IV
* XL, 15. — Ce sont peut-être les expédients des Arabes ; v, supra^ p. 25.
^ Tac., ilnn., XI, 10: longinquam militiam aspernebant.
> Aussi étail-il « aussi prompt à regretter ses rois qu'à les trahir » (Id., VI. 36).
» Lucan., Phars., VIII, 377-8:
Non aries illiSf non uUa est machina belli ; Haud fossas implere ualent,,,
Add. lastln., ibid.
46 GÉNIÈRAUTÉS céoGRAPHIQUCS ET ETHNOGRAPHIQUES
OU du Tigre ; il paraît bien avoir emprunté, pour les construire, des ingénieurs grecs ou romains K
Contre les Parthes, les Romains usaient volontiers de l'accusation de perfidie, grief classique à l'égard de presque tous les peuples, sorte de lieu commun dont on retrouve mainte trace dans la littérature *. Les Perses n'échappaient pas davantage à ces insinuations; la crainte quMls inspiraient y était pour quelque chose. Notre information sur l'armée des Sassanides est incomplète ; les auteurs anciens ne fournissent d'ordinaire que des aperçus un peu contradictoires^. Selon Âgathangelos *, Artaxerxès, premier roi de cette dynastie nouvelle, aurait, rompant avec le système parlhe, créé et conservé une armée permanente, à solde régulière et commandée par des généraux et officiers distincts des satrapes. Les auteurs arméniens sont sujets à caution; celui-ci paraît bien commettre une exagération. Lydus ^ tombe sans doute dans une autre, en sens opposé, disant que « les Perses n'ont pas, comme les Romains, de troupes déterminées et exercées habituellement au combat. Il leur faut du temps pour se procurer une armée et les fonds nécessaires pour soutenir une guerre ». Nœldeke* incline à une solution moyenne plus raisonnable. Il est souvent question de troupes de « gardes » qu'on ne peut concevoir
* Amm. Marc, XXIV, 5, i.
2 Cf. Horat., Epist., II, 1, 112 : Inuenior Parthis mendacior, lustJD., XLI, 3: Ingénia genti tumida^ sediiiosa, fraudulentaj procacia. Il rend pourtaot hommage à leur caractère superbe el à leur sobriété. Les peuples anciens volontiers s*adressaient de semblables compliments. Pour ne pas sortir de mon sujet, je citerai seulement Tépigramme sur les Cappadociens copiée par Lydus [de magislr.j III, 57) :
KaTTiraS^xat cpaù[Xot jiev àzi] • Çtovr^; 8è tu^^ovteç
<pai)X6TEpot • xepSoix; 8' e'ivexa cpai)X6xaxoi * •î]v 8* àpa 8t<; xat xptç (AE^âXT); 8pif(uvTai àTrTjvT)?,
8t) pa TOT* £'.; djpaç cpauXETrtcpa'jXôxepoi.
^ El les historiens modernes se sont laissés aller à des confasions d'époques regrettables. M. Dieulafoy (VArt antiqtie de fa Perse, Paris, V (s. d.), p. 140) invoque, à propos des Perses, Horace, Virgile, Tacite, dont les appréciations ne peuvent concerner que les Parthes.
Mil, 12.
^ DeMagistr., III, 34.
^ Tabarif Excurse, p. 442. Lydus, dit-il, se souvient trop ici de ses auteurs classiques. Mais l'auteur du De magistratibus parle d'après le u tacticien Celsus ».
que permanentes ; les garnisons postées dans les places de frontières ne devaient pas y être envoyées seulement en cas d'alerte; mais, selon toute vraisemblance, elles restaient sans cesse au service du roi *. 11 est probable du moins que ces troupes permanentes ne se recrutaient pas uniquement parmi les Perses ; on les enrôlait surtout chez les barbares voisins, peut-être en grande partie chez les Scythes et Sarmates avec lesquels la puissance sassanide eut aussi à compter.
Mais la masse de Tarmée perse de ce temps devait avoir son origine dans une double tradition, héritée à la fois des Achémcnides et des Parthes '. I/organisation féodale subsistait, ne laissant point au souverain une entière liberlé d'action. Il était tenu ' de réserver certaines fonctions aux grandes familles, et ce principe s'appliquait peut-être, non seulement aux charges honorifiques de cour, mais aussi aux commandements militaires élevés. La haute noblesse avait à convoquer ses vassaux, et ceux-ci convoquaient leurs sujets, quand une campagne se préparait. La foule du peuple constituait Tinfanterie ou la cavalerie légère des sagittaires ; l'archer était protégé par le grand bouclier d'osier * déjà en usage du temps des Achéménides, et qu'il plantait en terre au moment de lancer ses traits ; les instructions militaires d'Anouchirvan ' portent qu'il devait avoir deux arcs, quatre cordes et cent soixante flèches •. La cavalerie légère paraît avoir perdu de son importance sous la nouvelle monarchie ; on n'entend plus guère
' Il faut tenir compte aussi, et de l'exemple impressionnant des Romains, que les Perses ne dédaignaient pas, el de cette assertion d'Ammien (XXIII, 6, 14), négligée par Nœldeke: « Les plus grandes provinces (de Perse) sont gouvernées par des uilaxae, idestmagislriequitumyei par des satrapes du roi ».
* Ammien parle encore tout spécialement des habitants de la Parthie, « Ils sont féroces et belliqueux; ils trouvent tant de plaisir à combattre qu'ils regardent comme un bonheur insigne de mourir à la guerre et accablent de reproche, comme lâches et poltrons, ceux qui terminent leurs jours d'autre sorte ».
