‹ La frontière de l'Euphrate de Pompée à la conquête arabeChapitre 16 sur 93 · L ARM · texte numérisé non relu

L ARM

transitoires * qu'expliquent les troubles contemporams *. Quant à la IP, son cantonnement normal, au m"* siècle^ était en Italie, à Àlbano; Caracallaen transféra une partie ea Orient, où elle ne séjourna pas au-delà du règne d'Alexandre Sévère ^

Le règne d'Aurélien, si important par les événements qu'il vit s'accomplir dans cette partie du monde, n'amena pas de changements essentiels à cette organisation ; les diverses légions, dissoutes lors de la rupture entre Galiien et Zénobie, furent reconstituées par cet empereur *, Restitutor exercUU comme disent les monnaies, et reprirent leurs anciens statiua ^ Seule, la VI Ferrata de Palestine avait peut-être déjà disparu ; du moins on n'en a plus de nouvelles à cette date; on a coutume de dire que tout souvenir d'elle fait défaut à partir de Sévère Alexandre ; cela ne paraît pas rigoureusement exact : sa marque figure sur une monnaie de Damas, que de Saulcy attribuait à Julie Mammée, mère de ce prince, et que W. Wroth • estime devoir être restituée à Otacilia Seuera, femme de Philippe l'Ancien. On gagnerait ainsi quelques années.

Pourtant cette armée s'accrut d'une unité nouvelle, la / Ulyricaj recrutée parmi les Illyriens qu'Aurélien avait conduits en

^ A Tune des légions parthîques il faut peut-être rapporter le centurioQ nommé dans une inscription de Palmure (Waddington, 2597 = KiRRP, III, 1046).

^ Cette légion ne figure plus dans la Notitia dignitatum ; mais on adopte communément la conjecture ingénieuse d'O. Seeck, qui ne voit là qu'une disparition accidentelle. La lacune relative au corps de troupes campé 4 Apatna d'Osrhocne (Or,^ XXXV, 25) se rapporterait à cette légion.

^ I/où la présence à Namara de sa IIl« cohorte (Waddinglon, 2279 ; mention d'un des soldats, 2280).

* Même la /// Gallicciy rayée des cadres antérieurement pour avoir suivi dans la révolte son légat, sous le règne d'Élagabale (Dio Casa., LXXIX, 27). Son nom fut martelé sur la plupart des monuments (Waddington, 2V38, 2445, etc.. ; CIL, IIl, 206). Une partie des effectifs fut versée dans la /// AM^U5/a en Afrique (CIL, VIII, 2904:... translatus ex leg. /// (;a//i<tf); :^04y, 3113, 3157); puis Aurélien la réhabilita pour ses opérations nn Orient, et l'on lit l'opération inverse {Ibid., 4310 : luL Valens, iid(eranuf^)y naiio[n€) Sur(us), prob{atus) in lll Gal(lica)^ missus de leg(ione) III Augusta).

^ Homo, Essai sur Aurélien, Paris, 1904, p. 200 sq.

« Catalogue oj greek coins... of Syria, p. 286, n<» 2o.

Orient contre Zénobie ' ; elle resta à la disposition du duc de Phénicie '.

De ces différents corps, quelques-uns furent empruntés parfois pour des opérations dans d'autres parties de l'empire ' ; mais la rareté du fait montre une fois de plus le caractère redoutable des voisins que Rome s'était donnés de ce côté.

Une autre question a pour nous un intérêt supérieur : quelles sont, parmi ces légions, celles qui prirent part aux expéditions contre les Parlhes (ou Perses), ou aux deux guerres contre les Juifs? Et quels renforts leur vinrent de Textérieur? Ce que nous savons ou pouvons conjecturer conduit au tableau que voici :

Guerre de Gorbulon et Paetus en Armétiîe :

III Gallica * (Tac, Ann., X1!I, 38-40 ; XV, 26 sq.).

IV Scythica (CIL, XIV, 3608).

