‹ La frontière de l'Euphrate de Pompée à la conquête arabeChapitre 12 sur 93 · XL · texte numérisé non relu

XL

^ Elle nous est donnée par Isidore de Gbarax, qui compila ses SxaOfxol Ilapôixoî à Tépoque d'Auguste; cf. Mûller, Geogr, Gr. Min,, I,p. 244 8q., et ma Conclusion.

^ V. in/f^a,

^ l)io Cas3., XL, 24 : ojoiTroTE... TtXr^jtoi ojok toï^ àjOcVETciToi^ iTpa-

TOTtîOlJOVTÎ'. ,... ^'.à TO jXr^OîJJl'.à ZOL^pilT. ypT^(Jf)xl,

Au premier ordre du prince, ceux qui sont en état de porter les armes se rendent auprès de lui, suivis quelquefois de leurs femmes ; la guerre terminée, chacun s'en retourne aussitôt chez soi sans attendre son congé, et le butin qu'ils remportent avec eux est leur unique salaire... Ce n'est pas chose facile de rassembler à nouveau ces troupes, une fois qu'elles se sont dispersées. Pas de corps permanents, et lorsque ces bandes sont réunies, elles forment moins une armée véritable qu'une multitude (o)^Xo; [jlSXXov ^ jrpaxoc) *, qui n'a de vivres et de provisions que ce que chacun en apporte pour sa subsistance S et formée de gens qui ne quittent qu'avec beaucoup de répugnance leurs foyers, leurs femmes et leurs enfants ^ ».

Cette multitude comprenait en effet une foule de valets et d'esclaves *. notamment lorsque le souverain dirigeait luimême la campagne; un petit nombre de fantassins, choisis parmi les hommes les plus faibles. Le noyau principal de Tarmée était la cavalerie * ; « le pays, presque uniformément plat (?), est très favorable à l'élevage des chevaux et aux évolutions équestres. Quand les Parthes vont en expédition, ils emmènent avec eux tous leurs chevaux, pour pouvoir changer de monture, fondre sur l'ennemi à Timproviste et de loin, ou fuir soudainement en parcourant de grandes distances » •.

^ L'histoire de bien des campagnes malheureuses des Romains montre tout ce qu'a d'exagéré cette appréciation.

* Âdd. Dio Gass,, XLI, 15. -^ Là où Hérodien voit une infériorité, il faut reconnattre un sérieux avantage ; le train des équipages, si considérable, qui suivait les armées romaines, empêcha plus d'une fois de s'opérer avec une hâte suffisante une retraite qui s'imposait.

«Herodian., VI, 5,3. 7,1.

^ luslin., XLÎ, 2 : c De leur armée, les esclaves forment la plus grande partie ; le nombre en crott chaque jour parce que, nul ne pouvant les affraochir, leurs enfants aussi naissent dans la condition servile. Les Parthes les élèvent comme leurs propres fils, très attentifs à leur apprendre l'équitation et le maniement de l'arc. Quand Antoine les attaqua, sur 50.000 cavaliers, ils étaient 400 de libres ».

^ Il est bien curieux de constater que ce qu'Ammien rapporte des Huns, Justin le dit avec plus d'insistance des Parthes {ibid,, 3) : ils sont toujours à che?al ; à cheval ils vont à la guerre, donnent leurs festins, exercent les fonctions publiques, gèrent leurs affaires privées, voyagent, font halte, trafiquent, tiennent conversation. Mais l'archer est à pied (à moins qu'il ne soit enrôlé dans la milice).

^ Dio Gass., XL, 15 ; Horat., Carm,^ II, 13, 17-18:... sagittas etcelerem fugam Parthû,, Leurs lanciers montaient parfois aussi des chameaux

Ces guerriers étaient pour la plupart des archers. <* Leurs armes et leurs chevaux ne leur servent pas seulement pour le combat, comme chez les Romains ; mais dès leur première jeunesse ils apprennent à les manier * ; ils ont toujours le carquois au dos et passent à la chasse tout le temps qu'ils n'occupent pas à la guerre ^ » Les premiers Romains en contact avec les Parthes s'en laissèrent vivement impressionner. « Impossible d'échapper à leur poursuite, ou de les atteindre dans leur fuite. Ils ont des traits inconnus qui vous frappent avant qu'on n'ait pu voir la main qui les a lancés '. » Ajoutons que les Romains avaient coutume de se faire battre à chaque rencontre avec un ennemi nouveau.

