‹ La frontière de l'Euphrate de Pompée à la conquête arabeChapitre 22 sur 93 · XXXV · texte numérisé non relu

XXXV

Ala I Victoriae Touia [loiiia) ? contra Bintha en Osrhoène — Ibid., 28.

Je suis bien obligé de mettre à part les deux escadrons qui n'ont pas de nom et ne se désignent que par leur lieu de garnison :

Ala Idiota constituta, en Palestine — Not,,^ XXXIV, 37.

Ala castello Tablarienû constitula^ en Arménie — Noi,^ XXXVJIl, 2j.

Cohors II Aegyptiorum, Valle Diocletiana de Phénicie — i\'o/., XXXII, 43.

Cohors V Pacata Alamannoruniy à Oneuatha de Phénicie — Ibtd.^H.

Cohors III Alpinorum, apud Amona eu Arabie — jYo^, XXXVII, 35; probablement différente de la Cohors III Alp. eguitata de Dalmalie.

Cohors Apule[i]a ciuium Romanorum, Yssiporto en Arménie — JVo«., XXXVIII, 3i. Ritterling (TTî^n^r Siudien, loc. cit., p. 366) croit à une erreur du copiste^ qui aura trouvé dans le texte grec AITAAIKH, et écrit AnAAlKO, d'où Apaleca, ei enfin Apuleta, au lieu de / Ilalica, La conjecture est ingénieuse; pourtant une coh, Apuleia^ du nom de quelque chef, n'est pas impossible à admettre. Pour les 'ATrXavotd'Arrien, 7 et 14, Ritterling revient alors à la restitution de Grotefend : AeTrioiavoi, tandis que Seeck, Mommsen et Cichorius proposent 'Ait <ou>X<rji>avot. Tout choix serait arbitraire : néanmoins j'inclinerais vers la première hypothèse, à cause de la coh, I Lepidiana (V. infrà) qui est précisément en Arménie.

Cohors quinquagenaria Arabum, à Bethellaha de Mésopotamie — Not., XXXVI, 35.

Cohors III Félix Arabum, in ripa uade Afaris fluuii in Castris Amonensibus, en Arabie — Not.y XXX VII, 34.

Cohors I Ascalonitarum Félix equitata ; figure par un détachement dans le corps de Lollianus ; elle est dite sag(iUarià) dans le diplôme syrien de 157 — Dipl. GX. Faisait peut-être partie de la garnison de Gésarée au temps des « procurateurs » de Judée. — Mommsen, Berliner Sitzungsberichte, 1895, p. 501, note 5 ; cf. les objections peu fortes de Schiirer (op. cit., p. 461), basées sur une interprétation trop étroite de Josèphe.

Cohors I AugustUy en Syrie sous Auguste, dans les environs de Gésarée — GIL, III, 6687; Waddington, 2112 ; un centurion qui y appartenait accompagna à Rome l'apôtre Paul — Act. apost,^ 27, 1. Cohors I Bosporiana miliaria sagittariornim equitata. Une Coh. I Bosp.y citée dans un diplôme pannonien de 116 (GIL, 111, p. 2328•^ n° GV), dut être amenée de Pannonie à la fin du règne deTrajan ou sous Hadrien — Arrien, 3, 4, 18. Deux de aes praefecti devinrent tribuni militum de la leg. XII Fulminata — Archdol. Zeit,, XXXVIl (1879), p. 136, n» 269; HCII, XVII (1893), p. 35. Cette dernière inscription, il est vrai, parait élredu i*''" siècle; il faudrait croire alors à un premier séjour temporaire de cette cohorte en Orient ; le second fut peut-être définitif ; au y° siècle, il y a une

loi l'armke

Coh. mil, Bosp. à Arauraca d'Arménie — NoLy XXXVÏII, 29. Cohortes III et IV Brac(arum ou — araugustanorum), en Syrîe- Palesline en 139 — Dipl. GIX ; peut-être amenées. Tune de Rhétie, l'autre d'Afrique (CIL, Vill, 7079), pour la seconde guerre juive.

Cohors VII Breucorum ciuium Romanorum equilatay d'abord vers le Danube, puis emmenée peut-être en Orient sous Trajan ou Hadrien — CIL, III, 1464 ; cf. 215.

Cohors VII Campestris Gordiana Pia Félix, peut-être ciuium Romanorum uoluntariorum — Eph. epigr.. Vil, 740; à Atni^ entre Damas et Paimyre, déjà sous Anionîn le Pieux — Waddington, 2562=» ; CIL, III, 132.

Cohors I Flauia Canathenorum miliaria ; Mommsen la place à Césarée entre 6 et 41 (v. Coh. Ascalonitarum et Coh. Sebastenorum) ; cf. Waddington, 2329, 2412*».

Cohors II Cantabrorum, en Judée en 86 — Dipl. XÏX. Cohors X CarthaginensiSy du nom de son cantonnement (?) à Carlha de Palestine — Not., XXXIV, 39.

Cohors I Flauia Chalcidenorum equitata sagittarioinim^ en Syrie en 157 — Dipl. CX ; en 162 au castel d'Admedera, à l'est de Damas — CIL, III, 129 = 6658.

Cohors V Chalcidenorum equitata ; àéiachemeni dans le corps de LoUianus.

Cohors II Classica, en Orient dans les dernières années d'Auguste — CIL, IIÏ. 6687.

Cohors lCla]iidia equitata [in Cappa]docia — CIL, IX, 2958 ; la / sans doute, que la Not, (XXXVllI, 36) met à Sébastopolis d'Arménie.

Cohors Claudia sag{ittariorum), en Syrie en 157 — Dipl. CX. [^Cohors ComnL]agenormn in Cappadocia — CIL, VI, 3654 ; probablement la 7K ou F, car les autres sont ailleurs, et la formule exclut un déplacement tout momentané.

Cohors II CretensiSy iuxta lordanem fluuium, en Palesline — Not,, XXXI V, 47.

Cohors Cyrenaica^ en Cappadoce — Arrien, 1, 3, 14, 18; n'est pas sûrement à confondre avec la suivante :

Cohors III Cijrenaica sagittariorum equitata^ venue en Orient de Mésie sous Néron avec la leg, V Macedonica — Notizie degli scavi, 1895, p. 342.

Cohors Vlpia Dacorum, en Syrie en 157 — Dipl. CX; probablement la I que la Not, (XXXI II, 33) place à Claudiana en Syrie.

Cohors III Dacorum equilata^ détachement dans le corps de Lollianus.

Cohors I Damascenorum, en Syrie-Palestine en 139 — Dipl. CIX. Cohors I equitaia (sans autre qualiQcatif) à Calamona de Palestine— iVo^, XXXI V, 43.

Cohors II equiium, détachement dans le corps de Loilianus.

Cohors I Euphratensis, à Maratha d'Osrhoène — Not,, XXXV, 33.

Cohors I Flauia ciuium Romanorum equitata, dans l'inscription de Loilianus et le diplôme palestinien CIX, de 139. On retrouve ensuiie la, I Flauia a Moleatha de Palestine — Not,, XXXIV, 45.

Cohors I Gaetulorum, h Thillaamana d'Osrhoène — Not, y XXXV,

Cohortes /et // Vlpiae Galatarum, en Syrie-Palesline en 139 — Dipl. CIX; la Notitia ne connaît plus que la // Galatarum, à Arieldela de Palestine (XXXIV, 44).

Cohors IV Gallorum, en Syrie en 157 — Dipl. CX ; cf. CIL, III, 14417 *.

Cohors VU Galloi^um, en Syrie en 157 — Dipl. CX.

Cohors V Getnina ciuium Romanorum^ en Syrie-Palestine en 139 —Dipl. CIX.

Cohors Imiliaria Germanorum^ en Syrie sous Gordien — Arch,ep. Mitth. aus Oest.-Ung,, VIII (1884), p. 22, n^ 61 == IGRRP. ly 263 ; sans numéro, à Sisila d'Arménie dans la Not,, XXX VIII, 30.

Cohors I Gothotnim, à Helela de Syrie — Not,, XXXIII, 32.

Cohors II Gratiana, à lehibo de Palestine — Not., XXXIV, 42.

Cohors Hamiorum — V. Cohors miliaria.

Cohors III Herculitty à Veranoca de Phénicie — Not., XXXII,

Cohors II Hispanorum^ en Cappadoce — CIL, III, 6760 ; IX,

Cohors I Italica (Arrien, 13) uoluntariorum ciuium Romanorum in Cappadocia — CIL, VI, 3654.

Cohors II Italica ciuium Romanorum uoluntariorum miliaria — CIL, III, 13483a ; XI, 6117. Le diplôme syrien CX, de 157, ne la dit pas miliaria,

Cohors {III ou plus) Ituraeorum (sagittaria? cf. Ritterling, loc. cit,, p. 367), en Cappadoce — Arrien, 1, 18.

Cohors I Iulia Lectorum ^, Valle Alha de Phénicie — Not.^ XXXII, 42.

' Le mot a peut-être le sens de Singularium,

106 l'armAb

Cohors I Lepidiana equitata, de Mésîe, probablement emmenée en Orient pour la guerre de Trajan ; à Caene-Parembole d'Arménie

— Not.^ XXXVÏÏI, 35. V. supra, Cohors Apuleia.

Cohors I Ligui^m{miliaria?)j dans quelque province d'Orient (?)

Cohortes I et IV Lucensium equitatae, détachement dans le corps de Lollianus«

Cohors I Augusta Praetoria Lusitanorum equitata, en Judée en 86 — Dipl. XïX ; puis en Egypte — Berlin. Griech. Urkund., 696.

Cohors miliaria (sans au Ire nom), en Syrie — BCH, XXÏ (1897), p. 45, n° 22 : aipax. x^P^^- f^'-'Ai(ap{a<;] : dans une inscription de Trêves {CIRh, 787): Icolihortis Rhamae miliariae in Syria, Rhama, mal compris par le lapicide, est le lieu de cantonnement, Hama ; VR est apposé pour rendre le son guttural de 1*11 arabe. Hirschfeld et Zangemeisler (CIL, XIII, 3684) interprètent dubitativement le môme texie comme suit ; ex [co]hort[e pr(ima)'] Baln^iorum)'\ miliaria in Syria. C'est beaucoup de restitutions ; mais on n*opère que sur des copies très défectueuses.

Cohors I Montanorum^ en Syrie-Palestine en 139 — Dipl. CIX ; peut-être celle de Pannonie transférée — Dipl. XVIL

Cohors Numidarum sagittariorum eguiiata (Arrien 3, 18 : Nofxaoec), peut-être la /— Ath. Mitth., IX (1884), p. 262.

Cohors I Orienta lis, à Thama de Phénicie — Not., XXXII, 44.

Cohors IV Palaestinoruniy h Thamana de Palestine — Not., XXXIV, 46.

Cohors I Augusta Pannon{iorum), en Syrie en 157 — Dipl. CX.

Cohortes II ei III Vlpiae Paphlagonum, id. ; la // (equitata) dans le corps de Lollianus.