3 D'a{)rè8 Procop., B, P., I, 6, 13.
^ Amm. Marc, XXIV, 6, 8.
* Dieulafoy, loc. cit.
* Ammien traite avec dédain cette infanterie et la confond presque avec la masse servile qui l'accompagnait (XXIII, 6, 83) : pedites eniin in speciem mirmillanum contecti iussa faciunl ut calories, sequiturgue semper haec turba tamquam addicta perenni seruitio nec stipendiis aliquando fulta nec donii.
48 GéNKRALITés GEOGRAPHIQUES ET ETHNOGRAPHIQUES
parler de ces escadrons insaisissables qui faisaient la force principale des armées parthes ; au besoin, les Sassanides pouvaient emprunter celle des Arabes ou des Arméniens de leur allégeance *.
A en juger par les autres sources ', un tableau d'ensemble assez fidèle, en même temps que pittoresque, nous serait fourni par le romancier Héliodore d'Émèse ^ de l'aspect que présentait une armée perse en marche, vers Tan 400 de notre ère :
Les Perses venaient en bonne ordonnance...; la splendeur et la magnificence, toujours ordinaires aux Perses, se faisaient admirer de loin ; et le soleil, qui donnait d'aplomb sur leurs armes, d'ailleurs brillantes par elles-mêmes, renvoyait un éclat que les yeux avaient peine à soutenir. Leur aile droite était composée de Perses et de Mèdes, dont les mieux armés étaient en tête ; ils étaient suivis de gens de trait, nus et sans armes, pour qu'ils pussent tirer leurs flèches plus à l'aise. L'aile gauche était occupée par les Égyptiens et les Africains, et tout ce qu'il y avait d'étrangers à la solde du roi de Perse. Oroondates (le satrape) s'avançait au centre sur un char magnifique, armé de faux, et bien escorté]à droite et à gauche pour la sûreté de sa personne. Il était précédé par sa cavalerie ordinaire, armée de toutes pièces, dont le courage et la fidélité lui étaient connus. Ce bataillon, composé de gens d'élite, tirés des meilleurs troupes, est toujours la force essentielle de l'armée perse *. Il y faut des hommes robustes et capables de soutenir le poids d'une armure de fer, qui les couvre de la tête aux pieds. Cette armure est faite de lames de fer ou d'airain^ forgées les unes dans les autres en forme d'écaillés, qui joignent au corps sans lui rien ôter de sa liberté de mouvements \ Ainsi équipés, ils se laissent emporter par leurs
» Amm. Marc, XXIV, 2, 3 ; Zosim., III, 26-27.
* Cf. Rawlinson, The Sevenik great Monarchy^ or Hislory of.,: Persia^ London, 1876, p. 648-655.
3 ÂethiopiCy IX, 14.
* V. infrdj p. 50, note 3.
' Cf. Amm. Marc, XXV, 1, 12 ; « Ces troupes étaient couvertes de fer ; d'épaisses lames de métal, parfaitement ajustées aux jointures du corps, enveloppaient chacun de leurs membres. Leurs têtes étaient coiffées de casques qui imitaient les formes humaines... ; elles ne pouvaient être blessées que par de petites ouvertures faites pour les yeux et les uarines ».
chevaux au milieu des ennemis, semblables plutôt à des statues de bronze qui se meuvent qu'à des hommes qui combattent. Us n'ont qu'une sorte d'arme offensive, la pique, avec laquelle ils enfilent parfois deux ou trois hommes d'un même coup.
ft Constantin savait, nous rapporte Lydus *, qu'il n'est pas facile de combattre les Perses, à moins d'une attaque inopinée qui vient les surprendre. Le tacticien Celsus a écrit un livre, où il expose que les Perses ne succomberont que sous une agression soudaine. » Celsus ne montrait pas une vue très claire de la situation en ne tenant compte que de la lenteur de mobilisation chez ce peuple. L'attaque des Romains ne pouvait pas être soudaine et inopinée *. Eux-mêmes avaient à réunir, pour une action commune, de menues garnisons très éparpillées et à traverser une grande plaine à demi déserte, avant de frapper au cœur la monarchie des Sassanides. D'autre part, Celsus lui-même, auquel se réfère Lydus, dit nettement que toute la nation perse a coutume de se préparer à la guerre, de même que les Romains avant l'organisation des légions par Marins, et Ammien confirme en termes exprès l'entraînement perpétuel auquel s'astreignaient une partie au moins de cette nation ad pulueres Martios erudita^. Ce ferreiis eqnitatiis formait, hommes et chevaux, un bloc difficile à rompre ou à entamer, et qui servit de modèle, en quelque mesure, aux cataphractaires des Byzantins, dont l'organisation définitive remonte à une date moins ancienne.
Le brillant aspect de ces troupes est attesté aussi par Ammien *, et leur luxe, luxe que les Parthes, au contraire, évi-
* Ihid., 33.
* On le voit bien par l'exemple de Julien. « Il avait appris que les Perses [comme les Parthes] sont sans force ni valeur en hiver, parce qu'ils ne peuvent supporter le froid et n'oseraient alors, selon le proverbe, tirer la main hors du manteau, alors que les Romains sont à même de combattre en toute saison ; il entra donc en campagne aussitôt i (Socrat., H. eccLt 111) 21, p. 432 Migne). Mais les difQcuUés commencèrent, à peine eut- il atteint l'extrémité de la Mésopotamie.
