CIL
*° Op. cil., p. 401 sq. ; cf. Ahhandl. der Berliner Akad., 8 nov. 1880; add. Th. Momrasen, Gf^sammelie Schrifien, IV (= HiHor. Schr,, 1), Berlin, 190», p. 323 332.
LES FORTERESSES ROMAINES DE GRANDB-ARMÂNIB 359
din^ ; mais il faut renoncer à chercher au sud du Tig^re : les exploralions les plus récentes ' conduisent à Tidentiflcation, due à de Moltke, avec Maiafarkin^ sur le Farkin-Sou, petit affluent du Tigre qui peut fort bien correspondre au Nicephorius de Tacite ' et qui est tout voisin du Batman^Tchaï; celui-ci représente le Nymphios de Procope *, èours d'eau qui marquait la frontière. Mùller ^ voulait voir les restes de Tigranocerte dans les ruines d^Arzen •, un peu à l'est de Maiafarkin où, comme Ritter\ il plaçait Martyropolis. Faustos de Byzance ' dit que saint Épiphane w posa les fondements d'une église en l'honneur des martyrs dans la ville de Tigranocerte •. » Dans son esprit, un nom s'était simplement substitué à l'autre. Miiller le taxe d'inexactitude, mais lui-même a bien vu que Procope n'y contredisait pas forcément **.
Si l'identification de Martyropolis avec Maiafarkin est une erreur, conclut Ritter, cette erreur remonte loin, aux auteurs grecs et arabes du x<^ siècle. Mais Terreur est très improbable : Lehmann a copié à la porte nord de Maiafarkin une inscription grecque mutilée qui parle d'un combat qu'eurent à soutenir les 'Pwjxoïot ; des combats furent précisément livrés à Martyropolis.
^ Sic B. W. HendersoD, The Site of Tigranocerte {Jaurn. of Philology^ ibid.t p. 99 aq.).
* G. F. Lehmana, Von der deutschen armenischen Expédition {Wiener Zeittchr. fur die Kunde des MorgenlandeSf XIV (1900), p. 41 sq.). Le haut des mars est de la basse époque islamique.
» Ann., XV, 4.
* De aed., III, 2, p. 248.
* Ad Ptolem., p. 949 sq.
* On pourrait songer à inscrire là, sur la carte, le fort perse d'Acbas (Theoph. Simoc, I, 12, 1 sq.) ou Ocbas (Buagr., VI, 15). Les deux auteurs s'accordent à rapporter qu'il était campé sur la cime d'un rocher bordé de précipices et de l'autre côté de la rivière (c'est-à-dire du Nymphios). De plus, les ruines d'Arzen font face à Touest, ce qui convient parfaitement à un fort braqué contre un ennemi d'Occident.
' Erdk., XI, p. 67-80.
* Fragm. kist., V, p. 292.
* Il s'agit des martyrs que faisait la persécution perse ; Mai ty repolis était si voisine des frontières que les adorateurs du feu pouvaient poursuivre leurs entreprises jusque-là.
" B. P., I, 8, 22 : è'dxt 8t ô itoxafAo; ouxo; xf^^ Mapxv>poiï(5Xsa)ç fiev ày* ^oxaTO). De aed., IIl, 2, p. 248 : irap' auxôv iroxajiov Nujupiov ;minus accurrate, dit Mûtler (p. 949). Mais non, icapà indique simplement la proximité^ et Procope a voulu surtout marquer que Martyropolis était très rapprochée de l'ennemi.
360 l'occupation tbbritorialb
D'autre part, il serait «étrange qu'on n'eût pas tiré parti de rexcellente situation de l'endroit, entouré d'un cours d'eau haud spernenda latitudine *, et sur une hauteur, bien que devant une large plaine *. Néanmoins, on avait longtemps négligé de le fortifier; l'enceinle ne mesurait que 4 pieds d'épaisseur à peine, 20 de hauteur, lorsque, sous Anastase, Cavad obtint la soumission de Martyropolis '. Justinieniit bâtir un autre mur de même force, en avant de l'ancien, et remplir de pierres et de chaux tout l'espace intermédiaire — soit 12 pieds d'épaisseur au total—, puis il fit surélever le tout *.
Martyropolis une fois prise, malgré ces précautions ^ l'idée eût pu séduire d'essayer de pénétrer en Gappadoce en évitant Amida ; en arrière, à une petite journée vers Touest, se trouvait le château fort de Pheison (aujourd'hui Fiz) ; plus loin encore, passé 8 milles, on entrait dans deux gorges étroites, qui s'ouvraient entre des montagnes abruptes et inaccessibles, appelées xXeiaoûpat • : les abords en étaient fortement retranchés, mais insuffisants les corps de garde ; Justinien les accrut.