Cohors I Vlpia Petraeorum equitata, représentée dans le corps de Lollianus, et en Syrie en 157 — Dipl. CX.

Cohors III Vlpia miliaria Petraeorum, à Metita d'Arménie — Not.f XXX VI 11, 27 ; probablement equitata sagittaria (Arrien, 1 :

xo'j; l7tTcoxoÇ(5xa; tojç Ilexpatou;).

Cohors IV [Vlpia?] Petraeorum , en 139 en Syrie-Palestine — Dipl. CIX.

Cohors V Vlpia Petraeorum [equitata], représentée dans le c:)rps de Lollianus, et en 157 en Syrie — Dipl. CX.

Cohors VI [Vlpia F] Petraeorum, en Svrie-Palesline en 130 — Dipl. CIX.

Cohors IV Phn/gum, Praesidio en Palestine — Xot., XXXIV,

Cohors I Quinquagenaria (sans autre qualificatif; Centenaria, Seeck), à Tarba de Palestine — NoL, XXXIV, 40.

Cohors I Raetorum equitata, en Cappadoce — Arrien, 1.

Cohors IV Raetorum equitata^ id., 11, 12 ; au v* siècle, à Analiba d'Arménie — NoL, XXXVIIl, 28.

Cohors I Salutaria, entre Jérusalem et Jéricho, en Palestine — iVb^,XXXïV, 48.

Cohors I Sebastenorum miliaria^ en Syrie-Pales li ne en 139 — Dipl. CIX ; Mommsen fait sur elle la même hypothèse que sur la / Ascalonitarum et la / Canathenorum. V. ces noms.

Cohors I Sygambr(pr)um equltata, représentée dans l'inscription de Lollian us; c*esl probablement la/ Cllau]d{ia) Sugambr(oi^m) du dipl. ex qui la met en Syrie en 157.

Co^rs/TA^oefo^iana, à Valentia d'Arménie — Not.y XXXVllI,

Cohors I Augusta Thracum equitata, à^dhovA en Pannonie, vint en Arabie — CIL, III, 109, 110; probablement à titre définiliF, car au v" siècle il y a une Coh, I Thracum à Asabaia d'Arabie — Mot., XXXVll. 32. En outre :

Cohors I Thracum miliaria, d'abord en Syrie-Palestine en 139 — Dipl. CIX, puis à Adtitha (ou Adittha) d'Arabie — iVb/., XXXVll, 31. On ne voit pas s'il faut confondre l'une des deux avec la suivante :

Cohors I Thracum {Syriaca)equitata, transférée plusieurs fois de Mésieen Syrie — Dipl. XIX, de 86; inscription de Lollianus ; CIL, III, 8262 = Wiener Jahreshefte, VIII (1905), Beiblatt, p. 19 (fin

II* s.).

Cohors II Thracum Syriaca (CIL, XIV, 2957), figure dans les dipl. XIX, de 86, et CX, de 157 ; ensuite en Egypte.

Cohors III Thracum Syriaca {equilata?) — Cagnal, UAnn. épigr,, 1896, n° 35 ; dans le dipl. syrien CX, de 157, c'est la Coh. III Augusta Thracum^ non equitata. Elle dut venir en Syrie en 139 avec la Coh, III Bracarum, d'après une conjecture d'il, de Villefosse, ad CIL, VllI, 15529 (cf. L. Poinssot, Nouv. archiv, des miss., XIII (1906), p. 289).

Cohors IV Thracum Syriaca — CIL, II, 1970 ;son nom seul fait supposer son séjour en Syrie.

Cohors II Valentiana, à Ziganne d'Arménie — Not., XXX VIII,

Cohors III Valeria^ à Marmantarum de Syrie — Not,, XXXIII,

108 l'armée

Cohors XII Valeria, Afro de Palestine — Not.y XXXIV, 38.

Cohors I Victorum, à Ammatlha de Syrie — Not., XXXÏIT, 35.

Cohors I Vindelicorum miliaria, mentionnée dans le dipl. LXVI (de 157), qui nomme des troupes de Transylvanie; mais, dit Cichorius, peut-être fut-elle antérieurement en Palestine, car, parmi ceux qui en font partie, Ogure un Juif de Césarée, Bar Simso{n)9 Callistenis f.

Cohors I Vlpia sagittariorum equttata, représentée dans le corps de Lollianus.

Cohors II Vlpia equitala, en Syrie en 157 — Dipl. CX.

Co/iors VIII Volujitaria /aYMhai d'Arabie — Not., XXXVII, 33 ; transférée probablement de Dalmatie après 245 — CIL, III, 2706 = 9724. Le nom de celle cohorte passa peut-être au numerus d'infanterie auquel appartenaient quelques-uns des martyrs de Gaza et d'Éleuthéropolis (commencement du vu® s.), èx ^àvSou BoXouvxap^cov

— J. Pargoire, Échos d'Orient, Vil (1905), p. 40-43.

Cohors XIV Valeria Zabdenorum, à Meiocariri de Mésopotamie

— i^o^, XXXVI, 36.

Il faut mentionnera part le corps désigné purement et simplement sous le nom de Cohors , à Mochora d'Arménie — Not.^ XXXVIII,

Ces listes font apparaître plusieurs faits qu'il importe de relever : d'abord, ractivité ambitieuse et prévoyante de Trajan ; beaucoup de ces ailes et cohortes s'appellent Vlpia ^ Il y a eu, dans la première moitié du ii® siècle, création ou transfert d'un nombre fort respectable de troupes vers les frontières orientales. Nous constatons en même temps que ces renforts ne proviennent pas des légions, reconnues peu aptes au service qu'exigeaient les circonstances ; on préfère les contingents dressés à une tactique plus souple et plus alerte ou préparés, sur un théâtre un peu analogue, aux combats à soutenir vers TEuphrate ou le Tigre. La réorganisation de Dioclétien se manifeste moins visiblement : ala Docletiana^ alae louiae ; enfin il y a trois alae Theodosianae en Arménie -.

' Beaucoup aussi se nommeat Flauia ; mais si les Fiaviens les ont créées, ce sont moins sûrement eux qui les ont établies en Orient, à l'occasion de la première guerre juive.

^ Ce détail est piquant à rapprocher du traité conclu, pour un partage pacifique de l'Arménie, par Théodose W» Il apparaît bien qu'on se gardait néanmoins avec prudence.

On remarquera aussi le très petit nombre d'auxilia cantonnés en Arabie avant le régime qu'atteste la NotUia. C'est une marque, je crois, du soin que prirent les empereurs d'utiliser, même après 105, la coopération des Nabatéens à titre de fédérés, faisant économie de troupes romaines. Peut-être même recrutèrent-ils beaucoup de ces hommes pour les garnisons syriennes *.

Les effectifs paraissent assez exactement proportionnés à rétendue de la section de Urnes qu'ils ont à couvrir. D'autre part, les corps de troupes mentionnés par Arrien en Cappadoce se retrouvent presque tous dans l'Arménie du v* siècle ;il semblerait doncqu*à ce point de vue la stabilité — une stabilité de trois siècles ! — ait été la règle.

On ne s'étonnera pas de voir qu'en Osrhoène et Mésopotamie, pays découverts, l'infanterie est à peine représentée. Il est plus surprenant, au premier aperçu, que, dans l'ensemble, le nombre des cohortes dépasse sensiblement celui des ailes; mais d'abord beaucoup de ces cohortes — 24 — sont equita- /«e; quelques autres sûrement encore, à notre insu ; et surtout l'élément cavalerie se trouve bientôt accru * de formations nouvelles qui remontent à Galiien ' : ce sont les équités *.

Hl y a eo effet jusqu*à six cohortes Pelraeorum antérieures à 139; mais il est siogulier qu'oo n'ait pas embrigadé plutôt dans des ailes ces cavaliers éprouvés. — Ces coA^r/^^P^/raeorum représentent peut-être les sexcnh, Saracenorum, dont parle la vie de Probus (4, 1-2), et jugées suspectes, dans une interprétation trop littérale, par Lécrivain {Éludes sur l'Histoire Auguste^ Paris, 1904, p. 58 sq.).

* Une inscription de Bostra (Waddinglon, 1946 = CIL, III, 93) mentionne des €[q]{uites) sing{ulares) exerc{itus) Arab{iei) ; c'était apparemment un corps composé de soldats d'élite recrutés un peu partout. La date du document serait précieuse à pénétrer ; bonis litieris, dit le CIL, ce qui ne révèle pas grand chose ; le légat mentionné dans ce texte est par ailleurs inconnu; du moins ce titre même indique, au plus tard, la première moitié du nie siècle.

• Cf. RiUerling, Feslschrift fur 0. Hirschfeldy loc. cil.

^ Et les eunei equitum^ type d'escadrons d'origine germanique (Tac, Germ., 6-7), qui n'est représenté en Orient que par une seule uexillatio comiiatensis de Palmyréniens (Not,, Or., VII, 34).

§ IV. -^Formations nouvelles du m* siècle: les « Equités ».

Ces unités ont pris naissance en Orient même : les Romains avaient toujours éprouvé quelque répugnance à unir Tinfanterie légionnaire avec la cavalerie ; bien mieux, ils avaient pour un temps établi une séparation complète ; ils la renouvelèrent au m" siècle. Mommsen le suppose avec grande perspicacité *, les équités représentent Tancienne, cavalerie des légions. La scission s'est consommée pour deux motifs : la cavalerie s'accroissait en nombre» rompant ce qui jusqu'alors avait semblé un équilibre ; d'autre part, la prépondérance absolue de deux groupes de cavaliers, les Maures et les Daimates ou Illyriens, tendait à donner à l'élément équestre une cohésion qui l'isolait des légions.

Cette catégorie de cavaliers rendit de grands services dans la guerre d'Aurélien contre Palmyre ', par sa hardiesse et sa mobilité. Le vainqueur de Zénobie, pour prévenir tout nouveau soulèvement, répandit largement, entre les anciennes garnisons formées d'indigènes, ces troupes de races et de pays étrangers ; il y adjoignit d'autres contingents : Goths, Ju- Ihongues, Alamans. Il va sans dire que l'enrôlement ne put pas se continuer sur les mêmes bases ; comme pour les ailes et les cohortes, les vides furent comblés à l'aide de soldats levés sur place. Mais les désignations primitives subsistèrent : les derniers nommés furent versés uniquement dans les atixilitty comme moins glorieux que les Maures, Dalmates et Illyriens, qui formaient des corps d'élite ayant prééminence sur les légions. Le terme général de numenis s'appliquait à chacune de ces unités ; mais dans la hiérarchie officielle, on distinguait une foule de variétés, dont il serait difficile de reconnaître les rangs respectifs dans l'échelle des honneurs, car les listes de la Notitia semblent impliquer à cet égard plus d'une contradiction ^ Le recrutement régional s'exprime par

* Hermès, XXIV, p. 207.

« Zosim., I, 52, 3.

