LV
* CIL, XII, 1856 (VienDe,80U8 Septime Sévère) :„.proc.prou, 0[sr]hoenaef praefecttu legionis Parthicae; on peut supposer avec Hirschfeld que ce personnage exerça en même temps les deux fonctions, sans quoi en eiïet la seconde ne pourrait guère figurer après la première, en apparence supérieure. Cette légion est peut-ôlre la / Parthica^ ajoute Hirschfeld ; pour mieux dire, il n'y en avait encore qu'une, sans doute, d'organisée» quand fut gravée l'inscription.
* CIL, m, 99. On comprend moins comment une inscriplion qui mentionne un homme (jxpoLzvjô^kVioç iv Xe^^covi npEifx6ir[ap]0ixq^ a pu se rencontrer près d'Oenoanda, en Lycie {Wiener Denkschrilien^ 1897, p. 10, n» 30» I6RRP, III, 479]. Il était peut-élre en congé dans sa famille, à la suite de blessures uu pour quelque autre motif, car il se dit BaXêoupeu;, natif de Balbura, ville de Lycie.
^ Waddington (2643) avait lu II, influencé peut-être par le souvenir de Dion Cassius (LXKVIII, 34) d'après qui la lî Parthica était exceptionnellement à Apamée, quand elle se déclara pour Élagabale. Perdrizet et Fossey ont relevé la vraie lecture (CIL, III, 14393). Rien n'empêche du reste que ces deux légions ne se soient réunies d'elles-mêmes à nn moment donné ; il fallait de la cohésion pour « faire un empereur », rêve suprême des soldats de ce temps.
* C'était même peut-être la seule cohorte de celte légion qui fût alors à Apamée.
' Eckhel, D. N. F., III, p. 371 ; VHI, p. 489. > Eckhel, Ilf, p. 518.
78 L*ARMte
transitoires ' qu'expliquent les troubles contemporains ^. Quant à la IP, son cantonnement normal, au m* siècle^ était en Italie, à Âlbano ; Garacallaen transféra une partie en Orient, où elle ne séjourna pas au-delà du règne d'Alexandre Sévère K
Le règne d'Aurélien, si important par les événements qu'il vit s'accomplir dans cette partie du monde, n'amena pas de changements essentiels à cette organisation ; les diverses légions, dissoutes lors de la rupture entre Gallien et Zénobie, furent reconstituées par cet empereur ^, RestitiUor exercitu comme disent les monuaies, et reprirent leurs anciens sta^ tiua '. Seule, la VI Ferrata de Palestine avait peut-être déjà disparu ; du moins on n'en a plus de nouvelles à cette date ; on a coutume de dire que tout souvenir d'elle fait défaut à partir de Sévère Alexandre ; cela ne paraît pas rigoureusement exact : sa marque figure sur une monnaie de Damas, que de Saulcy attribuait à Julie Mammée, mère de ce prince, et que W. Wroth • estime devoir être restituée à Otacilia Seuera, femme de Philippe l'Ancien. On gagnerait ainsi quelques années.
Pourtant cette armée s'accrut d'une unité nouvelle, la / lllyrica, recrutée parmi les lUyriens qu'Aurélien avait conduits en
^ A l'âne des légions parthîqaes il faut peut-être rapporter le centurion nommé dans une inscription de Palmyre (Waddington, 2597 = KJRRP, III, 1046).
^ Cette légion ne figure plus dans la NotUia dignitatum ; mais on adopte communément la conjecture ingénieuse d'O. 6eeck, qui ne voit là qu'une disparition accidentelle. La lacune relative au corps de troupes campé à Apatna d'Osrhoène {Or.y XXXV, 25) se rapporterait à cette légion.
^ D^où la présence à Namara de sa III* cohorte (Waddinglon, 2279 ; mention d'un des soldats, 2280).