L'accès des cUsurae s'ouvrait également à qui venait de l'Asthlanène, au nord de Martyropolis. Justinien y opposa un premier obstacle en édifiant sur une hauteur le castel ÙTrsppjs; T2 xa'. Saipioviai; aaayov de Citharizou ', OÙ il fit dériver une grande masse d'eau, accumula les approvisionnements et plaça le second duc d'Arménie avec une forte garnison sous ses ordres *. Cette mesure eut son effet. Chosroès ne porta plus
* Tac, Ann., XV, 4.
« Strab., Xf, 12, 4, p. 522 C.
' Uliérieurement un autre siège avait été tenté (Procop., fî. P., I, 21, 5 sq.)> et la ville allait succomber quand le roi de Perse mourut.
* Id., Aed,, p. 248-250.
* Elle le fut en effet plus tard, par trahison, vers 588. Philippique s'eiïorça de la reconquérir, mais échoua faute de machines de siège. Alors, dit Ëuagrius (Vf, 14], on en fit le blocus en renforçant les garnisons voisines, et on bâtit une autre ville à 7 siades de distance, pour incommoder Martyropolis par des courses continuelles. Mais ce fut la prise d'Ocbas qui démoralisa l'ennemi.
^ Il y avait d'autres xXstJoûpai au sud du lac de Van, là ou passait )a frontière après le traité de Maurice en 591 (Cf. Georg. Cypr., 945).
" Ritter [ibid,, p. 78) le place à Palou sur l'Euphrate ; mais ce bourg est bien trop à l'ouest; là était en réalité le xxrcpov Baïo^XoDo; (= BaXojo;) de Georges de Chypre (055).
8 Procop., Aôrf., III, 3, p. 250.
LES FORTERESSES ROMAINES DE GRANDE-ARMÉmS 361
ses attaques de ce côté que tardivement, après la mort de Justiiiien, et encore ne persévéra-t-il pas longtemps *.
Procope ne signale aucune autre forteresse entre Martyropolis et Citharizon ; c'est donc sans doute après lui que fut construit le fort d'Aphoumon, que Georges de Chypre * place dans le xX'Va 'AoCavTivTj; et Théophylacte Simocatta aux environs d'Acbas ^11 devait être tout proche du Nymphios,mais que dire de plus? Peut-être la création en remonte-t-elle au comte Maurice, futur empereur, qui éleva dans la même région le xdéoxpov SajjioxàoTwv ♦. Celui de Chlomaron appartint d'abord aux Perses *.
De Citharizon à Théodosiopolis, expose Procope •, la frontière traversait la Chorzianène ', qu'on parcourt en près de trois jours du sud au nord ' ; mais rien ne la marquait : les indigènes des deux côtés ne se traitaient pas mutuellement en ennemis ; ils s'unissaient au contraire par des mariages. Aussi toute attaque en cette région prenait Tadversaire au dépourvu ; il n'y avait pas de fortifications jusqu'au jour où Justinien mit dans le xojzloyt 'ApxaXbiov, qui occupe unesituation intermédiaire, un camp ceint de soHdes murailles, avec un corps de troupes commandé par un nouveau dtix. Toute identiûcation serait arbitraire.
L'Erzeroum actuel marque à peu près le sommet de Tanticlinal qui sépare l'Araxe du Mourad-Sou. Quand Théodose I'*^ obtint le royaume d'Arsace (vers 387), il s'établit en ce point un château fort, devenu Théodosiopolis *. Cavad s'en empara dans sa marche sur Amida (502) ; puis Anastase le reprit, enferma la colline entière, où se trouvait le castel, entre de solides murailles, trop peu épaisses néanmoins pour leur formidable hauteur (30 pieds) ; pas d'avant-mur ni de fossé. Un coteau
* Theoph. Simoc, III, 15, 12.
« Georg. Cypr.,938»-939. V. supra, p. 323, note 1. M, 12, 1.3; 11,9,4.9; III, 15, 4.
* Georj:. Cypr., 944 ; cf. les notes de Geizer.
* Theopb. Simoc, 11,7, 6; 8, 12 ; Menander Prot., 28, ap. de Boor, Excerpt. leg.genL, p. 470 (=838 A Migne). Ce pourrait encore être lui que Georges de Chypre (941) donne sous la forme corrompue *Xwpi2vàiv.
* De Affrf., ibid,
"^ XopîiavijviS dans B. P., H, 24, 14 ; 'Opïiavivij dans Georges de Chypre,
* D'après un autre passage {Ihid,, II, 24, 13), Citharizon est à quatre journées de Théodosiopolis.
» Moïse de Khor., III, 57 ; cf. Lynch, Armenia, I, p. 221 sq. ; la ville a compièltfmt'nt dépouillé son ancien caractère.
