L^BUPHRATB SUPÉRIEUR ET L\ PETITE-ARMENIE
(ou Zinerva), Carsaga * {Ghersouti), XveLUvvLCo, et Suissa, dont la Notitia rappelle les garnisons ^, enfin Salala.
Ciette ville se place aux ruines de Sadaghy où Ton a retrouvé des briques au nom de la légion XV ' et une dédicace à Aurélien *. Elle fut visitée par Trajan S qui peut-être y établit luimême la légion XV Apollinaris ° mentionnée par Arrien et encore cantonnée là au commencement du v* siècle ^
Juslinien en répara les murs, trop légèrement construits, et leur donna une hauteur assez grande pour qu'ils pussent dominer les monticules répandus autour deSataladans la plaine. Enfin il ajouta un avant-mur et un fortin avancé, dans le voisinage ^ Il subsiste quelques pans de murailles près du village actuel ; la situation est bien celle que dépeint Procope: une dépression parmi des coteaux; la maçonnerie est un simple bourdage byzantin, avec parements en pierre de taille ; les ruines semblent indiquer deux trapèzes emboîtés l'un dans l'autre, dont les murailles suivaient le bord d'une colline assez basse. Le camp était abondamment pourvu d'eau, et une cité put croître tout autour ; mais l'élément militaire en forma toujours le noyau, et elle resta plusieurs siècles un centre purement latin •-
Remarquons que beaucoup de ces localités ne figurent pas dans Ptolémée ; elles ont donc été créées depuis lors et avaient
quaria Raetorum Analiba, Uq peu à Test de Zimara, selon Yorke(p. 467), près du pont, sur le Karaboudak.
* Plolem., V, 6, 20 : Xop<ja6{a ; à Elegarsinay propose Yorke (p. 465). Douteux; cf. Ruge, Pauly-W., SuppL^ s. u. Casargis. Les frères Gumont (Sludia Ponlica, Bruxelles, II (1906), p. 325 sq.) placent Carsaga à Aladjak, hameau à 3 kilonoètres de Ziplif où ils ont retrouvé les traces d'un établissement militaire romain.
* XXXVIII, 29 : Cohors miliaria Bosporiana Arauraca ; 23 : Cohors prima Vlpia Dacorum Suissa, L'emplaoement de ces deux stations est encore à chercher (Gumont, ibid., p. 328-329).
•CIL, in, i3647 = 14187*.
* Ibid., 141843.
» DioGass., LXVIII, 18; ▼, les autres textes cités par Mûller, ad Ptolem., p. 884-5.
* C'est par erreur certainement que la Notitia place parmi les castella d'Arménie, avant Mélitène, au lieu de Satala qu'on attendait, Apollinaris (XXXVIII, 5); à cette Apollinaris du moins elle n'attribue aucune garnison.
' Not., XXXVIII, 13.
« Procop., Aed., III, 4, p. 252-3.
* Yorke, p. 460 ; Gumont, op, cit,, p. 343-351 ; v. le plan, carte XXVII.
352 l'occupation tbrritorialb
sûrement avant tout une affectation militaire. Je croirais volontiers avec Yorke * que, durant plusieurs siècles, il a été accompli assez peu de travaux stratégiques sur cette frontière, parce que l'Arménie n'était pas considérée comme un pays ennemi, mais plutôt comme un état-client, presque une province. Les choses ne changèrent qu'au m'' siècle et c'est encore à la venue des Sassanides que le fait était dû ^
Sur tout ce parcours, Yorke a constaté, à 3 heures au nord de Tchermouk (et pendant une heure), un tronçon de route, présentant un pavement de plus de 16 pieds de large, avec une surélévation à arête, au milieu ^ Il ne croit pas à une roule romaine ; je ne connais pas les voies de Gappadoce, mais celle qu'il décrit là est tout à fait conforme à bien des types syriens de ce temps. Ensuite, sur VAngon-Tchaî, qui se déverse dans TEuphrate au nord de Keban Maden, deux ponts, dont l'un encore pareil à celui de Kiachta et à celui de Kirkgheuz- Keiipri *. Tout près de ce confluent, Korpanik, établi à un niveau dominant, doit avoir remplacé une station militaire ro. maine *. Puis la route s'éloignait forcément de la rive, très difficile à suivre jusqu'à Zimara •. Au-delà, à Bassanova, quelques tambours de colonnes byzantines, les traces d'un pont et une inscription où se devine le nom de Dèce ^
J'ai parlé d'un autre carrefour : en efl*et, on passait de toute nécessité à Satala en prenant •— ou quittant — quatre directions :
1° Celle que marquait le Kara-Sou lui-même, dont nous avons énuméré les échelles.