* Môme la /// Gallica^ rayée des cadres antérieurement pour avoir suivi dans la révolte son légat, sous le règne d'Élagabale (Dio Casa., LXXIX, 27). Son nom fut martelé sur la plupart des monuments (Waddington, 2438, 2445, etc.. ; CIL, III, 206). Une partie des efifectifa fut versée dans la /Il Au^UJto en Afrique (CIL, YIII, 2904:... translatus ex leg. i/rGam'<a); 3049, 3113, 3157) ; puis Aurélien la réhabilita pour ses opérations en Orient, et Ton fît l'opération inverse (Jhid,^ 4310 : lui, Valem, uel(eranus), natio{ne) Sur(t«), prob{aius) in III Ga/(itcfl), missus de leg(ione) III Augusta),
■ Homo, Essai sur Aurélien, Paris, 1904, p. 200 sq.
• Catalogue of greek coins... of Syria^ p. 286, n» 25.
Orient contre Zénobie * ; elle resta à la disposition du duc de Phénicie ■.
De ces différents corps, quelques-uns furent empruntés parfois pour des opérations dans d'autres parties de Fempire ' ; mais la rareté du fait montre une fois de plus le caractère redoutable des voisins que Rome s'élait donnés de ce côté.
Une autre question a pour nous un intérêt supérieur : quelles sont, parmi ces légions, celles qui prirent part aux expéditions contre les Parlhes (ou Perses), ou aux deux guerres contre les Juifs? Et quels renforts leur vinrent de Textérieur? Ce que nous savons ou pouvons conjecturer conduit au tableau que voici :
Guerre de Gorbulon et Paetus en Arméuie :
III Gallica ♦ (Tac, Ann., XI!I, 38-40 ; XV, 26 sq.). IVScythiea (CIL, XIV, 3608).
VMacedonica, VI Ferrata (Tac, Ann.y XV, 7, 26). X Fretemis (Ihid., XHI, 8, 35 ; XV, iO), XII Fulminatà, XV Apollinaris (Jbid., XV, 25, 26). Première guerre de Judée ^ :
i 000 hommes de la /// Cyrênaica (Tac, Hist., V, i ; los., B. /., V, 44).
2000 hommes de la IV Scythica (Tac, Ann., XV, 17). V Macedonica (los., B. /., III, 8 et 65).
^ Ritterlîng, Zum rôm. Heerwesen des ausgehenden dritten JahrhunderU {Festschrift %u 0. Itmckfelds60. GeburtsLage, Berlin, 1903, p. 345-9).
* Gagnât, Ann, épigr., 1900, n« 29 : irfpxt]Tr(<5ffiTov) XeYiw[va>v y*] raXXix^ç Ka? % 'iXXuptxijc ; add. CIG, 2941.
* La VI Ferrata opère contre les Daces (Tac, Hist,^ III, 46) et, au II* siècle, envoie un détachement contre les Maures (Gagnât, L'Armée rom. d^Afriquty p. 41 sq.) ; les Y Macedonica, X Fretensis et XH Fulmi» nata^ selon une interprétation, prirent part à la répression de la révolte d* Alexandrie (cf. ci-dessus, p. 73, note 4) ; la dernière nommée, selon Xiphilin (Dio Casa., LXXI, 9), aurait aussi marché contre les Quades sons Marc-Aurèle ; la lll Cyrênaica fournit peut-être un détachement lors de rinsurreclion des Maures, sous Antonio le Pieux (Gagnât, ibid,, p. 104) ; enfin, au commencement du iv* siècle, une uexillalio paraît avoir été dépêchée en Egypte, avec une autre de la / lUyrica (Gagnât, Ann, ipigr., 1894, n* 163 ; 1900, n» 29).
* G*était alors la meilleure, avec la VI Ferrata (Tac, Ann,^ XV, 26 : sextant ae terHam legiones iniegrum militem et crebris ac prosperis laboribus exereUum),
* Cf. R. Gagnai. L'armée romaine au siège de Jérusalem (Reu. des étud, juiv., XXII (1891), p. XXXI-LVIII).
80 l'armée
X Fretensis (Foa., B. /., IH, 8; IV, 13, etc., elc. ; CIL, X, 6659).
XII Fulminata (los.. B. /., II, 500; Y, 41, 467).
XVApollinaris (los., B. 7., VU, 19).
1 000 hommes de la XX Deiotariana (los., B. I., V, 44; Tac, Hist, V, 1 ; Eph, épigr., V, p. 577).