362 L OCCUPATION TBRR1T0RIAL1S
voisin dominait la cité ; Justinien fit creuser un fossé d'enceinte, profond comme un lit de torrent, entailla le monticule, y pratiqua un grand creux qui en interdit Taccès, et transforma les murs du périmètre suivant le modèle des fortiflcations de Dara. La garnison fut renforcée et la ville devint résidence du nouveau magister militumper Armeniam *•
Parmi les places de Tintérieur, je ne vois à citer que le xdtftpov 'Ap$tt>v *, qui correspondrait aisément, pour son nom, à Argkaria (entre Diarbékir et Kharpout), et Bizana, qu*on propose, sans grande certitude, de localiser à deux jours environ à Vesià^Erzinghian '. Justinien négligea cet endroit, qui était en plaine, très exposé aux attaques des ennemis, même à la cavalerie, et pestilentiel aux habitants. 11 fit ailleurs, à 3 milles de là (on ne sait pas dans quelle direction), en un lieu élevé et sain, èv x^op^V T;ou|xevq^, une ville à laquelle il donna son nom ^.
Ceci nous rapproche déjà de la Géorgie ; entrons-y tout à fait.
* Procop., Aed., III, 5, p. 255-6.
» Georg. Cypr., 957 (= 'ApXwv ?)
» Cf. Tomaschek, Pauly-W.. et Streck {Ibid., SuppL), s. u.
* Prooop., Aed.f t6id., p. 256.
(JHAPITRE VIII
L'EXTRÉMITÉ DU PORT-EUXIlf ET LES RÉGIONS CAUGASIQUES
Procope signale de façon trop peu explicite le point de rencontre de trois routes séparant les Romains, les Persarméniens et les Tzanes. Là, Justinien établit un château-fort, 'Opovwv S où résida encore un duc. A deux jours de cet endroit, aux frontières des Océnites, rameau du peuple tzane^ il refit celui de Cbarlon, laissé longtemps dans Toubli, et le doubla de celui de Barcbon. Après, continue Procope, on trouve dans la plaine le castel de Kena, à Touest celui de HiviXiavojv, jadis abandonné ', et remis en état par Tempereur.De là, à gauche, vers le nord, autre lieu appelé par les indigènes cpovvaTov AoyyCvou, parce que le général romain Longinus, faisant la guerre aux Tzanes, y vint camper ; c'est à une journée de Sisilisson ; Justinien y fit construire la forteresse dite Boup^ou; y6r^^ '. Tout
^ Je garde la forme grecque pour certains noms géographiques dont on ne sait s'ils se présentent au nominatif ou aux cas obliques dans les auteora.
* Mais pas encore au commenoement du \* siècle ; cf. Notit., XXXVIII, 30 : Cohors miliaria Germanorum Sisila.
^ Transcription maladroite, mais évidente, du latin Burgus nouus, dont on peut rapprocher la forme inverse — en grec latinisé — de la Notilia (XXXVI [F, 35) : Cohors prima Lepidiana Caene Parembole (s xaivi{). Maller (p. 923) propose dubitativement de confondre cette dernière
L OCCUPATION TERRITORIALE
près encore, aux frontières des Tzanes Coccylines, îl en créa deux autres rsxifxaXivf^wv > et TÇauxixwv^avec un commandant de place *. Dans cette énumération, le panégyriste de Justinîen semble aller quelque peu en zigzags, mais s'acheminer néanmoins assez régulièrement vers Touest ; le Burgus nouas paraît devoir être placé en arrière de Trébizonde. Cette rangée de forts ' avait en quelque sorte une double destination : elle mettait obstacle aux progrès de l'ennemi, qu'il vînt de Test, par le continent, ou de l'ouest, après s'être assuré des positions côtières.
Celles-ci demandent à être étudiées à part. Elles n'intéressent pas seulement Tarrière-pays, car elles eurent forcément un rôle général, lorsque les Romains commencèrent à chercher des comptoirs commerciaux au fond du Pont-Euxin, et les Byzantins à mettre le pied, militairement, en Lazique. Celte assertion est particulièrement vraie de Trébizonde ; nous ne pousserons pas plus à l'ouest l'étude du Pontcappadocien; c'est de cette ville que parl,sinon le Périple de la Mer Noîred'Avrien, du moins son voyage d'inspection personnelle*.