' XIX, 1,2: militari cultu ac disciplina proludiisque continuis rei castrensis et armaturae,quam saepe formidauimus, meluendi uel exercitibus maximis, equitatus uirtute confisi, ubi desudat nobilitas omnis et splendor.
* Ibid., 84: Indumentis plerique eorum ita operiuntur lumine colorum fulgerUibus uario ut, licet sinus lateraque dissuta relinquant flatibus agitari uentorum, inter cnlceos tamen et uerticfm nifiil uideatur infeclum ; armil-
50 GÉNÉRALITÉS GÉOGRAPHIQUES BT BIHNOGRAPHIQUBS
talent *, confirmé par Zosime *, mais peut-être ne pénétrait-il que dans le corps des « Immortels », formé de 1.000 cavaliers et qui devait être plus particulièrement attaché à la personne royale ^
Plusieurs séries de bas-reliefs complètent et illustrent ces détails donnés par les auteurs. Celui de Darabguird^ du temps de Sapor I" et Valérien *, montre divers groupes de guerriers, revêtus de longues tuniques et munis de différentes sortes de casques : les uns rappellent les volumineuses coiffures réservées aux eunuques persans d'aujourd'hui ; d'autres plutôt le bonnet phrygien, avec un retroussis sur le devant ; une troisième variété se rapproche de celle-ci, mais s'augmente d'uu couvre-nuque. Dans un des bas-reliefs qui représentent Sapor % l'œil est attiré par les armes des personnages : les uns ont des lances et une courte massue; d'autres des haches à deux tranchants; l'une d'elles est au bout d'un manche de même taille que l'homme ". Ces monuments sont du début de la période sassanide : pour la fln, nous avons ceux de Ghosroès 11 Pur vis, au Takht-UBostan ' : on y voit le roi en cataphractaire, armé d'une très longue lance et d'un petit bouclier rond ; au côté, un lourd carquois, avec la longue épée, sans doute à deux tranchants ^ Le cheval a une espèce de cotte de mailles du haut du cou jusqu'au bas du poitrail. Le casque permet de vérifier le commentaire d'Ammien : c'est une « calotte
lis uli monilibusque aureis et gemmiSj praecipue margaritis quibm abundant,
* luBlin., XLl, 2.
^ 111, 25, 6. Avant d'approcher de CtésiphoD, les troupes de Julien baltirenl les Perses, dans le camp desquels elles trouvèrent « des lits et lies tables d'argent massif, et sur les cadavres d'hommes et de chevaux une profusion d'ornements d'or et d'argent ».
» Cf. Socrat., VII, 20. p. 780 Migne ; Procop., B. P., I, 14, 31 ; Theophan., 86, 7, 10 sagittarii d'élite do la phalange royale s'emparèrent d'Amida (Amm. Marc, XIX, 5, 5).
* Flandin et Costa, Perse ancienne, I, pi. XXXI bis, « Ibid., pi. XLIX A.
« Cf. Ch. de Ujfalvy, L* Iconographie des Pei'ses {V Anthropologie ^ XI (1900), pp. 51-56 el 183-224).
'Flandin el Coste, pi. XLVIII et L; Rawlinson, S«i?en(A Monarchy^ p. 613 ; de Morgan, Aimiow scientifique en Perse, Paris, IV, 2 (i|97), p. 319, (ig. 186 ; W. Jackson, Persia, P as t and Présent, ^evf -Y ovk, 1906, ch. XV.
* De Morgan, p. 321, fig. 188.
LES PARTHBS BT LES PERSES 51
de fer, surmontée d'un bouton et ceinte d'une couronne ornée de deux rangs de perles. En avant, deux trous en forme d'amandes sont pratiqués pour les yeux ; de cette calotte, ornée de rubans, part une gaine de mailles gui enveloppe le cou et va se joindre aux mailles de l'armure * ».
Il faut s'en tenir aux représentations fournies par les Perses eux-mêmes ; celles qui figurent sur les monuments romains ont un caractère éminemment conventionnel : ainsi, dans les bas-reliefs de Tare de triomphe de Salonique, vers 300, les Perses sont recouverts d'amples manteaux d'étoffes légères ou de riches vêtements ; rien n'apparaît de leurs cuirasses * ; la pensée du sculpteur était probablement d'accuser la « mollesse » de l'ennemi '.
Le texte d'Héliodore mentionne le char armé de faux sur lequel le commandant en chef s'avançait ; le char de guerre semble néanmoins être tombé en désuétude ^ ; il est fait mention de chariots scythes dans l'armée qui s'opposa à la marche de Sévère Alexandre ^, au début tout à fait de la période sassanide ; Héraclios enfin se saisit de quelques-uns après la bataille deNinive *, mais peut-être faisaient-ils partie simplement des équipages militaires.
Ce que cette armée présente de plus nouveau, outre la prédominance delà grosse cavalerie, c'est l'emploi des éléphants ', amenés des provinces orientales du royaume et particulièrement de rinde. Leur marche solennelle et pesante était en harmonie avec l'allure des cavaliers cuirassés ; leur utilité essentielle consistait apparemment dans l'effet moral ' qu'ils devaient produire sur un ennemi inaccoutumé à les voir * ;
« Ibid., p. 320, flg. 187.
* K. F. Kinch, Varc de triomphe de Salonigue, publ. sous les auspices de la Fondation Garlsberg, Paris, 1890, pp. 20, 22.