Guerre parthique de Trajan :
Détachement de la III Cyrenaica (?) (CIL, X, 3733).
IV Scythica (CIL. III, 10336).
VIF&rrata (CIL, X, 5829).
Détachement de la X Fretensis (CIL, Vf, 1838).
XVApollinaris (? Ce n'est pas attesté, mais il y a vraisemblance ; auparavant elle était en Pannonie, et sous Hadrien elle se trouve en Cappadoce ; la guerre de Trajan dut fournir Toccasion de son retour en Orient).
XVJ Flauia Firma (CIL, X, 1202).
Deuxième guerre de Judée * :
Détachement de la /// Cyrenaica (CIL, XIV, 3610 ; L'Année épigr. , 1895, n* 77).
Détachement de la /// Oallica (CIL, XII, 2230).
IV Scythica (CIG, 4033, 4034 ; douteux; cf. Schûrer, op. laud., p. 689, note 117).
Détachement de la VII Claudia (?) (CIL, V, 3733).
X Fretensis (CIL, UI, 7334).
Détachement de la X Oemina (?) (CIL, VI, 3505).
XXII Deiotariana (? Elle aurait disparu dans lexpédition d'Hadrien contre les Juifs, d'après Trom&dorS {Qtmestiones ad historiam legionum spectantes, Lipsiae, 1896, p. 02 sq.), car onn*en a plus de nouvelles après le début du ii* siècle ; et d'autres ont dit : dans la guerre parthique de Trajan. On ne sait).
Peut-être encore la VI Ferrata et des détachements de la V Macedonica et de la X/ C/auJta (Schii rer, p. 687, note 116).
Guerre parthique de Harc-Aurèle et Vérus ':
' Faute d*UD récit aussi détaillé que celui de Josèphe pour la gaerre de Titus, nous ne savons pas exactement qaels corps de troupes composaient Tarmée chargée de réprinaer la révolte de Barkokeba. Arsène Darmesleter a étudié la question anciennement (iR^t;. des éiud, juiv,^ I (i880), p. 42-55).
* Y aurait-il eu d*abord une guerre parthique sous Antiinin le Pieux ? Cf. CIL, IX, 2457 : L. Neraiio C. f. Vol, Proculo, Ug. leg. XVI Flauiae Fidel, f item misso ab Imp, Antonino Aug. Pie ad deducendas uexillaiùmes in Syriam ob bellum Parthicum. Borghesi {(Muvres, Y, p. 373-378) a ex-
VI Ferrata (?) (CIL, V, 955 — date reslîluée I)
A partir de ce moment, les garnisons de Syrie ne semblent plus fournir le contingent principal ; Rome appelle des troupes d'Occident, et, notamment pour disposer d* une cavalerie meilleure, fait de larges emprunts aux troupes danubiennes ^ Partiellement ou en totalité (?) :
1 Mineruia (CIL, III, 1457 ; VI, 1377, 31640).
// Adiutrix {Rev. archéoloff,. 1893. 1, p, 396. n« 88; cf. CIL, VIII. 18893).
VMacedonica.
Détachement de la X Oemina (Cf. Bitterling, De leg. Rom. XGemina, (iipsiœ, 1885. p. 59).
XI Claudia,
Expédition énigmatique sous Commode en Arménie (?) : Vexillatio de la XV ApoUinaris (CIL, III, 6052) ; înscr. trouvée près d'Ëtschmiadzin).
Passé ce règne, il devient extrêmement difficile d'indiquer les légions qui participent aux campagnes. Les inscriptions qui mentionnent un hélium Parthicum ou Persicum sont très rares, et impossible de les dater avec précision. Septime Sévère avait emmené notamment contre Niger la I Mineruia ' ; peut-être s'en servit-il contre les Parlhes. Dans une inscription d'Aradus ' est mentionné un centurion de cinq légions, dont trois habituellement en Syrie ; les deux autres sont la XX Valeria Victrix et la I Mineruia ^ qui vinrent sans doute dans cette province pour une guerre, celle de Septime Sévère ou la suivante.
