ACTE DEUXIÈME
ces deux jours-ci dans une retraite absolue, eu sou château de Neustadt.
THÉCLA
C’est vrai.
Où elle vous avait laissée avec votre gouvernante.
THÉCLA
C’est vrai... Mon auguste tutrice m’a honorée, hier matin, d’une visite à laquelle j’étais loin de m’attendre... et avec ce ton sec et grand-ducal que tu lui connais, sans me demander mon consentement ni mon avis, mais comme une chose arrêtée, convenue et enregistrée par les états généraux, elle m’a déclaré qu’elle allait ine marier.
MARGUERITE
Ali! mou Dieu!... Et avec qui?
THÉCLA
Ecoute-moi bien, Marguerite. (Elle lui fait signe de s’approcher; Marguerite prend la chaise placée à la droite de la table du milieu, l'avance et s’assied. — D’un tou solennel.) Avec le prince héréditaire, Max de Brunswick. (Mouvement de Marguerite. — Théela poursuit vivement.) Je ne te dirai pas qu’il ne m’a jamais adressé un regard agréable, ni un mot galant, qu’il est froid, taciturne, original, une espèce d’ours princier, et, plus encore, un mathématicien! tout cela ne serait rien : il y a encore un antre obstacle, terrible, insurmontable!...
MARGUERITE, avec émotion.
Ah! mon Dieu !...
THÉCLA
» Qui fait que je ne l’épouserai jamais et que je braverai toutes les colères des Brunswick plutôt que d’y consentir.
MARGUERITE, de même. 0
Qu’est-ce donc?...
THÉCLA
J’ai découvert que ce misanthrope, ce sauvage, tranchons le mot, ce savant, sans en rien dire à personne, et peut-être sans s’en douter lui-même... avait au fond du cœur une passion... profonde et véritable... qui m’intéresse vivement.
MARGUERITE, vivement.
Et pour qui?
THÉCLA, la regardant.
Pour une jeune ülle qui, par ses qualités charmantes, mériterait plus que moi la couronne grand-ducal de Brunswick... et il est si rare de voir le mérite d’accord avec la fortune, que ce n’est pas moi qui voudrais déranger une pareille combinaison du hasard, surtout quand celle qui en est l’objet est ma plus tendre et ma meilleure amie.
MARGUERITE
Que dites-vous?... (Elles se lèvent.)
THÉCLA, vivement.
Que j’ai vu... que j’ai deviné... et, si tu me démens... j’ajouterai que la jeune lille n’est pas insensible à ce farouche et royal hommage, et que, soit amour-propre, difficulté vaincue ou reconnaissance...
MARGUERITE
Erreur... croyez-moi...
Erreur ou non, tu seras la grande-duchesse de Brunswick, et je ne le serai pas, je l’ai juré. Mais sachant d’avance que tous mes efforts se briseraient contre la volonté de fer... de mon impérieuse tutrice, j’avais résolu de combattre en fuyant... de demander asile au couvent d’Hildenhausen, où nous avons été élevées, et dont l’abbesse me défendra, par amitié pour moi.
MARGUERITE
Ce qui est douteux.
THÉCLA
Et par haine pour la grande-duchesse, ce qui est certain. Mais, sortie sans ma gouvernante, sous prétexte d’une promenade dans le parc, pour rejoindre à pied une voiture qui devait m’attendre à un quart de lieue, le brouillard m’a fait perdre ma route... Je suis tombée la nuit au milieu d'un camp... Enfin, me voici près de toi, dans le palais où j’ignore quels obstacles j’aurai à vaincre; mais je te déclare, qu’hier déjà, j’étais bien décidée à ne pas accepter ton prince, (vivement.) et aujourd’hui bien plus encore.
- MARGUERITE
Et pourquoi cela? ,
THÉCLA, avec embarras.
Pourquoi? pourquoi? Parce qu’il est à toi... qu’il t’appartient... et que tu l’épouseras 1
MARGUERITE
Quelle folie!
THÉCLA
Comment êtes-vous ensemble?
Au plus mal ! Je voulais lui recommander un jeune officier, le frère d’une de nos bonnes amies de couvent...
THÉCLA
Qui donc?
MARGUERITE
Conrad d’Ilalberstadt... en faveur duquel Votre Altesse avait daigné écrire sans le connaître.
THÉCLA, d’un air d’indifférence»
C’est vrai! je ne le connaissais pas. Eh bien?
MARGUERITE
Eh bien! non-seulement le prince Max a résisté à mes