‹ La frontière de l'Euphrate de Pompée à conquête arabeChapitre 13 sur 83 · LES PARTHES ET LES PERSES · texte numérisé non relu

LES PARTHES ET LES PERSES

Au premier ordre du prîace, ceux qui sont en élat de porter les armes se reudenl auprès de lui, suivis quelquefois de leurs femmes ; la guerre terminée, chacun s'en retourne aussitôt chez soi sans attendre son congé, et le butin qu'ils remportent avec eux est leur unique salaire... Ce n'est pas chose facile de rassembler à nouveau ces troupes, une fois qu'elles se sont dispersées. Pas de corps permanents, et lorsque ces bandes sont réunies, elles forment moins une armée véritable qu'une multitude (oxXoc fiSXXov iî crtpatoç) \ qui n'a de vivres et de provisions que ce que ciiacun en apporte pour sa subsistance % et formée de gens qui ne quittent qu'avec beaucoup de répugnance leurs foyers, leurs femmes et leurs enfants • ».

Cette multitude comprenait en efTet une foule de valets et d'esclaves *, notamment lorsque le souverain dirigeait luimême la campagne; un petit nombre de fantassins, choisis parmi les hommes les plus faibles. Le noyau principal de l'armée était la cavalerie * ; « le pays, presque uniformément plat (?), est très favorable à l'élevage des chevaux et aux évolutions équestres. Quand les Parthes vont en expédition, ils emmènent avec eux tous leurs chevaux, pour pouvoir changer de monture, fondre sur l'ennemi à Timproviste et de loin, ou fuir soudainement en parcourant de grandes distances » *.

* L'histoire de bien des campagnes malheareuses des Romains montre tout ce qo'a d'exagéré cette appréciation.

' Add. Dio Gass,, XLI, 15. — Là où Hérodien voit une infériorité, il faut reconnaître un sérieux avantage ; le train des équipages, si considérable, qui suivait les armées romaines, empêcha plus d'une fois de s'opérer avec une h&te suffisante une retraite qui s'imposait.

» Herodian., VI, 5.3. 7,1.

* lustin., XLI, 2 : t De leur armée, les esclaves forment la plus grande partie ; le nombre en crott chaque jour parce que, nul ne pouvant les affranchir, leurs enfants aussi naissent dans la condition servile. Les Parthes les élèvent comme leurs propres Ois, très attentifs à leur apprendre l'équitation et le maniement de lare. Quand Antoine les attaqua, sur 50.000 cavaliers, ils étaient 400 de libres ».

^ Il est bien curieux de constater que ce qu'Ammien rapporte des HuDS, Justin le dit avec plus d'insistance des Parthes {ibid.y 3) : ils sont toujours à cbeval ; à cheval ils vont à la guerre, donneat leurs festins, exercent les fonctions publiques, gèrent leurs affaires privées, voyagent, font halte, trafiquent, tiennent conversation. Mais l'archer est à pied (à moins qu'il ne soit enrôlé dans la Dftiiioe).

^ Dio Gass., XL, 15 ; Horat., Carm., II, 13, 17-18:... sagiltas eicelerem fugam Parthi.,, Leurs lanciers montaient parfois aussi des chameaux

Ces guerriers étaient pour la plupart des archers, a Leurs armes et leurs chevaux ne leur servent pas seulement pour le combat, comme chez les Romains ; mais dès leur première jeunesse ils apprennent à les manier ^ ; ils ont toujours le carquois au dos et passent à la chasse tout le temps qu'ils n'occupent pas à la guerre '. » Les premiers Romains en contact avec les Parthes s'en laissèrent vivement impressionner. « Impossible d'échapper à leur poursuite, ou de les atteindre dans leur fuite. Ils ont des traits inconnus qui vous frappent avant qu'on n'ait pu voir la main qui les a lancés ^. » Ajoutons que les Romains avaient coutume de se faire battre à chaque rencontre avec un ennemi nouveau.