V Macedonica, VI F errata (Tac, Ann.^ XV, 7, 26). X Fretensis (Ibid,, XHI, 8, 35; XV, 10).

XII Fulminata, XV Apollinaris (Ibid., XV, 25, 26). Première guerre de Judée ^ :

i 000 hommes de la /// Cyrenaica (Tac, Hist,, V, 1 ; les., B. /., V, 44).

2000 hommes de la IV Scythica (Tac. Ann., XV, 17;. F Macedonica (los., B. /., IIÎ, 8 et 65).

^ Ritlerling, Zum rôm. Heerwesen des ausgehenden dritten JaUrhunderts {Festsehrift %u 0. Hirschfelds 60. Geburtslage, Berlin, 1903, p. 345-9).

'Gagnât, Ann. épigr.f 1900, a** 29: 'irfpxi]Tt{6(jt'uov) .XsYia)[vtov y] raXXix^C xal « 'lXXuptxf)<; ; add. CIG, 2941.

' La Fi Ferrata opère contre les Daces (Tac, Hist.^ III, 46) et, au II* siècle, envoie un détachement contre les Maures (Gagnât, V Armée rom. d'Afrique t p. 41 sq.) ; les V Macedonica^ X Fretensis et Xll Fulminata^ selon une interprétation, prirent part à la répression de la révolte d^ Alexandrie (cf. ci-dessus, p. 73, note 4) ; la dernière nommée, selon Xiphilin (Dio Gass., LXXI, 9), aurait aussi marché contre les Quades sous Marc-Aurèle ; la Ul Cyrenaica fournit peut-être un détachement lors de rmsurrection des Maures, sous Antonin le Pieux (Gagnât, ibid.y p. 104) ; 6nfin> au commencement du iv" siècle, une uexillatio paraît avoir été dépêchée en Egypte, avec une autre de la / Illyrica (Gagnât, Ann. ëpigr., 1894, n» 163 ; 1900, n» 29).

♦ C'était alors la meilleure, avec la VI Ferrata (Tac, Ann., XV, 26 : sextam ac tertiam legiones integrum mititem et crebris ac prosperis laho' ribus exercitum).

* Cf. R. Gagnât, L armée romaine au siège de Jérusalem (Rev, des étud, juiv., XXU (1891), p. XXXI-LVIII).

80 l'armée

X Fretemis (ïos., B. /., IH, 8; IV, 13, elc, elc. ; CIL, X, 6659). XII Fulminata (los.. B, /., II, 500 ; V, 41, 467).

XV Apollinaris (los., B. /., VII, 19).

1 000 hommes de la XX Deiotariana (les., B. 7., V, 44 ;Tac., Hist.y V, 1 ; Epk. épigr., V, p. 577).

Guerre parthique de Trajan :

Détachement de la III Cyrenaica (?) (CIL, X, 3733).

IV Scythica (Q\L, III, 10336).

VI Ferrata [C[W\, 5829).

Délachemenl de la X Fretemis (CIL, Vï, 1838).

XV Apollinaris {^ Ce n'est pas attesté, mais il y a vraisemblance; auparavant elle était en Pannonie, et sous Hadrien elle se trouve en Cappadoce ; la guerre de Trajan dut fournir l'occasion de son retour en Orient).

XVI Flauia Firma (CIL, X, 1202).

Deuxième guerre de Judée ^ :

Détachement de la /// Cyrenaica (CIL, XIV, 3610 ; L'Année épigr., 1895, n*» 77).

Détachement de la /// Gallica (CIL, XII, 2230).

IV Scythica (CIG, 4033, 4034 ; douteux; cf. Schûrer, op. laud.y p. 689, note 117).

Détachement de la VII Claudia (?) (CIL, V, 3733).

XFretensis (CIL, III. 7334).

Détachement de la X Gemina (?) (CIL, VI, 3505).