' 11 a même introduit, dans une des scènes, des amazones ! (pi. IV, p. 31). Une phrase vague d'Hérodieo (v. ci-dessus, p. 41) ne suffit pas à justifier cette fantaisie.
^ Cf. Rawlinson, p. 648, note 4.
* Lamprid., u. Seueri, 56.
« Theophan., 319, 7.
^ Flandin et Coste, pi. L.
> Les souverains trouvaient commode cependant de s'en servir à la chasse ;v. les bas-reliefs représentant la chasse aux gazelles et aux sangliers (Rawlinson, p. 614-616 ; de Morgan, pi. XXXVII-XXXVIII).
* Cf. Amro. Marc, (qui y revient fréquemment), XXIV, 6, 8 : « ... des
52 GÉNÉRALITÉS GEOGRAPHIQUES BT BTHN0GRAPH1QUB8
mais leur présence causait quelque gêne dans les pays de montagnes, où on ne leur livrait passage qu*à coups de pioche et de cognée*. C'étaient des bêtes très vulnérables qu'on réduisait en les blessant aux yeux ou à la trompe ; les guerriers juchés sur leurs dos manquaient de recul pour frapper les soldats audacieux qui, se glissant sous le ventre de ranimai, allaient lui couper les jarrets, ou les sangles par lesquelles sa charge était fixée. Frappés à mort, les éléphants provoquaient le désordre dans les rangs où leurs lourdes masses s'affaissaient, et pas plus que les cataphractaires, ils n'étaient eu mesure de franchir à la nage un cours d'eau, pour atteindre l'ennemi ou lui échapper.
Comme les Parthes, leurs prédécesseurs, les Perses se signalèrent à l'origine par leur inaptitude à mener à bien le siège d'une place-forte ; mais, peu à peu, à force de lutter contre leurs rivaux d'occident, ils s'affranchirent de cette infériorité. Ils apprirent à creuser, perpendiculairement au rempart, une longue tranchée où, à l'abri du bouclier de jonc, on avançait jusqu'au fossé ; à combler celui-ci pour y asseoir une tour mobile, portant un bélier dont on ébranlait les murs. Peuple d'agriculteurs autant que d'éleveurs, ils ne craignaient pas le maniement de la bêche, et, plus d'une fois, ils établirent des lignes de circonvallation, en vue d'affamer les assiégés.
éléphants semblables à des collines mouvantes et dont les masses énoroQes avaient déjà plus d'une t'ois inspiré la terreur et menacé de mort ceux qui approchaient » ; XXV, 1, 14 : « leurs effroyables gueules, leurs cris terribles et l'odeur qu'ils exhalaient effrayaient les hommes et plus encore les chevaux » ; XXV, 3, 4 : « nos gens ne pouvaient soutenir les cris et la puanteur des éléphanls » ; ibid., il : « leurs éléphants effrayaient les hommes et les bêtes par leurs énormes masses et lears aigrettes flottantes »; add. XXV, 6, 2. — Parfois ils devenaient furieux et se retournaient contre laraiée qu'ils devaient servir ; aussi les mettait-on de préférence à la queue des troupes, « et ceux qui les montaient portaient des couteaux à manches qu'ils enfonçaient, lorsqu'ils ne pouvaient matlriser ces animaux, à la jointure du cou et de la tête, ce qui amenait la mort en un instant » (XXV, 1, 15). Bahram dit avec orgueil au roi d'Arménie : « Je vous montrerai des éléphants harnachés et, montée sur ceux-ci, une armée de soldats... » (Macler, iléft^oj, p. 20); le roi de Perse « trouve un refuge au milieu de ses éléphants » [ibid., p. 0).
« Cf. Patkanian, Journ. asialiq., 1866, 1, p. 114. Il y avait un fonctionnaire perse appelé le Zendkapel qui était le directeur du service des éléphants de guerre.
Eux-mêmes avaient coutume de se fortifier solidement dans leurs camps S qu'ils entouraient de sacs remplis de terre ou de sable *. Plusieurs de leurs forteresses permanentes nous sont décrites. Zosime, par exemple, nous parle de Bersabora (ou Pirisabora), située dans une île de l'Euphrate, tout près du Tigre : un double mur l'entourait ; au centre, le réduit principal, enclos lui-même d'un rempart en segment de cercle, où conduisait, par l'intérieur du boufg, un chemin tortueux et de pénible accès. Au nord, la protection lui venait du lit même du fleuve, où Ton puisait pour l'approvisionnement ménager. Du côté de l'Orient, un fossé profond, bordé d'un parapet de bois renforcé par des tours, en briques cuites maçonnées à la base avec du bitume, liées avec du plâtre dans la moitié supérieure '. Sur l'arc de triomphe de Salonique, un des bas-reliefs est consacré à un combat de cavalerie devant les portes d'une ville mésopotamienne, dont les murs sont couronnés de créneaux en dents de scie *. Est-ce une ville romaine ou une ville perse que le sculpteur a voulu indiquer? La deuxième hypothèse offre plus de vraisemblance : il était plus glorieux pour Galère d'apparaître foulant le sol ennemi. L'exactitude de la figuration ne saurait d'ailleurs être garantie.
