DEUXIÈME PARTIE L'ARMEE
J'ai réuni ces deux catégories, qui sembleraient devoir être séparées, parce que la distinction très souvent n'est pas permise. On peut la faire en général jusqu'aux réformes du m* siècle, exceptionnellement dans les périodes suivantes, et les documents administratifs parvenus jusqu'à nous sont fort suspects de nous donner des états et des statistiques n'ayant 60 d'exactitude que « sur le papier ». On se laisserait facilement entraîner, voulant présenter un tableau complet de la situation militaire dans les provinces d'Orient, à rappeler tout ce que nous savons de l'organisation de l'armée romaine ou byzantine aux époques diverses comprises dans les limites chronologiques que je me suis fixées. Mais on répéterait ainsi sans utilité ce qu'exposent les manuels d'antiquités ou les traités d'ensemble sur le sujet, qui tirent parti de tous les documents provenant de toutes les régions de l'empire. Cette méthode n'est pas à condamner, mais il convient, sinon de lui substituer, au moins de lui superposer, celle qui procède par groupements géographiques. 11 est aussi légitime et nécessaire de l'appliquer aux choses de la guerre qu'à l'administration civile ou à la vie urbaine.
Par conséquent, nous ne relèverons ici que ce qui semble
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particulier aux troupes d'Orient, et, en second lieu, parmi les données de sources différentes dont on a coutume de faire application à tout le monde romain, celles qui proviennent des provinces nous concernant ici — Arménie, Mésopotamie^ Syrie, Cappadoce, Arabie même -— ou de relations écrites d'événements qui ont eu pour théâtre ces seules régions. De notre silence sur certains points il n'y aura rien à conclure, sinon l'absence d'informations ; il put y avoir, ou conformité, ou dérogation aux principes qu'on nous présente comme généraux. Le plus simple et le plus sur est de n'exclure, et aussi de ne proposer, même sous réserves, aucune des deux hypothèses. La frontière d'Orient et ses approches constituent justement le terrain de choix pour un essai de cette nature, car nous aurons à notre disposition, chose rare, et pour plusieurs moments de cette histoire, les commentaires d'hommes du métier, témoins des faits qu'ils ont racontés, ou qui en ont recueilli les premières nouvelles avant que la tradition n'eût accompli son travail habituel de déformation. Trois noms avant tout sont à mettre en vedette, et qui représentent trois époques heureusement échelonnées : !•', iv*, vi® siècles.
D'abord Flauius Josèphe; le Bellum ludaicum, presque exclusivement, intéresse les présentes recherches, et il offre beaucoup plus de garanties que les Antiquitates *• Bien que localisées en Palestine, les opérations de Vespasien et de Titus sont pleinement de mon sujet. C'est de Syrie que provenaient les plus gros contingents qui furent aux prises avec les Juifs, et les secours envoyés par les petits princes voisins purent servir aussi contre les Parthes : les uns et les autres accomplirent une guerre de sièges ; il y en eut beaucoup à soutenir dans les campagnes de Mésopotamie.
^ Une sorle de c« doublet i de Josôpbe, lastus de Tibériade, Juif de culture grecque, avail traité des mômes événements (cf. Em. Scbûrer, Ge%ch. des jùdisch, Volkes im Zeitalter Jesu Christi, 3-4 Aufl., Leipzig» l (1901), p. 60). Il nous manque aussi le livre Antonii Iuliani de ludaeis^ mentionné par Minucius Félix (Octau., 33, 4), œuvre, apparemment, du gouverneur de Judée durant la guerre de Vespasien. On eût volontiers comparé, gr&ce à lui, le point de vue romain avec le poinl de vue juif. — Je n'ai pu, à mon grand regret, consulter Télude d'A. Schub, Rômisches Kriegswesen nach dem 6. 1. des Joseph Flauius^ mit gelegentlicken ver» gleichenden Hinweisen auf unsere moderne Heeresverhdlinisse (Progr. Gymnas. Mâhrisch-Weisskirchen, 1902); et, par suite, j'ai dû refaire moi-même le travail auquel il s'était livré, mais en évitant les comparaisons que son titre promet.
LES TROUPES DE GARNISON BT LES RENFORTS DE GUERRE 6o
Ammien Marcellin n'a pas moins de prix pour nous. « Moi, Grec, ancien soldat, j'ai composé selon mes forces Thistoire que voilà », dit-il en terminant, et il est indéniable que, dans les récits de batailles, il se montre un spécialiste des choses militaires, gardant même dans la forme des traces de la langue vulgaire des camps *.