XXII Deiotariana (? Elle aurait disparu dans rexpédition d'Hadrien contre les Juifs, d'après T vom^àov^ {Quaestiones ad historiam legionum spectanies, Lipsiae, 1896, p. 92 sq.), car on n*en a plus de nouvelles après le début du ii® siècle ; et d*autres ont dit : dans la guerre parthique de Trajan. On ne sait).

Peut-être encore la VI Ferrata et des détachements de la V Macedonica et de la XI Claudia (Schûrer, p. 687, note 116).

Guerre parthique de Marc-Aurèle et Vérus *:

* Faute d'un récit aussi détaillé que celui de Josèphe pour la guerre de Titus, nous ne savons pas exactement quels corps de troupes composaient l'armée chargée de réprimer la révolte de Barkokeba. Arsène Darinesteter a étudié la question anciennement (Rev. des ëtud, juiv., I (1880), p. 42-55).

* Y aurait-il eu d*abord une guerre parthique sous Antonin le Pieux? Cf. CIL, IX, 2457 : L. Pferatio C. f. Vol. Proculo, leg. Ug. AT/ Flauiae Fidel. , item juisso ab Imp. Anlonino Aug. Rio ad deducendas uexillaUones in Syriamob bellam Parihicum, Borghesi {Œuvres^ V, p. 373-378) a ex-

VI Ferrata (?) (CIL, V, 955 — date restituée 1) A partir de ce moment, les garnisons de Syrie ne semblent plus fournir le contingent principal ; Rome appelle des troupes d*Occîdent, et, notamment pour disposer d*une cavalerie meilleure, fait de larges emprunts aux troupes danubiennes ^ Partiellement ou en tolalilé (?) :

I Mineruia (CIL, IIl, 1457 ; VI, 1377, 31640). // Adiutrix (Rev. archéolog., 1893. 1. p, 396, n« 88; cf. CIL, VIII, 18893).

V Macedonica,

Détachement de la X Gemina (Cf. Ritlerling, Be leg, Rom. XOemina, Lipsiœ, 1885, p. 59).

XI Claudia,

Expédition énigmatique sous Commode en Arménie (?) : Veocillatio de la XV A'pollinaris (CIL, III, 6052) ; inscr. trouvée près d'Etschmiadzin).

Passé ce règne, il devient extrêmement difGcile d'indiquer les légions qui participent aux campagnes. Les inscriptions qui mentionnent un hélium Parthicum ou Persicum sont très rares, et impossible de les dater avec précision. Septime Sévère avait emmené notamment contre Niger la / Mineruia ^ ; peut-être s'en servit-il contre les Parthes. Dans une inscription d'Aradus ' est mentionné un centurion de cinq légions, dont trois habituellement en Syrie ; les deux autres sont la XX Valeria Victrix et la / Mineruia^ qui vinrent sans doute dans cette province pour une guerre, celle de Septime Sévère ou la suivante.

Guerre parthique de Caracalla :

11/ Cyrenaica (CIG, 4610, 4651 (?) — à celte époque remonterait l'épitaphe donnée dans Waddington, 1927).

IIAdiutrix ♦ (CIL, Ilï, 3344, 10572).

pliqué ce texte déconcertant en supposant qu'il y eut sous ce règne des difficultés avec Voiogèse lII, mais que celui-ci fut effrayé par les préparatifs militaires d^Ântonin et renonça à toute offensive.

J Cf. CIL, VI, 32933 :... praef, uexillation{is) eq(uitum) Moesiae Infer- (ioris) etDaciae eunti (sic) in expedUione{m) Parlhic{am)... — V. Bogdan Filow, Klio (=Beitràge zur alten Geschichté), VI Beiheft, 1906, pp. 75, 80, 85-86.

* Gagnai, Année épigr.^ 1890, n© 82.

» CIL, III, 186 ; cf. addiiam,, p. 972.

