‹ La friquassée crotestyllonnéeChapitre 21 sur 134 · LA FRICASSÉE · texte numérisé non relu

LA FRICASSÉE

N'a vous point veu la Peronelle Que les gens d'arme ont amenée ?

Etok?

Sur le pont d'Avignon fay ouy chanter la belle, Qui en son chant disoit une chanson nouvelle.

Et quelle?

Vous aure\ sur Voreille mon front

Vous aure\ sur Voreille.

Et -quand?

Quand la berbère va aux champs^

Tousjours bon temps, A son amy s'en va disant :

Et quoy?

Baisei'moy, Jean, Je vous tueray des poux, Baise\-moy bien; Je les tuerai tretous.

Pourquoy ?

Pour l'amour de Margot , Qu'on dit qui m'ayme, m'ayme.

Pour V amour de Margot ,

U On l'appelait aussi le Pot-pourri des chansons. Louis XIII , enfant, le chantait. Heroard, dans son Journal, publié par M. End. Soulié (t. I, p. lao), le désigne fort ckiirement.

Qui m'aime, m^aime trop.

Qui est elle?

La musnière de Vernon, preste moy tonfiront.

Tu ne V auras pas la, la, etc.

Cela se continue ainsi pendant près de quatre pages, en passant, avec une espèce d'enchaînement, d'une chanson à une autre. Les deux vers par lesquels débute cette Friquassée appartiennent à la chanson de la Perronnelle, si souvent citée et qui remonte au moins au XV* siècle'; les deux suivants, à la chanson des Oreillers, qui se chante encore aux noces dans certains cantons de Normandie. (Voy. Eugène de Beaurepaire.

Études sur la poésie populaire en Normandie^ et spécialement dans VAvranchin : Avranches et Paris, i856, in-8® de 87 pages, tiré à 200 ex.)

Je n'insisterai pas sur la meunière de Vernon, célèbre pourtant au commencement du XVI* siècle, et assez influente pour avoir obtenu la grâce de son amant , ce Robin à qui il se souvenait de ses flûtes. Je renverrai au Recueil d^an^ ciennes poésies françaises (v. 243), où Ton trouvera ladéploration de Robin, avec d'amples détails sur lui, sur sa meunière, et, sans plus me divertir

I . Voyez Chansons du XV^ siècle, publiées, d'après le manuscrit de la Bibliothèque nationale, par Gaston. Parvis, Didot et C«, 1875, in-80, p. 41.

à la moutarde (car je t'entends gronder, ô foule impatiente des lecteurs !), j'entre à pleines voiles dans l'océan de mon commentaire.

P. s, — Toutes réflexions faites, la Frifmassie erotet»

tyllonnée était un de ces sermons joyeux récités dans les fêtes carnsTalesques de TAbbaye des Conards , et ' ce dut être un de ceux qui eurent le plus de succès, comme rappelant aux Conards des dictons qu'ils entendaient tous les jours. — Quant à l'Abbaye des Conards, il ne faut pas croire que c'était une débauche publique de moines et de nonnains, comme Ta affirmé un écrivain ayeuglé par un mauvais esprit. Nos ayeux étaient grossiers , gouailleurs, amis du piot et de la dive bouteille, mais ils n'étaient pas impudiques, ou, s'ils Tétaient, c'était sans le savoir. «- La magistrature, qui autorisait chaque année les réunions des Conards. ne Teût d'ailleurs pas souffert.

L'Abbaye des Conards, en un mot, était une société de bons et joyeux bourgeois de Rouen, qui chaque année, pour fSter carnavalesquement les jours de caresme-prenant, se réunissaient en une joyeuse cavalcade, parcouraient la ville à la grand'joie des spectateurs, récitaient un sermon joyeux et finissaient la fête par un triomphant gueuleton, dont on parlait toute l'année en se pourlâ:hant les badigoinces et en espérant le recommencer aux jours gras de l'an qui vient. — C'est ce que je vous souhaite il tous. Amen/ comme dit M. le curé en finissant chacun de ses sermons.

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