CHAPITRE XYIII
Retour définitif de Mazarin — Ce que devinrent les grands personnages de la Fronde — Louis XIV et le Pouvoir absolu — Considérations politiques.
Le Cardinal Mazarin rentra en France au début de Tannée 1653, plus puissant que jamais, après avoir passé deux années en exil ; dans les lettres choisies de Gui Patin, cet auteur reconnaît la puissance du premier ministre. « L'éminenlissime, « écrit-il, est vraiment tel et aussi puissant que « Dieu le Père au commencement du monde, « Omnia quœcumqne volait fecit ! (il a fait tout ce « qu'il a voulu). »
Les Frondeurs pouvaient craindre sa vengeance, mais le Cardinal se montra plus clément que ne l'avait été Richelieu, son prédécesseur, et les Princes révoltés obtinrent leur pardon.
La duchesse de Longueville, dont le mari, pendant les derniers troubles, était resté fidèle à ses engagements, avait été abandonnée par La Rochefoucauld ; elle renonça alors à la politique, aux plaisirs du monde et à l'amour ; blessée dans son orgueil et dans ses affections, elle resta d'abord
éloignée de la Cour et après la mort de son fils, en 1672, elle se réfugia dans un couvent à Moulins; elle mourut à Paris en 1679.
Le Prince de Conli, qui était le filleul de Richelieu, fut bientôt fiancé à l'une des nièces de Mazarin, Mlle Martinozzi, qu'il épousa l'année suivante ; il reçut le gouvernement de la Guyenne.
Le duc d'Orléans se retira au château de Blois, où il mourut en 1660.
Condé seul, aigri par les insuccès de la Fronde et égaré par son orgueil, s'était enfui en Hollande et avait pris du service dans l'armée espagnole • ce ne fut que lors du traité dés Pyrénées qu'il fut rétabli dans ses dignités et honneurs. Louis XIV le traita par la suite avec froideur, il mourut en 1686, à Fontainebleau.
La Fronde était vaincue et Mazarin oublia aussi bien les violentes attaques des courtisans que les satires des poètes.
Dans ses mémoires, Mme de Motteville reconnait sa magnanimité :
« Le Cardinal Mazarin, dit-elle, fit connaître « que la douceur qu'il avait jusques alors exercée « à l'égard de ses ennemis, pouvait avoir souvent « sa source dans sa bonté naturelle, puis qu'il était « dans une si entière puissance, qu'il était impos- « sible de le soupçonner que ce sentiment put être
« en lui par aucune faiblesse, ni par aucune « crainte. »
Mazarin s'appuya surtout sur la bourgeoisie, qui avait assuré la victoire de la Cour sur les Frondeurs, et c'est dans celte classe qu'il choisit ses collaborateurs intimes, suivant en cela l'exemple du Cardinal de Richelieu.
Le retour de Mazarin fut célébré par de grandes fêtes dans la capitale et un banquet lui fut offert à l'Hôtel-de- Ville, le 29 Mars 1653.
Les Français, qui allaient courber la tète pendant de longues années sous l'autorité absolue de Louis XIV, avaient saisi avec trop d'empressement l'occasion qui s'offrait à eux de baser le gouvernement de la France sur des lois ; les intrigues des seigneurs ambitieux, les discussions stériles des Parlements, leurs multiples arrêts, les pamphlets des poètes et la lutte des provinces contre l'autorité royale, ne purent apporter la juste solution qui eut amené plus de liberté dans le pays, plus de réserve de la part du monarque.
Louis XIV avait notifié aux Parlements qu'ils ne pourraient prendre dorénavant aucune connaissance des affaires générales. « L'Etat cest moi ! » avait-il déclaré aux seigneurs vaincus et aux Parlements réduits à l'impuissance.
Que de malheurs eussent pu être épargnés à
notre chère France, à une époque plus rapprochée de notre histoire nationale, si les hommes de la Fronde, moins aveuglés par les passions qui agitaient le pays et profilant de la minorité du jeune roi, avaient pu doter la France d'un gouvernement constitutionnel.
La France, courbée sous l'absolutisme royal, s'endormit d'un long sommeil et ne se réveilla qu'à l'époque de la Révolution !