M, 13 ; II, 1 ; II
^ XVIII, 6, 12. —lAéiB\i(ibid„ 13) la forteresse d'Âmoudis ou 'AyLinaotov {Aed., II. 1, p. 213), 'AtifxwSiwî (Theoph. Simoc, V, 4, 4), Amaude (Geogr. Rav., 81, 20) ; cf. Fraenkel, Pauly-W., s. u.
« Amm. Marc, XVIII, 10, 1.
7 Cf. supra, p. 316, noie 2.
8 V. plus loin.
* Meiacarire {eui fontes dedere uoeabulum gelidi, selon Amm., XVIII, 6
322 l'occupation territortale
cha ^ se trouveraienl sur le chetnin le plus court de là à Amida, par conséquent loin du fleuve. Reoian et Busan seuls étaient en dehors de cette voie *, car on ne les gagna que par un détour.
En 584, le chef perse Gardarigan allait en venir aux mains avec le maître de la milice d'Orient Jean; ce dernier établit son camp à Monocartum, sur le mont Aisuma, qui était le point culminant de Tlzalas ^. De là, évoluant entre un certain nombre de castra^ il se rendit à Xapxapwjxàv ^, et, à ia nouvelle que Gardarigan voulait monter à Tlzalas l\k twv 6x'^pu>{xxTa)v toû Maï2X3ptp{, il ramena son quartier général à Nisibis, d'où il dirigea quelques razzias en territoire perse, puis il revint s'abriter parmi les hauteurs de ^Izalas^Les indications de Siniocatla sont extrêmement confuses et ne permettent de situer, même par approximation, aucun des postes qu'il cite ; on croit voir cependant que tous étaient sur le Masius, et la plupart dans la partie méridionale et orientale de cette chaîne.
Ailleurs il en nomme d'autres encore, toujours en termes vagues : Héraclios trouva sur Tlzalas de nombreux castella^ notamment Thomanon; il mit garnison dans deux d'entre eux : Phatachon et Alalisos *. Ges campements fortifiés appartenaient tour à tour, suivant la fortune de la guerre, aux deux belligérants. De Lorne nous savons seulement qu'il était près
16) correspond aux Aquae frigidaede la Table de Pcutioger ; Theoph. Simoc.,I, 13, 4: MaïaxapipJ; dans la NoL dign. (XXXVI, 36): Maiocariri, où stationnait la Cohors quariadecima V alerta Zahdenorum,
i On Ta identifié avec Mefana Gartha, où la iVo4. (XXXVI, 25) place les Equités sagiltarii indigenae Arabanenses ; c'est possible, rien de plus. La diôme doute d'élève sur le rapprochemeni qu'inspire cette autre menlion : Ala secuuda noua AegypUorum Cartka (ibid,, 32). Add. infra^ note 4.
' On s^explique ainsi que des approvionnements y aient été cachés, ut in munimentis praecelstM et fidis (Amm., loc. cit.),
' Theoph. Simoc, [, 14, 6. Monocarlum s'appelait alors Tibériopolis, en ralHon sans doute d'une réfection due à Tibère II.
^ Ritter (XI, p. i52) assimile cettelocalité avec le Rbabdiumde Procope, et Slreck (Pauly-W., SuppL, I, 283) suppose que ce nom de Xap^apcujjisÉv signifie seulement die befestigte Stadt Roman (le Reman d'Ammien), qui n'aurait rien à voir avec le Gbarcha cité également par Ammien, par Euagr., VI, 21, Simocalla lui-môme (V, 1, 10 ; V, 13, 1) et la ffotitia (ci-dessus^ note 1). Cette hypothèse semble plausible, mais non celle de Rilter.
» Theoph. Simoc, F, 13, 3 sq.
DU TIGRE A l'eUPHRATB. ROUTES, FORTERESSES DE MESOPOTAMIE 323
de Mardiriy car un messager parti d'Amîda se rendit à Nisibis à travers Tlzalas, en passant entre ces deux localités *.
Sur la frontière, mais on ignore en quel point, était le castel de Rhabdium '. Il n'appartint que tardivement aux Romains, ayant été obtenu, ainsi que la route qui y conduisait, par un empereur que Procope ne nomme pas, en échange d'une région de vignobles en Arménie, qu'il céda à la Perse. On ne peut qu'approximativement en déterminer la place, sachant qu'il était à deux journées de marche de Dara, fovii U tk nepcrwv ^Ot). et que Sisaurana ou Sisaura ' dont Justinien s'était emparé, distant de 3 milles de Rhabdium, se trouvait à un jour de Nisibis ^. Cette région, malgré sa fertilité, était restée sans défense jusque-là ; et pourtant Rhabdium occupait une position éminemment favorable, sur des rochers abrupts. Justinien, le premier, entoura de murailles celte localité, et creusa la roche en maint endroit, pour la conservation des eaux de pluie.
Mais depuis le traité de Jovien, il n'y avait plus vers le Haut- Tigre qu'une cité véritable, Amida • . Il ne nous est pas dit qu'elle ait été fortifiée avant Constance II (337-361) » qui pourvut cette ville, olim perquam bretiem, de tours et de murs épais et y créa un arsenal. La leg, V Parthica, avec un escadron indigène à gros effectif, s'y trouvait en permanence;
^ FamiHarem regionum Mesopotamiae gnarum, per Izalam monlem inler catlella praesidiaria duo Mande et Lome^ introiturum Nisibin occulte dimisit (Amm. Marc, XIX, 9, 4). Sur toute cette régioa de Tlzalas, cf. Ritter, Erdk.^Xl, p. 150 sq. — Autres fortifications nommées par Simocatta, et qui sont toutes dans les environs de la haute vallée du Tigre : Aphoumon, byzantine (1, 1, 12. 3 ; II, 9, 4. 9 ; III, 15, 4) ; Acbas et Malzaron, perses (I, 12, 1 ; II, 18, 7) ; Ghlomaron (II, 7, 6 ; 8, 12) et Beïouoaéc (H, 18, 7) ; cf. BiîYou<6aï>9a; de Georges de Chypre (930) = uicus Judaeorum. On peut le rapprocher du Sina ludaeorum de la Notit. (XXXV, 19 (cf. 7) : Equités promoti indigenae), qui était en Osrhoène.
* Georg. Cypr., 914 : x. Toupav8toç (s= toû *Pà[6]8to<:, selon Gelzer, p. 1^). ToupxiSSio;, d'après G. Hoffmann ; et ce castel, différent de Rhabdium (Rappûn)f serait à placer à Tour-Âbdin. — Procop., Aed,, II, 4, p. 220-1.
'Sisara dans Amm. Marc, v. p. 321 ; Procop., ibid.
* B. P., Il, 19, 2. Cf. Ritter, Erdk., XI, pp. 400, 401.
* Hieroclès, Synecd, : 'Eirap^fa Meao'itoTafjttaç... irtSXtv a, "AfxiSa. — Cf. Ritter, XI, p. 20-23.
* La Chronique d'Édesse rapporte Tévénement à Tannée 349 : Rallier, p. 96, n® 19 ; Assémani, BibL or,, I, p. 26 ; add., 196. La construction dura deux on trois ans, d'après Zacbarias Rhetor^ VU, 6, p. 117; cf. les notes d'Ahrens et Krûger, p. 343.
L OCCUPATION TERRITORIALE
mais la garaisoa fut considérablement accrue au moment de la guerre de Sapor, en 359 ^ Ammien a longuement décrit le siège qu'elle subit alors, et sa description s'applique très bien à la ville actuelle de Diarbékir ^. Un autre, plus terrible encore, eut lieu sous Ânastase en 503 ; les assiégeants s'emparèrent de la ville par une mine souterraine ; mais Anastase racheta ensuite Amida ^ Procope consigne brièvement que Justinien en
Diarbéldr
A//uytons
Fig. 15. — Vallée du Tigre à Amida.
refit le mur et l'avant-mur qui menaçaient de s'écrouler *. Un détail, rapporté à l'époque antérieure, n'a pu manquer d'intéresser aussi celle de Justinien : il s*agit d'une sorte de puits qui, sans interruption, fournissait de l'eau à la garnison et aux assiégés '; il était pratiqué au niveau du fleuve. Et le texte permet de conclure à l'existence d'un système d'approvisionnement analogue dans toutes les places fortes au voisinage d'une rivière.
1 Amm. Marc, XVIil, 9 ; XIX, 1. Plus tard, \^fioliiia lui donne &colemeat comme garnison (KXXVJ, 19-20) \t^Equiies scutariilUy ridant et les Kquites Ducalore* lUyriciani primi. Elle a été compilée à un moanent où Tempire était moins menacé sur cette frontière.
