‹ La frontière de l'Euphrate de Pompée à conquête arabeChapitre 61 sur 83 · DU TIGRE A L^KUPHRATK. ROUTES^ FORTERESSES DE MÉSOPOTAMIE · texte numérisé non relu

DU TIGRE A L^KUPHRATK. ROUTES^ FORTERESSES DE MÉSOPOTAMIE

tance au sud-est, les ruines de deux formidables castella rectangulaires. Le second S de 200 mètres de long environ, et qui devait être le fort de la frontière même, avait eu douze tours rondes massives ; deux d'entre elles naguère se dressaient en* core.

En dépit de sa situation critiquable, et grâce à ces travaux méthodiques, Dara semble avoir été à la hauteur de son rôle dans la deuxième guerre persique de Justinien : Chosroès renonça à en prolonger le siège ; il est vrai que les 1.000 livres d'argent qu'il reçut des habitants influencèrent, plus que la résistance éprouvée, sa décision '. Les empereurs ont toujours témoigné à celte cité une vive sollicitude ; dans les derniers temps de l'occupation romaine, sous Phocas, une importante garnison y était cantonnée et un consulaire la commandait ».

Il faut bien dire aussi quelques mois de Nisibis S bien qu'elle ait élé de très bonne heure arrachée aux Byzantins ». Elle était toute voisine de Dara, mais eut une histoire beaucoup plus mouvementée « ; assez loin d'ailleurs remonte la fondation d'Antioche de Mygdonie — c'est le nom qu elle portait sous les Séleucides ^ Elle ne fit que changer de maîtres pendant plusieurs siècles : les Arméniens l'enlevèrent k ses fondateurs; Lucullus la conquit surTigrane à la suite d'un long siège*. Après la défaite de Grassus^ les Parthes l'arrachèrent aux Ro-

* Sachau (p. 303-4) l'appelle SerdjéKhan ; c'est le môme que Gzernik (U» p., p. 16) nommait BerdewiU-Kasr, et Tezier £a/ra (p. 56}. A cet endroit, la IV* carte annexée par Gelzer à son édition de Georges de Chypre porte, je ne sais pourquoi, Idriphtbon. V. tn/ra, p. 320, note 5.

« Procop., B, P., loc. cit.

3 Theopb. Simoc, 111,6, 1 ; III, 10, 5.

^ NktTSk; à Torigine, selon la forme sémitique; plus tard, les Romains ont prononcé et écrit NCviSk; (cf. Eb. Nestlé, Berliner phiL Wochemchr.^ 1905, p. 399-400).

^ Josué le Stylite (Chroniq., 8) se fait seul Técho d'une tradition infiniment suspecte, d'après laquelle Jovien, par le traité de 363, laissait Nisibis aux Perses pour 120 ans seulement; mais, à l'échéance du terme, ceux-ci n'auraient pas voulu la restituer.

• V. Ritter, ErdL, XI, p. 413-438.

'Polyb., V, 51 : 'Avxiôxeta iv UM^fioytlc^; add. Strab., XVI, 1, 23, p. 747C;Plin., ff. iV., VI, 42.

s C'était déjà alors une forteresse des plus puissantes, avec ses doubles murs de briques, d'une épaisseur formidable et entourés d'un fossé profond (cf. Dio Cass., XXXV, 6, fragm.).

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mains ; Trajan s*en empara, mais on connaît le sort de toutes ses conquêtes d'outre*Euphrate. Elle redevint encore romaine pourtant, prit le titre de colonie sous Septime Sévère. Saper 1^' s'en rendit maître en 242, Gordien III la recouvra presque aussitôt, et Dioctétien et Maximien, la voyant destinée à subir à coup sûr les premières attaques de l'ennemi, y accomplirent les travaux nécessaires à sa mission d'avant-garde ^ Ce que furent ces travaux, nous Tignorons. Julien, racontant les sièges qu'elle subit encore sous Constance, après tant d'autres ^, n'en laisse rien soupçonner ; à Ammien Marcellin nous devons une simple allusion aux murs formidables de Nisibis, « sans laquelle on ne pouvait dominer en Orient' x> ; et les géographes ou historiens arabes, parlant plutôt des jardins cultivés qui Tentouraient, innombrables, le font avec l'exubérance ordinaire à l'imagination orientale *. Oppert, il y a cinquante ans» n'a retrouvé aucune trace de ses grandes murailles ; Sacbau a pu à peine apercevoir, parmi les débris de colonnes et les amoncellements de pierres, de tuiles et de décombres de toutes sortes, à demi recouverts par les sables, quelques blocs taillés indiquant un pan [isolé de l'ancienne enceinte ^.

Reste à dépasser la barrière du mont Masius, pour suivre la vallée du Tigre ; la ligne des postes y a pour nous un intérêt très particulier, car, sur une bonne longueur, les deux rives n'appartinrent à la fois aux Romains que pendant soixantesix ans, entre Galère etJovien. Par malheur, on ne peut donner qu'à l'aventure, auprès du fleuve, une place déterminée à ces différentes stations militaires. Où était exactement, par

* Assémanî, Bibl. or., I, p. 262 : Anno Graecorum 609 {== 298 p. C.) Romani Nisibim instaurarunt.