Guerre parthique de Caracalla :
/// Cyrenaica (CIG, 4610, 4651 (?) — à celte époque remonterait répitaphe donnée dans Waddington, 1927).
II Adiutrix * (CIL, III, 3344. 10572).
pliqoé ce texte déconcertant en supposant qu'il y eut sous ce règne des dtfflcultés avec Vologèse III, mais que celui-ci fut effrayé par les préparatifs militaires d^Antonin et renonça à toute offensive.
« Cf. CIL. VI, 32933 :... fraef, uexillaUon{is) eq(uUum) Moesiae Infer- {ioris) et Daeiae eunti (sic) in expedUi(fne{m) Parlhic{am)... — V. Bogdan Filow, Klio {=Beilràge %ur alten Geschichte), VI Beibeft, 1906, pp. 75, 80, 85-86.
* Gagnât, Année épigr,, 1890, n* 82.
» CIL, III, 186 ; cf. additam,, p. 972.
^ Peut-être même les deux légions Adiutrices. Domaezewdki (Rôm, Mittk., XX (1905), p. 158, note 1) rapporte à elles et & la guerre de Ca racalla rinscription suivante (BGH, XXV (L90i), p. 59, no 205) : àwoivocp
82 l'armbb
XIV Gemina (CIL, III, U80).
V Macedonica (?) (CIL, III, 6189) et peut-être des uexillaiiones des autres légions de Mésie (Rilterling, Rhein. Mm.^ N.F., LIX (1904), p. 195).
Guerre persique d'Alexandre Sévère :
Détachement de la VII Claudia (?) ( Wiener Jahreshefie, VIII (1905), Beiblatt, p. 19-20, n« 58) «.
Guerre persique de Gordien (II :
Détachement de \eL I Adiutrix (CIL, III, 196).
Guerre contre Zénobie * :
m Oallica {u. Aurelian., 31, 7).
Pas d*autre attestation précise. Zosime (I, 52) indique la parlicîpaiion des légions danubiennes et des contingents des provinces d'Asie reconquises. Il en fut de même quand Au rélien marcha ensuite contre les Perses '.
Le rôle effacé des légions d'Orient explique a pénombre où elles sont comme plongées dans les sources littéraires : rien qui permette d'éclairer cette question toujours débattue du costume et de l'armement des légionnaires. Les indications de Josèphe sont vagues et décousues : « Les fantassins ont casque et cuirasse ; chacun porte deux épées : celle du côté droit, bien plus courte, forme une sorte de poignard. Des soldats choisis, qui accompagnent le chef, sont armés de la lance et du bouclier. Les cavaliers ont une longue épée adroite, une lance en main, un bouclier en écharpe, au côté du cheval, et un goryte (fourreau) avec trois javelots, ou davantage, à large pointe. Cuirasse et casque comme chez les fantassins ^. > S'agit-
^iJ9a[c] Xeyicôai a xaï ^' $id$oic [inl ?] Il^pjaci OÙ G. Mendel voyait une allusion aux deux légions parthiques ; on ne comprendrait pas comment la première de celles-ci (V. infra) aurait dû passer en Bitbynie. — Quant à népaac, v. la note suivante.
^ On y lit : expeditio Parlhica, mais ces noms de Parthes et Perses restèrent longtemps interchangeables; cf. V. Gardthausen, Die Par^ Hier in griech.-rôm. Inschriften [Orientalische Studien Tk. Sœldeke zum 7(h Geburtstage gewidmet..,, bsgg. v. Q. Bezold, Giessen, 1906, II, p. 839-859), f . p. 855 sq.
^ V. Léon Homo, Etsaisur le règne de l'empereur Aurélienf Paris, 1904, p. 84 sq.
' Homo, p. 322 sq.
* B. I., III, 93-97. Add. deux allusions, l'une & l'équipement trop lourd des Romains qui gêna la retraite de Gestius (B. L, II, 513 sq.),
LgS TROUPES DE GARNISON ET LES RENFORTS DE GUERRE 83
il seulement des légionnaires, citoyens romains? On ne sait. Nos documents attestent surtout le besoin d'une tactique et d'un équipement qui n'étaient pas dans Pusage courant des légions : archers et frondeurs apparurent, dès les premiers temps S comme un élément indispensable et primordial dans les guerres d'Orient ; et ce sont les auxilia qui les fournissaient, et les troupes irrégulières.