A peu près au même rang il convient de placer Procope ; Ammien était d'Antioche, lui de Gésarée en Palestine, autre cité assez proche de la frontière d'Orient. Ce icàpeSpoc ou conseiller juridique, ayant suivi de nombreuses campagnes, toujours dans Tentourage du commandement en chef, s'est acquis une certaine compétence dans les choses de guerre^ et comme il s*est borné à l'histoire de son temps, sans se laisser tenter par le démon de l'érudition, ses récits sont moins
* La campagne de Julien avait frappé les imaginations et excité an vif intérêt. Dans sa lettre 1186, Libanios expose toutes les difficultés qu'il a eues à obtenir sur la guerre persique des nouvelles authentiques. « Chacun de ceux qui sont revenus m*aff!rmait avoir des renseignements sûrs et être tout prêt à me les communiquer; aucun ne Ta fait. Tous s'occupaient, non de Tempereur défunt, uniquement de leurs petites alTaires. Quelques soldats seulement ont pu me parler de la durée de la campagne, de la longueur des étapes, des localités traversées ; mais jamais nne claire description des faits ; partout robscurité, rien qui foornisse une base à la relation d'un historien », et il presse son ami Séleucos, qui avait accompagné l'expédition, de se faire Thistoriographe de Julien {Epist. 1078). Ce vœu (dont l'expression déprécie l"E7ciTà(pio<) a été rempli par plus d'un, notamment Eatrope, Magnus de Garrhae et Batychianos de CUippadoce ; les deux derniers ont été pillés maladroitement par Malalas (p. 328» 20^ éd. Bonn); cf. FHG, IV, 4, où CMaller a réani les témoignages qui précisent leur qualité. Ëutrope, en tant que darissime, a pu connaître les documents officiels ; mais il n'était qu'un iiciotoXoYpitpoc, sans doute médiocre homme de guerre, et nous ne possédons qu'un abrégé de ses ouvrages. Magnus est cité comme officier par Ammien (XXIV, 4,23) ; quant à Ëutychianos, Mûller identifie le duc des Arméniens et le itpa)TO(n)xpi{Ti]p également connus sous ce nom. Nous savons de Magnus et d'Ëutychianos qu'ils avaient raconté par lettres leurs souvenirs d'expédition, avec plus de brièveté qu'Ammien, probablement. Celui-ci a peut-être utilisé le travail de Magnus qu'il connaissait. 11 fut une sorte c d'officier d'ordonnance • (protector domesticus)^ donc en bonne place pour se renseigner. Malheureusement, pour ses excwrsm géographiques, il a consulté des sources écrites plutôt que sa mémoire; cf. Th. Mommsen, ilmmtans Geographica (Hermès, XVi (1881), p. 602-636); et lorf*qu'il traite d'événements dont il ne fut pas témoin, il commet des confusions parmi les documents utilisés ; v. 0. Sedck, Zur Chronologie und Quellenkritik des Ammianus Marcellinus (ibid, , XLI (1906), p. 481-539).
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vagues et moius sujets à confusions. Nous lui devrons, pour tout ce qui concerne la tactique, une contribution de premier ordre *.
Voilà nos trois sources capitales ; après elles, on peut tirer quelque profit de Dion Gassius et d'Hérodien *. Ce dernier exerça des fonctions publiques, nous ne savons lesquelles ; civiles probablement, vu les habitudes d'esprit que révèle son ouvrage et les erreurs qui s*y manifeslent. Dion, ancien proconsul d* Afrique^ ne manquait pas de connaissances techniques dans les choses de la politique et de l'armée ; mais l'Orient ne lui était pas particulièrement familier, et les événements sur lesquels il nous apporte des lumières ne sont pas de l'époque où il vécut. Ajoutons que Pline le Jeune, durant son service militaire, était occupé à des écritures dans les bureaux du gouverneur de Sjrrie ' ; les loisirs dont il disposait furent absorbés dans les écoles de philosophie d'Antioche ; la « question d'Orient » ne revêtait pas alors un caractère de gravité, ou elle ne parait pas l'avoir intéressé.
Il est curieux au contraire de constater la passion que soulevaient généralement chez les Romains les mêmes problèmes, l'allure d'épopée que prenaient dans les imaginations les campagnes contre les Parthes ou les Perses. Elles ont inspiré plus d'un poète : la vie de Septime Sévère, en particulier son expédition vers le Tigre, avait été racontée en détail dans divers poèmes pseudo-historiques, très médiocres à n'en pas
^ C'est ce que D*a guère remarqué Luigi De Gregori, auteur de quelques pages intitulées : Vesercito bi%anlino in Proeopio di Cesarea {Bessarione, ser. II, vol. I (aon. VI), 1901, p. 246-258), et qui ne s'est attaché qu'à reconstituer l'organisation de l'armée, la dlTisiou en corps et la hiérarchie. Sous ce rapport, en effet, le butin est maigre ; encore n'en prendrons-nous que ce qui regarde les armées d'Orient, négligeant celles qui eurent à lutter contre les Goths et les Vandales. Il y a un peu plus à trouver dans Hans DelbrQck, Gesch, der Kriegskunst im Rahmen der polit. Gesch., Berlin, II, 2 (1902), p. 355 aq., et surtout dans Gh. Diehl, Juslinien et la civiliiation byzantine au vi* siècle, Paris, 1901, p. 145 sq.
* Tacite (HisL, V), traite sommairement de la guerre de Judée bous Vespasien; Velleius Paterculus (II, 101) a été tribun militaire en Sjrrie, au temps de Gaius César, petit-fils d'Auguste; mais c'est pour nous une source très secondaire.