' V. (lig, 15) le profil emprunté à Czernik, loc, cil.y pi. II, commentaire frappant d'Àmmien (XVII[, 8, 1) : in arduo sitam^ unoque ascensu perangusU> 7neabilem, quem scissis collibus, moUnae ad calles art^landas, aedifieaiae densius constringebant,
• Procop., B, P., I, 7-9. Cf. aussi la cbroniqao de Josuô le Slylite et celle d'Ëdesse (Hallier, p. 120, no 80).
* De aed., II, 3, p. 120.
'Amm. Marc, XIX, 5, 4; in summoto loco partis meridianae mnrorum^ qiiae despectat fluuium Tigrim, turrit fuit in sublimitatem exurgens^ sub qua kiabant rupes abscisae ut despici sine uertigine horrenda non possei^ unie cauatis fornicibus mblerraneis per radiées moniis scalae ad usque ciuUaiis ducebam planitiem^ quo ex amnis alueo kaurirentur aguae fur* tiniy ui in omnibus per eas regiones munimentis, quae eontingunt flumina^ uidimus, fabre politae. Sur ce que contenait la ville, el notamment l'aqueduc, v. Zacliurias, p. 118; add. Marcellin. Cornes, 518.
BU TIGRE A l'eUPHRATB, ROUTBS FORTERESSES DB MÉSOPOTAMIE 325
Si la citadelle d'Amîda n'est plus qu'un amas de décombres, du moins les murs de l'antique enceinte, les tours et les portes sont encore debout *, et Ton n'en regrette que davantage l'absence d*un plan qui aurait dû tenter les voyageurs, alors qu'ils n'ont guère fait que traverser la ville ou en visiter les divers monuments sans importance ^.
Cette cité, qui avait le privilège d'être à la fois au bord du Tigre et à deux jours de TEuphrate à peine % était désignée pour protéger les approches des territoires romains d'Arménie et de Mésopotamie tout ensemble. Nous avons vu qu'elle était reliée à Dara par une série de forteresses ; mais elle-même s'entourait de castella qui opposaient une première résistance à l'invasion et laissaient à la place principale le temps de s'organiser. Procope, visiblement mal renseigné sur celte contrée, déclare n'êlre pas en mesure de parler de tous avec précision ^ ; d'une façon générale et vague, il sait que Justinien mil à l'abri d'un coup de main tous ceux qui y étaient exposés, leurs murs n'étant faits que d'une sorle de boue argileuse. Il n'en cite que deux : Apadna et Byrthum. Le premier aura été créé vers la même époque qu'Âmida, car il figure parmi les forteresses dont on voit l'image en tête des chapitres de la Notitia dignitatum; il est bizarre seulement qu'on l'y rencontre deux fois, parmi les places de l'Osrhoène et celles de la Mésopotamie S avec une légère variante orthographique, par elle-même négligeable. Il devait y avoir deux Apadna : celui de Mésopotamie • se trouvait quelque part au nord d'Amida, dans le Taurus arménien ^ Quant à Byrthum, il est présentement introuvable '.
* Sacbau, ibid,, p. 437.
« Opperl, Expédit. en Mésopotamie, I, p. 50-57.
* Entre les deux se troavail le xâarpov 'Aodcp(iT)<; ou 'A6àpvT)<; de Georges de Chypre (921), en rapport avec les sources chaudes dont parle Âmmiea (XVlll, 9, 2), près du Tchermouk d'aujourd'hui. Cf. Streck, Pauly-W., Suppl.,9.u.
* De aed,f II, 4, p. 223 : àxpiSoXoYelaOai £itavxa icpoç ovofia ouk eùireTèc Iœ^i. Amm. Marc, XIX, 6, i, fait allusion & plusieurs d'entre eux, à propos du siège d'Amida par Sapor: alia munimenta iisdem diebus capta sunt elincensa ; et de ces castella, où sans doute s'était rt.^fugiée une partie de la population civile, des milliers d'hommes furent emmenés en servitude.
5 Not. Or,, XXXV. 13 (Apatna) ; XXXVI, 8 (Apadna).
* Pour celui d'Osrhoène, v. p. 299, note 4.
' Cf. Ruge, s. u., Pauly-W., et Streck. ibid,, Suppl, I, 98-99.
* On n'en saurait rapprocher le Birtha des bords de TEupbrate cité
326 l'occupation territoriale
C'est encore une forteresse couvrant Amida que désigne Âmmien, racontant qu'une foule innombrable, lors du siège de 359, Ziata capto castello ad hostmm ducebatur, quem in lociim ut capacissimum et muniium — spatio quippe decem stadiorum * ambitur — promiscua confugerat mitltitudo *. Mais elle se trouvait déjà en Grande-Arménie.
Enfm, dans cette énumération, assez désordonnée, des cens* tructions militaires qui concouraient à la défense de la frontière persique, Procope nomme encore le castellum de Baras ', à la suite des dépendances d' Amida. On en chercherait vainement la position précise, sur cette unique donnée qu'il occupait le sommet d'une montagne escarpée, et que Justinieu lui fournil l'eau qui lui manquait, en faisant creuser à Tintérieur des murs un puits, jusqu'au niveau d'une source voisine, qui vint s'y précipiter.
par Ptolémée (V, 18), que Fischer voudrait placer an peu en aval de nie MoglOf où Cbesney a vu quelques ruines (entre Rakka et Halebitfé) ; cT, Joaué le Slylite, Chroniq.^ 93 : « Le vénérable Serghis, évèque de la citadelle de Birtha, située chez nous aux bords de l'Eupbrate, commença aussi à b&tir des remparts à sa ville, s D. H. Mûller {Birtha, Pauly-W.) dislingue deux Birlha sur i'Ëuphrate, Tun en Osrhoène (Hierocl.,715,2), qui serait identique au x. BCpOcuv de Georges de Chypre (899) ; cf. peut-êlre Ala prima Victoriae Touia {sic) contra Bint fia {Noi., KXXV, 28) ; l'autre daus TArabie déserte, qui serait à Deir, Le mot, signifiant château tort, a pu servir bien des fois.
^ Environ 1.800 mètres.
• XIX, 6, 1. V. infra, p. 358.
^ Le Géographe de Ravenne (79, 10) mentionne un autre Bara, entre Nisibe et Édesse.
Dans les pages qui précèdent, nous avons étudié les postes byzantins de frontière et les ouvrages avancés par rapport à l'ancien limes, latéral à TEuphrate. Reste à voir ceux de l'arrière-pays et comment les uns se reliaient aux autres. Les ambitions perses touchant les régions au-delà du Tigre avaient moins pour objet la possession de ces terrains, en grande partie stériles, que la suppression d'une zone intermédiaire qui embarrassait, retardait toute entreprise contre une région infiniment plus convoitée, la Syrie proprement dite; les plans de campagne des Sassanides visaient surtout Antioche et sa banlieue, et, par delà, les contrées prospères — ou heureusement situées — du Liban et de l'ancienne Phénicie.
La Syrie s'est volontiers reposée sur la Mésopotamie, plus voisine de la Perse, du soin de sa sécurité. A Forigine, quand rOsrhoène était encore pleinement étrangère à l'empire, les troupes traversaient plus souvent la province de la mer à TEuphrate, et y stationnaient en plus grand nombre *. En Syrie» les chefs eux-mêmes s'amollissaient, surtout dans la ville des délices, Antioche. Quand toute une nouvelle marche eut été annexée à Test, ce fut pire encore ; les garnisons peu à peu fondirent. Au temps de la Noiiiia, il y a encore dans la Syrie
^ Gyrrfaus servait de garnison pour Thivôr & la X Fretensis soub Tibère, Boit plusieurs milliers d'hommes ; on en détachait seulement quelques cohortes pour des services momentanés : CIL, III, 6697 (Bybios) ; Waddington, 2717 (Séleucie) ; C. fl. Acad, d. Inscr., 1894, p. 261 (Samarie}.
328 l'occupation territorialb
propre deux légions, mais Tune est presque en Osrhoène, à Sura, l'autre à Oresa, en plein désert, près de Palmyre. Au nord, les temps de guerre exceptés, plus rien que quelques escadrons de cavaliers, généralement indigènes *. Et la tradition se conserva*. Il semble que les villes delà Cœlé-Syrie n'aient point mission d'entraver la marche de Teunemi ; il suffit qu'elles soient bien closes, pour éviter d'être mises à sac par les brigands.
Pour étudier méthodiquement la carte militaire de cette région, le mieux est de suivre les routes qui passaient par les différentes locaUtés.