Trébizonde n'a rien gardé de sa physionomie antique ' ; on ne la restitue partiellement, vaguement, que par ce que nous savons du portqu'Hadrien y fit creuser et des troupes qui y furent établies ^ Longtemps, on le croirait volontiers, elle n'eut pas d'autre garnison que les marins qui séjournaient chez elle entre deux croisières. La légion / Pontica^ signalée par la Notitia dignitatum \ y fut peut-être avant le ni* siècle '; pourtant rien ne le prouve, et ce qui détournerait de le penser, c'est
avec la NeâtoXic de Ptolémée (V* 9, 2], sar la c6te de Colchide, au nord du Phase. Je crois l'autre hypothèse préférable, car le rapprochement est plus littéral.
* Cf. Aed., p. 258: S/ajiaXivCyoïv.
Mcrf., 111,6, p. 259-260.
^ Je négli^e naturellement ceux de Peraarménie dont les Byzantins se rendirent maîtres un moment, au cours d'une guerre, comme Bolon et Pharangiong(Procop., B. P., I, 15, 18. 29. 32); ceux-ci étaient précisément aux conPins'des Tzanes, qui les livrèrent à Tennemi.
^ Sur la conHance que mérite Arrien, v. la réponse de G. Patsch aux critiques de Brandis (Bei7r. zur ait, Gesch., IV(l90t), p. 68-75).
^ Voir le plan jadis levé par Texier et PuUan, op, cit., pi. LXIII.
• Arrian., Peripl., XVI, 5 ; Patsch, i/nrf., p. 71-73. -^ Or„ XXXVIII. 16.
8 Cf. CIL, III. 306, 6746.
l'bXTRÉMITÉ du PONT-EUXIN ET LES RéoiONS CA.UCASIQUKS 365
qu'on a trouvé à Trébizonde des inscriptions* mentionnant les légions de Satala et de Mélitène, qui y envoyaient sans doute des détachements. La dernière amélioration connue consiste dans Taqueduc que Justinien ordonna pour lui amener de Teau et parer ainsi à la dépopulation '.
La nomenclature des localités du littoral, assez abrégée dans Arrien, parce que les points occupés de son temps étaient peu nombreux, est utilement complétée, avec de menues erreurs, par Plolémée ' et la Table de Peutinger *.
La première station qu'on rencontrait après Trébizonde était le port d'Hyssos (Tadou Xip.i5v), où campaient sous Hadrien un corps de fantassins et une vingtaine de cavaliers, « ce qui est nécessaire pour le service », ajoute Arrien ^ sans mieux s'expliquer. Au Bas-Empire, cette garnison fut renforcée *. Puis c'était Ophis (l'O/î d'aujourd'hui), reconnaissable encore sous d'autres formes un peu différentes \ Puis ^PiÇoù; Xifi^jv ou Rhizaei *, à l'embouchure de la rivière Rhizios — actuellement Rizé. Ensuite — et je néglige les points qui paraissent n'avoir pas eu d'importance stratégique — T'aôy^wv à'xpov (maintenant Antinà), lieu de mouillage bien protégé, « pouvant en été recevoir quelques vaisseaux », et montrant encore au temps d' Arrien • un château abandonné, qui devait dater de l'indépendance des colonies grecques. Après quoi Archabis, bourg et estuaire, et surtout Apsarus *°, devenue Gonié, près de laquelle débouchait le B6ac ou •Axafi4;iç, le JcAoroA: d'aujourd'hui. Arrien y inspecte cinq cohortes, mais c'est sans doute une garnison de circonstance, exceptionnellement forte. La Notitia n*en signale aucune **, peut-être parce que le nom de l'endroit y est travesti, ou bien paixe que le duché d'Arménie s'arrêtait
> Ibid,, 6745, 6747.
• Prooop., Aed., III, 7, p. 260.
• iVoi., XXXVIII, 34 : Cohors ciuium Romanorum Yssiporto.
^ Opiunte dans Peatinger, Offeunte etOfficiante dans le Géogr. de Rav., i 01, 12; 366, 12.
• Rhizée fut fortifié par Justinien (Procop., Aed,, III, 7, p. 260).
• Peripl., IV, 1-2.
^^Ibid,, VI, 1-2.
*• V. seulement Chronic, Pasck., I, p. 61 ; II, p. 435: ii irape|x6oXT^ "A^J/apo;.