' EpisL, III, 11, 5 : cum in Syria tribunus militarem (cf. I, 10, 2); Vil, 3i^ 2: ego iussus a legato consulari rationes alarum et cohoriium esculere. (Cf. Momrasen, Gesamm. Sckv,, IV (= Hisl, Schr., ï, 1906), p. 413).
douter, et dont nous ne connaissons même pas les auteurs ^ La gQerre persique de Dioclétien et Galère, en 297, fut célébrée dans une petite épopée, dont on a depuis peu découvert des fragments, qui suffisent tout juste à en préciser l'objet '. Un Grec d*Ëgypte, CoUuthos de Lycopolis, sous Anastase, avait, selon Suidas, chanté desneptrixi. Nous avons également perdu le panégyrique en vers que Tlmpératrice Eudoxie composa après la victoire sur les Perses de son époux Théodose Tl '. Si nous étions privés d'Ammien, on déplorerait davantage la disparition du poème où les actions de Julien étaient célébrées par GaUisle, un homme de guerre ^. Et c'est encore un versificateur, Georges de Pisidie, à qui nous devons le plus de détails sur la u croisade » d'Héraclios.
En prose, semble-t-il, mais avec autant d*imagination et d'iDdén^ndance à Tégard des faits, naquit la vaste littérature que provoqua la grande guerre de Lucius Verus, dissertations, déclamations et exercices d'école variés, dont Lucien fit large raillerie •. Tout n'y était peut-être pas que sottise, si le Fronlin (= Fronton) qu'il cite dans son énumération est à confondre avec le général M. Claudius Fronto, témoin et participant de la campagne •. Il faut regretter les 'ritofivîifxaxa de Vespasien ', les Dopetxdé d'Apollodore, d'Artémita en Assyrie, un des répondants de Strabon pour les affaires d'Orient à la fin de la République ^ ; ceux d'Asinius Quadratus, qui comprenaient les campagnes de
*HerodîaD.,lI, 15,6.
' R. Reitzenstein, Zwei religionsgeschichtliche Fragen nach ungedruck'- Un griechischen Texten der Strassburger Bibliolkek, Strasbourg, 1901, p. 47-52. Ce genre poétique trouvait grande faveur, comme le lieu-comman assimilant les empereurs acharnés conlre les barbares aux dieux en latte contre les monstres de la terre (cf. F. Gumont, Rev. des Ètud, anciennes, IV (1902), p. 36-40).
'Socrat., Hisi. eccL, VII, 21.
* Socrat., ihid,
* Qmniodo hist, su scrib,, 2i et 32.
*Gf. Mai, ad If. Corn. Front, Epist., p. 312, noie 1.
' Mentionnés par Josèphe, Vita, 342, 358: C. Apion., 1, 10.
^ Ils devaient avoir une autre valeur que le récit donné par Théophane de Mjrtilène des campagnes de Pompée. Quant à Q. Dellius, légat d'Antoine, il a dû se borner à un éloge personnel de celui-ci, et Salluste n'aura pu utiliser ses souvenirs que pour les opérations de Ventidius ; cf. 0. Hirschfeld, Dellius ou Sallustiusf (Mélanges Boissier, Paris, 1903, p. 293-5).
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Vérus et de Sévère ", et ceux d'Arrien ", très préoccupé de stratégie. Jean Lydus s'en souciait moins, lui qui entreprit néanmoins une histoire des guerres persiques de Justinien '; sa condition d'agent disgracié avait dû faire de lui un rapporteur peu impartial et peu fidèle.
Malgré sa conception très générale, le Strategicon attribué à l'empereur Maurice ^ nous rendra des services ; on sent que Pauteur des paragraphes consacrés aux Perses a pris contact avec ce peuple ; il est d'accord avec Tannalisle Théophylacte Simocatta et — avantage précieux que nous avions déjà rencontré chez Ammien — il emploie les locutions en usage parmi les barbares qui composaient les troupes de Maurice et de son successeur.
Bref^ nos documents militaires grecs et latins sont relativement nombreux et sûrs ; cette impression s'affirmera si Fou cherche à les compléter à l'aide des littératures orientales. Celles-ci ne nous donnent presque rien ; bien plus, elles ont beaucoup emprunté aux historiens occidentaux. Pas d'historiographie rabbinique. du moins pour l'époque romaine ; les lettrés d'Israël se confinaient dans l'étude de la loi et du dogme *. Les Parthes n'ont eu aucune* littérature; la langue syriaque n'en a produit une indépendante que tardivement, et elle est
* FHG. III, p. 659 sq. = H. Peter, Historicorum Romanorum reliquiae, Leipzig, Il (1006), p. 144-6. L'auteur fut peut-être proconsul d'Acbale; cf. Prosop. imp. Rom., I, p. 168, n*»" 1031-2.
^ Particulièrement détaillés en ce qui concernait l'expédition de Trajan, la plus rapprochée de Tauteur ; v. J. Marquart, Philologus, Sapplementband, X, i (1905), p. 221, note 3.
» W. Christ, Gesch, der griech. LiUeralur, p. 799.
* Je ne discute pas cette attribution, d'intérêt secondaire pour noire sujet. Fr. Ausaaresses, L'auteur du Strategicon (Rcv. des Êlud, aneiennes, VIII (1906), p. 23-39), avec une sage modération, la présente, non comme certaine, mais comme très vraisemblable. R. Vari, Zur Ueberlieferung miUelgriech, Takliker (Byzantin. ZeiUchr., XV (1906). p. 47-87), ferait plus de cas de la tradition qui met l'ouvrage sous le nom d'un Vrbicius, lequel aurait compilé la plupart des matériaux, même rédigé quelques chapitres (p. 81). Si certains passages du tome Xll, parlant des Perses, sont des additions postérieures (p. 72), du moins le principal (XI, 2) n*en est pas une ; et si réellement Tauteur comprend, sous le nom de Perses, les Saracènes ou Arabes qu'il ne nomme nulle part, ce n*est point forcément par un « pédantisme de Byzantin, aimant les noms classiques pour désigner des choses toutes nouvelles » ; des Arabes faisaient efTectivement partie des armées sasaanides.