La communication la plus directe entre l'Osrhoène et, d'autre part, l'Arabie et la Palestine, s'opérait par une route passant à Palmyre ' et dont les deux points terminus étaient Damas et Sura ^. Nos sources énumèrent la série des postes qui la jalonnaient ; un des plus importants était Resapha. Ce nom, en arabe, signifie v chaussée, route pavée ou dallée ^ » ; il est étrange qu'on l'ait donné à une ville ; néanmoins cette étymologie ne doit pas être perdue de vue, puisqu'un des milliaires recueillis par Sterrett ^ porte : û.n. Constantino no6.
^ Les campeoienls que leurs attribue la Notilia bodI, nous le savons déjà, très souveat impossibles à identifier.
' Le Saracène Alamoundar put dire à Ghosroès : « Au-delà de TEapbrate et en Syrie, ni villes fortifiées ni troupes nombreuses ; Antioche n'est pas protégée ; elle n*a pas de garnison. » (Prooop., B. P., I, 17, 22).
* Des inscriptions de Palmyre rappellent des auvoS{ai ou caravaoes qui prenaient ce chomin (Ditten berger, OrGrIS, II (1905). p. 341, no 633, et n« 632 : ffuvootàpxT)v ; cf. note 2; add, p. 345, n» 638 ; p. 352 n» 646).
'* Aujourd'hui ce n'est plus que pour partie l'itinéraire des caravanes ; à deux journées de Tadmour (Palmyre), elles continuent vers Test-nordest, pour aboutir & Deir; tel est le cbemin suivi par Oppenbeim (Vom Mitielmeer,.., I, p. 279 sq.); or il ne mentionne pas de ruines. Moritz avait fait de môme (op. cit., p. 35-40), et voici tout ce qu'il a relevé : vers le milieu de la route, à Kabâkib, une fontaine antique, en briques, et à 1 kil. de là, vers l'ouest, à Chabra (ce qui signifie couvent), les débris d'une conduite d'eau, qu'il jugea romaine, réunissant les eaux de pluie dans un grand bassin. Un monastère perdu dans les solitudes, c'est tout ce qui a pu exister sur ce chemin.
^ Cf. Glermoot-Ganneau, La voie romaine de Palmyre à Resapha {Bec. d'arch. orient, IV (1901), p. 69-74); Resapha et la Strata Diocleliana {ibid., p. 112-113).
«CIL, JII, 6719 ; cf. 6717 à 6721.
C(flé)s(ari), Strata Diocieiiana, a Palmyra Aracha VIIL Strata, en effet, a exactement le même sens, et enfin Procope * parle d'une yyip% dite Stpa-ca située dans cette région. Tout concorde à faire croire qu'il existait une chaussée des mieux construites entre Palmyre et Sura, et qu'elle fut inaugurée sur Tordre de Dioclétien ^ Il est étrange qu'aucune trr.ce n'en soit plus visible ; le pays est si peu parcouru, si abandonné, qu'on ne peut penser à une destruction systématique et complète ; de fait, aucun voyageur n'a aperçu les moindres restes de cette voie; personnellement, je n'ai rien distingué entre Hammam et Resafa : alors que le temps a respecté à peu près cette dernière ville, on ne conçoit pas que les pierres de pavement aient pu disparaître en totalité ^
Quoi qu'il en soit, cette route à travers le désert, nia Palmyre, est certainement de création romaine * ; la première mention en paraît remonter à 41 avant Jésus-Christ 5, sinon à 51 ^ Le poste initial, au départ de Palmyre, était Aracha, cité par le milliaire ci-dessus et très reconnaissable dans YÉrek d'aujourd'hui ^ Moritz n'y a relevé que des vestiges d'habitation, qui ne sont point sûrement antiques. — Venait ensuite Oruba ' de la Table de Peutinger, maintenant Tayibé : il y avait là des ruines étendues au temps des explorateurs anglais de
< B. P., II, 1, 6 ; V. «ttpra, p. 250.
« Cf. iVo/. Or,^ XXXII, 43 : Cohon 11 AegypUorum Valle DiocleAiana (Phénicie). Getle localité se trouvait peut-ôtre sur un point de la roule en question, qui, dans sa partie méridionale, dépendait de la Phénicie du Liban.
3 II n'y en a môme plus aujourd'hui dans cette plaine : le voyageur ne trouverait pas le moindre caillou pour enfoncer les piquets de sa tente.
* Cf. Bevan, The House of Seleucus, London, 1902, I, p. 55, note 2.
^ Appian.. Bell, du., V, 9.
« Cic, adfam,, XV, 1, 2: Pacorum Orodi régis Parthorum filium cum permagno equUaiu Parthico transisse Euphralem et castra possuisse Tybae, magnumque tumuUum esse in prouinda Syria exercitatum. Il n'est pas interdit de supposer que ce Tyba correspond à Tayibé (v. infra), mais le fait reste très problématique.
"^ Harae (= Harac) dans la Table de Peutinger ; 'Aotz/à (à corriger en 'Apa^i) dans Ptolem., V, 14, 19; mais est-ce bien, comme Padmet Moritz, l'Anatha de la Nolitia (XXXIII, il, 20) ?
' Il faut liresa.ns doute Oruda ou Oruza, car on trouve 'Opt^a dans Ptolem., V, 14, 19 ; Oresa dans la NotiL (XXXIIÏ, 23) ; Orissa chez le Géogr. de Rav. — Dans Et. de B^z. : Uadrianopoiis.
330 l'occupation territoriale
Paimyre ' ; et cette station était celle du préfet de la leg. IV Scythica, au commencement du v^ siècle. De plus, à deux ou trois heures au sud-est, il y avait, d'après le voyageur P. de la Valle ■, deux constructions rectangulaires mesurant respectivement 100 et 200 pas de long, formées de murailles de S'^.SO d'épaisseur et hautes de 12. L'une avait 12 tours, l'autre 24. Peut-être la garnison dont il s'agit laissait-elle en cet endroit deux uexillationes *. Sur la route même, entre Érek et Tayibé^ on n'a observé que les ruines d'une tour de guet *. — Quant à ChoUe, placée par la Table de Peutinger à 22 milles d'Oruba et 20 de Ri sapa {sic), elle est extrêmement difficile à situer '. Quelque approximatives que soient les données de la Table, on ne peut songer à Souchne, proposé par Ritter «.
Enfin» avant Sura, restait Resapha-Sergiopolis. Un temple vénéré, consacré à saint Serge, attirait en foule les pèlerins; pour en protéger les trésors, déposés comme offrandes, JusUnien l'entoura de solides murailles. Une cité véritable y prit dès lors naissance ; elle s'abreuvait aux réservoirs creusés à la même époque et une garnison veillait à sa sécurité ^. De simples raisons de chronologie font que l'endroit s'appelle Resafa dans Plolémée et dans la Notitia ^ 11 ne faudrait donc pas in-
^ Cr. Waddington, 2631 ; add. aoe dédicace religieuse du temps d'Hadrien, 4501 = Dittenberger, OrGrlS, II, p. 339, n*» 631.
« V. Ritter, Erdk.y X, p. H03 sq. ; add. Journ. of. the R. Geogr. Soc, XXX (1860), p. 207.
^ Peut-être aussi, comme le suggère Moritz, était-ce l'^'ASaSa de Plolem., V, 14, 19. Le nom actuel, Aheir^ qui signiQe retranchement, ne conduit à aucune identification.
^ Lady Blunt, Beduin tribes of the Euphrates, London, 1879, II, p. 37.
* Cf. Clermont-Gaaneau {ibid., p. 73), qui résume les complications.
** Ibid,, p. 1441.
'^ Procop., Aed,, II, 9, p. 235. Ghosroès en fit le siège, mais ne s*y opini&tra pas ; il Qt remise de 1200 captifs contre 200 livres d*or (Id., B, P., II, 5, 29).
8 Ptolem., V, 15 ; Mot. Or,, XXXIII. 5, 27. Formes diverses : 'PîjTa^at, 'Po(73(p(x, Rosapha, Rosafa, Risapha, Risapa (Gelzer, p. 151). Georg. Cypr., 883 : SepYiouTToXic t[xoi 'AvaTcaffiotSiroXiç, ^ aijfxepov 'Parcattpi, £v9a Sfiap- Tup7](7ev b ûEYioc ZâpYioc. La ville dut donc recevoir les faveurs d'Ânastase (491-518) ; il est singulier qu'elle les ait oubliées, ainsi que Téolat qu'elle devait à la mémoire de Serge, pour revenir à son ancien nom. Toutefois, s'il n'y a pasd*inexactitude dans Georges de Chypre, le changement était récent lorsqu'il écrivait, car il y eut un Abraamius ep. Ser^ giopoleos en 553 (Mansi. ConciL, IX, 390).
terpréter Procope,peu explicite, en ce sens que Serglopolis aurait élé^ comme lieu habité, une création de Justinien, pourvue par lui pour la première fois de moyens de défense, en hommes et en remparts. Les murs sont encore debout, et j'en ai pu relever la figure et l'étendue ^ : Quadrilatère parfait, la ville mesurait en longueur plus de 500 mètres et plus de 300
Forte N.
