il allume deux bougies.) Ah! le baron que j’oubliais! C’est ici qu’il m’a donné rendez-vous... A la bonne heure, au moins... se battre, cela distrait... Ce sera, je le prévois, la seule distraction de ma soirée; et aujourd’hui, où je n’ai pas de bonheur... Et si la chance m’était contraire?... Si j’étais tué? Bahl nulle maîtresse ne me pleurerait, (vivement.) Et mes sœurs, mes pauvres sœurs!... que deviendraient-elles?... Moi, leur seul appui; moi qui devais les protéger,les établir... les marier toutes!... (Gaiement.) Allons donc , vains pressentiments! craintes puérilesl... Mes jours ne risquent rien, trop d’anges veillent sur ■moi... mes sœurs d’abord... et puis une autre... que je ne puis nommer... que je ne connais pas, mais que j’attends toujours! (il s’est assis dans le fauteuil à gauche.— • Musique à l’orchestre.)

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