* Schûrer, op. laud., pp. 159-160; cf. 111-161.
restée la servante, à litre à peu près exclusif, de la théologie ; faisons exception pour la chronique dite de Josué le Stylite, CBuvre d'un professeur anonyme d'Édesse qui fut témoin oculaire des épreuves subies par cette ville sous Anastase '. Parmi les Arméniens, un nom à citer, Sébéos, rien que pour le règne d'Héraclios; il a consigné des faits de guerre dont lui firent part des témoins ^. L'ancienne littérature pehlvie est perdue; un compilateur arabe» de la fin du ix* siècle et du x* commençant, Tabari, y a puisé sans critique '. Un chapitre important est consacré à l'histoire — et par endroits à l'armée — des Sassanides ; celle des Byzantins en reçoit quelques éclaircissements.
Je n'ai pas besoin de redire ce que j'ai déjà énoncé sur les données de Tépigraphie ; dans la seule province d'Arabie — que je néglige — des bornes milliaires ont été retrouvées en assez grand nombre ; encore leur signification précise prête*
* J'ulilîse la trad. de l'abbé Paulin Martin ; v. suprà^ p. 23, note 3. Cf. Rubens Duval, La littérature syriaqm, Paris, 1899, p. 187 sq. Cette chronique mérite grande conOance, comme Ta montré Ericb Merlan, De bello Persico ab Anastasio gesto^ dise, hist., Leipzig, 1905 (Commentât, phitolog. lenense»^ VU, 2, p. 141-201). — On doit quelques renseignements, touchant surtout la topographie, à une chronique anonyme d'Édeâse, composée au vi* siècle, republ. par Ludwig Uallier, Vnit'rsu^ chungen ûber die Edessenische Chronik mit dem syrischen Texte und einer UebersetTMng {Texte und Untersuch, de Gebhardt et Harnack, IX, i, Leipzig, 1892). Celle qu'Assémani avait attribuée au patriarche Denys de Tell-Mahré se signale par de larges emprunts à V Histoire de Socrate.
' On se servait beaucoup jadis de Moïse de Khorène ; Âug. Carrière en a ruiné l'autorité (Nouv. sources de Moïse de Khoren^ Vienne, 1893 ; add. la public, du Centenaire de VÈcole des langues orientales vivantes^ Parie, 1895, p. 357-414) ; l'ouvrage répandu sous ce nom est un amalgame d'emprunts k des versions arméniennes de chroniques grecques interpolées ; en le mettant au pilon, Carrière a un peu forcé la note (cf. S. Weber, op. Ht,, p. 62) ; on peut encore remployer comme terme de comparaison, mais l'histoire militaire n'en profite guère. Marquart adopte la date proposée par Carrière : viii* siècle (Abhandl. d. kgl, GeselUch. der Wissensch. %u Gôttingen, phiL-hist. KL, N,F„ 111,2, 1901) ; F. G. Gonybeare, The date of Moses of Khoren {Bymntin, Zeitschr,, X, (1901), p. 488-504), défend Tancienne datation : v* siècle ; H. Hûbschmaan {Indogerman. Forschungen, XVI (1904), p. 197-490) conclut : la partie géographique n'est pas de même main que la partie historique ; Fauteur de l'histoire peut être du vi* siècle ; celui de la géographie remonte air plus tôt au vu* (p. 371-375).
* Cf., dans la traduction de Nœldeke, Leyde, 1879, i'introd., p. Xlli-
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rait-elle à discussion. Quant aux monuments figurés, rares et de faible portée pour la question qui m'occupe, le lecteur verra que je les ai utilisés en toute occasion *.
§ I. — Les Légions.
A. Jusqu'à la fin du m* siècle. — Le premier homme de guerre romain pénétrant sur le domaine géographique que j'ai délimité, c'est Lucullus (69-68 av. J.-C.)- H est naturel que ses historiens ne nous disent pas les noms des légions qu'il conduisait; on était à une époque où s'effectuait la transformation en légions permanentes des légions chaque année recrutées et numérotées à nouveau. Pompée, dont la campagne d'Asie se termine par la création de la province de Syrie (66-63), est exactement dans le même cas, tout comme Crassus et Cassius (54-82). A peine Plutarque mentionne-t-il les effectifs. Il est certain du moins que déjà alors la Syrie se trouvait constamment occupée par des garnisons *.
Arrivant à Antoine, nous constatons un désaccord sérieux entre les auteurs, touchant le nombre des légions dont il disposait *. Les historiens mentionnent bien plus volontiers le chiffre des combattants ; il n'est pas encore dans leurs habitudes de préciser davantage ; Plutarque cependant cite la Ht
^ On a récomment transporté à Vienne des bas-reliefs exhumés, au cours des fouilles d'Éphèse, dans la bibliothèque de Geisus, et relatifs aux guerres des Romains contre les Parthes de 161 à 166 ; je n'en ai pas encore vu de reproduction (cf. Jahrb. d. d. InslU,, XX (1905), Àrch. Anxeig,, p. 180).