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, i Edifice ruiné
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Forée S.
Fig. 16. — Resapba-Sergiopolis.
dans Tautre sens * ; le mur d'enceinte avait près de 3 mètres d'épaisseur, y compris le portique intérieur, large de 1 mètre, qui y était creusé sur tout le pourtour '. Des tours, rondes ou
' Je réduis à l'essentiel la description que j*ai donnée (BGII, XXVII (4903) p. 280-91) et répète (/îflr. 16) mon plan (p. 283); je profite de Toccasion pour compléter ma bibliographie : L. Gahuo (Ejocursions) avait visité Resapha, dont il donna un aperçu très sommaire (p. 239 sq. ; p. 240, il signale un petit Fortin avancé, à trois éiages) ; il prétend avoir trouvé la carrière de <c spath fluor et mica », entre Bakka et Hammam (p. 241) et pris des photographies (p. 245) qui n'ont sûrement pas été publiées. X. Sidéridès a publié dans *0 h KovtrcavttvouTroXei *EXX7jvixô<; 2jXXoyo<; — àp)^aioXoYtxov 8êXt(ov — Dapdpxr^jxa xoù xo* — x;' TOfAou, 1896 [1899], p. 138-9, deux courtes inscriptions grecques, copiées par Albert Long, qui m'avaient échappé ; Tune d'elles est interprétée d'autre sorte par J. Pargoire (Échos d'Orient, III (1899-1900), p. 238-9) ; elle serait de 781. Malgré l'invasion arabe, une communauté grecque aurait subsisté là assez longtemps.
* « L'enceinte n'a pas moins de 2 kil. de tour », dit Gahun qui l'exagère.
* C'est la disposition qu'affectait Tenceinle d'Âurélien à Rome; Homo, qui Ta étudiée, n'en connaît (Op. laud,, p. 289) qu'un seul autre exemple, à Cilurnum (Bretagne), en une partie du mur d'Oadrien. Ce type de construction a peut-être une origine orientale: Hadrien et Aurélien ont été tous fteux en Syrie.
332 l'occupation territoriale
carrées, se succédaient tous les 28 mètres environ. D*après rétat des ruines, la population semble avoir été peu considérable et limitée à la garnison, avec une ou plusieurs communautés religieuses. Pas de blocage dans la maçonnerie ; il n'y entrait qu'une pierre très blanche et brillante, empruntée à une carrière voisine, à peu près à mi-chemin dans la direction de Hammam, C'est là que devait se trouver un castellum intermédiaire, Tetrapyiï^ia(= quatre tours), poste sans doute très peu considérable, rappelé seulement dans les Acta SS. Sergii et Bacchi ^ ; il était à 9 milles de Sura et autant de Resapba ; ce total de 18 milles entre les deux points extrêmes concorde mieux que les 21 milles de la Table de Peutinger avec les 126 stades de Procope ' et mes propres observations.
Palmyre ^ était à un carrefour d*où partaient plusieurs voies vers Touest. La plus méridionale, qui paraît avoir encore porté le nom de Strata Diocletiana * et dont Cyril Graham a retrouvé des tronçons *, s'allongeait vers Bostra, franchissant d'abord le désert, puis suivant à peu près la lisière du plateau volcanique du Safa. Après un trajet d'une centaine de milles, dont nous ignorons les relais, elle atteignait le Djebel Ses •, devant lequel se trouvait le camp minuscule relevé par le marquis de Vogué ^, poursuivait au sud vers Saltatha (placé par une ins-
1 Analecta Bollandianay XIV (1895), p. 373 aq. ; cf. p. 391, 10, et 392,
« B. P., loc, cit.
' On a tant écrit sur Palmyre qu'il est saperflu d'esquisser une description de la ville, qui serait d'ailleurs en grande partie un hors d'œuvre^ et même de donner la bibliographie du sujet, qui se trouve partout. Je me borne à signaler les travaux les plus récents : P. Perdrizet, Les dos^ sien de Mariette sur Baalbeck et Patmyre (Rev, des étad, aneiennes^ III (1901), p. 225-264) ; un bon résumé de la topographie a été présenté dans une conférence d'O. Pucbstein à la Société archéologique de Berlin (Jahrb.d, Instit., XXI (1906), Arch. Anz., p. 42-45). C'est l'extrémité ouest qui fut transformée en camp de légion par Diodéllen. Procope (A«(i., II, 11, p. 243) n'en dit presque rien.
* CIL, ni, 6726 ; on croit bien y lire ces deux mots.
» Joum. oftheïi. Geogr, Soc, XXVIII (1858), p. 239.
« Nom ancien inconnu ; peul-être Anutba {Not. Qr^^ XXXII,7, 22).
■^ Syrie centrale, Architecture civile et relig, du i«' au vii« «., Paris, 1865-77, p. 71, fig. 26-27 : carré très régulier de 34»,20 de côté ; une tour ronde à chaque angle et une au milieu de chaque côté ; une seule porte. Tout auprès, les thermes de la petite garnison (flg. 28). Oppenheim (Vam Mittelmeer, I, p, 245 sq.) est venu à 5^ & son tour ; il est d'accord avec Vogué pour la description, mais non, à beaucoup près, pour les mesures.
LA 8YR1B BT SES RESSOURCES DEFENSIVES DB D&UXIÈMB LIGNE 333
criplion kNemara), où étaient les Equités promoti indigenae (scrib. Illyriciani ) de Phénicie S et entrait aussitôt, on ne sait suivant quel tracé, dans la province d'Arabie.
Une deuxième route conduisait à Damas ^ ; elle sert encore aux caravanes. On y rencontre aujourd'hui : la grande tour romaine do Kasr-elSar ' puis Kariétein *. Là, elle bifurquait : Tembranchement direct, privé d'eau, passait par Geroda {Djeroud% etThelseae (Kuiaïfeh^?)^ à quelque distance des ruines, d'âge indistinct, de la tour de Khan-el-Maloubiyé ; le plus long, moins désertique» déviait vers le nord-ouest, du côté de Haouaririj où sont les restes du castel que gardaient les Equités scutarii lllyriciaîii d'Euhari \ puis de Sadad (Danaba). où était la préfecture de la leg. lit Gallica • : son camp démantelé est au sud-est du village, qui conserve encore une tour carrée haute de 30 mètres et forte de 8; tournant ensuite vers le sud, le chemin passait • à Nebk, où l'on reconnaît Calamona '^ et longtemps après il atteignait Damas, où l'élément gréco-romain a été entièrement englouti sous le flot arabe. C'était une très importante position ^^ ayant aussi des satellites, surtout l'imposant castel Aii Khirbet-il-Maksoura, à Test, près de Domeir, qui semble avoir eu un rôle sous le Haut-Empire **, comme Phaene {Mousniiyé)^ au sud, dont le prétoire — où sié-
Les ruines du D;>M sont assez nombreuses, d'après son récit, Add., DuBsaud, Lez Arabes en Syrie avant r Islam, p. 29 sq.
» iVot., XXXII, 5, 20.
' Morilz, op. cit., p. 12-25.
* Id., p. 12, note 3 ; Sachau, p. 49.
* D'après les distances, = Nazala (Equités promoti indigenae: Not.^ XXXII, 23) ; Peutinger : Nezala ; Ptolem., V, 14, 15 : NiÇaf^a. V. le tableau comparatif de Millier, p. 983.
* Itin. Antonin., 196, 1.
^ Equités Saraceni Thelseae (Not., XXXII, 28 ; cf. 13).
''iVoX.,XXXÏI,19; cf. 4: Euhara; Itin., Anion., 195, 9 : Eumari; Ptolem., V, 4, 19 : AÙEpta ; Net, epise.^ I, 991 : Eùapio<:.
• /Vot., XXXII, 31 ; cf. 16; Ptolem., V, 14, 19: Aàvaêa ; Peulinger : Danoua ; Le Quieo, Or. chr., II, p. 847 : castri Danabeni; CIL, III, 755 : Danauae.
* D*abord, selon Mûlier, à Deir-AUyé; pour des raisons de latitude, il y met TATi^pa de Ptolem., V, 14, 19, auquel la consonance lui fait assimiler l'Adarin de Peutinger et l'Olthara de la NotHia (XXXII, 3, 18). C'est beaucoup de liberté.
*^ EquUes sagUtarii indigenae {NoL, XXXII, 26; cf. 11). ** Tov TTiç Ècpxç àTziaiqti 6o6aX{jL6v, disait l'empereur Julien (Epist,^ 24). " Cf. Waddington, ad n. 2562 d.