S"" Celle de l'est, indiquée par les sources du même cours
^ Loc. cit., p. 472.
' Gf* deux miiliaires récemment trouvés dans le Pont (Gurnonî, C. R. Acad. des ln$cr,, 1905, p. 347-351), datés de 231. Le gouverneur de Gappadoce fait b&livement remettre en. état les roules conduisant vers la frontière menacée par le raid d'Ardacbir, premier roi de la nouvelle dynastie.
'^Ibid,, p. 329.
^ P. 330. Cette similitade montre bien qu'ils sont de la môme époque, soit du temps de Trajan, soit de la fin di; ne siècle, quand Sévère et ses fils firent restaurer celui de Kiachta,
& Yorke, p. 331.
• Ibid., p. 467.
' P. 455. A Kemack (p. 457), dit-il, un châleau qui semble post-byzantin ; là s'élevait peut-être quelque Théodosiopolis. — Je ne voia pas laquelle.
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d'eau, dont la vallée se conlinuait par celle de l'Araxe à ses origines. Sur cette route, dont nous n'avons pas h suivre toutes les étapes, parce que la plus grande partie de son tracé demeurait en dehors du territoire d'empire, se trouvaient principalement Elegia *, le second Zimara, Colchion, et enfin Artaxata.
S"" Du côté du nordy on allait de Satala en Colchide, en suivant la vallée du Lycos-Boas •, ou à Trébizonde par un autre chemin, plus accidenté, mais praticable. Ce dernier, Yorke Ta suivi ; du moins In chaussée moderne s'en écarte peu. Au bout d'une heure et demie, laissant à 3 kilomètres sur la droite un fort, sans doute romain, on s'élève sensiblement; vers le sommet ' se trouve YArdasa-khan ('Apaoiffï)), et 10 heures avant Trébizonde un groupe de khans désignés par le nom collectif de Zigana-khan, qui correspond parfaitement au Zigana * des itinéraires *.
F. Cumont, qui a suivi aussi cette route •, fait observer qu'il y en eut peut-être plusieurs de Satala à la mer, car l'Itinéraire d'Antonin et la Table de Peulinger portent deux séries de noms très différentes ; actuellement encore, les caravanes ont le choix entre plusieurs défilés. Mais sur un seul chemin les communications paisibles étaient assurées par une ligne de postes militaires, indispensables dans cette région peuplée uniquement de tribus pillardes. Cumont y a photographié des ruines dont l'âge ne saurait être fixé, à dix siècles près.
4* Enfin, vers l'ouest, se dé lâchaient par deux longues vallées, soit la route de Sebasteia (Sivas) et Césarée\ soit celle d'Amasia, dont les dernières stations avant Satala étaient : Ni-
* Plolem., V, 12, 5,«c Dio Cass., LXVIII. 18 ; Et. de Byz. ; Peulinger : Aegea; Geogr. Rav., 74, 13: Egea. Aujourd'hui llidja, près d*Erzeroum.
* Sur laquelle Justinien construisit le castel Bzi6ep3u>v, aujourd'hui Baiburt (Aed., 111,4, p. 253), UsiTrspis dans Cedren., II, p. 302, Bonn.
* Près du milieu de la route, à 18 nailles de Satala, était situé Domana (Ptolem., V, 6, 20; Itin. Anton., 217, 3; Peutinger, X, 5 ; Geogr. Rav., 74, 15 ; iVo/. dign,y XXXVIII, 4), pour lequel les noms modernes ne fournissent aucune piste, et où campaient des Equités sagillarii [NoL, ibid.^ 12). Kiepert (v. sa carte) et Cumont (p. 354) Tidenlifient, sous réserves, avec Keussé.
* Add. iVo/., XXXVIII, 37 ; Cohors II Valentiana Ziganna.
* Yorke, p. 462. De l'ancien château fort, il reste les fondations d'une tour ronde (Cumont, p. 361).
« P. 351 sq., carte XXVI.
^ Peutinger, X, 3, 4 ; Itin. Anton., 179, 214.
