INTRODUCTION
Le présent travail, on le devine, procède dans une large mesure de la conception d'où est né le beau livre de M. René Cngnat sur VArmée romaine d'Afrique ^ \ mais la délimitation du sujet et l'ordonnance de ses éléments sont ici très sensiblement différentes, pour des raisons d'ordre historique et géographique.
M. Gagnât a pu insérer dans son ouvrage un exposé complet des guerres d'Afrique sous TEmpire, parce que ces campagnes constituaient en somme des opérations de police, et que les soulèvements sérieux furent rares et de peu de durée. A la frontière d'Orient, les luttes ont été extrêmement fréquentes et même, dans certaines périodes, presque ininterrompues.il fallait résolument les exclure, pour ne pas s'encombrer d'une énorme matière, au surplus bien difficile à renouveler.
J'ai renoncé,d'autrepart,à toute prosopographie;ce genre de recherches est poursuivi actuellement, en Allemagne, sur une plus vaste échelle, par de nombreux collaborateurs, et les résultat? complets ne s'en Feront plus longtemps attendre. On ne trouvera donc pas, dans ces pages, la nomenclature des légats de Syrie, telle que lesdocumeuts
* La frontière du Rhin et celle du Danube sollicitent au même litre l'attention ; les recherches préparatoires se muliiplient et aboutiront forcément quelque jour à une synthèse.
Vlll INTRODUCTION
dont nous disposons permettraient de la dresser. C'étaient des agents militaires^ puisqu'ils commandaient les troupes de leur circonscription ; une liste de ces dignitaires n*eût pas constitué un hors-d'œuvre, mais elle n'aurait dans la question qu'un intérêt accessoire, et les discussions nécessaires pour l'établir feraient par avance double emploi.
En revanche, j'ai cru bon de rappeler à grands traits les caractères distinctifs des races qui peuplaient ces provinces orientales de l'empire et de celles avec lesquelles la puissance romaine se trouva aux prises de ce côté. Il y a là une complication qu'on ne rencontre pas ailleurs, l'origine aussi de transformations profondes dans la stratégie des Romains. Observer, commenter cette mosaïque véritable, tel était le point de départ obligé de Tétude que j'entreprenais.
Une autre question se pose encore spontanément en Asie, non en Afrique : Du moment que Rome avait décidé démettre le pied sur ce dernier continent, la nature même posait des limites à sa domination ; mais en Orient jusqu'où aller? Où commençait l'ambition irraisonnée et imprudente? Problème des plus délicats, auquel on pouvait appliquer bien des solutions; plusieurs furent tentées ; laquelle était préférable? L'analyse de cette politique, des hésitations qui s'y révèlent, est comme la philosophie de notre sujet.
Mais le chapitre essentiel concerne forcément l'occupation territoriale, à laquelle j'ai donné une importance prépondérante. La défense de la Syrie reposait avant tout sur la foriiiication, et si l'état de r jine des villes antiques de Mé&opotamie ne nous permet que très rarement des reconstitutions satisfaisantes, du moins les renseignements fournis par divers auteurs, témoins oculaires et dignes de foi, comblent en partie cette lacune. Presque toutes les cités et bourgades avoisinant TEuph rate étaient des places fortes, capables de soutenir quelque temps l'attaque d'un peuple qui resta plusieurs siècles inhabile aux sièges, et d'attendre le secours, sollicité en haie, de troupes dont le petit nombre devait être compensé par la mobilité.