366 l'occupation territoriale
un peu avant ei qu'avec Apsarus on arrivait au littoral de Colchide. Et la série des petits fleuves côtiers se poursuivait : Isis, Niger, Phase, Charieis, Ghobos, Singanes, Cyanes, généralement avec un petit havre d*alierrissement. Dans tout ceci, nous attacherons un intérêt ptua spécial à Tembouchure da Phase, et enfin à Dioscurias, h Bmp «xpottdicsSov T&Xeoxq^ 'Poifia^oïc 4
Au sujet de la première, il convienC de lire le commentaire d'Arrien, tout en gardant devant les yeux le pâlit croquis de Dubois de Montpéreux *. A l'entrée du Phase, a le tort, où sont stationnés 400 soldats d'élite, m*a semblé bien retnncbé et heureusement placé pour protéger la navigation. Deux larges fossés entourent la muraille ; autrefois celle-ci était en terre, en bois les tours qui la surmontaient; maintenant le tout est de briques cuites et s'appuie sur de solides fondations. Des machines ont été dressées sur le rempart ; bref on a tout prévu. Mais pour rendre plus sûr le port, et les habitations des vétérans et des marchands en dehors du castel, j*ai cru devoir, à partir du double fossé d'enceinte, en tirer un troisième qui s'étend jusqu'au fleuve et abrite la baie, ainsi que toutes les maisons extérieures au mur n '. Les fossés sont depuis longtemps indistincts, à cause des alluvions, qui n'ont rien laissé subsister de la ville de Phase (Poii) ^ ; mais Dubois de Montpéreux a vu le fort de briques, liées par un ciment rouge&tre : c'est un carré de 140 pas, avec une entrée médiane du côté de la mer, et à chaque angle une tour carrée, dont chaque face mesure 40 pas ; au sud, le lac dont parlent les auteurs anciens.
Quant à Dioscurias, qu'il appelle aussi Sébastopolis, Arrien rapporte qu'il en a visité la garnison de cavalerie, les appro?isionnements, fait le tour des murs et des fossés '. On ne re-
^ Arriaa., ibid., XVII, 2. Pourtant Jui-méme (XVlll, 1) comme Slrabon (XI, 2, 14, p. 496 C) place Pityous au nord de Dioscuriap. G'eatle Pithiae de la Notitia, que défendait Vala prima Félix Theodosiana (XXXVIII, 32) cantonnée là probablement par Théodose PAncten, lors des difficultés dues à la passe du Caucase. Il y eut quatre corps « théodosiensi en Cappadoce (iVo^, XXXVIII, 18, 19, 32, 33). V. p. 372.
* Vogage autour du Caucase^ atlas I, pi. XVIII, 2 et 3 ; of. t. II, p. 65 sq. « PeripL, IX, 3-5.
* Du reste Agatbias (III, 9, 2) afûrme qu'elle n'étail b&tÎA qu'en bois, mais entourée d*un large fossé, où l'on pouvait détourner l'eau d'an lac situé à proximité.
» PeripL, X, 3.
l'eXTRÂMItA du PONT-BUXIN BT les rAoIONS CAUCASIQUES 367
trouve plus rien, dans YJskouriah moderne, des murs qu'il avait sans doute en vue ; mais des voyageurs ont aperçu les vestiges d'une muraille, fortifiée de tours par endroits et bien plus étendue, dont les colons grecs antérieurs s'étaient enveloppés pour écarter les attaques de leurs belliqueux voisins, les Coraxiens ^ Que devint la garnison, passé le ii« siècle? La Notitia ' mentionne bien : Cohors prima Claudia eguiiaia Sebastopolis. Seulement cette dernière ville ne paraît pas être Dioscurias; elle doit se confondre avec la £e6oi(rx<SicoXtc Ix&pa de Ptolémée, à quelque distance du rivage dans le Pont de Galatie >.
Pig. 22. — TraDtfcaucasie romaiDe.
Dans rintérieur des pays du Caucase, les Romains se sont avancés plus d'une fois : Pompée, dans sa foudroyante campagne d'Asie, parvint jusqu'en Albanie, près de la mer Caspienne, battit les habitants sur les rives de l'Abas (le Samour)^ maïs fut, disait-on, arrêté dans sa marche vers l'Hyrcanie par des serpents venimeux *. A Eski-Djoulfa, sur l'Araxe, au nord du lacd'Ourmiah, un pont antique est encore debout, dont la
< Dubois de Moatpéreux, I, p. 306 sq.
« XXXVin, 36.
* Plut., P(wip., 35,36-, DioCasB., XXXVIÏI, 3; cf, Lucao., P^r5., VIÏI, 133.
368 l'occupation territoriale
tradition populaire attribue la création à Auguste ^ Pompée avait opéré, en outre, dans Tlbérie, vers Sausamara et Harmozica*. Dans celte dernière ville ' il y avait probablement une garnison romaine sous Vespasien, en 75 * ; elle était près de Tiflis, c'est-à-dire à peu de distance de la passe de DarieP, qui aura nécessité ce déploiement de forces.
Sur cette passe Pline fait un récit un peu romanesque: ces Portes Gaucasiques sont a un immense ouvrage de la nature, qui interrompt brusquement la chaîne des montagnes. Là sont des portes garnies de poutres ferrées * ; au-dessous passe un cours d'eau exhalant une odeur infecte ; en deçà, sur un rocher, la forteresse Cumania, élevée pour empêcher le passage d'innombrables hordes ; ainsi, jusqu'en face d'Harmastus, une porte suffit à fermer l'entrée du monde >.