Mais ces chasseurs mobilisés ne constituaient que la cavalerie légère ; il y avait aussi la grosse cavalerie, pouvue d'armes blanches, surtout de la pique, et portant la cuirasse. Hérodien émet à ce sujet une assertion inadmissible * : « Septime Sévère, dit-il, pardonna aux soldats qui (lors de sa compétition avec Niger) s'étaient enfuis au-delà du Tigre ; ils revinrent après qu'il leur eut accordé une amnistie générale. Il en était passé bon nombre chez les barbares ; c'est depuis ce temps-là que ces peuples apprirent à combattre de pied ferme contre les Romains. Auparavant, ils ne portaient ni casque ni cuirasse, mais seulement de petits vêtements légers et flottants ^ Ils ne

(Herodian., IV, 14, 3), peut-être pour être plus à Tabri des armes blanches, à la faveur de la grande laille de ces animaux.

* Cf. Senec, ep. ad Lucil.y 36 (= IV, 7): Si in Parthia nalus esset, arcum infans stalim lenderet,

2 A ce point de vue, — et à ce point de vue seulement — on pourrait comparer les Parthes aux Boers, s'exerçant à la guerre, sans y penser, par la chasse et les longues chevauchées d'une ferme à Tautre. — Végèce exalte (III, 27) periiiam sagitlandi chez les Perses, equiiandi scienliam chez les Huns el les Alains, currendi uelocilatcm chez les Saracènes.

3 Plut.. Crass., 18.

* Herodian., III, 4, 7-9.

* Ce sont des vêtements larges et bouffanls que porte en effet le guerrier parthe couché, que représente la petile statuette de LoCtus (cf. Rawlinson, Parihia, p. 386); mais n*en concluons rien de tropgéoéral. Le8 types numismatiques sont trop minuscules pour être caractérisés ; on ne sait parfois si le graveur monétaire a voulu figurer un Parthe ou un Arménien (Babelon, Monn. delà RépubLrom.^ II (1886), p.77, note2; add. p. 72, n** 196 sq.). Le trésor de Saint-Ambroise de Milan conserve une étoffe où l'on voit un chasseur vêtu à la manière partbique, lançant une flèche sur un tigre (A. Venluri, Storia dell'arle italiana, Mi-

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savaient manier ni la pique, ni Tépée... » Dion^ dit au contraire : c Ils ne font pas usage du bouclier; ils combattent à cheval avec Tare et la lance et portent généralement la cuirasse ». Et Plutarque : c Les armes de leurs cavaliers cuirassés brisent tous les obstacles ou ne cèdent à aucun choc ^ ». Et Plutarque écrivait avant l'avènement de Sévère ; le récit de Dion nous reporte aussi à une époque antérieure.

Cette cuirasse était de cuir et de fer, selon Plutarque ' ; probablement l'armature était en cuir et ne comportait un revêtement métallique qu'aux endroits du corps les plus sensibles aux coups ou les plus exposés. Il y a certainement quelque hyperbole dans le récit, emprunté par Plutarque, de la défaite de Crassus le fils : Suréna « avait placé ses masses derrière la première ligne et voilé l'éclat de leurs armes en les faisant couvrir d'étoffes et de peaux... Tout à coup, jetant bas ces voiles, les Parthes parurent comme tout en feu. On ne voyait que casques et cuirasses, chevaux bardés de fer et d'airain * ».

Mais, en somme, les Parthes étaient redoutables surtout comme archers. « Leur ciel, très sec et dégagé d'humidité, donne beaucoup de ressort à leur arc, si ce n'est en plein hiver; aussi ne se mettent-ils jamais en campagne durant cette saison ^ ». De leur fonction habituelle de sagittaires dérivait toute leur stratégie : ils n'avaient pas coutume d'attaquer la

laoo, I (1901), p. 383-5, fig. 352-3). Cette étoile, quelle qu'en soit la date, offre une copie d'un dessin très ancien pouvant êlre rapporté à l'époque des Parthes.

« XL, 15 ; cf. XLIX, 20.

* Crass.y 18 ; cf. 24 : ils voulurent d'abord charger les Romains à coups de piques ; LuculL, 28 : « Les cavaliers bardés de fer ».

' Crass,, 25 ; lustin., ibid. : Munimenlum ipsis equisque loricae plumatae sunt^ quae utrumque toio corpore legunt,

* Ibid,^ 23. Cette description est aussi suspecte que celle (26) qui a trait aux c coups de flèches portés d'une telle roldeur qu'ils perçaient deux hommes à la fois ».

^ De même pour les Perses ; cf. Amm. Marc, XVII, 5, 8 (lettre de Sapor) : « ...dès que l'hiver sera passé... » Préparatifs pendant l'hiver (Id., XVIII, 6,4), en vue de partir à rapproche du printemps (XVIII, 4,1). Dispersion des troupes romaines et perses, l'hiver venu, dans Agathias, III, 4, 4 et IV, 4, 2. Mais il leur arrivait forcément de prolonger une expédition jusqu'en hiver (cf. Plut., Ant.y 51) ou d'en subir une dans cette saison (ainsi Sapor, aux prises avec les Chionites et les Eusènes: Amm. Marc, XVI^ 9,4). Les Perses du reste, à cet égard comme à bisa d'autres, paraissent avoir été plus hardis que les Parthes : Gavad assiège Amida en plein hiver (Procop , fî. P., I, 7, 3).