^ Le traître Labiénus, se jetant sur la Phénicie, échoua contre Âpamée, « mais il obtint la reddition volontaire des garnisons placées dans le pays ; elles étaient composées de soldats ayant combattu avec Gassiui et Brutus ; Antoine les avait incorporées dans ses légions et, en raison de leur connaissance du pays, il en avait fait les troupes d'occupation de Syrie. Anciens camarades, Labiénus les amena facilement à lui... » (Dio Gass., XLVIII, 25).
3 Florus (IV, 10) et Justin (XLII, 5, 3) disent 16 légions; Lin. {Epii., 130) en indique 18, et Vell. Paterc. (II, 82, 1) 13 seulement. Ges divergences tiennent à ce qu'Antoine avait un certain nombre de légats, Sosius, Canidius, Ventidius, qui tour à tour opérèrent seuls ou sous ses ordres directs. Pour les contingents de Sosius au siège de Jérusalem, cf. V. Gardlhausen, Augiistus und seine Zeit, I, 1, p. 238 sq.
légion ^ Je ne parle» bien entendu, que de celles qu'Antoine employa dans l'expédition parthique ; pour la guerre civile, il en eut un bien plus grand nombre (une trentaine, d'après certaines légendes de ses monnaies), recrutées un peu partout en Orient, mais qui ne concernent pas la défense des fion* tîëres. Au reste, c'est à Auguste, comme on le sait, que remonte la véritable organisation des légions, et c'est à partir du principal seulement qu'on peut avoir une idée un peu précise de leur distribution.
Encore est-ce là un des problèmes les plus difficiles de Tantiquité romaine ; il est particulièrement ardu pour les troupes d'Orient, en raison de la fréquence des guerres, auxquelles les garnisons habituelles ne suffisaient pas. Sur ces expéditions, nous n'avons guère que le témoignage des auteurs ; or, très rarement ils donnent aux légions leurs noms complets ; ils ne les désignent que par des numéros. Hormis deux ou trois textes fondamentaux de Josèphe, de Tacite et de Dion Cassîus — qui vient bien tard — , textes qu'on a scrutés de toutes manières et cent fois examinés à la loupe, les témoignages littéraires font presque défaut. L'épigraphie est la base de toute discussion sur ce sujet, c*est dire qu'elle nous renseignera peu sur les légions d'Orient*. D'ailleurs, une légion dans ses quartiers d'hiver ne formait pas un tout indivisible ; on en détachait des uexillationes sur plusieurs points ; une épitaphe, ou même une dédicace, peut la mentionner sans qu'on voie nettement si le lieu d'invention marque la garnison du corps principal, ou le lieu de passage d'une cohorte en mission spéciale '.
A le bien prendre, dans les dernières années qui précèdent l'Empire, les troupes massées vers l'Euphrate ou les rivages
• AnL, 42.
* Je sais bien que des inscriptions de toute provenance" peuvent être utilisées à ce point de vue ; mais lorsqu'une légion est rappelée dans la nomenclature d'un cursus honorum, on ne voit pas toujours où elle était campée ; beaucoup de textes épigrapbiques ne peuvent être datés que par approximation ; la liste même qui figure sur la célèbre colonne malTéienne du Vatican (CIL, VI, 3492, a, b) semble avoir été dressée Mre 420 et 470 ap. J.-C, laissant une marge de cinquante ans.
' Quant aux monnaies contremarquéea au numéro d'une légion, qui ne sait avec quelle facilité on peut les Iransporter. perdant tout sou* venir de la trouvaille dont elles proviennent ? Les monnaies autonomes des villes indiquent seules leur origine.
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de Syrie sont bien plus au service des ambitions d'un chef que de la défense du pays. Ce dernier point de vue devait naturellement exclure tous les autres après le triomphe définitir d'Octave, qui, devenu Auguste, entreprit une réorganisation générale de l'armée sur des bases toutes nouvelles. Autant que nous en pouvons juger, il maintînt ses propres légions et en garda quelques-unes parmi celles de ses compétiteurs ; il en est donc qui eurent en commun un même numéro; leurs qualifications respectives les distinguaient. Nous apprenons que, dans les années 6 à 4 avant notre ère, trois d'entre elles stationnaient en Syrie *. Les difficultés que souleva la « question d'Orient » sous ce règne, malgré la modération d'Auguste, révélèrent l'insuffisance de cet efTectif, qui fut donc relevé d'une unité. Pour la première fois, en 23, sous Tibère, apparaît à nos yeux l'ensemble des garnisons de l'empire ■ ; on s'est mis d'accord sur leur répartition par provinces à cette date, sinon sur leurs cantonnements '.
En Syrie se trouvaient alors la VI * Ferra/a.dont le quartier général était fixé à Laodicée, et la -X • Fretensis •, établie principalement à Cyrrhus. Pour les deux autres, on indique, avec la plus grande vraisemblance, la /// Gallica ' et le XII Fulminata^ qui n'est jamais mentionnée ailleurs qu'en Orient. Il est
« loi., A. /., XVII, 286 aq. ; B. /., Il, 66 sq.