Il semble, au reste, que des Romains ou des Grecs aient construit quelquefois des édifices pour les Perses ; ils passaient
* Amm. Marc, XIX, 3, 1 :... quae ingenli circumitu uallauerant muros. — Cf. le récit du martyre de Vartan (451), par Elisée: « Le général perse entra en Arménie ; il dressa aussitôt Hon carap et on le retrancha ; on creusa des fossés, on éleva des épaulements, on planta des palissades, on s'y fortifia comme dans une ville » (Dom H. Leclercq, Les Martyrs, IV (^905), p. 80, d'après la trad. V. Langlois). Add. Zacharias Rhetor, IX, 4, p. 171, 1.24.
ï Veget., Epit.y III, 10, in fin, ; Procop., B. G., IV, 9, 2.
^ ni, 17, 3-4. C'est à peu près ce que dit Ammien (XXIV, 2, 9) : ...ambitu insulari circumuallatam... relictis ciuitatis duplicibus mûris continentem occupant arcenif aspcri montis interrupta planitie super positam, cuius medietas in sublime consurgens tereli ambitu Argolici scuti speciem oxtendebatj nisi quod a septembrione id, quod rolunditati deerat, in fiuphratis fluenta proieciae cautes emineniius tuehantur, in qua excellebant minae murorum biiumine et coctilibus laterculis fabricatae. Ce dernier détail est rapporté également pour Maiozamalcha par Libanios, Or.,XVlII, 235, IL p. 338 Fœrster. — Cf. Zosim,, III, 21, 2, pour le castel tort analogue de Besoucbis, près Clésipbon ; add. Amm., XXIV, 1, 2 (Thilulha) el 2, 1 (Achaicala)> mais alia postridie castra ob muros inualidos derelicia praetereuntur (a Iuliano) incensa,
* Kinohy pi. IX, p. 45 ; of. pi. VlII, relief II depuis le haut.
54 céNÉRÂLlTËS 6R06RAPHIQUBS ET ETHNOGRAPHIQUES
pour des architectes bien supérieurs aux Orientaux *. Ceux-ci efTectuaient certaines restaurations, à l'aide de procédés sommaires : ainsi Mermeroes 1M boucher avec des pièces de bois les brèches des murs, au fort de Koutatision en Lazique *, auquel il ajouta encore une muraille de bois ^ Les Grecs, d'esprit naturellement mercenaire, se mirent sans scrupule au service des Sassanides ; il nous est même rapporté que» sous Valentinien !•' (364-375), Sapor s'empara de Tigranocerte, grâce au concours des Grecs qu'il avait faits prisonniers dans la guerre précédente *.
Sur les opérations de campagne des Perses, le meilleur aperçu nous est fourni par un passage connu du Strategicon de Maurice, intitulé nettement : Ucûc 8ëT àp(x(S;£(r6ai népoaiç * ; ce titre seul me justifierait amplement d'en donner l'analyse et de m'attarder aux institutions militaires des Sassanides.
L'auteur dit des Perses : « C'est une race mauvaise, dissimulée, servile, mais patriote, craignant ses chefs et patiente aux maux de la guerre, bien ordonnée, sans témérité, supportant la chaleur, la disette et la soif ; redoutable dans les sièges, qu'elle les fasse ou les subisse, sachant cacher ses deuils sous line mâle figure. Lorsqu'elle traite, elle évite de demander ce qu'elle convoite, mais l'accepte si on le lui offre. Ces hommes sont pourvus de cuirasses, d'arcs et d'épées ; ils manient habilement toute arme de trait. Ils s'enferment dans des retranchements ^ sans toutefois y placer leurs bagages, de façon à pouvoir s'en échapper, selon le sort des armes. Ils ne mettent pas leurs chevaux dans les pâturages, mais emportent du fourrage avec eux '.
Dans les engagements ils divisent leurs forces en trois parts
* Nœldeke, Tabari,^p. 80, note 1 ; p. 82, note 2. « Prooop., B. G., IV, 14, 50.
» Ibid., 16, 16.
^ Patkanian, loc. cil.^ p. 152.
5 XI, 2, p. 254-260 Scheffer.
* *E)v oojTaToi; ; ceci rend un peu ridicule la critique'^formulée par le mirban devant ses hommes : « Voyez la timidité de ces Romains ; ils n'osent se ranger en bataille en face des Perses sans la protection d'un fossé » (Procop., B. P.,I, 14, 15).
^ Cette babitude était prudente : durant le siège de Jérusalem, les Juifs, dans leurs sorties, enlevèrent des cbevauz que certains cavaliers romains avaient débridés, pour les laisser paître (los., B. /., VI, 153). Mais il ne faudrait pas forcer le sens de la pbrase visée du StraUgicoH,
LES PARTffES ET LES PERSES 55
égales * : centre, droite, gauche *. Le centre comprend 400 ou 500 hommes d'élite, avec des renrorts. Le front de bataille n*a pas de largeur fixe, mais ils ont soin de conserver au premier ou au second rang les meilleurs éléments de chaque compagnie, et de maintenir le front égal et serré. Les bagages sont placés un peu à l'arrière. A Touverture des hostilités, ils s'en prennent d'abord aux gens armés de la lance, les entraînent dans les lieux difficiles, pour que ceux-ci n*y puissent résister à la charge et aux flèches dont on les accable.