Nous ne savons pas en somme comment les Romains s'y prirent du temps des Parthes pour obvier à cette menace; mais des documents comme rëxxaÇi; xatT"AXavâ»v semblent bien montrer qu'ils ne laissaient à personne le soin de défendre leurs territoires ou leurs clients. Pour l'époque des Sassanides, Lydus ' rend compte de « ce qu'on disait » de son temps: Après la paix de Jovien, les Romains, ayant reculé, ne furent plus autant en mesure de veiller sur le défilé du Caucase '. Les Perses demeuraient bien loin eux-mêmes. 11 fut convenu
* Cf. Miiller-Simonis et Hy vernat, op.lauiL, p. 84. — Ainsi s'expliquent certaines allusions dans les panégyriques des poètes :
,,.Jnceduntuictae longo ordine gentes...
Indomitique Dahae et pontem indignatus Araxes.
(Verg., Aeneid., Vlll, 722, 729).
Potabisgalea fessus Araxis aquàm.
(Propert., III, 12, 8).
* Strab., XI, 3, 5, p. 501 C : Tau-cai; ol èxp^î^ato Taï; £WooXaTc Tp6' TEpov nofjL7ri5ioÇ £î^ 'c5>v 'Ap(xev(tov 6p{xi)0£lc, xat fxexi TaîSta Kavloioç.
^ Appelée Harmastus dans Piin., H, S., VI, 29, et *Ap^2xiixx dans Ptolem.,V, 10, 2.
^ CIL, lU, ad Q. 6052 : l'empereur et son (ils ont ce Fortifié les murs > et sans doute y ont mis un corps de troupes.
* Brosset fait dériver le mot de Dar'I-Ala% porte des Alains. « Fores additae [erratis trabibui(H. iV., VI, 30).
' De magislr.j III, 52-53, Wuensch.
" En réalité, parce qu'ils abandonnaient alors rhégémonie sur ribérie, dont ils s'étaient prévalus depuis Trajan. Arrien, ajoute Lydus, a traité de la question dans le VIII" livre — perdu — de ses Ilapdixsc.
L'EXTRÂMITi DU PONT-BUXIN BT LES REGIONS GAUCA81QUBS 369
entre le préfet du prétoire Salluste et les nobles perses (puis Izdegerd confirma leur convention) qu'à frais communs les deux empires bâtiraient un château fort à Tendroit dangereux et y mettraient garnison. Occupés ailleurs, les Romains laissèrent les Perses construire tout seuls le castel de Biraparach * et y établir un corps de troupes. Mais ceux-ci protestaient contre cette charge exclusive et ne cessaient de réclamer la 8ait4vr, pour les Portes Gaspiennes *. Ce fut l'origine de guerres fréquentes entre les deux états ; les Occidentaux temporisèrent, firent des largesses provisoires ou quelques concessions '. En résumé, Lydus est bien obligé de laisser entendre que ce sont les Romains qui manquèrent de parole.
Finalement, lors de la paix de 561, il fut entendu ^ entre Justinien et Ghosroès que les Sassanides seuls, dédommagés sur d'autres articles, se chargeraient d*empècher les Huns ou les Alains de franchir les.Portes Gaspiennes ou le pas de Corytzon », Les Romains ne voulaient décidément pas y contribuer, et le fait surprend d'autant plus qu*au cours des mêmes négociations, d'après IJdenander Protector, ils insistèrent à plusieurs reprises — mais sans succès — auprès du Suréna pour obtenir la Suanie ', dépendance de la Lazique, et qui était assez voi-
* Variantes : 'loupo-etnotàx ^^^^ Priscos, ap. deBoor, Excerpt. de UgaU genLy 15, p. 586 (add. 19, p. 588) : tppoupiov ïn\ xûv Ka^icfcov xeffjievov nu- Xûv. Le mot signifie en arménien : protection des Ibères, d'après Tomaachek, Panly-W., Biraparach.
* Lyd., ibid., 51 in fine.
'On lit dans Procope (B. P., I, 10, 9-\2) un récit un peu suspect : La citadelle de la porte du Caucase avait été bAlie par Alexandre ; sous Anastase, elle était au pouvoir d'un chef bun, qui proposa à l'empereur de la lui vendre ; mais ce dernier refusa, ne jugeant pas expédient d'abandonner une garnison sur un point si reculé. Après la mort du Bon, Gavad chassa ses fils et se rendit mattre des portes.
"^Menand. Prot., Excerpt, de légat. Hom.fàe Boor,p. 180, 1. 6 (= p. 865 MIgne).