334 l'occupation territoriale
geait le chef de détachements légioanaîres * — fut bientôt transformé en basilique byzantine *.
De Palmyre encore, défendue, elle, parle désert, s'éloignaient deux autres routes presque parallèles : la première *, de 80 milles *, conduisait à Ëmèse (Homs) ; peu parcourue» vu son aridité, elle ne semble pas avoir été pavée ; vers les trois quarts du trajet, Forklous, où Ton a voulu reconnaître Betprociis ' ; mais ni ruines, ni inscriptions.
La seconde voie, ouverte par Antonin le Pieux, continuée ou refaite sous Septime Sévère •, avait pour objectif Apamée {Kalaat-el-Moudik '). C'est au commencement de son parcours qu'il faut placer les Centum putea de la Table de Peutinger *, à Aboul-Faouaris ou Kottar • ; ensuite Occarib (Occariba) **•, Tbeleda^' avec quelques ruines ; après avoir dépassé la route de Cyrrhus à Ëmèse, elle s'engageait dans un déBlé, où on a trouvé des restes de pavement en basalte ^*y et arrivait à Apamée, forteresse formidable, dans une splendide position *',
' Yexillationes de là UI Gallica et de la XVï Flauia Firma, sooa Marc- Aurèle et Commode (Waddingtoo, 2524-2537).
* De Vogué, op, cîï., pi. 7, p. 45 sq.
' Tardive, dit Moritz {ibid,, p. 9 sq.)» puisque la Table de Peutinger l'ignore ; néanmoins, à 5 h. 1/2 de Palmyre fut trouvé un milliaire (CIL, liï, 6727) au nom de Dioclétiwn.
* Le Quien, Or. chr., II, p. 840 (Palladios, deuil, loan. Cfe?7/*J:Kupiaxov [jlIv xov'EjiÊff7)ç 6v8oT4pto 6^^^*'!'^°^* onr)[jie{(uv sic naXfJiupav xè twv Ilepfftûv cppoupiov.
» NoL, XXXIÏ, 27 : Equités Saraceni indigenae; cf. 12.
'^ Moritz, p. 5 sq.
•Ptolem.. V, 14, 19 : nojTea.
^ Waddington, 2632: il y avail là un corps de garde et des réservoirs.
" Not,, XXXIII, 8, 17: Equiles promoti Illyriciani ; Peutinger: Occaraba; Ploiera., V, 14, 13 : 'Axopàôa.
" Plin., H. iV.. V, 89 : Telendena regio, MûUer veut corriger le Bk\ui de Ptolem., V, 14, 13, en BéXSa ; un autre rapprochement est également possible: Ala 1 Orienlalis Thama (NoL, XXXII, 44, Phénicie).
*2 Le Kalaat-Sedjar, en cet endroit, est en Pétat actuel du temps des khalifes; mais à rintérieur on y trouve des restes d*architecture classique (Rilter, XVII, 2, p. 1089-90).
*' Slrabon la résume à merveille (XVI, 2, 10 p. 752 G) : « Apamée est parfaitement close ; c'est une colline émergeant d'une plaine basse, et qu'entoure TOronte de manière à en former comme une presqu'île... Une banlieue étendue permet de loger beaucoup de troupes et d*approviaionnemonlB ».
mais complètement détruite par ChosroèsII, ravagée même encore depuis par les tremblements de terre. J'annexe ici le plan de Sachau, qui évalue la longueur à un peu moins d'un mille anglais {fig. 17) *.
Les voies plus rapprochées de la mer avaient une moindre importance stratégique et servaient principalement au négoce ; cela est particulièrement vrai des chemins de traverse, comme celui qui conduisait de Béryte à Damas par Héliopolis (Baalbeck) " ; un autre allait d'Ântaradus (Tortose) à Raphanée et à Émèse ou Epiphania, on ne sait exactement laquelle des deux ; en effet, l'emplacementprécis de Raphanée n*est pas connu ; on la met communément au sud de Masiad, entre les deux villes litigieuses, du côté de l'ouest.
Vers cet endroit, à Mariamiii ^ d'où Ton domine la vallée de rOronte, il y eut sans doute une garnison, car Dussaud y a découvert des stèles représentant en bas-reliefs des soldats
Fig. 17. — A pâmée.
< Op. laud.f p. 76. Pour ce qui en reste, je renvoie à la description plus réceote due à l'expédition américaine : Butler, Part II of the public..,, Architecture..,,, 1904, p. 52 sq. La grandeur passée de cette cité se révèle dans une inscription (CIL, IH, 6687) mentionnant un personnage qui iussu legati censum egit Apamenae ciuitalis miUium hominum ciuium CXVIl. Il s'agit probablement du dénombrement opéré sous Quirinius. En ajoutant la population servile, on entrevoit un chiffre très élevé.
' Près d'Abila de Lysanias, on a retrouvé des roiiiiaires aux noms d*Hadrien, de Marc-Aurèle et L. Verus (Waddington, 1874-75). Sous ces derniers eut lieu une rérection, qui emprunta un nouveau tracé : l'ancienne voie avait été coupée par un débordement de rivière (Clermoni- Ganneau, Rec. d'arch, orient,, II (1898), p. 35 sq.).
3 Nom rappelé dans les èlariammitani de Pline {R. Pf., V, 81). Dans la iVoftIta (XXXIII, 34): Ala tertia Valeria Marmantarum, Bœcking voudrait corriger le dernier mot en Mariatnmarum,
336 l'occupation territohule
romaiQs;rune d'elles çovle: A?ilti]ochianus,.. M axbyitis speculator *; mais peut-être n'y avait-il là qu'un petit détachement avancé de la leg, III Gallica.
Au contraire, la vallée de TOronte était un chemin d'invasion, vers Antioche pour ceux qui venaient de Damas, et plus encore en sens inverse. C'est par elle que Tarmée perse répandit dans toute la Syrie la dévastation, avant la revanche d'Héraclios ; cet événement même est cause de la disparition quasi totale des vestiges de l'occupation militaire romaine. Ajoutons que cette ligne est aujourd'hui assez fréquentée, circonstance fâcheuse pour la conservation des antiquités. De la voie seule des traces sont encore très visibles, notamment au nord d'Apamée •.
Une autre route ', quittant la vallée, piquait plus directement vers Beroea (Alep) et de là vers Cyrrhus. Celle-là parcourt un district couvert de ruines, mais qui n'ont guère permis que d'étudier l'architecture religieuse. Du moins les villages présentent un nombre énorme de tours de guet, plus ou moins effondrées, les unes basses, à deux étages, comme celle de Khirbet'Hass *, d'autres bien plus élevées, comme celle de Djeradeh, notée par l'expédition américaine '. En dehors de ces spécimens, citons un castel qui passe pour romain, à Arra, à 20 milles au sud de Chalcis [Kùmesrin) •. En outre, dans le voisinage de la bifurcation, vers Hama, plusieurs castella de basse époque, en briques, ont été constatés par Oppenheim ^. Cette voie passait notamment à Seriane, station
* Voyage en Syrie {Rev, archéolog., 1897, I, p. 314).
* Cf. Waddingtoa, ad n. 2643. Elle dut être réparée soqs Dîoclétien ; la télrarchie fîgare dans le protocole d'un milliaire copié entre Ëmèse et Héliopolis par Perdrizet et Fossey (CIL, III, 14397).
Mtin. Anton., 193-194.
* De Vogué, ibid,, pi. 58, 1 : 4«,20 de côté, 7 mètres de haut ; au Bominel, un mâchicoulis au-desaus de la porte.
'^ Butler, op, laud.^ p. 129 : six étages, env. 28 mètres d'élévation.
« Ritter, Erdk., XVII, 2, p. 1067.
■^ Byzantin. Zeitschr., 1905, p. 5 : Kasr-ibn-Omrdan, Kasv-Andarin (Androna, Itin. Anton.). Je crois voir seulement que ce qu'il appelle » Kastell >, ce sont en réalité des couvenls fortitiés ; il y est d'ailleurs aulorisé par la langue même du temps ; v. Tinscr. 52, p. 42 : Auxij f, [wuXt^ t]oû Kuptou... *Hp{i{i£Oa auv 6{e)c{> xwv eejieX((a>)v «cou xd(rTp(ou) — année 557. — Pour Kasr'ibn-Ouardan, cf. Strzygowski, Kleinasieny Leipzig, 1903, p. 121 sq., Og. 91 sq. Oestrup ne voyait là que des ruines conventuelles; Hartmann (Zeitschr. d. d. PalànL-Ver., XXIII (1901), p. 97 sq.) signale
à'Eqtiiies scutarii lllyriciaiii * ; Cahun ' suppose que Seriane était à Kasr-ibn-Ouardan ; rien ne l'indique.
