INTRODUCTION IX
On estimera peut-être que mes développements présentent quelques disproportions. Je me suis décidé à rester bref à l'égard des forteresses déjà signalées et décrites par mes prédécesseurs; au contraire, j'ai largement utilisé mes notes personnelles de voyage, lorsqu'elles apportaient de l'inédit. L'auteur d'un livre qui ne vise point à être un pur répertoire doit se résigner à ce défaut partiel d'équilibre.
Nous sommes moins avertis du détail administratif de l'organisation militaire syrienne que de son aspect d'ensemble. L'épigraphie est pauvre dans cette contrée, et laconique ; la mauvaise qualité — pour la gravure — de la pierre employée obligeait à adopter des caractères de forte taille; la moindre commémoration avait tôt fait découvrir une grande surface. Il est donc impossible de projeter sur les garnisons de Syrie, leurs emplacements et déplacements, la vie de camp, les collèges militaires, les cultes des soldats, etc., la lumière que répandent à profusion sur tous ces points les innombrables inscriptions africaines. Par contre, les annalistes pullulent, et comme ils se sont particulièrement intéressés aux faits de guerre, ils nous apportent une large contribution à l'étude de la tactique et de l'armement.
Ma première pensée avait été d'embrasser dans toute son étendue la frontière orientale, de la mer Rouge au Pont-Euxin. Une raison primordiale m'a finalement dicté un tout autre parti : c'est la publication en cours de cette Prouincia Arabia, où MM. Brûnnow et von Domaszewski ont pris à tâche de réunir tout ce que nous savons, par l'observation directe et les témoignages anciens, sur cette partie méridionale du limes d'Orient. La population y a toujours été plus nomade, plus clairsemée qu'au nord ; aussi, même démolies, les fortifications sont encore reconnaissables au niveau du sol ; on n'en a généralement pas défiguré les fondements. Un simple emprunt était impossible, un résumé aussi difficile que peu significatif. L'arrière-pays de l'Arabie devait être, du même coup, éliminé ; de plus, en Palestine, ce furent toujours des com-