Il n'y aurait pas moins d'intérêt à savoir dans quelles contrées principalement se recrutaient les légionnaires d'Orient. Sur ce point répigraphie nous laisse presque entièrement dépourvus d'informations : la plupart des épitaphes se taisent sur la natio ou la domiis du défunt, et ce silence est susceptible de plusieurs explications. Du vétéran, définitivement établi et acclimaté en Syrie, on ne se rappelait plus guère la famille, le lieu de naissance. Au simple soldat, mort accidentellement, sans famille, s'il veqait de loin, ses camarades n'élevaient qu'une humble stèle portant son nom et sa qualité, sans autre indication; dès lors Tinscription pouvait être grecque même pour un homme de langue latine. Enfin appliquons ici la théorie générale du recrutement légionnaire : s'il se fit localement en Orient, comme ailleurs, du milieu du ii" siècle environ au milieu du m* S on comprendra sans peine qu'une pareille mention ait été d'habitude négligée : la ville du soldat mort loin de chez lui n'intéressait personne et d'ailleurs la vanité municipale n'atteignit point en Syrie h cet épanouissement qu'elle eut en Asie Mineure '.
raotre (th'd.. Vil, 85 sq.) à la chaussure de guerre d'un officier, dont les cloua le tirent tomber.
Ml y en a iOOO dans Tarmée de Lucullua (Plat.» LuculL, 27). Antoine « garnit de frondeurs et de gens de trait (l. surtout des sagittaires) son arrière-garde et les deux ailes de son armée, qu'il dispose en carré t (Plat., Ant,, 42). Ventidius défît les Parthes principalement à Taide des frondeurs (Ûio Gass., XLIX, 20), car « les frondes ont plus de portée que les arcs m (ibid,, 26). Elles font même, selon Végèce (1, 16), des blessures plus dangereuses, dont les cuirasses ne préservent pas. Lors de Fattaque d'Édesse par Gavad (a. 503), enfants et jeunes gens de la ville font jouer la fronde (Josué le Stylite, Chron., 61). Les Perses aussi avaient des frondeurs, par exemple au siège d'Amida (Amni. Marc, XIX, 5,1).
* Et justement la plupart des inscriptions — non chrétiennes — de nos recueils datent de la période des Antonins et des Sévères.
* Voici quelques exemples que j*ai recueillis, qui confirment ou contredisent, suivant les cas, la règle du recrutement régional : L. Philo-
84 L*ARMiB
Au surplus, la pratique du recrutement sur place pourrait bien avoir reçu plus tôt qu'ailleurs son application dans les contrées qui nous occupent. La question vaut qu'on s'y arrête. On va voir que l'évolution des institutions militaires * s'accomplit en Orient avec une grande rapidité ; on dirait que la Syrie li a sous ce rapport devancé le reste de Tempire.
f Lorsqu'Auguste établit sur des bases nouvelles le monde ro-
âj; main, la Syrie était — avec TÉgypte, — parmi les provinces
^> réputées non pacifiques, partant impériales, la plus éloignée
p de Rome de beaucoup. L'Asie Mineure, voisine^ demeurait ou
■S-- vide de troupes^ ou préservée par un système d'états vas-
u^r saux, pourvoyant eux-mêmes à la sûreté des confins. De là
j^. une difficulté particulière pour le transport des contingents,
^, une tendance fatalement plus grande vers la méthode qui de-
P> vait se généraliser au n"* siècle. Au milieu de la bataille de
^1 calus, L, f,, CoL, Valen., Gadara Cdomot), mil. leg. X Fr. (CIL, IIL 6697.