'Grâce aux iadications de Tacite; v. en particulier Afin., IV, 5: dehinc^ initio ab Syria usque ad flumen Euphraten^ quantum ingenti terramm sinu ambilur, quatuor legionibus coerdta.,.
s Cf. généralement Gagnât, LEGIO {Didionn, de$ antiq. [1899]).
♦Tao., i4fin.,II, 79.
• Ibid., 57.
* D*où vient ce nom ? Da Fretum Siculum, sur les rives duquel la légion aurait campé dans la guerre de Sicile contre Sextus Pompée (Mommsen, Res geslae, p. 9). On a proposé une autre explication : la leg. X prit part aux opérations navales sur le lac de Tibériade (Glermont-Ganneau, Rec. d'archéoL orient.^ II (1898), p. 300); mais fretum désigne une mer ou un détroit, non un lac, et ce qualiGcatif de FretetisU doit plutôt remonter à Auguste (Et. Micbon, Rev. bibliq., IX (1900), p. 104).
^ Gelle, apparemment, qu'Antoine conduisit contre les Parthes; v. supra. Deux légions, outre cette dernière, portaient le n* Ut : la lll Augutla, mais elle était en Afrique ; la UI Cyrenaica^ et celle-là demeura très probablement en Egypte Jusqu'à son transfert à Bostra, capitale de l'Arabie ; of. GIG, 5101 (a. 33) ; Tac, Hist,^ V, 1 (a. 69) ; Sajce, Proeeed. of the Soc. of bibl. arch.^ 1885, p. 170 (a. 90) ; un papyrus de Berlin du 4 août 107 {Qriech. Urkundetif 140) la montre encore cantonnée à Alexandrie.
tBS TROUPBS DR GARNISON ET LES RENFORTS DE GUERRE 73
bien difficile de dire où ces deux dernières avaient leurs campements ^.
Le premier changement qui se produit ensuite est le transfert de la y r Scythica * en Syrie pour la guerre des Parthes •, et renvoi, peu après, de la V Macedonica, venue de Mésie également *, et de la XV Apolliiiaris de Pannonie. Ces légions n'avaient été appelées que pour la guerre étrangère ; la XII Fulmùiata rendit peu de services à Corbulon * ; elle subit un désastre, lors de la première révolte des Juifs, sous le commandement du légat Cestius Gallus •. Le IV Scythica avait elle-même, presque dès le premier jour, donné dans l'armée de Paetus de grandes désillusions "^ ; elle fit cependant meilleure contenance pendant la retraite de Cestius, en 67 '. Le gouvernement romain avait donc été heureusement inspiré en maintenant au complet ses effectifs d'Orient, après la guerre d'Ar-
^ Pour la seconde, Josèpbe indique Rapbanée au temps de Vespasien (B. r., VII, 18) ; mais elle n'y élail pas encore sous Néron, ou se déplaçait fréquemment : àvaXaSwv 81 àico xtJç 'AyTio^t^aç xo fxiv ScoSéxaxov •zchfiut icX^pec... xtX. (II, 500). Il ne serait pas étonnant qu'il y eût eu une garnison dans la capitale de la province.
^ « Cantonnée en Mésie en 33 (CIL, III, 1698) ; cf. CIA, III, 630 : [kt^.] o' èv Muaiof,
■Tac, An»., XIII, 35; add. CIL, XIV, 3608: Ti Plautius Siluanus, (légal de Mésie)... motum orieniem Sarmatar{um) compressa, quamuis parte(rn) magna{m) exerciiui {^s leg.lV Scytkic,) ad expeditionem in Arnuniam mUisset.
* Lorsque Titus se rendit en Palestine pour la guerre juive, il vint à «c Alexandrie », où il pril la V Macedonica et la X FrelensU, Josèphe (B. /., 111,8 et 64), entend-il sous ce nom TAlezandrie d'Egypte, dont les deux légions auraient contribué à réprimer Tinsurrection ? {Sic Gagnât, LEQIO). Mommsen Ta contesté {HisL rom., tr. fr., XI, p. 125, note 1) : nous savons en effet que la X« légion était syrienne, et les troupes auraient dû, avec un pareil itinéraire, traverser un pays révolté. Il est plus vraisemblable que Titus alla par mer d'Achaïe au golfe d'issos et débarqua à TAlexandrette d'aujourd'hui. — On comprend, vu le point de dépari, que l'historien ne précise pas davantage l'Alexandrie dont il s'agil ; certes, il est singulier que Titus n'ait pas touché barre de préférence dans Texcellent port de Séleucie de Piérie ; mais il n'y a pas là d'argument décisif ; rien ne prouve en somme qu'après la guerre de Corbulon ces deux légions eussent quitté la Syrie.
* Tac., Afin., XV. 7, 10, 26.
* los., B. i., II, 543 sq. Elle tâcha ensuite, par son courage (V, 41 et 467), d'effacer ce souvenir, mais vainement comme on le verra ci-dessous.
^ Tac., Ann., XV, 7, il sq« : parum hatnlis proelio uidebatur. » /6id., 17.
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ménîe * ; seule, la III Gallica avait été envoyée en Mésie ■, mais la jalousie personnelle de Mucien contre son légat la fit réexpédier en Syrie en 70 '.