^ Cet autre passage, qui ne nous est pas connu, devait s'ouvrir plus à Test que le premier (de Boor propose de corriger en x^^po^ T^^v, à cause de Procop., B. G., IV, 3, 4 : T^oup). On comprend ainsi que Pline [loc. cil.) distingue les Porlae Caspiae et les Portae Caucasiae^ qu'on confond souvent, magno errore (add. VI, 40). Nullement, répond Millier (p. 911); je crois bien que si.
* Ce territoire était traversé par le fleuve Gbobos (Plin., H. N., YI, 14) ; les Suanes pratiquaient la recherche des mines d'or (Id., VI, 30), Pour les laisser libres du joug romain, le Suréna invoquait leur autonomie : indomitae gentes, dit Pline.
370 l'occupation territoriale
sine de la passe de Dariel '. Mais peut-être préféraient-ils^ au lien de refouler les Alains et les Huns, les embrigader dans leurs armées.
Ce fut de bonne heure une idée favorite des Romains qu'il pourrait être utile d*attaquer les Perses parlaLazique '; néanmoins les opérations de guerre n'y commencent qu'au vi* siècle. Je n'ai pas à les x'aconter et m'en tiens, sommairement, à la description topographique du pays.
(( Les Lazes, dit avec raison Procope ', sont tous du cAté européen du Phase, au nord ; de l'autre, pas de bourgs, ni de villes considérables hormis Pétra ». Par cela seul qu'elle était isolée sur l'autre versant, Pétra pouvait rendre de grands services, mais il convenait de la fortifier splendidement. Procope est très laconique à son sujet : c Pétra, autrefois village sans nom, sur le rivage du Pont-Euxin (exactitude approximative), maintenant ville considérable de Colchide, fortifiée et agrandie par Justinien... Elle est inaccessible du côté de la mer et des rochers ; une étroite avenue y conduit, entre deux montagnes séparées par un grand mur, ayant à chaque bout deux tours en pierre dure, pouvant résister au bélier *. » Ailleurs : Ville superbe, que les Lazes livrèrent imprudemment aux Perses; bientôt les Romains revinrent, furent vainqueurs et rasèrent la ville *. Ce médiocre destin rendait bien difficile aux modernes la découverte de Pétra. Dubois de Montpéreux a cru pouvoir la reconnaître à Oudjenar, à 25 kilomètres environ au sud-est de l'embouchure du Phase, et à 20 de la mer Noire. Il y a là une sorte d'acropole en parallélogramme, de 120 pas de large et 200 de long, enfermée par les débris de sept ou huit tours et d'une forte muraille en basalte et porphyre, avec des traces de mortier •.
Gomme une population un peu dense ne se pressait que sur une des rives du Phase, on a peine à croire Strabon et Pline
* Ap. de Boor, p. 861 sq., fragm. 6 el 12.
' Lydus (t7»irf., 31) Texprime avec énergie : ^ yàp ôuaj^cupia n£p9aic Imnj- Xotxoûjt, 8u7é^6axo(;, et insiste, en guise d'ezeDQple,8ur le cas de Gorbaion.
• B. G., IV, 2, 29. Leur nom se retrou?e dans le Lazistaa d'aujourd^hui, qui est en réalité plus au sud que leur ancien établissement.
* B. G., il, 17, 3 sq.
» De aed., III, 7, p. 261 ; cf. Brosset, Addit. etEclairciis.^ p. 102. L'histoire de cette ville tient ainsi entre quelques années : 539/45 — 550.
• Voyage autour du Caucase^ III, p. 86 sq. ; atlas I, pi. XIX, 1.
L'BXTRÂMlxi DU PONT-EUXIN ET LBS REGIONS GAUGASIQUBS 371
qui rapportent que 120 ponts avaient été jetés sur ce cours d'eau — dès le i*' siècle M II semble bien cependant qu'on doive, avec Dubois de Montpéreux, placer sur la rive méridionale, mais plus près du fleuve, le fort Téléphis d'Âgathias, « place peu accessible où conduisait seulement un chemin étroit, dans un pays encombré de marécages, de bois et de buissons i» ', et contre le Phase même Rhodopolis ^, en rase campagne, et que les Lazes avaient démolie au cours de la guerre *.
Toujours est-il que le Phase, par lui-même ou par ses nombreux affluents, ouvrait les principaux passages vers Tintérieur et longeait les principaux centres habités. A cette règle ne faisaient guère exception que le fort isolé de Boucloon % au nord, vers la Scanie, et la capitale Ârchéopolis. Les relations des divers auteurs ont permis à Dubois de Montpéreux * de la situer sur le Ghobos, à près de 20 kilomètres de la mer \ au point appelé Nakolakévi: il reste une enceinte, formée par une muraille en briques, en majeure partie encore bien conservée ; de distance en distance, des tours carrées. Le tout dominé par une colline très escarpée du côté de la rivière ; au sommet, une forteresse en rectangle, longue de 460 pas. Cela paraît bien cadrer en effet avec la description de Procope ^.