î^- Byblos) ; un hastaiui de la X FrelentU, domo Nicomedia {Bull. deW !siiL,
^. 1884, p. 27) ; un soldat de la XVI Flauia Firma se dit Athénien (Wad-
j!,' dington, 1492, Mopsuesle) ; un homme au service de la / Parlhica est
<,: natif de Balbura de Lycie {Wiener ûenktchrilten, XLV (1897). p. 10,
^1 n* 30) ; un autre, de la même légion ou de la /!/, a élefé une atèle à son
|v; fils (Sittlington Sterrett, ff^olfe Expédition, p. 76, n» 131) ii Artanada de
^rt Gllicie, d'où il était peut-être originaire. Un soldat de la 111 Cyrenaica
\ est nat, Bessus (Waddington, 1956) ; une insoription de Namara nomme
i, un Nabatéen servant dans la cavalerie de la même légion {ibid., 2271],
[!,^ et un a quaest{i)onar{i)is leg. IIl Cyr., signataire d'une dédicace à Zeus
t, Ammon (Ewin, Palest. Expier. Fund, 1895, p. 136, n» 62), devait être
Égyptien de naissance. Un soldat de la III Cyrenaica encore porte en 'r outre le titre de bouleute dans une inscription trouvée à El-Uxerih dans
^: le Haouran (BGII, XXI (1897), p. 43, n» 17) ; ai elle n'était plus in situ,
elle n'avait du moins pas beaucoup voyagé. A Apamée, un signifer (de légion?) né en Styrie (CIL, III, 6700, n« siècle). — Le recrulemenl régional ne s'applique naturellement pas aux gradés : M. Iulius Maximus, de Mantoue, centurion de la III Cyrenaica (Waddington, 1955) ; un centurion de la III Gallica a enterré sa femme à Ancyre (Arch.-ep. Milth. aus Oest.'Vng., IX (1885), p. 114, no 6) ; peut-être était-il d'Ancyre luimême ; un tribun laticlave des légions XII Fulminata et IV Scythica est citoyen de Magarsos, ville de Gilicie {Wiener Denkschriflen, XLIV (1896), Vf, p. 9). Par exception, voici un tribun originaire de Phaene en Trachonite (Waddington, 2533).
^ Th. Mommsen, dans un célèbre et admirable travail (Da$ rdmische Militârwesen seit Diocletian, dans Hennés, XXIV (1889), p. 195-279), a étudié les causes, les phases de cette évolution. J'aurai plus d'une observation fondamentale à lui emprunter ; mais je crois qu'on en peut ajouter quelques-unes, que suggère particulièrement l'état des choses vers la frontière d'Orient.
Les TROUPKS DE GARNISON 1ST LCS RENFORTS DE GUERRE 85
Crémone, Veépasien apostrophe les prétoriens ; ensuite, raconte Tacite S tindique clamor et orientem solem (ita in Syria mos est) tertiani salut auere. Les soldats de la légion 111 Gallica avaient coutume de saluer le soleil levant ; tel Chosroès, lorsgu'après avoir surpris Antioche il alla se baigner au jour naissant dans le golfe d'Issos, devant Séleucie de Piérie abandonnée *. Or, cette légion venait à peine, la guerre de Corbulon finie, d'être transférée en Mésie. Faut-il croire que ceux qui la composaient, quoique nés sous d'autres cieux, avaient vile adopté les usages syriens ? Il semble plus probable que beaucoup d'entre eux étaient de Syrie même, dès Tan 69, à l'avènement de Vespasien. On s'expliquerait ainsi les qualités médiocres dont faisaient souvent preuve les garnisons de cette province, leur indiscipline invétérée, où se marquait quelque chose de l'esprit frondeur et indépendant, des passions de jouissance des gens d'Antioche. Nous n'avons pas, malheureusement, vu l'extrême rareté des inscriptions, surtout pour le premier siècle, les moyens de contrôler l'hypothèse où le dire de Tacite nous conduit. Ajoutons que les peuples séparés de l'empire par TEuphrate et les déserts arabiques avaient une prédilection pour les attaques inopinées ; sans le recrutement local, on eût mis peut-être trop de temps à tenir au complet les cadres de l'armée.