* Peut-être môme les deux légions Adiutrices, Doma8zew:<ki {Rôm. Mitth.^ XX (i905), p. 158, note 1) rapporte à elles et à la guerre de Ca racalla rinacription suivante (BCH XXV (1901), p. 59, no 205) : àwwvap

82 l'armas

XIV Gemina (CIL, 111, 4480).

V Macedonica (?) (CIL, III, 6189) et peut-être des tieœillattones des autres légions de Mésie (Rîtterling, Rhein. Mus,^ N.F.^ LIX (1904), p, 195).

Guerre persique d'Alexandre Sévère :

Détachement de la VII Claudia (?) ( Wiener Jahreshefte^ VIII (1905), Beihlatt, p. 19-20, n<> 58) «.

Guerre persique de Gordien lïl :

Détachement de {& I Adiutrix (CIL, III, 196).

Guerre contre Zénobie ^ :

/// Oallica {u. Aurelian,, 3i, 7).

Pas d'autre attestation précise. Zosime (I, 52) indique la participation des légions danubiennes et des contingents des provinces d'Asie reconquises. Il en fut de même quand Aurélien marcha ensuite contre les Perses '.

Le rôle effacé des légions d'Orient explique a pénombre où elles sont comme plongées dans les sources littéraires : rien qui permette d'éclairer cette question toujours débattue du costume et de l'armement des légionnaires. Les indications de Josèphe sont vagues et décousues : « Les fantassins ont casque et cuirasse ; chacun porte deux épées : celle du côté droit, bien plus courte, forme uue sorte de poignard. Des soldats choisis, qui accompagnent le chef, sont armés de la lance et du bouclier. Les cavaliers ont une longue épée adroite, une lance en main, un bouclier en écharpe, au côté du cheval, et un goryte (fourreau) avec trois javelots, ou davantage, à large pointe. Cuirasse et casque comme chez les fantassins*. » S'agit-

^7;cia[;] XeYtwjt a y,ol\ ^' ot(55oi(; [è7;i ?J Ilép^a;, où G. Mendel voyait une allusion aux deux légions parthiques ; on ne comprendrait pas comment la première de celles-ci (V. m/Va) aurait dû passer en Bithynie. — Quant à népja;, V. la note suivante.

* On y lit : expeditio Parlhica^ mais ces noms de Parthes et Perses restèrent longtemps interchangeables ; cf. V. Gardthausen, Die Par^ Hier in griech.-rom. Inschriften {Orienialiscfie Studien Th. Nœldeke zum 70» Geburlstage gfiwidmet,,., hsgg. v. G. Bezold, Giessen, 1906, H, p. 839-859), V. p. 855 sq.

- V. Léon Homo, Essaisur le règne de Vempereur Aurélien^ Paris, 1904, p. 8i sq.

' Homo, p. 322 sq.

^ B, /., III, 93-97. Add. deux allusions, Tune à l'équipement trop lourd des Romains qui gêna la retraite de Gestius (fi. 1., II, 513 8q.>,

il seulement des légionnaires, citoyens romains? On ne sait. Nos documents attestent surtout le besoin d'une tactique et d'un équipement qui n'étaient pas dans l'usage courant des légions : archers et frondeurs apparurent, dès les premiers temps S comme un élément indispensable et primordial dans les guerres d'Orient ; et ce sont les auxilia qui les fournissaient, et les troupes irrégulières.

Il n'y aurait pas moins d'intérêt à savoir dans quelles contrées principalement se recrutaient les légionnaires d'Orient. Sur ce point Tépigraphie nous laisse presque entièrement dépourvus d'informations : la plupart des épitaphes se taisent sur la natio ou la domus du défunt, et ce silence est susceptible de plusieurs explications. Du vétéran, déflnitivement établi et acclimaté en Syrie, on ne se rappelait plus guère la famille, le lieu de naissance. Au simple soldat, mort accidentellement, sans famille, s'il venait de loin, ses camarades n'élevaient qu'une humble stèle portant son nom et sa qualité, sans autre indication; dès lors l'inscription pouvait être grecque même pour un homme de langue latine. Enfin appliquons ici la théorie générale du recrutement légionnaire : s'il se fit localement en Orient, comme ailleurs, du milieu du ii® siècle environ au milieu du m« ^, on comprendra sans peine qu'une pareille mention ait été d'habitude négligée : la ville du soldat mort loin de chez lui n'intéressait personne et d'ailleurs la vanité municipale n'atteignit point en Syrie à cet épanouissement qu'elle eut en Asie Mineure ^