Enfin la grande voie côtière venant d'Egypte se prolongeait, au-delà de Césarée de Palestine, par Ptolémaïs Acé, Tyr, Sidon, Béryte, Byhlos, Botrys, Tripoli, Orthosia, Antaradus, Balnea, Laodicée, Séleucie de Piérie, Rhosos ^ et Alexandrie ad Issum ♦. Je m'en tiens à cette énumération ; parmi les villes maritimes, il n'est guère que Séleucie qui, àl'époque romaine, ait eu un rôle appréciable de quelque durée dans l'organisation militaire ; encore, quand les Perses envahirent la Syrie, était-elle complètement déchue •. Pourtant il y eut bien quelques travaux d'accomplis dans ces diverses stations, même à la basse époque ; une inscription très mutilée de Byhlos fait allusion à une restauration du port au temps d*Hadrien ^. Béryle surtout et Antaradus semblent avoir éclipsé leurs voisines. Cette dernière fut rebâtie sous Constantin, de qui elle tint le nom de Constant! na'. L'autre, restaurée d'abord sous Auguste *, reçut peut-être au vi* siècle des fortifications supplémentaires ^. Tyr resta quelque temps au moins un nom réputé *\
Mais les souvenirs romains sur cette côte sont presque tous en très menus débris, en raison des tremblements de terre qui Tout ébranlée sous Justinien.
Nous aurons relativement un peu plus à glaner en abordant Textrême-nord de la Syrie : cette région était fort peuplée dans
avec raison la fusion des éléments ecclésiastiques et militaires au VI* siècle.
* iVo/., XXXIII, 7, 16.
' Excursions^ p. 213.
' Cf. Théodoret. Relig, hisL, X, p. 1388 Migne.
* Cette voie fut réparée par Seplicue Sévère et Caracalla (Waddington, 1838, 1844) et encore sous Aurélien ou Claude II (Id., p. 604).
* V. mon mémoire déjà cité sur cette ville. Plutôt que d'en utiliser le port, les troupes de Byzanoe traversaient l'Asie Mineure.
^ Theophan., Chron,, 38, 8. ~ Sur cette ville, cf. Renan, Mission en Phénicie, p. 33 sq.
« Strab., XVI, 2, 19, p. 756 C.
»V. Colonna Ceccaldi, Rev. archéolog., 1872, I, p. 255. Cf. CIL,in, 6687 : in castris diui Aug{usti).
^^ V. une curieuse inscription d'Épbèse:... irpsjSeuxou aÙToxpaxopoc xal àvriarpaTTÎ^ou aÛTOxpà-copoç Nepoua Tpxïavoû... iizapjilaç Supia; 4>oive{xTfj<;
338 l'occupation territoriale
rantiquilé * et constamment traversée, même pour le service de guerre.
Outre la grande voie qui suivait TEuphrate, de Samosate à Barbalissos et à Sura, la Table de Peutinger indique un tronçon supplémentaire qui, au lieu de longer partout les sinuosités du fleuve, allait en droite ligne de Zeugma à Eragiza, en passant par Hiérapolis ^. Cette ville eut souvent, durant le Haut- Empire, le rôle que nous avons signalé * : elle servît de point de concentration aux armées, avant leur entrée en campagne. Pendant les dernières guerres persiques. le général romain s'y tenait encore, mais cette fois faisait valoir, en vue de Tabandon de la place, la faiblesse de ses murs et le manque d'approvisionnements ♦. Au milieu des remparts s'ouvrait même un grand espace vide ; l'enceinte de la cité était trop vaste; Justinien la réduisit, mais la renforça. Pour procurer l'eau nécessaire en cas de guerre, il fit creuser un grand puits, que les habitants imprévoyants négligèrent d'entretenir •.
Les anciens murs, dit Sachau •, sont encore en majeure partie conservés "^ ; le parement extérieur était en gros blocs carrés de calcaire, et le reste en pierres plus petites mêlées d'argile ; un fossé les entourait. Il subsiste quelques tours, très fortes, et percées de meurtrières ; leur forme ferait croire
KofjifjLaYTQvr^; Tjpou (F. Gumont, Bull, de VAcad. r. de Belgique^ cl, des leUr,, 1905, p. 204, noie i).
< Um sich 7iur anmïherncL einen Begrif} von Einst und Jetzi in dea nord' syrischen GebiHen zu machen, diirfie es wohl genûgeUf wena man erwâlintj dass neuere statistiscke Vntersuchungen eine Bevôlkerungsdichiigkeii ergaben^ die sich genau mit einem Menschen fur eine antike Trûmmersladt beziffert. A celle réflexion de Gzeraik {toc. cit,, p. 26) j*ajouterai celle que j'ai déjà exprimée ailleurs : dans la vallée du Mêlas, il in*est arrivé de croiser plus de cimetières que de passants; mais j'entends des cimetières musulmans. Cette dépopulation ne remonte donc pas extrêmement haut.
« Bambyce dans Plio., H, N., V, 81 ; Strab., XVI, 1, 27, p. 748C, connaît les deux noms.
3 V. supra, p. âoô'?. — Ciuitas capacissima (Amm. Marc, XXin,2, o), ce fut le quartier ^'énéral de Constance II en 361 (Id.» XXE, 13, 8), da maître de la milice sous Justinien (Procop., B. P., II, 6, 2 ; Malal., p. 441 Bonn) et sous Maurice (Theoph. Simoc, IV, 12, 8).
♦ Procop., B. P., II, 6, 4-6.
B De aed,, II, 9, p. 236.
• Op. laud., p. 147.
' Ainsworth {Narrative, I, p. 238) estime qu'il y a des preuves nombreuses et évidentes de réparations de la part des Saracènes.
qu'elles sont antérieures à rdpoque byzantine, si nous ne savions que Juslinien dut rebâtir Tenceinte, pour en diminuer le périmètre. Elle est oblongue, et il faut une heure pour en faire le tour *.
Telle était Timportance d*Hiérapolis comme centre de mobilisation, qu'il était utile de pouvoir, de là, gagner Édesse par le plus court, c'est-à-dire sans passer par Zeugma. L'Itinéraire •d'Antonin mentionne en effet par deux fois, en route directe, p. 191,8-192,3 : Hierapoli — 10 — Thilaticomum — 15 -I Bathnas — 15 — Edissa ; p. 192,4-193,1 : Carris — 30 — Bathnas — 22 — Thilaticomum — 31 — Hierapoli *. La deuxième nomenclature seule indique exactement les distances, étant donné qu'il n'y a pas de doute sur l'identité de chaque point terminus. On en vient donc à penser avec Regling que le fleuve était franchi à Gaeciliana, et que Thilaticomum ' serait à chercher près de la rive orientale du fleuve, un peu au delà.
La voie principale de l'extrême-nord syrien était à peu près rectiligne d'Antioche à Zeugma. Entre Killis et Nisib ♦, j'en ai observé les vestiges sur un parcours de plusieurs kilomètres : elle était large de 4 à 5 mètres ; aucun pavage, mais une accumulation de gros cailloux, et sur chaque rebord des pierres plus volumineuses ^. C'est peut-être celte route que desservait un pont jeté sur le Nahr Afrin, à 1 heure 1/2-2 heures au sudest de Cyrrhus — à peu de distance du village de Zeitanak ,
que j'ai aperçu de loin sans pouvoir en approcher, pour divers motifs, notamment l'heure avancée de la journée et l'impossibilité de relayer près de lui. J'en ai du moins croqué sans
* Pour les observations anciennes, plus complètes (Maundrell, 1699 Pococke, 1737), cf. Rilter, X, p. 1041 sq. —Le second évalue à deux milles anglais (3220 dq.) la longueur du pourtour; il a constaté des murailles épaisses de 9 pieds, surmontées d'un promenoir. Les tours se succédaient par intervalles de 15 pas ; il y en avait deux eo demi-cercle, de part et d'autre de chacune des quatre portes de la ville. Un des caractères remarquables d'Hiérapolis était la merveilleuse organisation des aqueducs.
« Cité par Regling, p. 472.
' Cf. iuipra, p. 280, note 4. Ce nom est sans doute à identifier avec le Thillacama de la ^oi. dign, {Or., XXXV, 27).
^ Pour préciser davantage, entre les villages minuscules de Beglerbeg et Bab-Limoun.
^ Impossible de reconnaître aujourd'hui si, comme beaucoup de vieilles voies syriennes» elle était à double pente.
L OCCUPATION TERRITORIALE
Pjg. 18. — PoDt aDlique près de Cyrrhut.
peiae le protil (Jig, 18) : une assez forte rampe des deux parts mëae au sommet, qui est entre les 2* et 3"" arcades. Toutes trois
sont en plein cintre ; leurs dimensions respectives vont croissant d'ouest en est '.