Enfin la Syrie est toute en longueur; ses voisins du désert campaient, changeaient de place, faisaient la maraude par petits groupes ; il fallait leur opposer un grand nombre de vedettes. D'où cette double conséquence : la légion, de bonne heure, se morcelle'; on a toutes les peines du monde à connaître le quartier général de chacun de ces corps ; les inscriptions sur lesquelles on s'appuie, par leurs contradictions apparentes, entre elles ou avec les textes littéraires qui rarement jettent un jour sur la question, donneraient à penser que les légions se déplaçaient sans cesse, dans un vaste rayon. A mon sens, il y a moins déplacement que fractionnement ^ A
• EUU, m, 2,
« Procop., B. P., 11,11,1.
^ Rapprocher oe qui se passe en Afrique pour la Ug, III Augusta^ chargée de surveiller seule une longue zone désertique, et qui s'éparpille, par petits groupes, entre tous les fortins du limes.
^ Par exemple, à Séleucie de Piérie, pour le creusement du grand canal, OQ emploie deux uexillaiiones des légions Scyihica et FlauiaFirma,
86 l'armâb
la Qn de la République, les campagnes contre les Parthes se faisaient avec des légions à effectifs complets; dès le temps de la première guerre juive semble prédominer le système des uexillationes * ; ce sont surtout des détachements qui composent Tarmée d'Hadrien, lors du soulèvement de Barkokeba.
Mais de plus le cantonnement des troupes par faibles unités leur fait contracter des habitudes qu'elles n'auraient pas prises, toutes cohortes réunies. Elles ont sous les yeux un exemple qui n'est pas sans les influencer : le gouvernement de Rome s'est accoutumé à attribuer des territoires, vers les frontières, aux tribus arabes sans organisation urbaine ; ces nomades alors se fixent davantage au sol. De même, les soldats de tel ou tel castellum reçoivent un petit domaine aux alentours, qu'ils cultivent en communauté. Les castriciani ou castellani changent de caractère, deviennent soldats-laboureurs, plus laboureurs que soldats. L'expérience ainsi tentée avec les Saracènes vaut mieux que celle qu'on a faite d'un grand état feudataire, celui d'Odenalh et de Zénobîe.
Mais même si le liines est tranquille, tout péril n'est pas conjuré ; aux grandes armées de la Perse on ne peut plus opposer ces troupes alanguies ; on en appelle de loin de plus énergiques et de plus rudes. Aussi, comme le dit Mommsen, la suprématie militaire des provinces illyriennes àomine tout le m' siècle. On s'habitue à compter moins, pour la défense d'une province, sur les troupes qui y tiennent garnison; le renforcement de l'élément comitatensis se prépare spontanément *.
B. Depuis lb iv® siècle. — Dioctétien, à vrai dire, a voulu enrayer ce mouvement, et il y est parvenu dans une certaine mesure \ Homme d'ordre et de discipline, il aimait à mainterappelées dans la môme inscription (Ghapot, BCH, XXVI (1902], p. 165, n^ 5), et une autre de la Fretensis (CIL, III, 6045), vers le même temps. Cette dernière a encore un dépôt à Abou-Gock en Palestine (Rev, bibliq,, 1902, p. 430 = Cagnat, Ann. épigr., 1902, n» 230).
* 'AvaXoSwv 8ê cl-ko xtiç 'Avxio^eiaç xo fiàv Su)$ixaxov xdYfxa icXTJpec, écrit Josèpbe, comme s'il voulait accuser un fail exceptionnel (B. i., Il, 500).
^ N*oublions pas du reste que le ni* siècle est Pépoque des soldats de fortune devenus empereurs. Portés au pouvoir suprême par l'armée, ils doivent tendre à s'entourer d'une imposante garde militaire attachée à leurs personnes et les suivant partout, alors que les anciennes cehorles formant la garnison de la capitale aCfeetaient à Tégard do prioce une indépendance gênante, même après les réformes de Septime Sévère.