^ Il n'échappera à personne que certains qualificatifs attribués à tel corps d*equites ont forcément perdu leur signification, car on en réunit qui font pléonasme {Dalmalae lllyriciani: Or,, XXXII, 21 ; XXXIII, 25;

le mot indigenae qui désigne beaucoup de ces escadrons ; quant à celui de promoti, il signifierait précisément, a-t-on dit *, qu'ils proviennent de l'ancienne cavalerie légionnaire ; mais le nom est attribué à des catégories très diversement échelonnées.

Nous ne sommes pas en mesure d'indiquer, de soupçonner même reffectif de chaque groupe à*eqiiites ; on ne peut invoquer aucun précédent, et lorsque dans les sources littéraires il est parlé de 300, 400, 500 cavaliers, on ne voit pas si ces chiffres visent des ciinei ou des alae, complets ou morcelés. Du moins il y a dans la Notitia une longue nomenclature pour chaque duché S ce qui mènerait à écarter les trop fortes évaluations ; il ne faudrait pas davantage s'abandonner à la tendance opposée, car la formation des équités semble avoir été accompagnée d'une restriction parallèle de la cavalerie des cohortes '.

Ainsi ces équités, par leur recrutement et leur rôle, se rapprochent singulièrement en fait des «/«^;mais officiellement ils s'en distinguent et, dans la hiérarchie, restent séparés, par les légions, de ces corps inférieurs quae de minore laterculo emittimtiir. D'autres eqtdtes figurent aussi dans l'armée de réserve d'Orient *, et alors ils sont réunis sous l'étiquette de iiexillatioiies comitatenses S s'opposant aux auxilia palatina qui, en raison de leur origine barbare, sont inscrits, malgré ce titre, avant les légions comitatenses «.

XXXIV, 18; XXXV, 15; XXXVIf, 16) et d'autres qui sont inconciliablea (Mauri Ulyriciuni: Or., XXXII, 18 ; XXXlH, 26; XXXIV, 21; XXXV, 17 ; XXXVII, 17).

> Ritterling, ibid.

* Je parle de ceux qui rentrent dans les limiles géographiques de mon sujet ; par ailleurs, on ne trouve rien de pareil, qu'en Pannonie (Occ, XXXII), en Gaule et en Afrique (Occ„ VU. 166 sq.).

' Mommsen estime mème(loc. cil. y) qu'il n'y a plus de corps mixtes à id basse époque; on s'acheminait à cette suppression, mais il fallut du temps pour la réaliser, ou bien comment expliquer la cohors lequù tata de Palestine {Sot,, XXXIV, 43) cl \di cohors l Claudia equiiata d' Arménie (XXXVIIl, 36) ?

* /Vo/., Or., Vil, 25 à 34.

s Ibid., 24.

* Ces aiixilia palatina se bornent aux Felices Arcadiani Seniores et aux Felices Honoriani Seniores (VU, 35 à 37), noms qui donnent à eux seuls une date.

112 l'armés

§ V. — Les co7*ps du vi^ siècle.

Faute d'uQ répertoire administratif comparable à la Notitia^ nous ne pouvons plus, au temps de Justinien, ou immédiatement avant, nous faire une idée certaine des corps de troupes et des noms gui leur étaient attribués. Pourtant il ne fait pas doute qu'alors le terme de légion n'existe plus ; ailes et cohortes sont aussi hors d'usage ; pour les equiteSj il convient de se montrer moins affirmatif. Du moins un terme vague est devenu courant, celui de xaTàXo^o; ou nximerus.

L'évolution est toute naturelle : niimerus désignait précédemment les « troupes formées de soldats originaires des pays autres que ceux où elles stationnaient * ». Or tout a contribué à arracher les soldats au sol natal, c'est-à-dire à multiplier les niimeri : les mesures de Constantin enlèvent bon nombre de limitanei aux duchés de frontières, pour accroître l'armée de réserve ; les barbares pénètrent de plus en plus dans l'armée romaine ; enfin il se forme des troupes privées qui accompagnent leurs chefs partout où ils vont. Autant que les sources Httéraires nous permettent d'en juger, toutes les unités tactiques prennent le nom de numerus ; mais, à un autre point de vue, l'armée du vi° siècle comprend trois variétés de gens de guerre ;

1° Les fédérés,

2^ Les corps impériaux ;

3° Les bucellarii,

A. Les Fédi':rés. — On se rappelle comment et quand ces étrangers se sont introduits au service d'empire. Le recul des frontières s'était fait progressivement ; à chaque étape, on maintenait comme une ceinture de principautés, qui achetaient la liberté au prix d'une assistance éventuelle contre les états situés plus au-delà. Situation épineuse ; des intrigues naissaient, s'expiaient toujours de même : les limites étaient reponssées plus loin ; les anciens fédérés voyaient leurs territoires réduits en provinces ; les adversaires de la veille passaient à leur tour au rang de clients.

* Gagnât, s, u., Dictionn, des anliq.

LES TROUPES DE GARNISON ET LES RENFORTS DE GUERRE ii3

Lorsqu'en Orient les petites principautés eurent pour la plupart disparu, ce genre d'alliés dut s'évanouir. Au ni' siècle commencent les grandes migrations de peuples barbares ; la faiblesse de TEmpire vient en aide à leurs entreprises : les aventuriers ambitieux acceptent ou achètent leur concours pour arriver au trône ; ces étrangers prennent dans Tétat une influence abusive. Dioclétien chercha à s'en affranchir ; il augmenta aux frontières les cadres réguliers. Juhen^ pour ses guerres, déclara hautement nequaqiiani decere adiienticiis adiumentis rem iiindicari I{oma7iam \ mais les autres Césars n'affichaient pas si grande fierté. C'est vers cette époque que se renouvelle la théorie de la fédération =*.

Les provinces sont formées de communautés romaines; mais elles ne composent pas tout le territoire romain; l'empire déborde au-delà, par exemple sur une partie de la Grande Arménie, s'étend sur les gentes ou barbari, qui gardent leur organisation particulière, tout en subissant la suzeraineté qu'ils ont dû accepter. Un foediis la constate, détermine les conditions dans lesquelles l'assistance militaire doit être procurée, même pour les guerres offensives ', les marques extérieures de la vassalité [aiirum coro7iania?i *, réception des insignes du pouvoir par les rois des fédérés). Jadis, ils étaient dédommagés de cet assujettissement par la dispense du tribut; désormais ils ont droit aux fournitures militaires, comme les limitanei; ils reçoivent une solde ((Tuvxà^ei^, deviennent l'(ji(jii(jOot des Romains. 11 y a ainsi dans leur condition quelque chose de permanent. Est-ce donc qu'elle est devenue plus claire? Elle

* Amm. Marc, XXIII, 2, 1 ; cf. Liban., Or,, XVJII fEiriTàoto;). 169 == II, p. 309, Fœrster. Pourtant il ne dédaigna pas raidedesGoths(Zos., III, 25, 9) ou des Scylhes (Aram., XXIII, 2, 7), et il y avait dans son armée des Arctoi Germani (Id., XXV, 6, 13, 8, 1).

^ Moaiaisen, loc» laud.f p. 215 sq. — Du travail récent et manuscrit de P. Meînioger, Les barbares dans les armées romaines du ivo sièckfie ne connais que la peu explicite table des matières, publiée dans les Posi* lions des Mémoires présentés à la Faculté des Lettres de Paris pour l'obtention du diplôme d* études supérieures (hisL etgéogr,), juin 1904, p. 70 sq.

^ Seuls, les Lazes de la Transcaucasie se bornent à la défense de leur territoire et n'ont pas à quitter leur pays. Procope signale le fait comme exceptionnel (fi. P., II, 15, 4). La silualion exacte de certains de ces peuples est parfois fort délicate à définir ; ainsi pour les Tzanes elles Abasges, ▼. les textes réunis par Mommsen, 162^., p. 276 ; ils sont dits autonomes, bien qu'établis en terre romaine.

♦ Amm. Marc , XXIII, 3, 8 ; C. Theod., XII, 13, 6.

114 l'armée

s'est au contraire obscurcie, car la notion des fédérés a pris trop d'étendue.

Il est tout simple que les Saracènes de l'ouest, les Lazes, les Tzanes, les Abasges reçoivent et conservent cette qualité de vassaux : ou ils n'attaquent pas, ou ils n'ambitionnent que la razzia, source de butin. Mais voici que les adversaires habituels, irréductibles, les Perses, réclament eux-mêmes le titre de fédérés et les attributions qui en dérivent pour les passes du Caucase *. I/objet de la convention semble bien délimité; mais les Sassanides ne peuvent être alliés au nord, adversaires ailleurs. Les Byzantins marchandent donc et transigent pour trouver une échappatoire : Chosroès reçoit 5.000 pièces d'or et la promesse d'une annuité de 500. Les Perses eux-mêmes ont des clients arabes ; ceux-ci à leur tour voudraient entrer également dans la clientèle romaine, et il semblerait en effet que leurs relations extérieures dussent suivre les mêmes variations que celles des Perses. Les empereurs leur font des présents que les Sémites affectent de considérer comme une subvention annuelle ^ Ces obscurités tiennent à ce que les Romains

' Procop., B, p. y II, 10, 21-23 : Chosroès déclare quô les Romains n'auront une paix durable que s'ils acquittent une contribulion annuelle pour la garde des Porteur Caspiennes. Les dépulés de t/usliDien protestent : les Perses veulent réduire les Romains au rang de tributaires ! — Non, dit Cbosroès, mais désormais axpaxtwxa; oîxtfo'j; ejcuc. to Xoittov lUpja; 'Pa»;jLatot, comme les Saracènes et les Huns, à qui vous payez une summe chaque année pour qu'ils défendent votre terriloire.

^ Des fragments de Menauder Proteclor (F. H. G., IV, p. 220 sq. = de Boor, Excerpt. de légat, ^ pp. 189, 440 sq.) nous montrent que de pari et d'autre les formes juridiques étaient inégalement observées. C'est Chosroès qui, un jour de Tan 565, ayant reçu un député de l'emperear Justin II, lui toucha un mot de Tairairc des Saracènes. Justinien, en temps de paix, avait lait des présents aux Arabes soumis aux Perses. Justin ne voulut pas s'abaisser devant ces barbares et rompit avec cet usage. Mais eux envoyèrent une supplique à leur suzerain^ qui prit leur cause en main. Les Saracènes affirmaient recevoir cet argent parce qu'ils avaient promis do ne pas troubler les provinces romaines. Simple libéralité, dit l'ambassadeur de Justin ; celait un don^ non un prix débattu par contrat ! Chosroès n'insista pas, mais l'année suivante, un de ses messagers revint à la charge. « Ce serait drôle, s'écria Justin, si nous, Romains nous devions payer un tribut à ces Saracènes, à ces nomades! » — Les Arabes de llira, il est vrai, ne s'étaient pas toujours aussi volon tiers réclamés de la Perse ; dans le traité romano-perse de 532, il n elait pas fait mention des Saracènes ; Byzanco soutint que leur situation y était implicitement réglée. L^Arabe vassal des Sassanides déclara

se sont accoulumés à payer les barbares, non seulement pour en obtenir une assistance armée, mais même simplement pour acheter la paix.