354 l'occupation territoriale
copolis *, Clotoednrîga (ou Oloedariza) ', Dracones et Ara *. Vers la partie est de son parcours, elle était doublée par un autre tronçon, allant rejoindre à Carsaga la route qui longeait la frontière de TEuphrate. Procope place, sans plus de précision, dans le même district le château du Aucnopfxov, restauré par Justinien, un autre qui fut construit près du repfxavoj (po9(raTov, dont nous ne savons rien de plus, et la très vieille forteresse de KoXcovstflt ^, ainsi qualiQée par Pompée (selon la tradition douteuse dont Procope s*est fait l'écho) et qui, après Justinien, devait encore donner son nom au thème de l'endroit.
Après Ramsay, Gumont en a flxé remplacement à Ktxra- Hissar^ où l'on voit les ruines de vastes constructions, qui portent les traces de très nombreux remaniements aux diCTérentes époques *.
Il ne convient pas de s'étendre sur les fortifications et la voirie de la Gappadoce ; en somme, c'est TEuphrate qui constituait, dans TAsie Mineure orientale, la grande barrière de l'empire. Du fleuve au Pont-Euxin, les Romains choisirent et gardèrent comme frontière jusqu'aux annexions ultérieures « une chaîne dont même les cols les moins élevés sont, durant presque toute l'année, infranchissables à aucune armée ^. » Notons seulement encore en terminant la position capitale de Mélitène, où les routes convergeaient en éventail \ Outre celles de Samosate et de Satala, que j'ai signalées, deux autres, de premier ordre, y aboutissaient: celle de Césarée à l'ouest,
* Cf. Cumont, p. 305 sq.
*Gf. iVo/., XXXVIII, 17: Ala Rizôna AladaUariza ; Seeck rapproche AuxapapC^ujv (Aed,, III, 4, p. 253). Du ch&teau de Justioien, « il ne subsiste rien, semble-t-il, à la surface du sol > (Gumont, p. 322).
» C'est J'Aza rie Plin., H, N., Vï, 26. et de Ptolem., V, 6, 10, l'Haia de l'Itinéraire d'Antonin, T'Apècuv de Procope, lôiVi. :Le8 murs de Sebasleia Ht de Nicopolis furent remis à neuf. Pour l'identification de Dracones el Haza, cf. Gumont, p. 32i sq.
^ Maller la rapproche sans doute à tort du DivCtncoXov (Sivtc xoXcuvCot sur quelques manuscrits) de Ptolémée (V, 6, 21), qu'il faudrait chercher près d^Argovany à une trentaine de kilomètres au nord de Malatia.
» Ibid., p. 296-302.
> Cumont, p. 341. Il s*agil de la chaîne du Sipikor»
"^ La question a été étudiée de première main par Hogarth et Munro* Modem and ancient roads in Eastern Asia Minor [SuppL Paper i of the A. Geogr, Soc, of London, III (1893), à qui je me borne à renvoyer ; cf. aussi Ramsay, Historical Geographyof Asia Minor^ London, 1890.
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celle de Comana au nord-ouest. De très nombreux milliaires ont été recueillis sur cette dernière^ ; Tautre était doublée en quelque sorte par celle qui se dirigeait sur Arabissos {Yarpotiz), et par delà vers laCilicie *.
^ CIL, ni, 12162 à 12211 ; on y lit les noms de Septime Sévère et ses fils, d'Ëlagabale, Alexandre Sévère, Maxi min, Pupien, Balbiii et Gordien, Philippe, Dèce, Galius et Volusien, enfin la tétrarcbie diociétienne. Pour les autres voies, n*** 14184^' sq. Uavant-dernière station entre Sebasteia et Mélitène, que les routiers appellent Ad praetorium, et qui paraît, vu les distances, devoir être placée à Hekim-khan (?), concorderait avec la position que Ptolémée (V, 6, 21) donne à Ztoirap tjjo;. Mûller {ibii,^ p. 886) suppose que là était Vala prima praetoria nuper (sic} coftstituta (liot,, XXXVIIl, 26), nuper étant une corruption de Zopar, abréviation dé Zoparissos.
* Itin. Anton., 210, 11 ; 215, 2; Peutinger, X, 4 — Xf, 2. La dernière station avant Mélitène était Arcas (Mdép-^aXa dans Ptulem., V, 6,21 ; Hierocl., Synecd.^ 703 : "Apxa ; ô *'Apxrj<; dans les Notices épiscopales ; Arga aujourd'hui ; il en faut rapprocher 'Ap^oç, êpujjia ô<J;t)Xôv itpô; zib Taupcp (Strab., XII, 2,5, p. 537 G). L'avantage de cette situation fut perdu pour elle quand Mélitène s'éleva et s'agrandit tout auprès.