' Cf. Mommsen, loc, cU,, p. 210 sq.
nir chacun à son rang, et chaque chose à sa place. Après la restauration de l'unité de l'empire, il résolut de rendre impossible pour l'avenir le séparatisme des provinces éloignées, que favorisait le système de la dislocation des troupes à la fln d'une guerre. Ses efforts durent se porter principalement sur les Gaules et l'Orient. Nos sources ne détaillent pas son œuvre ; nous savons seulement que le nombre des troupes fut par lui plus que quadruplé et qu'il s'occupa surtout des forteresses et garnisons de frontières ^ Les légions avaient déjà un effectif réduit ; pour faire compensation, il les multiplia, et les nouvelles eurent un contingent de i.OOO hommes seulement. C'est sans doute lui qui créa et fixa en Arménie la V Scythica, qui eut courte vie puisque la Notitia dignitatum ne la connaît plus ; lui encore qui organisa la I Pontica campée à Trébizonde, dont un préfet figure dans une inscription de son règne ', et la IV Marlia d'Arabie, sans parler de bien d'autres dont les noms (comme IV Parthica) trahissent la préoccupation de la garde des limites '.
Sur les cantonnements des légions depuis lors, nous n'avons de renseignements que pour le commencement du v* siècle, par la Notitia dignitatum, dont Mommsen encore a fixé la rédaction définitive à 425 après J.-G ♦. Elle révèle avec la plus grande netteté la prolongation de ce mouvement centrifuge que j'ai déjà indiqué. La plus excentrique des légions, la III Ctjrenaica S reste à son poste de Bostra, mais cette province, presque désertique pour une bonne part, reçoit un corps supplémentaire, la /7 Martia^ sise à Betthoro ^ La Mésopotamie appelle des observations analogues : elle
* Lactant., De mort, pers.^ 7 ; Suidas, Idjazii :... 6 Ato^Xv^Tiavèç X^^ov
^axtà-/ àyyptbfjai xai ^poupta TotTivai ; ce renseignement doit être emproDté àZosirae, car il concorde parfaitemeat avec ce que celui-ci dit en sens contraire de Goostantin (II, 34).
» CIL. IH, 236 : leg, l P{ontica).
'Elle se traduit même en ce qui concerne les dénominations des provînces ; avant Dioclétien, c'est la Cappadocia et la Sytia Coele qui nous intéresBent ; après, c'est VArmenia et la Syria et Euphratensis,
* Aetius (Hermès, XXXVI (1901), p. 516547), in fine. » Or., XXXVII, 21.
* XXXVII, 22. L'emplacement de Relthoro n'est pas connu ; on suppose BetErat en Batanée(Benzinger, fiaiYarr/iui et Bathyra, ap. Pauly-W.; add. Scbûrer, op. laud., l, p. 693, notes 132-133; Schumacher, Across the Jardatif p. 50 aq.).
L ARMBB
n'avait jadis que les deux légions parlhiques (7 et ///). La I Parthica ' va à Gonstantia ■ ; la 777, suivant la conjecture exposée plus haut, à Apadna, tout près d*Amida ; la 77 revient d'Italie et on l'établit à Cefa ^ presque au bord du Tigre; une 7rest fondée pour occuper Gircesium ^, à la limite même de l'empire ; il y en eut encore une F, qui fut placée (par Dioclétien Bans doute) à Amida; elle y était sous Constance et Julien *, y fut anéantie • et non remplacée.
En Syrie, la 777 Gallica se retrouve à Danaua ^ entre Damas et Palmyre, en vertu d'un progrès vers l'intérieur que nous ne pouvons mesurer, mais certain; IsilVScj/thicaj qui campait en un point imprécis du nord de la province, va à Oresa ', près de Palmyre. A Palmyre même, Dioclétien et ses collègues castra féliciter condiderunt *, pour y placer la 7 lUyricorum ". La XVI Flauia seule modifie assez peu ses positions ; de Samosate elle est transférée à Sura ^K
La X Pretensis de Palestine^ jadis h Jérusalem, est confinée à Aïla ^*, au fond du golfe que forme la mer Rouge à l'est du Sinca ".
Quant aux deux légions de Cappadoce (devenue Arménie),
* Qui fut peut-être en Osrhoône ; ? . supra, p. 77.
* XXXVI, 29. SoQ surnocn récent de Nisibena est ditCicile k interpréler ; séjour temporaire à Nisibts, belle conduite dans cette ville, ou recrutement surtout dans la région, tout est possible.
* XXXVI, 30. Le retour est du temps de Constantin (De Rossi, BulL deW Istit., 1884, p. 84.)