Les Perses aiment à ajourner le combat, surtout quand ils savent que l'adversaire s'y prépare ; en revanche, ils se plaisent à le prolonger, surtout dans les moments de canicule, où l'ardeur du soleil amortit l'élan de l'ennemi. Leurs attaques se produisent sans témérité, avec mesure ; mais ils les renouvellent fréquemment dans un délai très court. Le froid continu leur est défavorable, de même que la pluie qui détend leurs arcs ', et aussi toute phalange de fantassins bien massés, sur un terrain nivelé et uni, qui facilite les évolutions des lanciers. On peut user contre eux des mouvements enveloppants sur les ailes, qu'ils ne couvrent pas de façon spéciale, souvent aussi improviser des attaques nocturnes contre leurs cantonnements, car leurs tentes y sont disposées confusément et en désordre.
La question des approvisionnements de cette armée reste pour nous une inconnue *. Rappelons seulement qu'Alamoundar, phylarque des Saracènes, pressant le roi d'envahir l'em-
Les Perses ne pouvaient emporter le fourrage nécessaire à toute une campagne ; ils devaient bien par intervalles renouveler leurs provisions ; donc, en faisant le désert devant eux, on les embarrassait malgré tout. Cf. d'ailleurs Strateg,, VII, 1, p. i36.
* Aussaresses (Rev. de* Élud. anc,^ VIII (1906), p. 35) signale avec raison le fait que cette pratique (indiquée encore ailleurs : III, 6, 9) se trouve attestée dans les récits de guerre de Théopbylacle Simocatia. En complétant ses références, on peut ajouter que la tactique iripartite était commune aux Perses et aux Byzantins (Theoph. Simoc, I, 9, 7 ; II, 3, 1 ; III, 7, 17 ; V, 9, 8).
* Mais il n'y a qu'un seul corps en profondeur, tandis que les Avares et les Turcs divisent leurs forces en plusieurs groupes massés les uns derrière les autres (Strateg,, II, 1, p. 47).
' Cf. ce que les auteurs disent pareillement des Partbes, supra, p. 43. Maurice recommande donc de choisir pour la bataille, s'il se peut, un jour de pluie (VIII, 2, p. 190).
^ V. iupra, pour les Partbes, p. 41, note 2.
56 6^.n£rALITÉS GBOGRAPHIQUBS et STHNOGRAPIIIQITBS
pire parla Syrie désertique, au lieu de pousser vers l'Osrhoène, ajouta : o Ne vous inquiétez pas du manque d'eau ou de vivres ; je conduirai Tarmée pour le mieux * ». Dans la campagne suivante, les Perses comptaient encore subsister sur le pays, car dans le conseil des chefs romains, tenu à Hiérapolis, on décida de ]âcher Buzès, avec le meilleur du corps d'occupation, pour empêcher le ravifaillement de l'ennemi ^. Mais, comme Chosroës tenait beaucoup à garder la Lazique, il avait accumule à Pétra d'énormes provisions. Quand la ville lui eut été enlevée par subterfuge, il resta encore, après Fincendie, de quoi fournir des armes à cinq fois plus d'hommes que les Romains n'en introduisaient, et de quoi faire vivre cinq ans la nouvelle garnison : on trouva surtout du blé et des viandes salées ; pas de vin, mais du vinaigre et des légumes propres à composer un certain breuvage •. En définitive, ces renseignements fragmentaires laisseraient croire que l'intendance des Sassanides montrait, comme celle de Byzance, nous le verrons, un zèle très irrégiilier. Elle se servait pareillement de chameaux pour les convois, et surtout pour le transport de l'eau ♦• Dans une adlocutio de Bélisaire est cette affirmation • : € Vous surpassez en valeur les Perses ; ils n'ont sur vous que l'avantage de la discipline et n'ont confiance que dans votre désordre •. » Elle semble exacte, Et d'abord, s'il y eut souvent dans l'Iran des révolutions de palais, les armées n'en prirent guère rinitiative, et leur loyalisme fut toujours digne d'estime \ Je parle, bien entendu, de la partie nationale de ces
* Procop., B. P., I, 17, 39.
^ lbid,y II, 6, 2 sq. Lorsqu'il arriva devant Édesse, Ghosroès ne donna pas d'autre ordre aux Hun» de sa suite que de se saisir des moutons que les ber;^'ers des environs avaient conduits devant les murs, confiants dans la force de leur prolection. Un seul troupeau fut pris, puis il rentra tout seul, à la faveur d'une sorlie et du combat qui s'en suivit (Ibid,, II, 26, 5-7). — Quand Thàodose négocia la paix avec Bahram (en 420), les troupes perses souffraient de la disette (Socrat., H, eccL, VIT, 20, p. 780 Migne).
» Procop., B. G., IV, 12, 17-20.
♦ Cf. Theoph. Simoc, II, 2, 4.
5 Procop., B. P., I, 14,21.
*Cf. les soldats de Bélisaire qui se dispersent, avant le combat, pour manger des Ggues (B. P., II, 18, 18).