En principe, les fédérés gardent leurs chefs nationaux, leur formation militaire spéciale ; leur solde, bien que tirée des caisses romaines, leur est versée par leur prince, qui les conduit lui-même ou délègue un de ses officiers. Le type le plus achevé des fédérés d'Orient, au sens propre du mot, est représenté par les Arabes Ghassanides.

Ces fédérés, sous Anastase, servaient surtout à la défense des frontières ; ils furent, sous Justinien, employés de préférence dans les grandes opérations de guerre ; c'étaient les meilleurs éléments qu'on jugeait à propos d'introduire dans l'armée de réserve *.

B. Les corps impériaux. — Au premier abord, on soupçonne rait une opposition absolue entre cette catégorie et la précédente ; nous allons voir qu'il n'en fut pas ainsi dans la réalité.

Parmi les peuples barbares, il en est qui, en devenant vassaux de l'empire, s'astreignaient, non pas à l'assister d'une façon générale, en cas de guerre offensive on défensive, mais à lui fournir régulièrement, même en temps de paix, un nombre déterminé de recrues qui entraient alors dans les contingents romajns (équités ou aiixilia). C^eslce que stipulait le traité de soumission des Sarmates ^, Certains de ces hommes, préférant à tout autre le métier militaire, s'enrôlaient volontairement; ou bien c'étaient des prisonniers de guerre qui échappaient à la mort ou à l'esclavage en endossant la qualité de soldats romains.

Dans les listes de laNotitta on remarque en foule les noms de peuples étrangers, d'adversaires dès Romains ; c'est là un des traits dominants de révolutiondeParmée, où, avant Dioclétien,

que cette convention ne le liait pas, et ce fut la cause d'une guerre nouvelle (Procop., B. P., Il, 1, 8) ; il faut retenir ce grief de Chosroès reprochant à Juslinien « de vouloir attirer à lui Alarooundar en lui promettant de grosses sommes d'argent ».

1 On transféra plus d'une fois dans Tarmée de marche des limilanei qui s'étaient distingués (CIL, VI, 2759; Dessau, ILS, 2781-2); Honorius, en Occident, rendit une conslilution pour l'interdire (God. Theod., VII, 1, i8), craignant sans doute des sélections trop hâtives.

« Amm. Marc, XVII, 2, 3 :,.,dilectum ualidae iuuentutis et seruitium epoponderunt.

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on incorporait rarement les étrangers, transfuges ou prisonniers *. La situation changea peu à peu, et le changement se prépara surtout au cours de ce m" siècle, pendant lequel le monde romain a le plus complètement dépouillé son antique physionomie. Je me demande même si Dioclétien et ses successeurs ne mirent pas une certaine coquetterie, dans la terminologie de leur administration militaire, à décorer de ces noms barbares leurs nouveaux auxiliay afin de rendre plus sensible la domestication, l*asservissement de ces peuples. Mommsen ^ a donné un aperçu des corps de troupes formés dans les états clients ou à l'étranger; en ce qui concerne les provinces d'Orient intéressées à la défense de l'Euphrale, je relève surtout la présence des Goths, Alamans, Francs,Juthongues et Saxons (groupe germanique), et, dans le groupe oriental, des Zabdicènes ', Cardyènes et Saracènes *. D'autres populations, tenues sans doute, au point de vue militaire, en plus haute estime, ne sont pas, ou pas toujours, cantonnées aux frontières, mais entrent dans les réserves palatinae ou comitatenses du magister praesefîtalis ou du magister per Orieiitem. Tels les Ibères ^ les Tzanes *, les Arméniens ', et par-dessus tout les Parthes et les Perses '.

Il est parfaitement vrai d*ai'leurs que ces éléments barbares

* Et encore, dit 1res bien Monamsen {ihid.^ p. 240), cherchait-OQ à les dissimuler. Darum gibi es mil der einen Ausnahme einer nach den Partlieniy den einzigen als ebenbûrlig von den Rômern anerkannten Gegnern^ bennanten Ala keine altère Gruppe auslàndiscker Benennung,

2 Ibid,, p. 272 sq.

" Cohors XIV Valeria Zabdenorum = Zabdicenorum.

^ Equitca Saraceni indigenae et Equités Saraceni dans le duché de Phénici(3 (Sot., XXXII, 27-28).

^ Auxilia palat. Or., V, 60.

^ Ceux-là, chose extraordinaire, forment en Thrace une legio comita^ tensis (Or., VIII, 49), malgré le principe, qui a subsisté, du recrutement légionnaire parmi les citoyens exclusivement. On croirait à une erreur des manuscrits de la Notitia sans le témoignage concordant d'Ammien (XXV, 1, iO):...qui tegionem Ziannorum (= Tzannorum) regebat.

^ Comités sagittarii Armenii (Vexill. palat. Or., V, 30 ; VI, 31). Mommsen leur donne pour lieu d'origine, non l'Arménie romaine, mais l'étal client de Grande-Arménie, leur appliijuant le texte d'Ammien (XVIU, 0, 4) qui les dit barbari ingenui.

^ Equités primi (et securidi) dibanarii Parthi, uexilL comitatenses {Or., V, 40; VI, 41); Equitcii Persac rlihanarii (Or., VI, 32) dans les ue.vilL palat. du magister prae:^entali^ d'Orient ; Equités quarti clibanarii Parlh^ dans les uexHL vomit, du magister per Oricritem (VII, 32).

n'ont pu garder intacte leur homogénéité, pas plus que les atixilia ordinaires ; ils devaient tendre tous, par la force des choses, à devenir comme des mosaïques, où toutes sortes de peuples étaient rapprochés. Une telle pratique n'exposaitelle pas aux pires inconvénients et des unités tactiques aussi bigarrées étaient-elles appelées à rendre d'utiles services? 11 est très probable que la Notitia nous présente le tableau de la dernière époque où les formes anciennes aient été conservées, dissimulant les transformations internes les pUis profondes. Après le v* siècle, Tépigraphie ne nous renseigne plus ; quant aux notices diverses parvenues jusqu'à nous, elles ont toutes un caractère ecclésiastique ou topographique, et peu de rapport avec les institutions mihtaires. Mais tout nous porte à admettre que ces vieilles formes ont disparu * ; Delbrùck me semble avoir donné la formule exacte de celte transformation ^ Dans Tarmée classique des Romains, la division fondamentale se fait par armes : infanterie légionnaire, infanterie légère, cavalerie. Dans l'armée de Justinien, ces variétés ne se traduisent plus même dans le langage, et les troupes sont divisées par races. L'infanterie est montée, et souvent, pour combattre, la cavalerie met pied à terre.

C'est bien ainsi, je crois, qu'il convient d'interpréter Procope et ses contemporains ou successeurs immédiats : lorsqu'ils parlent des Hérules, des Maures, des Isauriens, des Thraces,etc...,il faut entendre cette fois des groupes, non point sans doute homogènes, mais recrutés essentiellement dans chacun de ces peuples, et non plus des unités tactiques quelconques auxquelles ils auraient, à l'origine, prêté leurs noms. Cette situation nouvelle découle du principe nettement posé par Mommsen ^ : Après Dioctétien, plus élevé est le rang des troupes, plus y domine l'élément étranger. Les sources se taisent sur les différences de droit ; en fait, il n'y a pasde doute que le non-citoyen est un privilégié.

En effet, il rend plus de services sous les armes. Dès lors, l'idéal est forcément de multiplier dans l'armée les non-citoyens. Les fédérés en fournissent à foison. Parmi eux, il en

* Eq môme temps que se restreignait l'armement a à la romaine » et que 86 multipliaient les corps s'organisanl et s'armant eux-mêmes, à leur façon.

« Gesch. der Kriegskunst, II, 2 (1902), p. 355 sq.

^ Loc. cU.t p. 242.

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est qui fournissent un contingent en vertu d'un traité ; d'autres sont éventuellement achetés*. Comment en est-on venu à coufondre les deux variétés sous le même nom? Cela tient, surtout, sans aucun doute, à la théorie, née après le triomphe du christianisme, de l'universalité de l'empire '. En vertu de celte conception, aucun peuple, en principe, n'était dégagé de tout lien envers les Romains.

Il semble donc que par là les w2/mm impériaux proprement dits vont se trouver sensiblement réduits. L'observation est juste, mais une autre pratique de cette époque agit en sens inverse.

Il faut admettre, comme Benjamin Ta établi ', que ces soidisant fédérés du Bas-Empire ne sont même, bien souvent, que de simples mercenaires recrutés par un spéculateur, qui les reloue pour le service de l'empire. Ici fédérés et soldats impériaux finissent par se confondre. Selon Benjamin, cette variété nouvelle de troupes aurait pris naissance sous Honorius ^ et comprendrait toujours turbam mililiim ex ornni génère hominum mixtam. C'est beaucoup forcer un texte un peu obscur d'Olympiodore *, qui en tout cas n'impose pas une définition aussi exclusive des fédérés que celle qui nous est proposée {militum gregibxis xmdique cojiflatis). Rien dans Procope ne conduit à l'adopter ; bien plus, certains textes semblent y contredire ^, et le soin même que les tacticiens de basse époque

* Comme les Scythes sous Valens, pour une expédition persique (Aram. Marc, XXX, 2, 6).

* M. Diehl (Juslinieriy loc. cit.) en a très heureusement souligné l'importance : « Les souverains de Conslantinople n'ont jamais admis les pertes de lerritoirea. Un seul empire, une seule foi ; il n'y a que des princes vassaux. » Cette opinion est partagée par les habitants des pays conquis par les princes répulcs vassaux. « Et ceux-ci ne craignent pas de passer pour vassaux : ils se disent tels, admirent Tempire, placent l'efligie impériale sur leurs monnaies, quand môme ils sont en guerre ouverte avec l'empereur. »

* Conrad Benjamin, De lustininni imperatoris aetaie quaestiones militares, diss., Berolini, 181)2; p. A sq.

* Synesios (de regno, 25) fait remonter un peu plus haut, sous Théodose I®^ la véritable invasion de l'élément barbare dansTarmée romaine.

* Fr. 7, ap. Miillcr, FIIG, IV, p. 59 : K-z: -à BojxEXAâpio; ovoua sv -.t.; fjULÉpai; 'Ovwpcoj S'vipsTO /.olix jTpaTuoKov oj [lovojv 'Pojiiauov, àXXà xiî To-cOtov Ttvwv • (o; o' auTco; y.ai to '^o'.oîsâxfov xaTa otaoooou xa* t'J'X'ji'.voû;

^ Kn 5'il, '< une fièvre s'éleva dans la brûlante Mésopotamie (côté

mettent à signaler les artifices stratégiques utiles contre les divers ennemis — dont beaucoup de transfuges se trouvaient dans les armées romaines qui y prenaient aussi des mercenaires — suppose au contraire la persistance des groupements ethnographiques. Pratiquement, au cours d*une campagne, il put y avoir des combinaisons temporaires ; elles étaient subies plus que voulues *. Reste d'ailleurs cette interprétation possible du passage cité : une division de fédérés {hoc sensu) est mélangée en ce qu'elle se compose de groupes très divers; mais chacun conserve son homogénéité plus ou moins stricte. Celui de ces groupes que son propriétaire transmet purement et simplement aux officiers byzantins devient, au moins en fait, yiiimerus impérial. Si le recruteur en garde le commandement, il s agit d'une variété nouvelle, qu'il nous reste à étudier : la troupe privée d'un condottiere.