Tautre {ihid,, VH, 85 sq.) à la chaussure de guerre d'un ofGcier, dont les clous le firent tomber.

Ml y en a iOOO dans l'armée de Lucullus (Plut.. Lucu^/., 27). Antoine « garnit de frondeurs et de gens de trait (1. surtout des sagittaires) son arrière-garde et les deux ailes de son armée, qu'il dispose en carré » (Plut., Ant,^ 42). Ventidius défit les Parthes principalement à Taide des îrcndeurs (Ûio Cass., XLIX, 20), car « les frondes ont plus de portée que les arcs » [ihid.^ 26). Elles font même, selon Végôce (I, 16), des blessures plus dangereuses, dont les cuirasses ne préservent pas. Lors de l'attaque d'Ëdesse par Cavad (a. 503), enfants et jeunes gens de la ville font jouer la fronde (Josué le Stylite, Chron.^ 61). Les Perses aussi avaient des frondeurs, par exemple au siège d'Amida (Amm. Marc, XIX, 5,1).

* Et justement la plupart des inscriptions — non chrétiennes — de nos recueils datent de la période des Antonins et des Sévères.

• Voici quelques exemples que j'ai recueillis, qui confirment ou contredisent, suivant les cas, la règle du recrutement régional : L. Philo-

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Au surplus, la pratique du recrulement surplace pourrait bien avoir reçu plus tôt qu'ailleurs son application dans les contrées qui nous occupent. La question vaut qu'on s'y arrête. On va voir que révolution des institutions militaires * s'accomplit en Orient avec une grande rapidité ; on dirait que la Syrie a sous ce rapport devancé le reste de l'empire.

Lorsqu'Auguste établit sur des bases nouvelles le monde romain, la Syrie était — avec l'Egypte, — parmi les provinces réputées non pacifiques, partant impériales, la plus éloignée de Rome de beaucoup. L'Asie Mineure, voisine, demeurait ou vide de troupes, ou préservée par un système d'états vassaux, pourvoyant eux-mêmes à la sûreté des confins. De là une difficulté particulière pour le transport des contingents, une tendance fatalement plus grande vers la méthode qui devait se généraliser au ii° siècle. Au milieu de la bataille de

calus, L. f.y CoL, Valen., Gadara (domo% mil, leg. X Fr. (CIL, IH. 6697. Byblos) ; un hastalus de la X Fretensis, domo Nicomedia (Bull. deW IsliL, 1884, p. 27); un soldat de Ja XVl Flauia Firma se dit Athénien (Waddington, 1492, Mopeueste) ; un homme au service de la / Parihica esl natif de Balbura de Lycie (Wiener Denkschritten, XLV (1897), p. 10, n^ 30) ; un autre, de la môme Jégion ou de la ///, a élevé une stèle à son fils (Sittlineton Sterrett, fVolfe Expédition^ P-76, n» 131) à Artanada de Gilicie^ d'où il était pout-étre originaire. Un soldat de la lll Cyrenaiea est nat. Dessus (Waddinglon, 1956) ; une inscription de Namara nomme un Nabatéen servant dans la cavalerie de la môme légion (ibid., 2271', et un a quaest{i]onar(i)îs leg. lU Cyr.^ signataire d*une dédicace à Zeus Ammon (Ewin, Palest. E.vplor. Fund, 1895, p. 136, n** 62), devait être Égyptien de naissance. Un soldat de la III Cyrenaiea encore porte en outre le titre de bouleute dans une inscription trouvée à El-Mzerib dans le Haouran (BGII, XXI (1897), p. 43, no 17); si elle n'était plus in sHu, elle n'avait du moins pas beaucoup voyagé. A Apamée, un signifer (de légion?) né en Styrie (CIL, III, 6700, ii« siècle). — Le recrutement régional ne s'applique naturellement pas aux gradés: M. Iulius Maximum ^ de Mantoue, centurion de la /// Cyrenaiea (Waddington, 1955); ut\ centurion de la /// Gallica a enterré sa femme à Ancyre (Arch.-ep. Miith • aufi Ocst.'Vng.^ IX (1885), p. 114, n» 6) ; peut-ôtre était-il d'Ancyre lui " même ; un tribun laticlave des légions XII Fulminaia et IV Scythica e^^ citoyen de Magarsos, ville de Cilicie (Wiener Denkscliriflen, XLIV {iS96'y^ VI, p. 9). Par exception, voici un tribun originaire de Pbaene en Ti chonite (Waddington, 2533).

