‹ La frontière de l'Euphrate de Pompée à conquête arabeChapitre 33 sur 83 · SGIPL1NB DES TROUPES. RAPPORTS AVEC LA POPULATION · texte numérisé non relu

SGIPL1NB DES TROUPES. RAPPORTS AVEC LA POPULATION

et endormis ^ Julien n'était pas sans méfiance à l'égard de ses troupes ' : arrivé à la frontière, il fait rompre un pont derrière Iui,pour ôter à quiconque la pensée d'une débandade et d'une retraite ', puis il lient un discours pour interdire le pillage : c Marchez toujours en ordre ; dans le combat, ne quittez jamais vos enseignes ; le premier qui s*en écartera, je l'abandonnerai, après lui avoir fait couper les jarrets * ».

Âmmien rappelle un grand nombre de châtiments infligés dans cette campagne : le Suréna ayant surpris trois escadrons, enlevé un étendard et tué un tribun, les deux autres sont dégradés comme lâches^ avec dix soldats qui avaient fui, et mis à mort •. Une autre fois, indigné contre les gens d'une cohorte qui avaient lâchement soutenu le premier effort de rennemi, l'empereur les transfère dans un autre corps moins honorifique et moins avantagé •. Des légions accusant un corps de cavalerie de s'être insensiblement retiré pendant l'attaque, au grand péril du reste de l'armée, il lui enlève ses étendards, brise ses lances, fait marcher ses pelotons avec le train et les prisonniers ; les officiers, plus vaillants, furent préposés à d'autres corps, dont les tribuns avaient également fui. « Julien, dit Ammien, vu les difficultés qui l'attendaient, se contenta de ce léger châtiment "^ ».

Avec le temps les mauvaises habitudes ne font que se développer. Un contemporain d'Anastase nous en rapporte ce

* Amm. Marc, XVIII, 8, 3.

* Il se trama sous son règne des conjurations militaires importantes, dues sans doute en grande partie à sa politique religieuse et à son ardeur & faire des prosélytes. Il put aussi y avoir des froissements entre les soldais de Constance, généralement chrétiens, et ceux que Julien avait amenés d*Europe, ceux-là païens convaincus. Les textes sont étudiés et cités par G. R. Sieyers, Das Leben von Libanios, Berlin, 1868, p. 97 et 108.

« Amm. Marc., XXIIl, 5, 4; Théodorel, ff. eccL, Ilf, 20, p. 1118, Migne. — Et il place au milieu, entre les deux lignes, des bataillons d*infanterie suspects, qui pourraient tourner le dos et donner le mauvais eiemple (Amm., XXIV, 6, 9).

* Amm., XXII!, 5,21.

^ Secutus ueteres leges (XXIV, 3, 1-2). Après la prise de Pirisabora, Julien promet à chaque homme cent deniers d'argent; ils murmuraient sur la modicité de la somme, mais ses vives remontrances les apaisèrent {ibid., 3, 3-7).

* XXIV, 5, iO.

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témoignage oculaire : après une bataille, les troupes byzantines se dispersent pour dépouiller les morts * ; à la tombée de la nuit, il faut que le commandant en chef fasse allumer du feu au sommet d'une colline et sonner des trompettes pour rassembler ses hommes *. Venus en libérateurs dans une cité, les soldats s'y font entretenir, logent même chfez les prêtres et les diacres, malgré Tédit impérial qui l'interdisait '.

S'étonnera-t-on des désertions d'alliés ou de fédérés?

Les Romains connurent plus d'une fois celte disgrâce * et souvent aussi la révolte individuelle. Â Dara un soldat, Jean, conspira avec quelques camarades et s'empara de la ville, se fortifia dans le palais ainsi que dans une citadelle et s'y diéfendit quatre jours; au bout de cet effort il fut tué '. Dans les derniers temps, la victoire, du côté de Byzance, fut maintes fois compromise ou empêchée par la pleutrerie de certains chefs : Théodoric, qui commandait les Scythes, prend la fuite sans soutenir le premier choc des ennemis ® ; la terreur panique du chef, dans une autre rencontre, causa la déroute de l'armée romaine '.

Dans les armées perses, le général était très maitre de ses hommes, et les secrets du commandement y demeuraient bien gardés *. Au contraire, chez les Byzantins sévissait un étatmajor tumultueux et discordant. Parti de Dara, Bélisaire s'arrêta à 41 stades de Nisibis ; plusieurs voulaient aller de l'avant ; il leur dit : « Je ne pourrais faire connaître mes vues — ils le demandaient ! — ; une parole dite dans le camp ne demeure jamais secrète ; elle court jusqu'aux oreilles des

* Il est bien curieux d'entendre ensuite le chef romain dire à ses hommes : « L'infanterie perse n*est qu'un ramas de paysans bons toal au plus à remuer la lerre et dépouiller les cadavres » (Procop., B. P., I, 14, 25). Ne pas dépouiller les ennemis tant que dure la bataille^ recommande sévèrement Maurice (Strateg,, VII, 15, p. 146).

* Josué le Stylite, Chron., 52.

» Id., 87.

^ « Les Lazes firent difficulté de se joindre aux Romains, dont ils redoutaient la froideur, parce que ceux-ci ne luttaient pas comme eax pour leurs foyers » (Procop., B, G., IV, 8, 3) ; au premier conUct, la cavalerie laze prit la fuile {ibid,, 18 sq. ; cf. Théo ph an., 309).