C. Les « BucELLARH ». — La faiblesse des pouvoirs publics, en progrès incessant depuis des siècles malgré les essais de réac~: tion tentés par quelques Césars plus énergiques, avait amené bien des propriétaires à se défendre eux-mêmes contre les pillards, en armant leurs valets, principalement leurs esclaves. Le droit du plus fort régnant seul, il s'agissait de devenir effectivement le plus fort; dans celte anarchie, les grands personnages se procuraient à eux-mêmes une escorte. L'État,

perse). Les soldats romains, qui pour la plupart étaient des Thraces, ne purent résisler el moururent en nombre » {B. P., II, 19, 32). Au moment d'une déroule, « heureusement les Goths chargèrent rudement les Perses et les obligèrent à reculer » (Ihid,, 18, 24). Ailleurs il est dit que Narsès commande les Hérules et les Arméniens (24, 12), el Procope décrit l'armement spécial des Hérules (25, 27-28) ; cf. Agathias, qui nomme (III, 4, 1) un « chef des Hérules » et dislingue aussi Tarmement des Maures, Tzanes, Isauriens, Lombards, Hérules (III, 9, 2). Une autre fois, les Romains avaient 2.000 Sabires pesamment armés (111, 8, 1). Aux ambassadeurs de Gbosroès, Bélisaire sut présenter habilement ses troupes : Thraces, Illyriens, Goths, Hérules, Vandales, Maures; ils revinrent étonnés d'avoir vu des soldats si disciplinés {B. P., II, 21, 4 et 14). Le mélange de races si diverses n'eût pas donné une telle impression.

* Ou bien on les faisait avec un discernement tout particulier. Julien

écrivait à Constance : « Je vous fournirai quelques jeunes lètes qui

descendent d'une excellente race de barbares en deçà du Rhin ; ils sont bons à mêler avec les scutaires et les gentils » (Amm. Marc, XX, 8, 13 — texte du iv* siècle, du reste).

120 l'armée

désarmé contre ces bandes privées gui menaçaient son autorité, après avoir vainement essayé de les interdire *, prit le parti de les utiliser pour lui. Mommsen a parfaitement saisi celte évolution ^ ; il aurait pu noter eu outre le rôle joué par l'élément barbare, lorsqu'il pénétra Tarmée romaine : chez les Grecs et les Latins, Tarmée nationale est une chose aisée à concevoir, car ils ont la notion, abstraite, mais claire, de la chose publique; chez les Germains ', un homme se reconnaît plus facilement, quand il s'y est soumis, des devoirs envers un autre homme *, dont il devient le client ^ ou le compagnon {cornes) •. Les Byzantins adoptent des formules peu différentes : Ttaîoe; ^ qui rappelle la condition servile des plus anciennement recrutés parmi ces soldats privés ; inaooi», ol xcj» Seïvt ÊTtofievûi '\ les geus de la suite ; |jLij6o^6poi olxeTot »o, enGn,deux termes plus constants et plus spécialement miUtaires :

01 X2t UTiaTTriaTat

8opucp6p

Comme celui de (potoépaxoi, les termes de Sopy^^pot xat 67ta<jTrtTcat se rencontrent fréquemment dans Procope **; par malheur, ce

* Constitution de Léon (468), C. lusU, IX, i2, 10 : Omnibus per ciuUates et agros habendi buceÙarios uel isauros armalosque seruos licentiam uoîumus esse praecliisam.

* Hermès, ibid.y p. 233 sq.

^ Cf. Seeck, Bucellariiy Pauly-W. — Joignons à cela Pinfluence que durent avoir en Orient les usages arabes; avec eux il ne s'agit pas de bucellarii ; mais il n'eét pus question non plus de service « d'état > ; entre l'ethnarque et ses hommes, pour ôtre imposé par le sang, le lien n'en est pas moins loul personnel.

* Tac, Germ.f 13-14.

3 Thc, Ann., I, 57 ; II, 45 ; Xll, 30.

« Amm. Marc, XVI, 12, 60.

^ Agath., III, 16 ; M»ilal., tragm., éd. Mommsen, Hermès, VI (1872), p. 369.

8 Agath., ï, 15. 19; H. 8; IV, 21.

^ Procop., B. G., IV, 26, 12.

10 Malchos, F. H. G., IV, p. 127 (fr. 18). — Un chef a désormais, comme un empereur, son otx(a [domus), qui s'oppose à Vofficium et le relègue au second plan (Benjamin, p. 26). D'où le mot liatpfÇeaOai, qui sert à désigner les fonctions propres du bucellarius (Procop., B. P., I, 25, 7). L'o'xi'a peut compter encore dans son personnel autre chose que les doryphores et hypaspistes (Id., H. arcan., 4, 13 : xou; -zz Be'kif7xplo\> Sopucpopo'j^ T£ xaî UTraaTTiiTà;, xat twv oixexwv z^ tt èv iroXè[Ji(}i 86xi{jlov

' *» Id., B. P., I, 24, 40; 25, 7 ; B. G., IV, 35, 25 et 27.

*2 On a essayé d'en préciser le sens plus que Mommsen ne l'avait fait; cf. Benjamin, op. cit. Travail très étudié, mais versant peut-être un peu

n'est à peu près jamais dans le Bellum Persicum ou à la fin du Belium Gothicum. On éprouve quelque timidité à s'appuyer sur des textes visant les autres guerres de Justinien, assez désintéressé des affaires d'Orient S bien moins préoccupé de la guerre persique imminente que de rOccident à reconquérir et à délivrer, disposé par suite à de larges concessions et à la pure défensive ; il se pourrait donc qu'au point de vue des forces en action les opérations orientales eussent encore quelque chose de particulier. Je ne crois pas cependant qu'il faille s'arrêter à cette difficulté, car nous savons que contre le Sassinide Justinien a lancé ses lieutenants ordinaires, Bélisaire, Narsès ; ceux-ci ont dû transporter d'une région à l'autre les troupes qu'ils avaient vraiment dans la main.

Ce serait sans doute abuser des mots que de faire remonter trop haut l'origine des troupes privées. On relève cependant, dans les guerres civiles de la fin de la République, bien des cas où tel ambitieux général se procura des troupes qui étaient moins au service de Rome que de sa propre personne. Bien caractéristique est ce mot de M. Crassus ne reconnaissant personne pour riche, nisi qui reditu annito legionem Itieri pos- 5^/ *; et n'est-ce pas déjà un recruteur de bucellarii que ce Ptolémée, par ailleurs ignoré, qiiem Varrotradit, Pompeio res gerente circa ludaeam octona milia eqidtum sua pecwiia tôlerauisse ' ?

dans les subtilités. Si j'ai bien compris Tauteur (v. p. 27 notammenl), il y avait enlre les deux groupes celte seule différence que les doryphores ei bypaspîstes, qui servaient de salelliles à un chef, ne pouvaient être, comme les fédérés, loués à l'empereur. Mais pourquoi? Ne sufGsait-il pus que celui-ci et le chef en tombassent d'accord ? Tout au plus ces hommes devaient-ils changer de nom ; et encore ! Benjamin lui-même, pour rendre compte de cette formule de la Noiilin : comités cataphractarii bucellarii iuniores {sub disposilione magistri militum per Orientem, — Or., VII, 25) explique les choses ainsi, en toute vraisemblance : ce sont d'anciens combattants d'une Iroupe privée, transférés dans l'armée régulière, mais ayant seulement gardé leur ancien nom Cp. 22 sq.). — Pourquoi des doryphores n'en auraienl-ils pas fait autant ? C'est tout aussi concevable que la combinaison suivante qui nous est attestée : une distinction enviée consistait à passer de Tarmée impériale au rang de buceUariui d'un chef. Celui qui pouvait ainsi priver l'emperearde ses hommes pouvait bien lui louer les siens. V. Procop., B. G.. IV, 29, 28.

1 Cf. Diehl. Justinien, p. 129.

«Plin., f/.iV., XXXIII, 134.

3 Ibid., XXXIII, 136.

i 22 L*ARMÉE

De bonne heure les Romains ont embrigadé en Orient des hommes venant des bords du Rhin ou du Danube. La fidélité de ces races à leurs maîtres y était bien connue : Hérode le Grand, sous Auguste, en possédait déjà à son service personnel '. Garacalla se créa des protectores ; les prétoriens, somme toute, avaient un caractère quelque peu analogue '. Tout officier en vue, même civil, s'attacha une escorte de cette nature, formée de gens de toute extraction, engagés envers lui par un serment et recevant de lui, outre la biicella (petit pain) symbohque \ des fournitures et des présents, une part éventuelle de butin. La plupart étaient recrutés parmi les peuples du nord et de l'Europe centrale : Huns, Goths S Thraces ; les montagnards d'Asie Mineure s'y ajoutaient : Isauriens, Cappadociens, Pisidiens; enfin des Arméniens et des Perses ^

Ges bandes de satellites constituaient les compagnies d'élite des armées; outre qu'elles étaient souvent fort nombreuses % elles marquaient du dévouement à leurs chefs. Dans la Notilia, les comitesy dontla nature n'est pas douteuse, viennent en tète de tous les équités \ Ge sont en effet invariablement des cavaliers, montés aux frais du chef, qu'ils entourent h sa table et

* Io8., B. /., I, 672 : Autour de son lit de mort on avait disposé o'i oopucpopoi (la formule est déjà en usage !) xai xo Opaxtov axTcpo; repjjiavoî T£ xal FaXdtTai oi£Txe'jaa(jLévoi iidtvxs^ a>^ elç TuoXepiov ; ces derniers mots sont à rapprocher du récit, presque dans les mômes termes, des A, /., XVII, 198, où on lit : to aTpaxtajxixov xaxà oixela eôvr^. Ainsi se maintenait la division par race«. C'est une pratique dont je ne crois pas, malgré Oiympiodore, qu'on se soit, après Honorius, systématiquement écarté.

* Cf. Herodian., V, 4, 8 : xaî o\ oopucpopoi, o'ù^ ôt) irpaiTcopiavoù; xa- Xouaiv.

' V. Schol. Basilic. f 60, 18,29 : o\ tov apTov xivoc etOiovte; Itz" Tjzn) TO'jxtf» X(J> 7ratpa(Jiév£iv auTÎj>.

* Le préfet du prétoire d'Orient (en 395), Rufin, avait une prédilection pour les Germains (Claud., in Ruf., II, 75). Malalas parle fréquemment du 7;Xf,6o^ foxO'.xov des années byzantines.

« Procop., B. G., IV, 31, 13.