* Th. Mommsen, dans un célèbre et admirable travail {Dos rômisch Militàrwesen seit Diocletian^ dans Hermès, XXIV (1889), p. 195-279), m étudi(^. les causes, les phases de cette évolution. J*aurai plus d^ane ob-servation fondamentale à lui emprunter; mais je crois qu'on en peu ajouter quelques-unes, que suggère particulièrement Tétnt des choses vers la frontière d'Orient.

Crémone, Vespasien apostrophe les prétoriens; ensuite, raconte Tacite S undique clamor et orientem solem (iêa in Syria mos est) tertiani saliUauere. Les soldats de la légion /// Gallica avaient coutume de saluer le soleil levant ; tel Chosroès, lorsqu'après avoir surpris Antioclie il alla se baigner au jour naissant dans le golfe d'Issos, devant Séleucie de Piérie abandonnée '. Or, cette légion venait à peine, la guerre de Corbulon finie, d'être transférée en Mésie. Faut-il croire que ceux qui la composaient, quoique nés sous d'autres cieux, avaient vile adopté les usages syriens? Il semble plus probable que beaucoup d'entre eux étaient de Syrie même, dès Tan 69, à Tavènement de Vespasien. On s'expliquerait ainsi les qualités médiocres dont faisaient souvent preuve les garnisons de cette province, leur indiscipline invétérée, où se marquait quelque chose de l'esprit frondeur et indépendant, des passions de jouissance des gens d'Ântioche. Nous n'avons pas, malheureusement, vu l'extrême rareté des inscriptions, surtout pour le premier siècle, les moyens de contrôler l'hypothèse où le dire de Tacite nous conduit. Ajoutons que les peuples séparés de Tempire par l'Euphrate et les déserts arabiques avaient une prédilection pour les attaques inopinées ; sans le recrutement local, on eût mis peut-être trop de temps à tenir au complet les cadres de l'armée.

Enfin la Syrie est toute en longueur; ses voisins du désert campaient, changeaient de place, faisaient la maraude par petits groupes ; il fallait leur opposer un grand nombre de vedettes. D'où cette double conséquence : la légion, de bonne heure, se morcelle'; on a toutes les peines du monde à connaître le quartier général de chacun de ces corps ; les inscriptions sur lesquelles on s'appuie, par leurs contradictions apparentes, entre elles ou avec les textes littéraires qui rarement jettent un jour sur la question, donneraient à penser que les légions se déplaçaient sans cesse, dans un vaste rayon. A mon sens, il y a moins déplacement que fractionnement *. A

« EùL, III, 2.

« Procop., B. P., II,'li,i.