Entre temps, on avait constitué la province de Gappadoce (en 18), sous un procurateur, assisté, en cas de besoin, du secours militaire du légat de Syrie *. Les charges de celui-ci devenaient accablantes ; Vespasien les allégea en mettant un autre légat en Gappadoce. Ce nouveau gouverneur hérita de la XV Apollinaris ^, et de la médiocre Xll Fulminata que Titus, après la prise de Jérusalem, pour l'éloigner des molles garnisons de Syrie •, établit à Mélitène qu'elle ne devait plus quitter.
La Palestine elle-même avait été séparée de la Syrie ; on lui dXinbxxhlh X Fretensis, qui fut établie à Jérusalem, devenue Aelia Capitolina ^ ; et pour ne pas appauvrir la garnison de Syrie, on combla les vides produits en maintenant dans cette dernière province la 7 F Scythica et en y introduisant la XVI Flauia Firma, nouvellement créée, des cendres, pourraiton dire, de Tancienne leg. XVI de Germanie, du même coup licenciée '. Restait la V Macedonica à pourvoir d'une situation définie ; des inscriptions à^Ammouas (Emmatis Nicopolis) • feraient croire qu*elle séjourna quelque temps dans cette localité ^^,
^ Cf. A. V. DomaBzewski, Die Dislocation des rôm. Heeres im Jahre 66 {Rhein Mus., N. F., XLVII (1892), p. 207-218).
« Suet., Vesp., 6 ; Tac, Hist., II, 74.
«Tac, flM^, IV. 39.
^ Gbapol, PROVINGIA, Diclionn. des antiq.
^ Retour de la guerre des Parthes en 63 (Tac, Ann,, XV, 25). Il est du moins très probable qu'elle fut cantonnée par Vespasien lui-môOQe en Gappadoce (Suet., Vesp,^ 8 : Cappadoeiae propter adsiduos barbarorum incursus legiones addidit. Elle doit être comprise dans ce pluriel). Cependant elle fit sûrement aussi un séjour en Pannonie (los., B. /., VIL 117) ; après quoi le plus ancien témoignage de son retour en Gappadoce est dans rixxaÎK; xat' 'AXovûv d'Arrien ; add. CIL, VIII, 7079.
• navxiicaffiv ifiJXavsv, dit Josèpbe (B. I., VII, 18).
^ los., B. /., VII, 17 ; Dio Gass., LV, 23. Sur le liea probable du campement, cf. Wilson, PaUsiine Exploration Fund, 1905, p. 231-242. > Oio Gass., LV, 24.
• Gf. GIL, III, 6647.
*^ Glermont-Ganneau, Archxological Hesearches in Palestine, LondoD,I (1899); p. 468. Il serait naturel que dans ce pays, où Rome avait trouvé des adversaires si redoutables, on eût maintenu provisoirement, par précaution, les deux corps qui avaient la réputation la meilleure (los., B, L, IIL 65 : îjv 81 xk in\9i\i».6xotza x6 ic&(i7txov x«l xh Bixaxov).
LBS TROUPES DB GARNISON BT LBS RENFORTS DE GUERRE 75
mais peut-être aussi n*y laissa-t-elle qu'un délacbement, lors de son retour en Mésie '.
Survint ensuite la création, sous Trajan, de la province d'Arabie : elle fut commise à la garde de Tunique 111 Cyrenaica^ appelée d*Égypte. Enfin, après la suprême insurrection des Juifs, une légion supplémentaire put paraître nécessaire en Judée ; on y transféra sans doute la VI Ferrata *.
Ainsi, à partir d'Hadrien, et pour une période plus longue, nous pouvons dresser la nomenclature suivante :
En Syrie : 111 Gallica, à Raphanée au temps de Ptolémée ' ; on la voit campée en Phénicie sous Marc-Aurële et plus tard ^; IV Scythica^ dont l'emplacement reste indéterminé, mais qui
* MommseD, Eph. epigr.y V, p. 620.
* Bien des bypolbèses sont nées, toucbant le quartier général de cette légion après qu'elle eut quille Laodicée, à une date d'ailleurs inconnue. On a songé à Rapbanée, où fui Irouvée (R. Duseaud, Rev. archéolog.^ 1897, 1, p. 318) une inscription mentionnant un triban-Seuerus, surtout parce qu'à un quart d'beure à peine était le Mons Ferrandus des Francs, dont le Dom dériverait peut-ôlre de Ferrata. Elle aurait alors hérité des cantonnements de la XIl Fuiminata. Ritterling a recours aussi à Tonomastique, mais, je crois, avec plus de bonheur (Rhein. Mus,, iV. F., LVIII (1903), p. 633-5) ; le Ledjoun de Galilée (comme celui da Moab, comme Léon en Espagne) vient de legio, et I& aurait stationné la VI Ferrata au !•' siècle ; puis le nom primitif, Gaparcotna (CIL, III, 6814, 6816), reparaît dans la Table de Peutinger, entre Gésarée et Scytbopolis. Mommsen (CIL, III, 664i) songerait plutôt à quelque endroit de la Batanée, en raison de deux inscriptions (l'une de 208 : CIL, VI, 210 ; add. X, 532) relatives à des soldats originaires de Gapitolias. — Il est possible que ces diverses conjectures se concilient par des distinctions de dates; si le laterculus du Valicao laisse la question indécise, elle est en revanche, pour uno époque malheureusement inconnue, parliellement tranchée par rinscr. GIL, IX, 5362 :... irib. leg. VI Ferr. in Syria [P]alaestina. La réorganisation de la Palestine par Hadrien ne dut pas être étrangère à ces changements, comme le dit von Rohden (De Palaestina et Arabia Romanis prouinciiSf Berolini, 1885, p. 31).