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nuit S parce qu'ils préféraient combattre à distance et que Tobscurité dissimulait les cibles à atteindre. De même, ils se méflaient des charges nocturnes ; aussi bivouaquaient-ils à une distance considérable de Tennemi; il faut du reste plus de temps à des cavaliers qu*à des fantassins pour s'équiper; on ne peut seller et caparaçonner ses chevaux en toute hâte. Ils craignaient donc d'être surpris, mais la rapidité de leur course leur permettait, à eux, de surprendre aisément l'ennemi; et lorsqu'ils l'approchaient soudain, comme tous les peuples barbares ils recouraient au vacarme pour l'effrayer*. Sur les bords du Balissos, les troupes de Suréna, rencontrant celles du fils de Crassus, poussent une clameur terrible ; c car les Parthes ne s'excitent point au son de la trompette ; ils font grand bruit de tous côtés, frappant sur des vases d'airain avec des marteaux creux couverts de cuir; et ces instruments rendent un son sourd et affreux, comme un mélange de rugissements sauvages et de roulements de tonnerre ' ». Avec une habileté restée proverbiale, ils savaient décocher des flèches en s'enfuyant à toute bride *, et pour n'avoir jamais le carquois vide, ils se faisaient suivre d'une troupe de chameaux portant une réserve de flèches ^.

Du premier jusqu'au dernier jour, l'art de la guerre, chez les Parthes, s'immobilisa. LucuUus exhorte ses troupes à en venir aux mains avec un ennemi « accoutumé à combattre de loin »; c'est même le strict corps à corps qu'il recommande, pour ôter aux cuirassiers la liberté de se servir de leurs lances ; il faut

* Plut., Crass., 29.

* luslin., ibid, : << Le tambour, non la trompette, doone le signal de la bataille ».

» Plut., Crass., 23.

* Herodian., III, 7,8; Verg., Georg.j 111,31 : Fidentemque fuga Parthum uersisque sngitlis. Les Parthes ont dû être les initiateurs de cette méthode de combat, mais elle a été imitée par d'autres peuples; c'est celle dont les Huns, selon Agathias (V, 8,3), recevaient d'ordinaire le plus d'avantage : « Jamais ils ne repoussent l'ennemi avec autant de vigueur que poursuivis eux-mêmes. Les traits qu'ils lancent en s'enfuyant blessent bien plus profondément, car, décochés avec force, ils sont reçus par des gens qui courent encore au-devant avec violence ». Procope (6. P., I, 1, 14) attribue la môme habileté aux archers byzantins de son temps.

^ Du moins il en fut ainsi durant la campagne qu'ils soutinrent contre Crassus (Plut., Crass,, 25).

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c< les frapper de Tépée aux jambes et aux cuisses, seules parties qu'ils aient à découvert * ». On estimait que la première résistance éteignait toute leur ardeur *. Hérodien ' prête à Macrin, devant ses troupes, le discours un peu emphatique que voici : a* Opposons à cette multitude Tordre et la discipline des [armées romaines. Les barbares, pour ne pas savoir se ranger en bataille, perdent le plus souvent l'avantage de leur grand nombre, qui ne sert qu'à mettre entre eux de la confusion. Parmi nous, les rangs exactement gardés, des mouvements uniformes, exécutés à propos, vous feront triompher et causeront leur ruine ». Il s'agissait aussi de précipiter les Parthes à bas de leurs montures^ à cause de leurs grandes robes traînantes qui les empêchaient de s'enfuir à pied. « Ils ont trouvé contre la rareté de l'eau des expédients », dit Dion Cassius ^, qui, par malheur, ne s*en explique pas plus nettement.

Il est parfaitement vrai que ce peuple se plaisait surtout à l'offensive, rapide et courte ; la bataille rangée ne le séduisait pas ; il ne savait pas, selon Justin, combattre en ligne ; il s'y était néanmoins un peu préparé, le port de la cuirasse en est une marque; mais alors il cherchait de préférence à envelopper l'adversaire, qu'il tâchait d'entraîner dans quelque embuscade. Les longues campagnes lui faisaient horreur S et plus d'une fois il abandonna, déposa même un roi belliqueux ^. De là son dédain général de la poliorcétique ^ ; certaines forteresses lui étaient nécessaires en Mésopotamie, aux bords de i'Ëuphrate

» Plut., LuculL, 28.

« Herodian., IV, 15, 6; Lucan., Phars., VIII, 378-9 :

... Parthoque sequente Murus erit quodcumque potest obstare sagitlae,

lustin., ibid, : « Ils ne liennent pas longtemps devant l'ennemi, mais leur charge initiale est d'une rare vigueur; parfois ils feignent la déroule et reviennent quand on les croit vaincus ».

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