* B. P., I, 26, 5 sq.

« Buagr., V, 20 (sous Maurice).

'' Theoph. Simoc, II, 9, 1 sq.

* Amm., XXI, 13, 4 : apud Persas nemo consilioram est canscius praeUr optimales tadturnos et fidos, apud quos silentii quoque colitur nomen.

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ennemis. Je vois que chacun de vous, oubliaut son rang, entreprend de commander ici * ». Il devait prendre Tavis des principaux chefs, sous peine de se voir désobéir *. Le système des condottieri conduisait à une hiérarchie mal fixée : vers la frontière d'Arménie, les troupes romaines subirent une grave déroute, parce qu'elles étaient conduites par une quinzaine de capitaines, presque de même rang, qui ne s'entendaient pas '. La discipline en devenait bien difficile à maintenir : au milieu d'un engagement, par exemple, on voyait un des corps, s'étant emparé du bagage de Fennemi, en commencer le pillage, au lieu de tenir ferme devant les Perses *. Le butin restait partout et toujours la grande préoccupation ".

Une nouveauté de cette basse époque est l'importance très grande que commencent à prendre les évêques même dans les opérations de guerre : ils accompagnaient les armées romaines pour attirer sur elles les bénédictions divines, et on désignait généralement quelque prélat de Mésopotamie • pour escorter les ambassadeurs auprès du roi des rois. Les poésies d'Ephrem "^ servaient à enflammer les cœurs des habitants de NisibiSy pendant que la ville était assiégée par les Perses. Eusèbe de Samosate avait adopté le costume militaire, hors le casque, remplacé par la tiare •. Conon, évêque d'Apamée sur rOronte, combattit vaillamment dans la troupe d'Isauriens qui soutint contre l'usurpateur Longin la cause d'Anastase Ml y a bien des légendes sur ce sujet, notamment dans les récits de

* Procop., B. P., II, 18, 5-6.

» Ibid., 19, 6 sq.

*Theoph. Simoc, II, 4, i.

^ Craignant la couardise de ses hommes, le général Martin feint d'apprendre qu'une armée de secoars lui arrive, espérant exciter leur dépit, car ils voulaient le butin pour eux seuls. En effet, Pennemi ayant attaqué, ils firent une superbe défense (Agath., III, 9, 4).

* Et il y avait échange de bons procédés entre les deux ordres, civil et religieux: la nonne Siluia (Éthéria?) reçut des autorités une escorte militaire pour les trajets dangereux de sa peregrinalio (IX, 3^ éd. Geyer^ Corp. script, eceles. lai.. XXXIX (Vienne. 1898), p. 49).

^ Cf. Carmina Nisibena Sancii Ephraemi Syri^ éd. syriaque et trad. avec commentaires par Gustave Bickbell, Leipzig, 1866 ; C. Ferry, Saint Ephrem^ poète, Paris, 1877.

«Théodoret, H. eccl., IV, 13, p. il49 Migne.

' Euagr., n. eccl, l\\, 35.

Théodore t S mais le fait simple de cet ascendant épiscopal n'est pas douteux ' : Tidée chrétienne fut dans bien des cas pour ces barbares un principe de ralliement et de discipline.

Héraclios en tira adroitement parti ' : Thiver venu, il ne voulait pas risquer ses troupes au-delà de Ganzaca ; elles demandaient à poursuivre ; il les rallia à sa décision, la plus raisonnable, en faisant ouvrir TÉvangile, un jour de jeûne, à on endroit qui semblait indiquer qu'il fallait aller hiverner en Albanie *. Grâce aux mêmes sentiments, cette histoire militaire s*achëve à peu près sur une belle page : contre les musulmans fanatisés, les Byzantins et leurs partisans luttèrent avec plus de valeur que de chance : pour s'ôter toute latitude de fuir, les cbréliens s'étaient enchaînés les uns aux autres, à la journée du Yarmouk ^.

' Histoire de l'éfôque Jacques de Nisibis, invoquant le flis de Diea, qui apparaît sur les murailles de la ville au grand effroi des ennemis {Relig. hi$L, p. 1118= 1304 Migne), et obtenantdu Seigneurqu'ii envoie sur la multitude des Perses des vers et moustiques, qui remplissent les oreilles, les yeux et les narines des chevaux et des éléphants (B. eecL, II, 26, p. 1076 sq.). — Au siège de Tbéodosiopolis, Eunoine, Tévéque, démonta seul les machines du grand roi, et un prince perse ayant blasphémé, il en fit mettre une sur le mur, à laquelle on avait donné le nom de Tapôtre Thomas ; elle frappa le blasphémateur, dont elle jeta la cervelle à terre. Le roi de Perse, effrayé, fit la paix (ff. eccL, \, 36, p. 1269).

* Add. les évéques envoyés par les villes en parlementaires fProcop., B. P.,II, 5, 3;6, 4; H, 4).

3 Je donne pour ce qu'elle vaut l'antithèse établie par Georges Pi- 8idè8(£a;p. Pers., Il, 241 sq.) entre l'armée d'Héraclios et celle de Shabrbaraz, la veille d'une bataille : dans le camp perse, au son des cymbales, des femmes nues et provocantes dansaient autour du général ; des psaumes s'élevaient dans le camp chrétien.

♦ Theophan., 308.

^ D'après Beladhori, Thistorien arabe (de Goeje, op. laud., p. 117). II s'agit, bien entendu, des fantassins.

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