^ Rapprocher ce qui se passe en Afrique pour la leg, III Augusta, chargée de surveiller seule une longue zone désertique, et qui s'éparpille, par petits groupes, entre tous les fortins du limes,

* Par exemple, à Séleucie de Piérie, pour le creusement du grand caaal.OQ emploie deux uexUkuiones des légions Scythica et FlauiaFirma,

86 l'armée

la fin de la République, les campagnes contre les Parthes se faisaient avec des légions à effectifs complets; dès le temps de la première guerre juive semble prédominer le système des uexillationes * ; ce sont surtout des détachements qui composent Tarmée d'Hadrien, lors du soulèvement de Barkokeba.

Mais de plus le cantonnement des troupes par faibles unités leur fait contracter des habitudes qu'elles n'auraient pas prises, toutes cohortes réunies. Elles ont sous les yeux un exemple qui n'est pas sans les influencer : le gouvernement de Rome s'est accoutumé à attribuer des territoires, vers les frontières, aux tribus arabes sans organisation urbaine ; ces nomades alors se fixent davantage au sol. De même, les soldats de tel ou tel castellum reçoivent un petit domaine aux alentours, qu'ils cultivent en communauté. Les castriciani ou cas^e/Zan/ changent de caractère, deviennent soldats-laboureurs, plus laboureurs que soldats. L'expérience ainsi tentée avec les Saracènes vaut mieux que celle qu'on a faite d*un grand état feudataire, celui d'Odenath et de Zénobie. .

Mais même si le limes est tranquille, tout péril n'est pas conjuré; aux grandes armées de la Perse on ne peut plus opposer ces troupes alanguies ; on en appelle de loin de plus énergiques et de plus rudes. Aussi, comme le dit Mommsen, la suprématie militaire des provinces illyriennes domine tout le m® siècle. On s'habitue à compter moins, pour la défense d'une province, sur les troupes qui y tiennent garnison; le renforcement de l'élément comitateiisis se prépare spontanément '.

B. Depuis lb iv^ siècle. — Dioctétien, à vrai dire, a voulu enrayer ce mouvement, et il y est parvenu dans une certaine mesure \ Homme d'ordre et de discipline, il aimait à mainterappelées dans la môme inscription (Chapot, BGH, XXVI (1902), p. 165, n<* 5j, et une autre de la Frelensis (CIL, lil, 6045), vers le môme temps. Cette dernière a encore un dépôt à Abou-Goch en Palestine {Rev. bibliq.^ 1902, p. 430 = Cagnat, Ann. épigr,, 1902, n» 230).

* 'AvaXaSùjv 81 àno xfjî *AvTio^eia; xo {lev ocuSixaxov xi^[ioL TrXf^pe^, écrit Josèpbe, comme sUl voulait accuser un fail exceptionnel (B. i.. Il, 500).

^ N'oublions pas du reste que le m" siècle est l'époque des soldats de fortune devenus empereurs. Portés au pouvoir suprême par l'armée, ils doivent tendre à s'entourer d'une imposante garde militaire attachée à leurs personnes et les suivant partout, alors que les anciennes cohortes formant la garnison de la capitale aflectaient à Tégard du prince une indépendance gênante, même après les réformes de Septi me Sévère.

^ Cf. Mommsen, loc. cit., p. 210 sq.

nir chacun à son rang, et chaque chose à sa place. Après la restauration de Tunité de l'empire, il résolut de rendre impossible pour Tavenirle séparatisme des provinces éloignées, que favorisait le système de la dislocation des troupes à la fin d'une guerre. Ses efforts durent se porter principalement sur les Gaules et TOrient. Nos sources ne détaillent pas son œuvre ; nous savons seulement que le nombre des troupes fut par lui plus que quadruplé et qu'il s'occupa surtout des forteresses et garnisons de frontières *. Les légions avaient déjà un effectif réduit; pour faire compensation, il les multiplia, et les nouvelles eurent un contingent de i.OOO hommes seulement. C'est sans doute lui qui créa et fixa en Arménie la V Scythica^ qui eut courte vie puisque la Noiitia digiiitatiim ne la connaît plus ; lui encore qui organisa la IPontica campée à Trébizonde, dont un préfet figure dans une inscription de son règne ^, et la IV Martia d'Arabie, sans parler de bien d'autres dont les noms (comme IV Parthica) trahissent la préoccupation de la garde des limites '.