Mais ces chasseurs mobilisés ne constituaient que la cavalerie légère ; il y avait aussi la grosse cavalerie, pouvue d'armes blanches, surtout de la pique, et portant la cuirasse. Hérodien émet à ce sujet une assertion inadmissible * : « Septime Sévère, dit-il, pardonna aux soldats qui (lors de sa compétition avec Niger) s'étaient enfuis au-delà du Tigre; ils revinrent après qu'il leur eut accordé une amnistie générale. Il en était passé bon nombre chez les barbares ; c'est depuis ce temps-là que ces peuples apprirent à combattre de pied ferme contre les Romains. Auparavant, ils ne portaient ni casque ni cuirasse, mais seulement de petits vêtements légers et flottants ^ Ils ne

(Herodian., IV, 14, 3), peut-être pour ôtre plus à l'abri des armes blanches, à la faveur de la grande laille de ces animaux.

* Cf. Senec, ep. ad LuciL, 36 (= IV, 7): Si in Parthia Jiatus esset, arcum infans stalim tenderet.

' A ce point de vue, — et à ce point de vue seulement — on pourrait comparer les Parthes aux Boers, s^exerçant à la guerre, sans y penser, par la chasse et les longues chevauchées d'une ferme à Tautre. — Végèce exalte (III, 27) peritiam sagittandi chez les Perses, equitandi scienliam chez les Huns el les Alains, currendi uelocitatem chez les Saraoènes.

« Plut.. Cross., 18.

* Herodian., III, 4, 7-9.

^ Ce sont des vêtements larges et bouffanls que porte en effet le guerrier parthe couché, que représente la petite statuette de Loftus (cf. Rawlinson, Parthia, p. 386); mais n'en concluons rien de trop général. Les lypes numismatiques sont trop minuscules pour être caractérisés ; on ne sait parfois si le graveur monétaire a voulu figurer un Parthe ou un Arménien (Babelon, Monn, delà Républ. rom.^ II (1886), p. 77, note 2; add. p. 72, n*" 196 sq.). Le trésor de Saint-Âmbroise de Milan conserve une étoffe où Ton voit un chasseur vêtu à la manière parthique , lançant une flèche sur un tigre (Â. Venturi, Storia delVarle italiana. Mi-

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savaient manier ni la pique, ni Tépée.. . » Dion ^ dit au contraire : c Us ne font pas usage du bouclier ; ils combattent à cheval avec Tare et la lance et portent généralement la cuirasse ». Et Plutarque : c Les armes de leurs cavaliers cuirassés brisent tous les obstacles ou ne cèdent à aucun choc * ». Et Plutarque écrivait avant l'avènement de Sévère ; le récit de Dion nous reporte aussi à une époque antérieure.

Celte cuirasse était de cuir et de fer, selon Plutarque ' ; probablement Tarmature était en cuir et ne comportait un revêtement métallique qu'aux endroits du corps les plus sensibles aux coups ou les plus exposés. Il y a certainement quelque hyperbole dans le récit, emprunté par Plutarque, de la défaite de Grassus le fils : Suréna « avait placé ses masses derrière la première ligne et voilé l'éclat de leurs armes en les faisant couvrir d'étoffes et de peaux... Tout à coup, jetant bas ces voiles, les Parthes parurent comme tout en feu. On ne voyait que casques et cuirasses, chevaux bardés de fer et d'airain ^ d.

Mais, en somme, les Parthes étaient redoutables surtout comme archers. « Leur ciel, très sec et dégagé d'humidité, donne beaucoup de ressort à leur arc, si ce n'est en plein hiver; aussi ne se mettent-ils jamais en campagne durant cette saison ^ ». De leur fonction habituelle de sagittaires dérivait toute leur stratégie : ils n'avaient pas coutume d'attaquer la

lano, I (1901), p. 383-5, flg. 352-3). Cette étoffe, quelle qu'ea soit la date, offre une copie d'uu dessin très ancien pouvant élre rapporté à l'époque des Parthes.

» XL, 15 ; cf. XLIX, 20.