« Un (lux d'Arménie possède ainsi plus de i.OOO hommes (Procop., B. G., III, 27, 3), Bélisaire 7.000 cavaliers (Ibid., 1, 12; qu'une fois rappelé de Perse (en 542) il envoie hiverner en Cilicie (//. arcan., 3, 5). Par contre, l'escorte se réduit peut-être quelquefois à un seul homme; tel le doryphore d'Artaban, tribun d'un numerus arménien (U, T., Il, 27, 28).

T Or., V, 29 à 31 ; VI, 28, 31 ; VU, 25.

dans la mêlée et ne quittent que pour recevoir une mission de confiance. Les bucellarii que Bélisaire dépêche vers le Tigre * sont dits ol Twv ffxpaTiojTwv [xa)^t[jiojxaTot ^, et les liauls faits de ces gardes du corps fourmillent dans Procope ^ On s'accorde à reconnaître aux doryphores un rang supérieur à celui des hypaspistes, toujours cités en deuxième ligne, mais les uns et les autres pouvaient s'élever aux plus hautes dignités, comme Sittas, Bélisaire * et Narsès ^

Etant bien constaté que les Ai^ce/tenY étaient en fait choisis parmi les peuples barbares, et que les « fédérés » pouvaient être loués en vue d'une spéculation, on voit clairement que le même homme avait la liberté, à la fois de se procurer une nombreuse garde personnelle et de constituer des corps de troupes, qu'il prêtait moyennant un prix à débattre, et dont il demeurait le capitaine. La question perd donc beaucoup de son intérêt pratique, de savoir si, comme le veut Benjamin, un x4jiï3? ©oioîpaKov .* ou des ap^/ovT£c (poioepàxwv sont des hommes privés ou de véritables fonctionnaires impériaux. Les mêmes noms de grands officiers se retrouvent dans les guerres de Justinien, d'Orient ou d'Occident ; nous sommes informés que des troupes impériales, et plus encore des fédérés et des bucellariîf y ont pris part. Le cumul des commandements n'est pas douteux \ Et quant à la rétribution (àwwvat cpotSepaTixai) de ces divers soldats hors cadres, qu'elle leur fût payée directement par un agent du trésor (^aptouXâpto; ^otSEpaxwv ou àizzlmw) ou par l'intermédiaire de leurs chefs, la chose importe peu. L'essentiel est de remarquer que les batailles contre les Perses

* Procop., B. P., Il, 19, 17.

' Ibid,, 39.

^ Cf. Seeck, s. m. — Argec, doryphore de Pierre, magister milituniy tue de sa main vingt-six Perses {B, P., II, 26, 27).

•Theoph.Siinoc, V, 2, 8.

* Malal., loe. cit.; le même litre est donné à Palriciolus (Theophan., 157, 11), qui prit part à la guerre persique de 508 (Procop., B. P., I, 8,

■^ Benjamin, p. 11: duces foederatorum a principio praefuisse numens

quoque uel aliis imperii militibus nunquam uno 'omisso Dorotheo (6 xwv

èv 'Apfxeviotç xaTaXo-yiov (rcpaxTjY^; — Procop., B. F., I, H, 5) comme-

moratur. Cette exception suffit à rendre la « règle » suspecte. Nous

n'afons guère que des indices, et qui fout entrevoir une orgaaisaliou

bien plus flottante.

124 l'armâb

furent, dans la dernière période, gagnées ou perdues par des condottieri, et que ces aventuriers, qui semblaient devoir compromettre la sécurité de l'empire, constituèrent en vérité sa grande ressource et son ferme soutien '.

§ VI. — Les milices locales.

Je désigne sous ce nom les corps de troupes spontanément formés dans les provinces, là où les citésjugeaient insuffisantes les mesures prises par Tadministration impériale *. On voudrait éclaircir la question surtoutpourlei^"^ siècle, durant lequel les milices ne servaient que dans leur pays d'origine, mais les documents dont nous disposons ne permettent pas de la résoudre. A partir de Trajan, et plus encore d'Hadrien, ces contingents furent très souvent ou adjoints à l'armée régulière, ou transférés dans d'autres contrées '. Puis ils fusionnèrent, vers la fin du m® siècle, avec une partie des légions ou atixilia, pour former les limitaiiei. Par là, les anciennes milices locales disparaissaient ; mais il est infiniment probable que d'autres bientôt les remplacèrent.

Les guerres d'Orient, au temps des Parthes, peu agressifs, consistaient surtout en des batailles rangées, en rase campagne, plus ou moins abrégées par leur tactique familière. Les Perses inaugurent une politique plusoff'ensive ; ils se forment

* Benjamin, p. 17 et 41.

2 Le mot ne peut avoir d'autre sens dans les provinces qui nous occupent, puisque toutes sont impériales. Cf. Antoine Stapfers, Les milices locales de Vempire romain, leur histoire et leur organisation d'Auguste à Dioclétien (Musée belge, VII (1903), pp. 198-246, 301-334 ; IX (1^05), p. 50-79).

^ Il se produit ainsi un singulier chassé-croisé. Alors que, pour les légions, le système du recrutement sur place remporte, les milices locales au contraire doivent s*cxpatrier. Pour les milices orientales utilisées hors de l'Orient, v. Stapfers, VII, p. 305-317. En Cappadoce néanmoins, pendant les trois premiers siècles, des troupes indigènes renforcèrenl les cadres réguliers. Mais c'est d'Afrique principalemeQt que Tarmée de Syrie reçut le genre de renforts qui nous occupe : dans la guerre des Pa!*thes de léi, elle avait un contingent maure (Lucian., Quomodo hist. sit conscr., 31); d'autres prirent part à Texpédition de Caracalla (Herodian., IV, 15, 1); peu après ces cavaliers maures eurent l'occasion de montrer leur fidélité à Macrin, africain comme eux; tout le reste dos troupes se déclara pour Élagabale (Dio Cass., LXXVIII, 32).

à la poliorcétique. Alors commencent contre les places les attaques soudaines, qu'une faible garnison ne peut repousser à elle seule ; on est amené à penser que la population civile prit à tâche d'enrôler une sorte de garde nationale. Le fait est certain pour Nisibis, colonie romaine que Jovien livra aux Perses en 363 : les habitants protestèrent contre cette cession de leur ville, se disant en état de la protéger à eux seuls, comme ils l'avaient fait souvent, et sans le secours des troupes d'empire *.

Ce cas n'est sûrement pas unique. A partir du vi« siècle surtout, on voit, dans les villes assiégées, l'évêque assumer la direction militaire, et non seulement s'ériger en parlementaire attitré, mais veiller, devant les remparts, à la mise en batterie des pièces.Cetascendant serait moins explicable si la population même ne s'était pas armée. Au reste, la défense d'une place n'exigeait pas autant de science stratégique que les grandes manœuvres de guerre ; et si Ton songe à la façon dont se comportaient les troupes régulières, comme en pays conquis, aux froissements continuels entre elles et les citadins, on comprendra que ceux-ci aient mieux aimé, le cas échéant, mettre la main aux carquois ou à la baliste que de se voir infliger, suivant l'expression d'un contemporain, « le fléau d'une garnison *».

§ VII. — Variétés ethniques des trottpes (TOrient à la

basse époque.

Les développements fournis plus haut ont déjà montré rinlérêt du sujet ; il convient d'y revenir, sans s'arrêter désormais aux distinctions plus ou moins artificielles entre fédérés,

* Âmm. Marc, XXV, 9, 2 : Manusque tendentes orabauf,ne imponerelur sibi nécessitas abscedendi ; ad defendendos pénates se solos sufficere sine (idiumentis publicis adfirmantes et milite, salis confisi ad futuram iustiliam pro geniiali sede dirnicaturis, ut experli sunt saepe»

* Zosim., II, 34, 2 : tt^v àTio xwv axpaxiwTwv èTteOTjxî Xu{jlt,v, oi* f^v r^ori irXelTcot ^v(6^a<ji^ epr^^xoi. — Josué le Stylite raconte Ionj?uement (Chroniq.n 93-96) les sauvageries commises dans la région d*Ëdesse par les fédérés gotha, plus funestes aux indigènes que de véritables ennemis. Les citadins demandèrent qu'on cantonnât ces hommes chez le.s propriétaires ruraux; mais ceux-ci s'écrièrent tout d*iine voix qu'ils aimaient mieux se racheter à prix d'argent d'une pareille obligation.

126 l'armée

numeri impériaux, ou bandes des condottieri. A compter d'une date naturellement peu précise, mais voisine de l'avènement des Sassanides, la question des races dans l'armée prend une importance qu'accusent à tout instant les récits de guerre des historiens, et qui s'affirme tout à la fois à Tégard des barbares et des sujets d'empire. Aussi, maintenant, ne séparerons-nous plus les uns des autres. Le prix attaché aux services de telle ou telle race tenait à des traits spécifiques d'ordre physique ou moral, sur lesquels les sources littéraires nous procurent quelques aperçus, et sans doute aussi à des particularités dans l'armement, qui nous sont bien moins familières. Il en serait autrement si nous n'étions, ici encore, réduits à une disette presque absolue de monuments figurés. Je note tout de suite Tunique exception dont nous pouvons nous prévaloir.

Les bas-reliefs de Tare de triomphe de Salonique nous donnent des Daces une idée assez nette ; le sculpteur a prêté aux Perses une physionomie toute conventionnelle, mais on voit que les Daces lui sont plus familiers, et bien que ceux qui lui ont servi de modèles datent du règne de Dioclétien (vers 300), on peut utilement les comparer aux Daces que nous montre d'autre part la colonne Trajane. Ils étaient les compatriotes de Galère qu'on voit sur un des piliers leur adressant Yadloctitio du chef *. Ils portent le casque à mentonnière, en forme de ruche et avec couvre-nez, une cuirasse d'écaillés à ceinturon, des manches et un pantalon appliqués aux membres assez étroitement, des souliers montant jusqu'à la cheville ; les armes sont le bouclier rond et la lance ; pas d'épée ^. Des variantes dans le détail, selon la catégorie de troupes : chez les cavaliers, la cuirasse d'écaillés tombe assez bas et forme une sorte de jupe ^ ; d'autres, qui semblent des fantassins, ont une cuirasse plus courte ; pourtant quelquefois encore de longs appendices de cuir (ttxépuye;) la prolongent sur les reins, co.îime dans le haut des bras. De ci de là quelques officiers se distinguent à la crête de leurs casques *.

* Leur participation à la guerre de 297 n'est pas indiquée par nos maigres sources littéraires, mais un passage d'Orose (VII, 25, 10, Zangemeister) rend le fait très admissible : Ifaque inox per lllyricum Moesiam undique copias {Galerius) contraxit.

' Kinch, op. cit., p. 13 sq., pi. IV; p. 19.

^Ihid., p. 42 sq,, pi. VIII.

* P. 18, pi. IV.

J'ai eu roccasion de le dire déjà, le m* siècle est Tépoque de la prépondérance des troupes de l'Europe centrale, du Danube à TAdrialique et à TArchipel. Vérus a commencé à les transporter en masse en Orient; Caracalla, Alexandre Sévère *, Aurélien ont fait de mémo ^ De ce dernier, Zosime énumère les contingents « formés de cavaliers dalmates % mésiens, péoniens, du Norique et de la Rhétie, et des légions celtiques ; en outre, il y avait des soldats des cohortes prétoriennes, choisis entre tous, et la cavalerie des Maures; d'Asie il avait des hommes de Tyane, d'autres de Mésopotamie, de Syrie, de Phénicie, de Palestine, pris parmi les plus braves *. » Ainsi, entre les troupes d'Orient, une sélection était nécessaire.