Sur les cantonnements des légions depuis lors, nous n'avons de renseignements que pour le commencement du v" siècle, par la Notitia dignitatiim, dont Mommsen encore a fixé la rédaction définitive à 425 après J.-C *. Elle révèle avec la plus grande netteté la prolongation de ce mouvement centrifuge que j'ai déjà indiqué. La plus excentrique des légions, la 77/ Cyrenaica S reste à son poste de Bostra, mais cette province, presque désertique pour une bonne part, reçoit un corps supplémentaire, la /F Martia, sise à Betthoro *. La Mésopotamie appelle des observations analogues : elle

* Lactant., De mort, pers,^ 7; Suidas, eor^axià :... 6 AioxXTjxtavôc Xo^ov Tcoio'jjievoç Tcôv -npaYfJiittov tjiiiÔT) oeïv xal 8uvà[xe<jiv dtpxouaratç cxàffnfjv i<jy^xtix^ 6/up(I>7ai xal ^poupia ToiTi^ai ; ce renseignement doit être emproDté àZosime, car il concorde parfaitenoeot avec ce que celui-ci dit en sens contraire de Constantin (II, 34).

» CIL, m, 236 : /tfgf. i P(ontica).

'Elle se traduit raémeen ce qui concerne les dénominations des provinces ; avant Dioclétien, c'est la Cappadocia et la Syria Coele qui nous intéressent ; après, c'est VArmenia et la Syria et Euphratensis.

* Aetius (Hermès, XXXVI (1901), p. 516547), in fine, » Or., XXXVII, 21.

* XXXVII, 22. L'emplacement de Relthoro n^est pas connu ; on suppose BetErai en Batanée(Benzinger, 6ae7arr/ius et Bathyra, ap. Pauiy-W.; add. Scbûrer, op. laud., l, p. 693, notes 132-133; Schumacher, Acro$$ ihe Jordan f p. 50 sq.).

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n'avait jadis que les deux légions parthiques (/ et III). La / Parthica * va à Constantia * ; la ///, suivant la conjecture exposée plus haut, à Apadna, tout près d'Âmida ; la // revient d'Italie et on l'établit à Cefa ^ presque au bord du Tigre ; une /F est fondée pour occuper Circesium *, à la limite même de l'empire ; il y en eut encore une F, qui fut placée (p6u: Dioclétien sans doute) à Amida ; elle y était sous Constance et Julien *, y fut anéantie • et non remplacée.

En Syrie, la /// Gallica se retrouve à Danaua '', entre Damas et Palmyre, en vertu d'un progrès vers l'intérieur que nous ne pouvons mesurer, mais certain; \d.IV Scythica^ qui campait en un point imprécis du nord de la province, va à Oresa •» près de Palmyre. A Palmyre même, Dioclétien et ses collègues castra féliciter condiderunt ^ pour y placer la / Illyricorum *•. La XVI Flauia seule modiûe assez peu ses positions ; de Samosate elle est transférée à Sura **.

La X Fretensis de Palestine, jadis à Jérusalem, est confinée à Alla *S au fond du golfe que forme la mer Rouge à Test du Sinaï ".

Quant aux deux légions de Cappadoce (devenue Arménie),

* Qui fut peut-être en Osrhoène ; ▼. supra, p. 77.

^ XXXVL 29. Son suroom réceat de Nisibena est d'McUe à interpréter ; séjour temporaire à Nisibis, belle conduite dans cette ville, ou recrutement surtout dans la région, tout est possible.

' XXXVi, 30. Le retour eat du temps de Constantin (De Rossi, Bull. delV htiLy 1884, p. 84.)

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