* Geogr.f V, 14, 12 : *Pa<pav&ai, Xe^îtov TptxTj.
^ Monnaie de Tyr, h TefÛgie de Valérien (Mionnet, V, p. 449, n* 738) ; Gia 4544, 4548, 4571 ; Dio Cass., LV, 23. Elle laissa peut-être un détachement à Gyrrhus, où j*ai copié Tinscription suivante (BGH, XXVI (1902), p. 185, n* 29) ; M(àp)cov) AtxCviov [np]6)cXov (fcxaxivcapxov) Xey- (cwvo^) [r| FaXXix^c 'IouX{a Taiou 6uy^ty)P £eouYjpa tov ?8iov avSpa ; l'inscr., vu la paléographie et le nom de Seuera, doit être du m* siècle, et sans doute, puisque le nom de la légion n'est pas marlelé, postérieure à Aurélien (ou antérieure à Élagabale, en supposant un oubli).
sans doute demeura toujours dans le nord de la province * ; et XVI Flauia Firma K
En Palestine : X Fretensis, à Jérusalem ; et VI Ferrata, de campement incertain.
En Arabie : 111 Cyrenaica, à Bostra.
En Cappadoce : Xll Fulminata, àMélitëne, et XVApolltnaris^ à Salala ^
DansTétude des garnisons doit se placer une observation de quelque intérêt ; il convient de remarquer la lente, mais progressive pénétration des forces romaines. Au début, les légions ont leurs quartiers généraux dans la région d'Autioche, à Laodicée etàCyrrhus, à Alexandrette (?) *; les soulèvements juifs, les difficultés persistantes du côté de l'Arménie maintiennent en place, par leur équilibre, cet axe principal, mais provoquent, à de plus grandes distances, une occupation effective et permanente. Jérusalem, Mélitëne deviennent des villes de garnison ; on laisse encore cependant les grosses unités assez près de la côte ; Ledjoun n'en est éloigné que de vingt milles ; Raphanée de peu aussi ; derrière Mélitène ^ reste la garnison de Satala ; la 111 Gallica demeure en Phénicie. Puis on avance davantage : une légion est établie à Bostra; on en met une autre à Samosate. Les annexions de Trajan, bientôt désavouées par Hadrien, l'Arabie exceptée, n'avaient pu donner Tidée d'établir de gros contingents au-delà de TEuphrate.
^ Une uexiUaiio travailla bous Antoain le Pieux ao grand canal de tiéleucie de Piérie ; cf. BCH, ihid.^ p. 165, n*" 5, et p. 166 = Waddington, 2714.
' Waddington (ad n. 2071) estime que son camp permanent devait être sous Marc-Aurèle dans les environs de Damas, de môme que celui de la m Gallica [erreur, comme nous l'avons vu plus haut], « car à cette époque les deux légions fournissaienl simultanément ou alternativement des détachements pour la garde du poste important de Phaene, situé au point où la voie romaine entrait dans la Trachonite », mais j'ai trouvé à Samosate une brique qui porte : LEG.XVI.FL. (BCB, ibii.^ p. 203, n« 56), et justement vers Je milieu du ii* siècle, Ptolémée (V, 14, 8) écrivait : Zaïx^vaTa XeYicov <f>Xaouta. Ce devait bien être celle-là.
' Itin. Àntonin., 183, 5.
^ Notons, à titre accessoire, rétablissement & Béryte, sous Auguste, de vétérans de la VIII Augusta (Dio Cass., LI, 9 ; cf. Strab., XVI, 2, 19, p. 756 G; Eckhel, D. iV. F., III, p. 356; cf. Waddington, 1827 et 2699).
^ N'oublions pas que la XII Fulminata y avait été envoyée en quelque sorte par punition.
Celte pensée se fait jour avee Septime Sévère, créateur des légions parthiques *. Il y en eut trois de formées à peu près simultanément, et toutes trois durent prendre part aux expéditions de Caracalla et de ses successeurs contre les Parthes; mais toutes trois ne restèrent pas, durant les intervalles de paix, cantonnées en Mésopotamie. Dion Cassius > ne l'affirme que de la première et de la troisième. Parmi celles-ci, il en est une sans doute qui eut, au moins pour un temps, ses statiua en Osrhoène ', quitte à se déplacer temporairement, suivant les besoins de la situation militaire. Ainsi un préfet de la / Parthica est l'objet, au temps des Philippes, d'une dédicace trouvée à Bostra ^. Une inscription d'Âpamée mentionne Septimius Zenostratus, soldat de la / • Parthica Seueriana P. FeL Fid. Aei., puis centurion princeps posterior de la IX* cohorte •. Le nom de la 111 Parthica figure sur des monnaies frappées à Sidon sous Élagabale ^ ou à Resaina sous Sévère Alexandre et Trajan Dèce '. Ce sont encore là, je suppose, des résidences
* V. 0. HirscbfeldyDié kaiserlichen Verwaltungs beamten bU aufDiokletian, 2t« Aufl., Berlin, 1905, p. 396 sq.