^ Les soldats romains, sous Julien, ayant pénétré par une mine dans Maiozamalcha, tuent les sentinelles qu'ils rencontrent,#a;u<u morU gentici
LES PARTHBS BT LES PERSES 57
troupes ; les auxiliaires que les Sassanides se procuraient, en moindre nombre que les Byzantins, n'avaient pas cette fidélité éprouvée *. Les soldats perses restés dans la citadelle de Pétra, après l'assaut, s'y laissèrent brûler plutôt que de se rendre ^. Au contraire, au siège d'Ëdesse, les Dolomites se débandèrent, dès que l'affaire parut mai tourner \
Redoutables aussi étaient ces adversaires par leur mépris de la mort et cette résignation aux suites sanglantes de la guerre visée par le Strategicon. Une vie d'homme comptait chez eux pour peu de chose ; je n'en veux pour preuve que les soins sommaires donnés à tout soldat atteint d'une maladie dangereuse : « On le sépare des autres, on l'expose vivant, en lui laissant un peu de peu de pain et d'eau et un bâton, afln qu'il puisse se nourrir et se défendre des bêtes * ». On ne se préoccupait guère qu'au retour des victimes d'une expédition : au moment du départ, selon Procope S le roi, sur son trône, regarde défiler l'armée; chaque soldat, en passant, jette une flèche dans de grandes corbeilles, qui sont ensuite cachetées. Les troupes revenues, chacun reprend une flèche ; on voit ainsi le nombre des manquants. Pour le réduire, après l'hécatombe causée par le grand fossé des Ephthalites •, on avait fait défendre de poursuivre l'adversaire sur ses terres, même s'il s'enfuyait en déroute V C'était peut-être, au point de vue stratégique, une mesure critiquable, mais on était plus sûr ainsi de ne pas laisser de morts ou de blessés chez l'ennemi.
La discipline des troupes perses procédait encore d'un autre sentiment : l'attachement au général était si enraciné parmi
iusUtiam feliciiatemque régis sui canoribus uocibus extoUentes (Âmm. Marc, XXIV, 4, 23).
' L'allusion que renferme l'Apocalypse égyptienne d*Ësra à une révolte de Tarmée perse, vers le temps d'Odenatb et d*Aurélien, est une interpolation postérieure (A. Yon Gutecbmid, Kleine Sckrtften, II (1890), p. 211-284; cf. ?. 38). Une rébellion exceptionnelle des troupes perses en Lazique tint à ce que le roi Hormisdas voulut, en punition d'une défaite, disgracier le général Bahram (Tbeopban., 263 ; add. Tbeoph. Simoc, III, «8, p. 147-149).
« Procop., B. G., IV, 12. 15 sq.
3 Ibid., 14, 42.
* Agatb., II, 10. 3.
* V. infra, sur les stratagèmes.
^ Procop,, ibid.f l, 4, 33.
58 GÂNéRALlTés G^.OORAPHIQUBS ET ETHNOGRAPHIQUES
elles que sa mort avait pour etTet de les démoraliser ^ Les Romains le savaient : le vieux héros perse Mermeroes en conçut ridée d'un stratagème qui le lira d'embarras dans un moment difficile : il se fit passer pour malade^ puis répandit le bruit qu'il avait succombé ; les traîtres, payés par les ennemis pour espionner le camp perse, ne soupçonnaient pas la vérité ; Tarmée byzantine se relâcha alors de ses travaux de fortification et de son active surveillance, et Mermeroes en profita pour tenter une attaque soudaine qui mit l'adversaire en fuite *.
Les Sassanides étaient très rigoureux pour leurs lieutenants; une révolte des troupes perses en Lazique eut pour cause la disgrâce infligée à Bahram par le roi Hormisdas, à la suite d'une défaite essuyée : les hommes prirent parti pour leur capitaine '. Chosroès II alla pins loin : il frappa de la peine capitale les généraux vaincus ^.
La participation personnelle des princes iraniens aux guerres avec l'empire fut très irrégulière : les Arsacides dirigèrent quelques expéditions, mais souvent abandonnèrent le commandement au Suréna. Il semble bien du moins que le personnage ainsi désigné^ qui vainquit Crassus ^, avait déjà même dignité que celui qui nous est indiqué, pour des temps postérieurs, comme c le premier après le roi ». Dans les armées orientales, je l'ai dit, les troupes étaient aux abois lorsque le chef perdait la vie ; on porta dans les villes la tête de Pacorus pour accentuer le découragement • ; après qu'Orodès, fils d'Artaban, eut passé pour mort, le sort de la bataille se décida tout aussitôt en faveur des Romains ^.
Or, les suites étaient encore plus funestes lorsque le souverain lui-même périssait, et non un général délégué par lui. Aussi, dans la loi religieuse et politique des Perses, le roi n'était pas obligé de prendre part aux combats, et d'habitude
1 Exemple: dans la guerre lazique, elles lâchent pied aussitôt après (Procop., fi. G., IV, 8, 35).
«Agath., 11,9,6.
• V. supra^ p. 57, note 1.
* Nœldeke, Tabari, pp. 352, 356, 364.
» Plut., Crass., 23.
« Dio Cass., XLIX. 20.
"^ Tac, Ann., VI, 35. — A la fin du vi® siècle. Gommentiolus « battit les Perses, qui n'osèrent retourner vers leur roi, parce que celoi-ci les avait menacés de mort, au cas où ils ne ramèneraient pas leurs obefs sains et saufs. » (Euagr., VI, 15).
îl s'abstenait. Un jour pourtant, consterné des revers sans fln essuyés par son armée devant Amida, Sapor « se jeta, comme un simple soldat, au milieu de la mêlée, ce qu'on n'avait jamais vu jusque-là ' )>. 11 est frappant qu'à la basse époque les théoriciens de la stratégie mettent tant d'insistance à répéter que le chef ne doit pas s'exposer en personne ; s'il tombe, c'est la conrusion dans les rangs ^.
Les Perses ont compté quelques généraux hors de pair, comme cet intrépide Mermeroes, accablé d'ans, infirme, ne pouvant plus monter à cheval et se faisant porter dans une litière au milieu de son armée ^; mais les Chosroès ou leurs pareils étaient toujours, bien plus que les Césars romaiùs, sinon sur le champ de bataille, au moins dans le voisinage ; ils assuraient une plus grande unité de vues et une plus constante obéissance. Sur ce point il y aurait, entre les deux états, une différence à signaler.