Larou te latérale à l'Eu phrate du côté de Samosate envoyait un embranchement vers le sud-ouest, qui passait à Doliche, Cyrrhus, Gindarus et Gephyra [Djisr-el'Afrin)y pour aboutir à Ântioche, puis à Séleucie. La première de ces st&. lions, à Tell'Duhik {yers TAïntab d'aujourd'hui), n'était qu une toute petite ville *. Cyrrhus ', dont nous avons appris l'importance militaire au i*' siècle, avait été depuis complètement abandonnée; le chiffre de sa population était tombé très bas S ses murs croulaient. S'il faut croire à un motif aussi frivole, Justinien les releva par piété pour les saints Gôme etDamien, dont les corps reposaient à Cyrrhus •. 11 y plaça une forte garnison et assura l'approvisionnement d'eau, en amenant une source voisine par un aqueduc couvert *.
J'ai été moi-même à Cyrrhus (aujourd'hui Herup-Pckimber),
' Les indigènes m*ontdit qu'il y avait dans la région trois ponls semblables — dont un assez ruiné, •— sans pouvoir mieux s'expliquer. Je tiens d*autre pari du P. Etienne, prieur de la Trappe de Ckeckklé, les renseignements suivants : « Sur \e Sabouri^Sou ou Sa/I-Sou, en un point appelé Cheikh Khoros (le nom de Kyrrhos — ou Cyrrhus — n'est pas difficile à reconnaître), il existe un poat antique à 6 arches, dont les piliers sont assez rapprochés et, à contre-courant, forment éperoa jus. qu'à la hauteur de l'arceau. La 3« arcade depuis l'ouest est doublée d'un autre arceau intérieur. Le pont n'est pas horizontal, mais dessine une légère courbe continue, dont le sommet est en son milieu. Le pavement est entièrement fait de pierres de taille ; le blocage reste invisible. La voie qui franchit le pont était pavée en larges dalles ».
« AoXtxe... iroXixvTj «xjiixpi, écrit Théodoret au v« siècle (ff. eeeL, V, 4, p. 1204 Migne) ; Theophan., 422, 12; AouXi^^a ; Peulinger : Dolica ; l'Iiin! d'Anton. (184, 4) la place à 30 m. p. de Germanicia. — Cf. Hamann et Puchstein, p. 168, fig. 20, et Benzioger, Pauly-W., s. u. : Plus rien que des ruines arabes.
3 Sur les diverses orthographes du mot en grec : Kupoç, Kuppoc, Kûpoc, cf. H. Gelzer, adnot. in Georg. Cypr., p. 148. * Théodoret, EpisL, 32.
^ D'où vient son deuxième nom depuis le vi* siècle : Hagiopolis (Manai, ConciL, V,912; Le Quien, Or. christ,, H, 930). •Procop., Aed., II, 11, p. 242.
et si diverses circonstances, une température torrîde, le caractère très accidenté de la topographie, ne m'ont pas permis de lever un plan véritable des vestiges de la ville, j*ai pu cependant noter quelques observations que je résume ; je ne garantis aucune des mesures rapportées ici à tout hasard *. Du moins le temps que j'ai passé dans les ruines m'a laissé soup-
CiUdelle
y Ville haïAe / \
«Mtro
Fig. 19. — Cyrrhus.
çonner l'étendue considérable que couvrait Tancienne cité. Il y avait une ville haute et une ville basse ; celle-ci * comprenait l'agora, superbe place de 150 mètres de long et 400 de large environ, entourée de boutiques dont quelques-unes sont encore visibles et de majestueux bancs de pierre à dossier; le dallage est intact. La ville haute, à l'ouest, avait son enceinte particulière, épaisse de plus de 2 mètres en moyenne, qu'on franchissait par une porte au nord, et dont le front en arc de cercle sur la ville basse (long de près de 400 mètres) offrait une rangée de cinq tours carrées. A l'extrémité la plus occidentale, à un niveau un peu supérieur, se profilait la citadelle
^ D'où le plan provisoire que donne la fig, 19. ' Également en pente du reste, mais séparée de l'autre par un ressaut très marqué.
342 L*OGGUPATION TERRITORIALE
proprement dite, carrée, de près de 80 mètres de côté, garnie de quatre tours saillantes, dont une ronde au sud-ouest.
Ce qui m'a particulièrement frappé, c'est, malgré cet appareil de défense, les conditions très médiocres où se trouvait Cyrrhus comme plaça de guerre : au sud, une colline dominait bien de 50 mètres la citadelle elle-même, où Ton descendait en pente douce.
De Gindarus il nous est parlé seulement par Strabon * comme de la clef de la Cyrrhestique, et d'un repaire tout préparé pour les brigands. C'est sous Théodose le Grand qu'elle fut pour la première fois entourée de murailles *. De là, une autre voie conduisait à TEuphrate, à Caeciliana, par Batnae ' — deuxième ville de ce nom * — et Hiérapolis.
On allait encore de Batnae à Antioche par une autre voie, indirecte, qui desservait Beroea et Ghalcis. Beroea (Alep) ' était aussi une toute petite ville au i" siècle ^; sur son refus de payer la somme qu'exigeait d'elle Chosroès, elle fut prise et détruite "' ; son importance ne date que de la domination musulmane.
Près de Ghalcis, l'expédition américaine ® a retrouvé des tronçons de cette voie, sans doute duii* siècle, large de plus de 6 mètres et chargée de gros blocs massifs. Très peu au sud de Beroea on atteignait Ghalcis — la moderne Kinnesrin — qui avait une petite garnison et où campa Bésilaire * ; ses murs étant devenus insufflsants au vi* siècle, Justinien les renforça en les enveloppant d'un avant-mur. Elle se racheta une première fois du pillage, mais fut saccagée plus tard. Ses ruines
« XVI, 2, 8, p. 751 C.
' Maial., XÎII, p. 346-7, Bonn. Ce n'était plus, dans les temps qui saivirent, qu'un j^ros bourg dépendant d'Antioche (Théodorel, Relig, hist,^ II, p. 1313, Migne).
^ Aujourd'hui Bab^ d'après les indications de distances.
• Celle ijue Julien {Epist., 27) décrit comme un lieu de plaisance ressemblant à Daphné.
^ Nicet. Choniat., in loan, Comn,, 7 : XiXEo* xô 8ê irctv f^ irxXoci Xe- YCfiÊVT) Bsppoia ; Niceph. Gallist., XIV, 3.^: EÛTciOtoc àizo BEppotatç efr, 8' av aî>T7) xô XiXeê. Julien (Epist., 27) mentionne son acropole, qu'a certainement remplacée la citadelle musulmane.
• HoXlxvtov (Strab., XVI, 2, 7, p. 751 G).
' Procop., B. P., II, 7, 10-11.
• Butler, Inc, cit., p. 57-50.
^ Procop., B. P., I, 18, 8.
informes ne comprennent plus que des débris de murailles et les restes d'une tour carrée ; tout près, un château ruiné sur une colline ^
A partir de là, marchant vers l'ouest, on traversait une région accidentée où les ruines pullulent aujourd'hui ; Tune d'elles, imposante, commandait la passe étroite dans laquelle . s'engage la route, au sortir de la plaine où est le village actuel de Dana. C'était le couvent que les indigènes appellent Deirel'Benat, quelquefois aussi Kasr-ehBenat {castriim pueUarum)^ en raison de l'aspect de château fort que lui donne une grande tour rectangulaire, à 6 étages, de plus de 30 mètres de haut *. Nous ne saurons jamais si la communauté pourvoyait ellemême à sa protection, ou si cette tour avait été juxtaposée au monastère par l'administration impériale et pourvue de troupes. Presque à côté, au point le plus étranglé du défilé, j*ai aussi constaté la présence de décombres couvrant une étendue assez vaste ; ils proviennent sans doute, non pas d'une chapelle comme celles qui couronnent les hauteurs des alentours, mais plutôt d'un corpsde garde. Était-ce un castellumhyzwixWn ou arabe ? L'état actuel est tellement délabré qu'on ne peut rien conjecturer. A quelques minutes de là, le chemin antique; très étroit, a été creusé dans le roc même ; à quelle date ? De bonne heure sans doute ; deux cartouches, au flanc du rocher, portent des inscriptions d'époque tardive, mais qui ne se réfèrent qu'à une délimitation de territoires '.
Près d'Antioche même était le camp d'Imma * ; j'y verrais
* D'où vient probablement le nom de Kinnesrin (= nid d'aigle). Cf. la photographie d'Oppenheim, Zeitsckr, fur Erdk., 1901, p. 78.