L'historien nomme en outre les Maures ; ils formaient, ainsi que les Dalmates, une précieuse cavalerie légère d'akontistes ; il y en avait déjà en Orient au temps de Septime Sévère, qui les envoya contre les Parthes, et sous Macrin ^ Ils rendaient service à Aurélien, privé des escadrons arabes qui se trouvaient précisément dans l'armée des rebelles. Mais les éléments africains furent généralement tenus à l'écart ; Macrin avait fait venir d'Egypte des troupes qui désertèrent ^

Enfin dans cette éuumération figurent aussi les légions celtiques. C'est au iv^ siècle surtout qu'elles passent au premier plan. Les races franco-germaniques avaient été mises à répreuve par Julien dans ses succès contre les Alamans; il Recrutait parnii elles des soldats auxiliaires. Constance, au courant de leur valeur et jaloux de Julien, avait envoyé un de ses secrétaires en Gaule, pour en ramener des Hérules, Bataves, Celtes, qu'il comptait conduire contre les Perses ^ C'étaient

* Herodian., VI, 6.

' Galère versa comme vétérans, dans des formations nouvelles, d'anciens soldats des légions du Danube ; on le voil aux épisèmes des boucliers sur l'arc de triomphe : 1« lion et l'aigle indiquent le V Macedonica el le Xm Gemina (Kincb, p. 17). Sous Constance el Julien, 700 de ces cavaliers (deux escadrons) furent encore envoyés en Mésopotamie (Amm. Marc, XVIII, 8, 2).

» Cf. Waddington, 2058.

* Je ne crois pas forcer, en l'interprétant ainsi, le passage, du reste discutable, de Zosime : y,a\ ex x^; (xâdr^; itLv Tcoxafiwv xa» lupi'a; xaî «ï>o'vixïj; xai naXatJxtVT)*; xâXKi Tivà xwv àyopstoxàiiov (cf. I, 52, 3-4)«

* Uerodian., IV, 15, 1 ; cf. III, 3, 4.

« Id., V, 4. 7.

■» Amm. Marc, XX, 4, 2 ; cf. Iulian., Epht, ad s, p. q. Athen,f 282 sq.

128 l'armée

des hommes courageux, dressés aux combats dans les plaines, mais parfois embarrassants dans les guerres d'escarmouches et de sièges ; ils ignoraient les secrets de l'artillerie et dédaignaient la construction des ouvrages de retranchement, c Ils rémissaient comme des bêtes fauves », toujours prêts à tenter quelque assaut téméraire. Un jour, les tribuns, leur ayant défendu de sortir du camp, n'obtinrent par cet ordre que des menaces de mort, et durant une nuit sans lune, armés de haches et de glaives, les Gaulois essayèrent de parvenir jusqu'à la tente du roi de Perse ; leur marche trop bruyante éveilla l'ennemi et ils durent rentrer à reculons, en subissant des perles considérables *. Ces indisciplinés *, mais que Julien avait bien en main, constituèrent encore pour sa guerre persique le noyau de l'armée. Habiles nageurs, ils se précipitaient au-devant de l'ennemi à travers les fleuves, sous la protection de leurs bouchers.

C'étaient aussi un mérite des Sarmates, c éternels mercenaires ' », qu'on trouve également dans l'armée de JuHeu*. Constance, en dehors de quelques recrues tirées de la région d'Antioche ^, avait enfin acheté le concours des Scythes ^. Quant à Julien,on sait qu'il n'adjoignit guère à ses eff'ectifs ordinaires que des renforts oQ'erts par les Saracènes et les Goths '. Les Goths, à la fînduiv^ siècle, ont déjà assis leur'renommée et ce sont eux qui prédominent alors parmi les officiers de l'armée d'Orient \

* Amm. Marc, XIX, 5, 2-3 ; 6, 7-11.

' Id., XVIII, 9, 3 : Magnentiaci et Decentiaci (ils étaient ainsi dénommés d'après leurs chefs) quos posl consummatos ciuiles procincluSy ut fallaces iurbidos ad orientem uenire compulit imperator, ubi nihil praeler bella timetur exlerna,

» Tac.,y4mi., VI, 34.

* Amm. Marc, XXV, 8, 1.

» Id., XXÏ, 6, 6.

^ Id., XX, 8, 1. Quelques soldats martyrisés en Palestine par les Arabes, au commencement du vu® siècle, à la suite de la prise de Gaza, ou à Éleuthéropolis, appartenaient à un corps de fantassins scythes, dont le nom se retrouve dans un manuscrit de Bologne sous la forme barbare devanduscithom = ex êàvooj SxoOwv (J. Pargoire, Échos d'Orient, VIII (1905), p. 40-43).

^ Id., XXIII, 5, 2 ; Zosim., III, 25, 6.

* Meininger, op. cil, — Valens utilise aussi contre le roi Sapor « Vadomaire, ex-roi des Alamans /> (Amm. Marc, XXIX, 1, 2). On apprécie particulièrement les Goths comme gardes du corps : sous Anastase, à Antioche, le nyctéparque a une escorte de Goths (Malal., XVI, p. 395).

Le v« siècle est une période de grande obscurité, au point de vue qui nous intéresse ici, faute d'un annaliste précis et détaillé comme Ammien ^ ; nous passons par force, sans transition, au vi% pour lequel nous avons des guides excellents dans Procope et ses continuateurs.

Cette époque marque l'apogée du système des condottieri, la grande mêlée des races. Mais chacune a^sa w cote », sa valeur d'estime. Il est bien remarquable que rarement Procope cite un homme de guerre ou un corps de troupes sans ajouter une indication ethnographique. Il s'y attache beaucoup plus qu'à spécifier le rang hiérarchique d'un chef ou la classe dans laquelle rentre un détachement. 11 nomme ainsi « Narsès qui commandait les Hérules et les Arméniens * ». Il annonce la mort d'un capitaine de l'armée byzantine et ajoute qu'il était ibère '. « Anastase leva une très nombreuse armée, mais commandée par trop d'officiers : notamment Celer, maître des gardes, Patrice, un Phrygien, et Hypatios, tous deux capitaines des compagnies de Constantinople ; d'autres de rang moins élevé : Pharasmane, Colque de nation, excellent homme de guerre, Godidiscle et Bessas, deux Goths ; Appion, un Égyptien, était trésorier *». Au cours d'un récit de bataille : Heureusement « les Goths » chargèrent ^ Autre exemple : Dans une rencontre « se distinguèrent, du côté perse les Cadusîens, du côté romain les Hérules ». Cavad envoie dans l'Arménie romaine une armée de Persarméniens et de Sunites (voisins des Alains), avec 3.000 Huns dits Sabires, gens belli-

*■ Qui néanmoiDB n'est pas un « descriptif ». Oq chercherait en vain dans son histoire des notices sur Taccoutrement et l'équipement. Voici un renseignement secondaire (XIX, 8, 8) : « Nous trouvâmes un puits, mais si profond qu'il fallut couper de longues bandes de nos vêtements de toile, pour en faire une corde, au bout de laquelle nous attachâmes une calote qu'un de nous portait sous son casque ».

» JB. P., Il, 24, 12.

' Ibid.y 28, 1. — Cutzès et Buzès, qui commandaient dans le Liban, furent dépêchés pour protéger les ouvriers travaillant au château fort de Mindon : « c'étaient deux frères, des Thraces » {Ibid.f I, 13, 5). A la bataille près deSatala se distingue, du côté romain, « le Thrace Florentins » (I, 15, 15) ; autres chefs thraces : I, 12, 23 ; II, 30, 29. Dans la campagne de Laziqoe, à la tête de la cavalerie romaine sont placés un Gépide et un Arménien (B, G., IV, 8, 15), et Justinien envoie des chefs thrace et hérule (Ibid,, 9, 5).

* B. P., I, 8, 2, 3 et 5.

* Ibid.y II, 18, 24 ; cf. ci-dessus, p. 118, note 6.

130 l'aruâb

queux * )).En Commagene, Bélisaire a avec lui 20.000 hommes, dont au moins 2.000 Isauriens. 11 doit livrer bataille malgré lui. Les Isauriens, luttant en désordre, succombent au nombre de 800. « Ils étaient passés récemment de Tagriculture aux périls de la guerre ; ils se signalèrent par leur incapacité, malgré leur hâte de combattre : et tous n'étaient pas /sauriens, mais la plupart Lycaoniens ^. »

Les auteurs contemporains trahissent les mêmes habitudes d'esprit '. Pourtant tous ne s'attardent guère à décrire, à distinguer les types, et les procédés de combats, des barbares qui se trouvent dans l'armée byzantine. Procope fait une exception pour les Hérules, dont il faut expliquer Téchec *. Les autres chroniqueurs observent le même laconisme S dont on les voit seulement se départir à propos des barbares qui ne figurent que dans Tarmée ennemie ®.

C'est qu'en effet la plupart de ces envahisseurs mettent des

^ Ibid,, 18, 38-40. Les mots que je souligne accusent avec la dernière nettelé l'intérêt altacbé aux distinctions de races.

3 Malal., XVIII, p. 445 : « L'empereur réunit de nombreuses troupes chez les Phrygiens Lycocranites et les lança contre les Perses et les Saracènes... ; en môme temps fut envoyé chez les Perses le Scythe Hermogène, ancien magister, homme prévoyant >». Euagr., H, eccL, V, 14, nomme un autre Scythe, Cursus, au service des Romains, et Zosime(I, 60, 1) Salurninus, gouverneur de Syrie, -^i-^t^ MaupojŒio;. Theoph. Simoc. (I, 14, 5) elle comme lieutenant de Philippique « Apsic le Hun ». Cf. Agath., IV, 5, 1 : «...un soldat isaurien ». Rusticus, trésorier impérial attaché à l'armée, était un Galate (Id., III, 1, 3).

* B. P., 11, 25, 27-28 : « Selon leur coutume, ils n'avaient point d'armes défensives. Ils ne se couvrent ni de casques, ni de cuirasses, mais seulement d'un bouclier et d'une casaque qui leur tient lieu de ceinture. Les esclaves combattent sans bouclier ; ce n'est pas avant d'avoir donné des preuves de leur valeur qu'ils obtiennent de leurs maîtres la permission d*en porter un ».

^ V. seulement Agath., III, 9, 2 : Les Romains avaient dans leur armée des Maures, pourvus de lonjçues lances et de petits boucliers, des Tzanes armés de toutes pièces (ce médiocre renseignement n'est pas rare dans les auteurs dont je parle), des Isauriens maniant la fronde et le javelot, des Lombards et des Hérules.