En revanche, on a quelques indices d'une disposition qu'aurait eue Chosroès !•' — d'autres encore l'eurent peut-être — à s'inspirer de l'exemple byzantin, dans ses mesures intelligentes pour l'administration et la protection des frontières ^. Procope, parlant d'un dignitaire perse qu'il appelle le chanarange^ ajoute qu'il était commandant des troupes d'une province-frontière S quelque chose donc comme le dux romain. D'autre part, Ménandre, dans un texte d'interprétation incertaine, paraît établir un parallèle entre des fonctionnaires des deux empires, pareillement chargés de la police sur les confins '. Théophylacte Simocatta enfin identifie avec le maitre de
* Amm. Marc, XIX, 7, 8.
« Maurit., Straleg,, II, 15, p. 70; VII, i, p. 136. — Si, au siège de Jérasalem, c les soldats conjurent Titus de ne pas risquer sa vie, si précieuse > (les., fi. /., V, 87), il n'y faut voir, je crois, qu'une marque particulière d'attachement envers lui. Mais il en est autrement cinq siècles plus tard, quand les soldats pressent le général en chef de se retirer à l'arrière-garde (Theoph. Simoc, II, 2, 10).
» Agath., II, 10, 2.
* Nœldeke, Tabari, p. 160, note 3.
* B. P., 1, 5, 4 (cf. I, 21, 15) : ^avapayYT^Ç o^ -rà àjiwfxa (6?!) 8* Sv ev UspvsiC TcpaxijY^Ç To3t4 ^t) itpoç aùxaT<; tïou xaï^ èor^^axiaï; x^çDepawv •ff^^ TT,v ipx^^ ^)^wv 6v x^pqc r\ toÏ; *Eîp6aX(xaiç 6'fxop6^ èdri. Les auteurs arméniens rendent ce titre par le terme équivalent de marzpan {Joum. asiatig,, 1866, h p. 114).
« ExeerpLde légat. Roman,, Migne, PGL, GXIII, p. 920 G = De Boor, p. 216, I. 25-27; *0 85 ^s "^^"^ fjiE6op(a)v XsY<5fA£vo; irpoTfxTiop (StjXoî 8à
la milice l'offlcier perse qu'il appelle le ferochane *, et nomme un maître de la milice d'Arménie désigné par le roi de Peree *.
Je ne me dissimule pas que ce sont peut-être là autant de rapprochements forcés; Théophylacte en particulier, qui n'était pas militaire, a pu apporter dans ces questions un esprit de simplification exagéré. Pourtant, d'une façon générale, je crois saisir, dans ce problème du commandement, comme dans bien d'autres sujets, les traces d'une influence réciproque, qui a conduit à des emprunts de part et d'autre, à une assimilation d'ailleurs limitée.
Douteux encore dans les questions d'administration militaire, ce parallélisme Test infiniment moins dans le domaine de la stratégie et de l'organisation des troupes. Divers traits nous l'ont déjà fait pressentir; nous nous en rendrons mieux compte en étudiant les institutions byzantines. Rien n'est plus propre à mettre en plein relief les difficultés particulières que soulevait cette « question d'Orient » sous Justinien. L'acharnement au mieux de l'un des adversaires suscitait ainsi les progrès de l'autre. 11 est manifeste que les Perses, malgré une haine héréditaire et tenace, n'hésitèrent pas à s'approprier, de la tactique romaine, ce qui leur semblait avantageux. C'étaient des adversaires fort dignes de ceux qu'ils combattirent pendant près de quatre siècles, et l'on peut dire que, surtout vers la fin de cet antagonisme, leur armée présente, à un haut degré, les qualités et les défauts des troupes byzantines. Nous reviendrons sur ce point capital.
Tiapà 'PwfJiaJoK tôv è; ToiSxo xaTaX6Y<5fxevov dt^ia; xov paar(Xeiov xpoŒxeTiaa-
* IV, 2,2: Uormisdas... aOTOxpàTopaTo0 7roXI(jLOU'7ipOETCTiaraxooepo)[^iv>;v TÔv nipJTjV • tÔ S' ovofjia t9)V toû uaYt^xpou à^iav xtI 'PcafiaïXTi evjr^jxai vexât yXwxxt,... Toul ceci, à vrai dire, est assez flottant. En effet, au lieu du ferochane, ce serait \espahpat (Nœldeke, Tabari, p. 444) qu'on devrait rapprocher du maître de la milice, terme que Procope,en divers endroits du B. P., rend par 'AairéSeSo; ; mais on se demanderait si, pour lui, ce n'est pas là un nom propre de personne, et non de fonction ; la mèoie réflexion s'impose bien plus encore pour l"Aa7rex:o; de Théophane. Et quand même les auteurs byzantins s'exprimeraient nettement, cela oe prouverait pas qu'ils n'ont point fait une confusion. Ainsi, pour Meoander Protector (fr. Il) '/A-^ est un à$iw{jLa; pour Agathias (IV, 30, p. 275), c'est un ovofjia ; et pour les orientalistes modernes, c'est le nom collectif d'une grande famille féodale, comme le terme de Suréna.
' Theoph. Simoc, III, 5, 15 : ô xaxà xà<; 'ApfJiev(a<; xà; axpaxr^Y-^*>