* V. les clichés que j'en ai donnés dans le Tour du Monde^ 1905, pp. 1.33 et 144.
» Ghapot, BCH, XXVI (1902), p. 173-4 ; cf. 289-90 ; Ouspensky, Bull. deVInstit. archéol. russe de Constantinople, VII (1902;, p. 201 et pi. 45: EU alwva to xpixo; toû xoptou [-fjiiwv ?].., f Kaxà xéXeuffiv fA^io'^yp'j toû èvoo5(oTàxoo) xé{i('ir)xoç) x^ç "Eai otà 'Jtuavvou Xafi.7rpoxaxo'j xavxeXXap(iou) xoû KoLTzpoSapi^t zTziyfiri xô ôpoOT^atov... BiÇix'ov, îv8(ixxiS>voc) ^ xori l^Xy^ Ixou;. Le texte est sûrement du vi* siècle, mais on ne saurait préciser davnntage, Tère restant incertaine.
* Cf. l'inscription, de lecture un peu douteus*», il est vr/ii, que j'ai copiée à Yéni-Cheir, à 7 heures d'Antioche (BCH, ibtd., p. 171) : 01 xt)v 06 XTjv 'ï}X|Ji'.v(ov [xaTJo'./.oùvxs? •::[ôX]iv... Cei^ 7 h. ne concordent pas très exactement avec les 33 milles de la Tabirt de Peutinp:er, qui indique 20 milles d'Emma à Beroea, chiflre très insultisant. Pourtant l'identificatioQ me paraît plausible. Sur le point de savoir si réellement Aurélien
344 l'occupation territoriale
ces xetf^ioia 'AvTtoxi/.a décrits dans une lettre très mutilée de Tempereur Julien ^: il ressort de la description que les murs étaient bâtis de pierres brutes liées par du mortier '.
La Table de Peutinger n*indique aucune route de Chalcis ou de Beroea vers Barbalissos et Sura, et pourtant il en existait une, car on en a retrouvé les postes principaux : d^abord Gabbula, où Gavad, suivi de ses Saracënes, avait établi son camp, et que Procope place à ilO stades de Chalcis, soit 12 à 13 milles ' ; puis une ville antique, aux fortes murailles de basalte, ayant sa citadelle *, et aujourd'hui appelée Khiruiasdra, enfin deux castella très voisins : à Resm-Errouam et à ZeAe(/\ Cette route que nous supposons aurait donc eu une direction est-ouest.
Si serré était ce réseau routier qu'alors qu'Antioche se trouvait directement en communication avec Samosate» une autre voie, portée à la Table de Peutinger, arrivait à cette dernière ville, partant d'Alexandrie ad Issum (vers Alexandrette) et passant ensuite à Pagaris, autrement dit Pagrae, qui, d'après Slrabon S était un lieu très fortifié, voisin de Gindarus, situé au débouché du col de TAmanus (donc peu après Beïlan), et qui dominait toute la plaine d'Antioche.
Antioche était, d'autre part, reliée avec la Cilicie etla Cappadoce par une voie nord-sud, qui empruntait la vallée du Mêlas (aujourd'hui le Kara-Sou = < fleuve noir ») : la principale ville
vainquit près de là Zénobie, v. L. Homo {Essai sur Aurélien, p. 93, note 1), qui croil à une confusion entre Immae et Emesa, et Groag(Pauly-W., V, 1, p. 1383), qui admet qu'Aurélien, probablement pour couper aux Palmyréniena la ligne de retraite le long de TOronte, fit avec sa cavalerie une démonstration vers Test. Ainsv^orth (Narrative, I, p. 23-35) croyait que le nom de la plaine d^Antiocbe, el-Ounik^ vient dlmma, corrompu. Tout cela pour une lettre commune 1 J'ai entendu prononcer également Amk et Amouk. Ainswortb, en dehors de ses conjectures hardies, a commis des erreurs, comme par exemple, en confondant le Cheikk-Barakat a?ec le Mont Saînt-Syméon (p. 31).
« Epist,, 27,
*SurIrama, v. encore Ptolem., V, 14, 11; Sex. Ruf., Breu,, 24; Prosper Aquitan., Chrov., ad a. 272.
^ fî. P.. II, 18, 8 ; Malal., XVIII, p. 46i, Bonn.
* Sachau, op, laud., p, 116 ; cf. le plan dressé p. 117.
^ Ibid,, p. 123-126. Le premier nom signifierait « ruines des Romains » ou « ruines de soldats » ; on remarque encore un soubassement quadrangulaire et une partie des murailles.
« XVI, 2, 8, p. 751 C.
qu'elle traversait dans son parcours méridional était Nicopolis (hlahiyé) *. Celte chaussée longeait le pied deTAmanus et j'en ai suivi les vestiges, par endroits très accusés, pendant près d'une heure, à mi-chemin environ entre Checkhlé et Kara- Moughara '.
La protection de la route se trouvait notamment assurée par un camp permanent, dont l'enceinte était très visible à mon passage, et dont le P. Philippe m'a très obligeamment aidé à
Fig. 20. — Camp romaio entre Nicopolis et Cyrrhus.
lever le plan (fig. 20). Sa forme irrégulière est un peu déconcertante ; les diverses portes sont bizarrement placées. Le mur, dont il demeure au sud-est quelques pans misérables, avait
* Cf. Geizer, adn, ad Georg. Cypr., p. i50. Une inscriplioQ de 19 p. C. (CIL, III, 6703) mentionne une adduction d'eau par les soins du gouverneur et prouve que la ville était alors en Syrie. Plolémée (V, 7, 7) la met en Cilicie, avec les portes de TAmanus ; de môme Malalas, p. 297 Bonn.
' Lacarte de Blanckenhorn en mentionne un autre tronçon immédiatement au sud à'hlahiyë. Le P. Philippe, de la Trappe de Checkhlé^ m'a dit qu'à ses yeux il y avait erreur et qu'on avait élé abusé par un fossé, creusé il y a une vingtaine d'années, puis comblé ; le rejet de la terre avait produit un dos d'Ane prêtant à l'illusion. — Quoi qu'il en soit, la route devait passer près de là.
346 l'occupation tbrritohialb
2 mètres d'épaisseur ; nulle part ce qui en subsiste ne dépasse 4 mètres de haut; le corps, en blocage, était enfermé entre deux parements de basalte, par blocs taillés irrégulièrement et de faibles dimensions. Ce camp servait aussi à préserver le personnel employé à l'exploitation d'une carrière de basalte toute voisine ^ Il était établi de l'autre côté du Mêlas que la route, à 2 kilomètres environ de la rive gauche, au pied de la montée du Meidan. Une petite source jaillit actuellement près de l'angle sud-est ; peut-être en tirait-on parti dès l'antiquité ; au centre de l'enceinte s'élève un monticule qui permettait d'observer les alentours ; de divers côtés, surtout à l'ouest, on distingue vaguement quelques-unes des chambres intérieures. Le corps d'occupation devait être emprunté à la garnison de Cyrrhus, distante de quelques heures seulement.
La route latérale au Mêlas unissait sans doute Nicopolis et Germanicia. Où était cette dernière ? On a voulu la placer à Marach ; les indications des diverses sources ^ sont tellement discordantes qu'il n'y a rien à en tirer; d'autre part, il n'y a à Marach que des ruines arabes '. En tout cas, Nicopolis ou Germanicia n'étaient pas très voisines l'une de l'autre, puisque l'Itinéraire d'Antonin * fait de chacune des deux une tête de ligne séparée dans la direction d'Édesse.
On le voit à l'examen d'une carte : dans ce système de défense, tout converge vers Antioche. Dans cette ville aussi furent accomplis des travaux de fortification considérables, à plusieurs reprises, sous Tibère, les deux Tbépdose, et enfin, après les ravages des Perses, par Justiuienqui réduisit le périmètre. Je crois préférable de ne rien dire de plus de cette si importante métropole qui, à elle seule, exigerait d'énormes développements, et a donné lieu à des publications récentes auxquelles il me suffit de renvoyer •.
« J'en ai parlé au BCH, XXVI (i902), p. 188, note 2.
' Millier les a réunies et étudiées dans son édition de Ptolémée, p. 965-6.
^ Cf. le plan de la ville et le profil de la citadelle dans Humann et Puchstein, op. laud,, p. 198-9, fig. 32-33.
» R. Fœrsier, Antiochia am Orontes (Jahrbuch d.d, Inslit,, XII (1897^, p. 103-149); Parisch, ibii., XIÏI (1898), Arch, Anzeig,, p. 223 sq.). Les plans et élévations sont reproduits dans Tarticle Antiochia de dom H. Leclercq (Diclionn, d'arch. ckréL et de liturg.^ fasc. VIII (1905), col- 2359 sq.).