" Ainsi pour les Dolomites, venant « du milieu de la Perse qu'ils ont de tout leinps servi pour de l'argent. Ils vont à pied ; chacun a son épée, son bouclier et trois traits. Ils courent aussi aisément sur les cimes et aux bords des précipices qu'en rase campagne» (fi. G., IV, 14, ()-9). Agalh., III, 8, 1, qui les appelle Dilimniles, s'exprime littéralement de la même façon.

deux côtés leurs services à prix ; et la même race est représentée dans les rangs des deux adversaires. Dans la quatrième guerre persique de Justinien, Ghosroès, voulant attaquer Ëdesse, « avait amené avec lui des Huns » ; il fait commencer des travaux de siège ; alors « les Huns qui étaient avec les Romains » furent lâchés contre les travailleurs *. « 11 y avait dans Tarmée (qui assiégea Pétra) des soldats de la nation des Huns Sabires ; ils vivent près du Caucase, sous l'autorité de plusieurs princes, les uns alliés des Romains, les autres des Perses. Les deux souverains ont coutume de distribuer de l'argent à leurs alliés, non pas tous les ans, mais en cas de nécessité. Justinien, ayant besoin des Sabires, leur proposa des subsides *. »

Les Perses aussi, en effet, ont introduit parmi eux les auxiliaires étrangers : à la fin du ni'' siècle, ce sont ces Cadusiens, brigands et montagnards, gens de trait d'une adresse incomparable, fournissant une excellente infanterie montée S qu'on croit voir figurés sur lare de triomphe de Salonique *. Dans l'attaque de 503 contre Édesse, avec les Perses marchent des Huns qui brandissent leurs javelots, et des lanciers arabes \ Au iV siècle, Sapor a pour alliés effectifs les Chîoniles et les Gélanes, peuples guerriers placés aux frontières de son empire ^ J'ai parlé ailleurs des Ephthalites, que le grand roi prend pour auxiliaires après les avoir réduits sous sa puissance ^ De plus en plus cette armée sassanide devient une multitude bigarrée, où entrent lesjplus singuliers éléments '. Golon Mihran, le général perse, a avec lui « de nombreux auxiliaires, pris dans la foule des peuples innombrables au

* Procop., B. P., 11, 26, 5 et 25.

* H., JB. G., IV, 11, 22 sq. — « Il ne pouvait leur faire porter celle somme à travers les lignes ennemies ; ils envoyèrent trois représentants la retirer ».

« Strab., XI, i3, 2 et 4, p. 523 C.

* Kinch, pi. VIII, p. 42.

^ Josué le Stylite, Chron., 63.

* Amm. Marc. XVII, 5, i ; cf. XVIII, 4, i : Sapor accrut ses forces avec les races sauvages qu'il avait pacifiées.

' Procop., B. P., I, 8, i3.

» Cedren., I, p. 727 : « En Pan 16 (d'Héraclios) Ghosroès (II) réunit une nouvelle armée d'étrangers, de citoyens, d'esclaves, d^hommes de toutes sortes. »

132 l'armée

milieu desquels habite, dans la région monlagneuse du Caucase, la nation des Huns ^ ».

C'est surtout dans cette zone moyenne du Caucase que les deux adversaires purent trouver du renfort vite mobilisé ; les auteurs nomment bon nombre de populations, aux limites indéfinissables ', qui toutes ont ce caractère commun d*ëtre essentiellement belliqueuses ; leur concours a été incessamment disputé entre les deux empires ' ; il est rarement fourni sans arrière -pensée de défection. Dès Tépoque républicaine, Ibères et Arméniens sont hésitants entre Romains et Parthes, tâchent de ne pas trop se compromettre *. Rome s'attache plus facilement, parmi ces peuplades, les gens de naissance ', de race royale, souvent épris de la culture occidentale, par élégance de cour, ou par expérience personnelle comme otages en Italie ^ La masse de chaque nation demeure rebelle aux entreprises extérieures et ne demande qu'à s'abstenir.

Un partage d'influence, souvent violé, maintint dans les rangs perses les Albains \ tandis que les Romains gardaient les Ibères par devers eux. Mais à Rome d'abord, à Byzance ensuite, on reconnut la nécessité de ne pas employer ces alliés

* Macler, SébéoSf p. 9.

2 V. notamment Arrian., Peripl. Eux. y XI, 1-3 : les rois de ces pays tiennent leur pouvoir de Tenapereur, mais ils supportent impatiemment le tribut.

3 Cf. les archers mardes à cheval et les lanciers ibères de Tarmée de Lucullus (Plut., Lucull.^ 31).

'*Procope rapporte {B, G., IV, 8, 21-24) un épisode plus récent qui montre avec quelle facilité on passait d'un camp à l'autre : « Il y avait dans l'armée romaine un Persarménien, Artaban, qui s'était retiré longtemps auparavant dans l'Arménie romaine, en donnant des gages de fidélité par la mort de 120 Perses. Il avait demandé 50 soldats à Valérien, maître de la milice d'Arménie, et était allé dans un fort de Persarménie occupé par 120 Perses, qui, ignorant qu'il eût changé de parti, lui firent bon accueil. Il les égorgea, quitta le fort, retourna auprès de Vcilcrien et demeura depuis parmi les Romains. » Les 50 hommes donnés par Valérien ne furent, pas plus qu'Arlaban, reconnus pour ennemis, conséquence manifeste du système des condottieri,

^ Procop., B. G. y IV, 9, 8 : « Depuis longtemps, par la permission de l'empereur, les rois lazes épousaient des filles de sénateurs (romaiDs). »

^ Tel cet Amazaspos, un Ibère, qui prit part tout jeune à la guerre de Trajan et mourut à Nisibis (CIG, 6856 = IGIS, 1374) ; add. le petitfils d'Ardobarzane de Médie (GIL, VI, 32264;.

■^ On les trouve au siège d'Amida (Amm. Marc, XIX, 2, 3).

de la zone intermédiaire dans les guerres d'Orient *. On les exporte plutôt loin de leur patrie : ainsi les scholarii ou gardes du palais étaient choisis, jusqu'à l'empereur Zenon, parmi «les plus vaillants Arméniens • ». Lorsque l'un d'eux s'est acquis par de longs services un litre à la confiance impériale, on lui donne une mission personnelle : par exemple, l'Arménien Arsace commande, sous Justinien, la garnison de Sura ' ; un Persarménien se trouve parmi les généraux byzantins qui opèrent vers les embouchures du Phase * ; mais alors, isolé de ses compatriotes, il a comme dépouillé sa nationalité. La race, prise dans son ensemble, reste suspecte ; le chef perse luimême, Mermeroes, n'ose garder auprès de lui un trop grand nombre de Huns Sabires et en renvoie les deux tiers sous bonne récompense '. Quant aux Byzantins, ils voient les Abasgiens, les Apsiliens abandonner leur parti, irrités des impôts dont la cour de Conslantinople les accable maladroitement •. Héraclios fut plus d'une fois entravé par la mauvaise volonté de ses auxiliaires : Lazes, Ibères et Abasgiens •. Bref, on eût voulu écarter tous ces peuples voisins de la frontière, mais souvent Ton n*en avait pas les moyens.

Le hasard des batailles attribue généralement au vainqueur des prisonniers : ils entrent dans son armée pour éviter l'appli cation intégrale du droit de la guerre *. Justinien envoie contre les Perses cinq divisions de cavalerie formées des Vandales amenés à Byzance •, et contre les Goths des prisonniers

^ Hormis les cas de défense improvisée, el lorsqu'on se battait dans leur pays môme : à Singara il y a sous les armes « de nombreux indigènes » (Amm. Marc., XX, 6, 8) ; Bezabde est défendue par des troupes romaines, cum sagitlariis pluribus Zabdicenis, in quorum solo tune nabis obtemperanlium hoc est municipium positum (Id., XX, 7, i). Les Lazes sont nommés comme comballants dans la campagne de Lazique (Procop., B. G., IV, passim), ainsi que les Tzanes (5. P., Il, 29, 10).

• Procop., H. armn., 24, i6,

^ Id., B. P., II, 5, 11 ; cf. le capitaine Péranios, Ibère et chef romain (II, 28, 1).

^ Id., B. G., IV, 13, 10.

• Ibid., 13, 7.

• Jôirf., 9, 9, sq.;10, 6.

' Cf. Theophan., 168, 14 sq.

• Après la prise de Pélra, Ghosroès reçoit une partie des défenseurs parmi ses troupes (Procop., B. P., II, 17, 28).

• Id., B. Y., II, 14, 18.

134 l'armée

perses *. Mais c'est là une pratique du Bas-Empire, exceptionnelle avant Alexandre Sévère ; justement c'est à propos des Parlhes qu'on peut l'observer *. La plupart, du reste, de ceux qui passent au service romain ne sont pas des captifs, mais des transfuges qu'ont chassés hors de leur pays, sans doute, les fréquentes révolutions de palais '. Alexandre Sévère, allant guerroyer vers le Rhin, emmena, outre des archers osrhoéniens et arméniens, des Parthes * ; et Maximin le Thrace, pour une expédition analogue, suivit son exemple ^. L*un et l'autre se gardèrent bien d'employer en masse contre leurs compatriotes d'anciens sujets du grand royaume d'Orient.

En somme, le procédé qui, à la basse époque, paraissait le meilleur, consistait à incorporer divers contingents de barbares, en les maintenant par groupes séparés et en les tirant de régions très éloignées les unes des autres. Justinien expédie à la frontière persique « une grande armée d'Illyriens, de Scythes, d'Isauriens, de Thraces * » ; dans une autre circonstance, Procope "^ donne une énumération peu différente : Thraces, Illyriens, Goths, Hérules, Vandales, Maures, et ajoute queBélisaire sut présenter habilement ses troupes aux envoyés de Ghosroès,qui revinrent effrayés, disant qu'ils n'avaient jamais vu si bel assemblage, et décidèrent leur maître à la paix ^

* fi. p., II, 19, 25; B. G., III, 3, 11.

' V. mprGy p. Ii6, note 1.

^ Le nombre en est si grand à Rome, sous Auguste, que, pour réprimer la révolte d'Illyrie-Pannonie, on put former tout un corps homogène de cavaliers parihes, sous le commandement de l'un d'eux, Ornospades (Tac, Ann., VI, 37); cf. CIL, IX, 137 (Ravenne) : C. lui. Mygdonius^ generi Rarthus natus, ingenuus captus pubis aetate datus in terra{m) Romana{m),..; VI, 3ilS7 : M. Vlp. Cresimus (e)xerc[ilator] nalione Par- /Aus; celui-ci est sans doute un prisonnier passé dans la garde impériale. — Gardlhausen, OrientaL Studien,.. Nœdelke... gewidmel^ loc, cit., p. 851 sq.

* Lamprid., u. Sev. Alex., 58, 3 ; 61, 8 ; confirmé par Hérodien (VI, 7, 17 ; Vil, 2, 2).

^ Gapitolin., u. Maxim., 11, 7-8. Herodian., VII, 2, 1 : xaî el' xive; Dap-

'Pwjxatoi; £00"j£'JOv.

« Malal., XVIII, p. 441 sq.

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