‹ La frileuseChapitre 20 sur 79 · acte premier · texte numérisé non relu

acte premier

MAX, à part.

Que plus elle m’eu fait l’éloge, et plus il me déplaît!

MARGUERITE

Eh bien, achevez ; que trouvez-vous ?

MAX, à demi-voix et d’un ton brusque.

Je trouve que le règlement s’oppose à un avancement aussi rapide, aussi injuste, aussi inouï!... Le lieutenant Conrad... restera lieutenant.

MARGUERITE, froidement.

Soit, monseigneur, (s’adressant à Conrad.) Les amis de vos sœurs et les vôtres, monsieur Conrad, espéraient obtenir pour vous quelque avancement; mais il y a des moments où le sort est si fâcheux et si maussade, qu’on n’attend plus rien de lui.

MAX, à part, avec humeur.

C’est-à-dire que le sort... c’est moi.

MARGUERITE

Mais, rassurez-vous, on ne vous abandonnera pas pour cela, et le ciel vous protégera.

CONRAD

On doit compter sur sa protection, mademoiselle, quand on a déjà pour soi celle des anges.

MAX, à Conrad, avec impatience.

Ma canne! mon chapeau!

MARGUERITE, à Conrad, qui les donne au priuce.

A ce soir, monsieur Conrad, car nous avons à la résidence un bal.

GALAOR

Je m’en vante !

MARGUERITE

Où la grande-duchesse vient d’inviter ses jeunes officiers.

GALAOR

Développement de mon système !

CONRAD

Et si mademoiselle de Waldeck, car il faut s’y preadre d’avance, daignait me promettre une valse...

MARGUERITE, vivement et avec grâce.

La première.

MAX, à part, avec dépit.

Il valse, lui! et il valse bien, très-bien, je le parierais; et je le verrais là... sous mes yeuxl... Un lieutenant l’emporter sur un général!... Non, morbleu!... (Haut.) Lieutenant Conrad, vous savez qu’eu qualité de mon aide de camp, vous êtes ce soir de garde ici?

MARGUERITE

Dans celte lente?

MAX

Qui est la mienne.

MARGUERITE

Mais vous la quitterez?

MAX

C'est la consigne.

MARGUERITE

Et pendant votre absence...

MAX

C’est la consigne.

CONRAD

Mais, monseigneur...

MAX

Vous resterez aux arrêts jusqu’à ce soir.

MARGUERITE

Pourquoi?

MAX

Pour avoir répondu.

CONRAD

Moi, monseigneur?

MARGUERITE

Ohl

MAX, avec colère.

Et, pour avoir répliqué, vous y resterez jusqu’à demain !

MARGUERITE

Ah! monseigneur!... (s’adressant à Galaor.) La grande-duchesse assiste à la revue, n’allons-nous pas l’y rejoindre, monsieur le baron ?

GAT.AOR, à Marguerite.

Trop heureux, mademoiselle, de vous offrir mon bras!

MAX, à part.

. Insensé! maladroit que je suisl... n’avoir su contenir un dépit... qui, après tout, peut-être, n’a pas le sens commun. (Ras, à Marguerite.) Daignez, mademoiselle, agréer mes excuses, et pardonnez à mon manque d’égards. Je ne comprends pas comment j’ai pu refuser.. . J’accorde tout.

MARGUERITE, avec fierté.

Moi, je ne veux plus rien.

MAX

Ah ! vous êtes fâchée ?

MARGUERITE

Non pour moi, monseigneur, mais pour vous.

MAX, voulant la retenir.

De grâce, un mot!...

MARGUERITE

Je ne pense pas que vous vouliez nous retenir, ni nous mettre aussi aux arrêts SOUS votre tente? (Elle lui fait une profonde révérence, et sort en s’appuyant sur le bras de Galaor. — Max resle un instant immobile et comme anéanti, puis il fait un geste de désespoir et sort par le fond. — Les rideaux de la tente se referment.)

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