» Or., I, 27 aq.; II. 62 sq. (en 338, 346, 350); cf. Sex. Ruf., Breu., 27 : Ter autem est a Persis obsessa Nisibis : sed maiore $ui delrimento, dura obsiderei, hoxtis affectus est.

* V. J. Oppert, Expéd. scientif. en Mésopotamie, Paris, 1863, I, p. 61.

* Op. laud., p. 392. Oppenheim (Vommuelmeer..., II, p. 31 sq.) : Plus que de» ruines informes et, dana les maisons modernes, des reâles de colonnes et de chapiteaux. —Nisibis fui dévastée par Maurice sous Tibère II (Theopb. Simoc, III, 16, 1). La roule qui partaiCvers Test franchissait le Diagdiag par un pont, dont l'arche existait "encore lors do voyage de Czernik (1873), mais était déjà très menacée lors^des hautes eaux (II» p., p. 15).

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exemple, ce castrum Maiirorum qu'AmmIen ' cite à côté de Nisibis, de Singara, et de quinze places fortes, perdues à la suite de la déplorable expédition de Julien? Celte vallée serait à suivre attentivement ; les données de Tonomastique seules ont mis sur la voie de quelques identifications '.

Ce n'est pas cependant qu'elles ne laissent plus d'une fois place au doute. Ammien raconte que Sapor, en 360, évita prudemment Nisibis, se rappelant ce qu'il y avait souffert, et, obliquant vers la droite, marcha sur Bezabde, appelée aussi Phoenice, munimentum inpendio ualidum in colle mediocriter edito positum uergensque in margines Tigridis atque, ubi loca sîtspecta siint et humilia, duplici miiro iiallatiim, ad cuius tutelam très legiones sunt deputatae, secunda Flauia secundaque Armeniaca et Parthica itidem secunda cum sagittariis pluribusqué Zabdicenis.,, ' Un coup de bélier ébranla les murs au point qu'une tour s^effondra, et les Perses entrèrent par la brèche. Oppert* plaçait Bezabde k Djezireh, Gozartha-Zabdi chez les auteurs syriaques *. De fait, il y eut là une ville antique ; on en voit encore une porte et lés murs où, comme dans les villes déjà décrites, entrent à la fois la pierre taillée et le blocage. Seulement Djezireh est dans une île, en plaine ; ce n'est pas le munimentum in colle edito dont il s'agit, et peut-être Bezabde, ainsi qu'Oppert l'admettait au besoin, serait-elle mieux placée un peu en aval, au point que Sachau ^ appelle Kasr-Della, si toutefois ce médiocre village peut occuper l'emplacement d'une forteresse qui reçut une si importante garnison. L'orientaliste allemand reconnaîtrait plutôt dans Finik, situé plus en amont, Tancienne Phoenice ^

* XX, 7, 1-13 {munimentum perquam oporlunum) ; Conslance essaya vainement de le reprendre : ibid., 11, 6 sq.

* Il en est, de ces castra, que elle Georges de Chypre, et dont on ne trouve pas trace chez les autres écrivains grecs ou les orientaux ; mais il ies énumère en désordre, ce qui ne permet pas de leur assigner une situation. Tel est le xdttrcpov PicncT^^pà; (913) ; G. Hoffmann Tassimile à Cepbas sur le Tigre. Sachau le met plus près deMardin; cf. Geizer, op. cit., p. 156-8.

» Eod, loc.

* Op. cit., p. 64 ; sic Frœnkel, Pauly-W., s. u.

* La racine se retrouve dans le nom du district entier, la Zabdicène, dont Bezabde devait être le chef-lieu. Cf. Amm., XXVI, 7,9; Zosim., m, 31, i ; Soiom,, H. eccl., II, 13 : ZaSSatov x^p^ov.

* Reise, p. 377.

■» Sic Ritter, XI, p. 121 ; Ainsworth (TraveU, II, p. 345-357) y a observé

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La convention de 363 avait laissé aux Romains tous les territoires à l'ouest d'une ligne partant de Dara vers le nord ; ils gardaient ainsi le chemin de Dara à Amida, par une vallée étroite, difficile, accidentée, également jalonnée de castella; Procope récapitule un certain nombre de ces forts intermédiaires.

D'abord Ciphas ; celui-ci était depuis longtemps un poste considérable, si c'est bien à lui que s'applique une mention de la Notitia dignitatiim *. D'après une source syriaque, celte place aurait été construite par Constantin *.