« Strdb., XI, 3, 4, p. 500 C ; Plin.. U. N., VI, 13 : pontibiu CXX peruius. C'est d'autant plus singulier que Pline parle des « solitudes de la Colchide » (VI, 29) et quM4 y avait des endroits guéables, même vers le cours inférieur : cf. Procop., B. P., Il, 30, 37; B. G., IV, 13, 3.
* Agath., II, 9, 5-7. L'emplacement approximatif se déduit de ce renseignement accessoire : les Byzantins, attaqués à Timprovisle par les Perses, n'eurent que le temps de se retrancher dans une tle formée par le Phase et le Docone, à leur confluent, à 450 stades de Téléphis (env. 30 kilom.).
* Toujours au sud d'après la carte de Dubois de Montpéreux (atlas I, pi. XIV) ; pourtant Procope (B. P., Il, 29, i8) la met de l'autre côlé.
Md., B, G.,IV, 13, 21-22.
^ Agath., m, 7, 2.
« Op. laud., III. p. 51-58.
'' Les 500 stades d'Etienne de Byzance sont sûrement erronés ; peutêtre peut-il lire 50, chiffre approché.
B B. 6r., IV, 14, 1 : Archéopolis est sur une colline inculte, arrosée par un fleuve qui descend d'une montagne voisine. Les portes d'en bas répondent au pied de la colline et ont des avenues aisées, en pente douce; celles d'en haut n'aboutissent qu'à des rochers et précipices. Les habitants, n'ayant d'autre eau que celle de la rivière, ont b&ti un mur de chaque côté, pour y puiser avec moins de danger.
372 l'occupation territoriale
Ce dernier éaumëre * les places qu'on rencontrait sur la rive droite : Sébastopolis *, Rhodopolis, Mochérisis ' et les forts de Pitious *, ScandaetSarapani8.il aurait dû ajouter: Onogouris*, Outhiméréos • et Koutatision ; enfin Losorîon, que lui-même dit ailleurs ' être l'œuvre deJustinien. De ces diverses localités, quelques-unes peuvent être identifiées en toute certitude, grâce à la persistance du nom, à peine modifié. Tel est le cas pour Scanda et Sarapanis ', dont il paraît qu'il ne subsiste plus rien *, et aussi pour Koutatision ^^. Ces différentes places, souvent attaquées et endommagées dans un court intervalle de temps, furent plus d'une fois réparées à la hâte: ainsi Scanda et Sarapanis ^^
Le nom de Koutatision se retrouve intégralement dans le Koutaïs d'aujourd'hui ^'. La cité de la plaine a pris une importance prépondérante ; au contraire, au vi* siècle, elle devait sa sauvegarde à sa citadelle, de l'autre côté du Phase et à S50 pieds au-dessus du cours d'eau ; mais même la ville basse était enclose de murs, revêtus d'énormes quartiers de roc calcaire ; un chemin souterrain, voûté en briques, conduisait à une source au pied du rocher. La citadelle Outhiméréos était entourée de fortes tours carrées de bel appareil; Mermeroes y mit un moment 3.000 hommes de garnison *'. Quant à Mochérisis, nous apprenons seulement ^^ que ce nom appartenait aussi à un petit district, où se trouvaient plusieurs centres d'habitation, et arrosé par le Rhéon,alors considéré comme un affluent
, * Loc. ciL, B. P., 11,29, 18.
* Probablement Dioscarias, bien quMl la nomme après Archéopolis.
* Variantes : Moohiresis, Mouchîrisis. etc..
* V. supra, p. 366.
* Agath., II, 10, 1 ; III. 3, 3.
< Variantes : Ouchimereos, Oucheimereos.
T Deaed., 111,7, p. 261.
* Aujourd'hui Sarapan ; on trouve déjà dans Strabon SapsTiavzî (XI « 2, 17, p. 498 C) ou xà Sapairavà (XI, 3, 4, p. 500 C) ; Sarapama dans le Géogr. dellav., 74, 6 ; Procop., B. G., IV, 13, 15 : ZapaTtavtç; Menand. Protector (de Boor, Excerpi. légat,, p. 186, 1. 23) : SapaTca, ^xd^SeK;.
» Dubois de Montpéreuz, II, p. 361 : III, p. 160. 1^ Dans la langue des Lazes, Gotiaïon dans celle des Grecs (B, 6., IV 14, 48).