* Crass., 18 ; cf. 24 : ils voulurent d'abord charger les Romains à coups de piques ; LuculL, 28 : « Les cavaliers bardas de fer ».

' Crass,, 25 ; lustin., ibid. : Munimentum ipsis equisque loricae plumatae sunt^ quae utrumque toto corpore Uguni,

^ Ibid.^ 23. Cette description est aussi suspecte que celle (26) qui a trait aux c coups de flèches portés d'une telle rotdeur qu'ils perçaient deux hommes à la fois ».

* De môme pour les Perses; cf. Amm. Marc, XVII, 5, 8 (lettre de Sapor): « ...dès que l'hiver sera passé... » Préparatifs pendant l'hiver (Id., XVIII, 6,4), en vue de partir à l'approche du printemps (XVIII, 4,1). Dispersion des troupes romaines et perses, l'hiver venu, daus Agathias, III, 4, 4 et IV, 4, 2. Mais il leur arrivait forcément de prolooger une expédition Jusqu'en hiver (cf. Plut., Ani,^ 51) ou d'en subir une dan» cette saison (ainsi Sapor, aux prises avec les Ghionites et les Ëuflénes: Amm. Marc, XVI, 9,4). Les Perses du reste, à cet égard comme à bien d'autres, paraissent avoir été plus hardis que les Parthes : Gavad assiège Amida en plein hiver (Procop , B. P., I, 7, 3).

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nuil S parce qu ils préféraient combaltre à distance et que Tobscarité dissimulait les cibles à atteindre. De mème« ils se méfiaient des charges nocturnes ; aussi bivouaquaient-ils aune distance considérable de Tennemi; il faut du reste plus de temps à des cavaliers qu*à des fantassins pour s'équiper; on ne peut seller et caparaçonner ses chevaux en toute hâte. Ils craignaient donc d'être surpris, mais la rapidité de leur course leur permettait, à eux, de surprendre aisément l'ennemi; et lorsqu'ils l'approchaient soudain, comme tous les peuples barbares ils recouraient au vacarme pour Feffrayer*. Sur les bords du Balissos, les troupes de Suréna, rencontrant celles du fils de Grassus, poussent une clameur terrible ; c car les Parthes ne s'excitent point au son de la trompette ; ils font grand bruit de tous côtés, frappant sur des vases d'airain avec des marteaux creux couverts de cuir; et ces instruments rendent un son sourd et affreux, comme un mélange de rugissements sauvages et de roulements de tonnerre ' w. Avec une habileté restée proverbiale, ils savaient décocher des flèches en s'enfuyant à toute bride *, et pour n'avoir jamais le carquois vide, ils se faisaient suivre d'une troupe de chameaux portant une réserve de flèches *.

Du premier jusqu'au dernier jour, l'art de la guerre, chez les Parthes, s'immobilisa. Lucullus exhorte ses troupes à en venir aux mains avec un ennemi « accoutumé à combattre de loin » ; c*est même le strict corps à corps qu'il recommande, pour ôter aux cuirassiers la liberté de se servir de leurs lances ; il faut

* Plut., Crass., 29.

^ lusiin., ibid. : a Le tambour, non la trompette, donne le signal de la bataille ».

» Plut., Crass., 23.

i Herodian., III, 7,8; Verg.» Georg., 111,31 : Fidentemque fuga Parlhum uersUque sagillis» Les Parthes ont dû être les initiateurs de cette méthode de combat, mais elle a été imitée par d'autres peuples ; c'est celle dont les Huns, selon Agatbias (V, 8, 3), recevaient d'ordinaire le plus d'avantage : « Jamais ils ne repoussent l'ennemi avec autant de vigueur que poursuivis eux-mêmes. Les traits qu'ils lancent en s'enfujant blessent bien plus profondément, car, décochés avec force, ils sont reçus par des gens qui courent encore au-devant avec violence ». Procope (B. P., I, 1, 14) attribue la même habileté aux archers byzantins de son temps.

^ Du moins il en fut ainsi durant la campagne qu'ils soutinrent contre Grassus (Plu!., Crass.^ 25).

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