Ensuite — ou en outre I — Sauras ', Smargdis *, Lorne, Hieriphthon •, Attachas S Siphrios ^ Ripalthas, Banasymeon*,

les ruines d'uD casiellum flanqué de tours carrées, et mesarant environ 600 pas sur 1100. Sur lescoliines voisines, deux autres plus petits, mais encore mieux situés. L'assimilation d'Ammien est fausse, dit Ritter ; il a en vue Bezabde et fait la supposition erronée qu'elle s'appelait autrefois Phoenice (Bezabdem^ quam Pfwenicam quoque institutores ueteres appellarunt). Hyvernat et MûUer-Simonis {op. cit.^ p. 35-37] font aussi la distinclion entre Phoenice et Bezabde. Streck (Pauly-W., SuppL, Bezabiie] propose d'identifier Bezabde avec le Sacpà de Plut., LuculL, 22 (Sàiroij dans Ptolem., V, 17, 6) ; sic Mùller.

* Or,, XXXVI, 30 : Praefectus legionis secundae Parlhicae Cefae ; la môme légion s'était trouvée auparavant à Bezabde, mais peut-être Bezabde = Cefa (v. la noie précédente).

« Socin, Zeitschr. rf. d. morgenlànd, Gesellsch., XXXV (1881), p. 239. Dana cette langue, le mot signitic « forteresse de pierre ». Ce fut quelque temps une prison d*État des Perses, d'où le nom que lui donne encore Procop., B. P., I. 5, 7 : opoup{(p ttjç At5ôtj; ; cf. Theoph. Simoc. (IH, 5, 12), qui rappelle aussi ©ooupiov rtXiY^pSwv. Dans Georg. Cypr. (933) : X. Sixiojv X(ça^, formule énigmatique (cf. Gelzer, p. 163). Ritter (XI, p. 81 sq.) la met près ô'Hassankef (& cause de la finale kef probablement).

3 Georg. Cypr., 919 : x. TÇaupaç (add. 936); pour Tidentification avec Sor, v. Socin, ibid.j p. 265.

/* Hitler (XI, p. 82) le confond avec Mardia (Maride) ; l'idée est acceptable.

' A corriger en 'lopicpôôv, selon G. Hoffmann, à cause de la forme syriaque Idribt ; cf. Téd. Gelzer (p. 159) de Georges de Chypre, qui donne : xàffxpov •PtJfôov (917). V. supra^ p. 317, note 1.

• Add. B. P., I, 21, 9 ; Georg. Cypr., 933 (Gelzer, p. 164), auj. Aiak, sur la rive gauche. Il était éloigné de 100 stades de Marlyropoiis sur le Nymphios [B, P., I, 21, 5-6), donc très proche du Tigre.

■^ "Iffcppiov dans Georges de Chypre (918). Siphrios était à 9 milles d'Amida ; c'est là que Cavad écrasa le corps byzanlin de Patrice et Hypatios (Procop., B. P., I, 8, 10).

^ Seeck rapproche Banasam de la ^ot, (XXXV, 6, 18 : Equités promoti indigenae); mais celui-ci est eoOsrhoène, et non en Mésopotamie.

DU TIGRE A l'eUPHRATB. ROUTES, FORTERESSES DE MESOPOTAMIE 321 Sinas, Rbasis, Dabanas \ xil 6'aa «XXa sviaùOa V^ naXaiou èjn '.

La distance totale est d'à peine 100 milles ; les castella auraient donc été échelonnés de 8 en 8 milles, et même moins. Mais d'abord ils n'avaient que l'apparence de forteresses avant que Justinien leur eût donné des murs respectables. Notre auteur ajoute que la plaine qui s'étend au pied de la montagne est fertile, couverte de petites bourgades, mais exposée au pillage : l'empereur construisit sur le sommet voisin le çpojptov BaaiXiwv ^, où les paysans purent déposer leurs biens les plus précieux et trouver un refuge à l'approche de l'ennemi.

IVautre part, il apparaît bien qu'en réalité, de ces castella, les uns se trouvaient près du Tigre, les autres sur le Masius. Théophylacte Simocatta ^ signale l'importance du mont Izalas, qui avait vue à Test sur le Tigre et que dominait une forteresse (sans doute Bezabde). Ammien semble donner ce nom à la partie orientale du Masius, entre Jlf«rûfm et le fleuve ^ En 359, les Romains s'avançaient dans la direction de Nisibis, voulant fortifler cette ville et rester maîtres de l'Izalas ; mais ayant aperçu les feux de l'ennemi qui, par le castrum Maiprorum, Sisara et autres lieux de la frontière, s'était approché lui-même de Nisibis, ils s'enfuirent du côté d'Amida par Meiacarire ; Ammien, qui était parmi les fuyards, a pu prendre connaissance personnelle de la contrée. L'armée perse les poursuivit: a Bebase loco itinere flexodextrorsus... perHorren et Meiacarire et Charcha ut transitunis Amidam, cum prope castella Romana ue7iisset, quorum unum Itema?i, altenun Busan appellatur •... Suit un épisode accessoire.

On conclura de ce récit que Bebase ^, comme le « camp des Maures » et Sisara S était situé entre le Tigre et Nisibis, et plus près de cette dernière. Horre, Meiacarire * et Char-

1 V. supra, p. 306, note 9.

« Dtfa^d., 11,4, p. 222.

« KâcrcpQv Ba<riXix6v de Georges de Chypre ^928).

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