‹ La frileuseChapitre 76 sur 79 · ACTE TROISIEME · texte numérisé non relu

ACTE TROISIEME

anonyme... (Elle prend sur la table la lanterne sourde qu’elle dirige vers Galaor.) Ail! (Le théâtre reste à demi-éclairé.)

— GALAOR, à part.

La graD de-duchesse 1

LA DUCHESSE, avec fierté.

Téméraire !

GALAOR

C’est vrail (a part.) Je suis perdu... je ne risque plus rien!

LA DUCHESSE, replaçant la lanterne sur la table.

C’est donc vous l’époux de ma pupille, et c’est vous qui veniez ici pour elle?...

GALAOR

Deux erreurs, mon auguste souveraine. D’abord, la princesse Thécla n’est pas mariée : tôt ou tard vous en aurez la preuve... ensuite, elle n’est plus ici... elle est partie... elle est délivrée... Voyez plutôt par vous-même.

LA DUCHESSE

Et pour qui donc, alors, monsieur... veniez-vous en cet oratoire ?

GALAOR, à part.

Ma foi, je brûle mes vaisseaux! (Haut et avec aplomb.) Pour vous, Altesse.

LA DUCHESSE

Pour moi? (Avec un peu d’émotion.) Vouloir me persuader que vous m’aimez encore !

• GALAOR

Toujours! et à tout prix, avant mon départ, je voulais une entrevue avec Votre Altesse... Dans l’obscurité, j’avais osé suivre ses pas...

LA DUCHESSE

Jusqu’ici?

GALAOR

La preuve, c’est que m’y voici. Oui, j’espérais vous y trouver seule... mais, ce que je ne pouvais prévoir, c’est l’effet que produirait sur moi votre présence... Elle vient de rallumer une flamme mal éteinte, un feu qui, depuis vingt ans, couvait sous la cendre !

LA DUCHESSE, avec embarras.

Monsieur... une telle audace!...

GALAOR

Je suis coupable, mais. Votre Altesse seule en est cause... La nuit... l’occasion... cette main que je viens de presser contre mes lèvres!... tout a rappelé le passé... la tête m’a tourné... et la prudence... la raison... (a part.) le sens commun... (Haut.) tout m’a abandonné, (se jetaut à ses pieds.) Oh 1 je vous aime! (a part.) Qu’est-ce que je risque?

LA DUCHESSE

Vous, à mes genoux! (Écoutaut.) Mais, on vient, monsieur, on vient, levez -vous, je l’ordonne !

GALAOR

J’ai mérité la mort, et je t’attends à vos pieds !

LA DUCHESSE, montrant la porte du fond.

On frappe à cette porte !

GALAOR

Rassurez-vous, elle est fermée à clef! (Montrant la porte à droite devant laquelle il s’est placé.) Quant à celle-ci, je ne vous la laisserai pas franchir; car, je vous l’ai dit, madame, c’est sous vos yeux, c’est devant vous, que je dois subir mon juste châtiment. (U se jette de nouveau à ses pieds.)

LA DUCHESSE

Maison va tout briser... on va me trouver seule avec vous, la nuit... dans cet oratoire!... Un oratoire encore!... Quel éclat!... quel scandale!... Réfléchissez donc!...

GALAOR

Réfléchit-on, madame, lorsque l’on va mourir? (se relevant.) D’ailleurs, on s’éloigne.

LA DUCHESSE

Pour chercher du' renfort; ils vont revenir! Et ma réputation... La réputation d’une femme, d’une princesse!

GALAOR

Est une fleur, je le sais, qu’un souffle peut doublement ternir.

LA DUCHESSE

Partez, du moins, monsieur, je vous l’ordonne!

Abandonner Votre Altesse dans le danger?

LA DUCHESSE

Partez, ou demain je fais tomber votre têtel

GALAOR

Comme Élisabeth celle du comte d’Essex? Cela vous compromettra encore plus; c’est attester mon audace, mon bonheur!

LA DUCHESSE, avec trouble.

Eh bien, non, monsieur!... .Mais, partez, et j’oublierai tout!... (Avec effort.) Je vous pardonne!

GALAOR

Voudrais-je d’un pardon que mes amis ne partageraient pas?... Amnistie pour tous!

LA DUCHESSE, écoutant, avec agitation.

Eh bien, soit!... (ou frappe.) Amnistie!

GALAOR, se mettant devant la table et écrivant.

O généreuse souveraine! souveraine adorée!

LA DUCHESSE. , .4

Que faites-vous ? v-i*

GALAOR

J’écris vos augustes promesses. ÆS.

LA DUCHESSE, avec hauteur. . r

Ma parole ne vaut-elle pas ma signature?

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