‹ La frontière de l'Euphrate de Pompée à la conquête arabeChapitre 23 sur 93 · B. P., II · texte numérisé non relu

B. P., II

^ Ibid., 21, 13 sq. La grande peste de 542 (ibid,, II, 22-23) dut être pour beaucoup dans celle n^solution, comme le sufçgère Hawlinson (flistory of Pcrda^ p. 401) ; mais cela ne nous interdit pas de voir dans

Ces rapprochements de races, sans confusion entre elles, offraient un avantage non méprisable : on choisissait, autant qu'il se pouvait, le printemps pour se mettre en campagne; mais en d'autres saisons aussi il y eut souvent des prises d'armes. On passait parfois de Tété en plaine, dans la Mésopotamie, à l'hiver en montagne, sur les plateaux et dans les vallées d'Arménie ; des températures extrêmes demandaient, suivant les cas, des gens du nord ou des hommes accoutumés aux chaudes contrées. Alexandre Sévère, marchant contre Arlaxerxès, passa par riUyrie à laquelle il emprunta des troupes pour grossir les siennes; mais « les chaleurs causèrent de graves maladies dans la deuxième armée (celle de Mésopotamie), surtout parmi les niyriens, venus d'un pays froid et pluvieux, et qui, sous un climat chaud, n'en mangèrent pas moins à leur ordinaire ». Pendant ce temps la première armée (celle d'Arménie et Médie) avait beaucoup souffert du froid dans les montagnes du nord *. L'empereur n'avait pas su faire la distribution de ses forces. Julien, répondant à Constance qui lui demandait ses guerriers celtes, explique ainsi leur refus de partir ^ : « On a prétendu que des hommes ayant vécu dans les glaces du nord se séparassent de leurs femmes et enfants pour se rendre, privés de tout, aux extrémités del'Orient. » De même, les Thraces furent très éprouvés par les souffles brûlants de Mésopotamie ^ Au contraire, les Turcs ou Rhazaes levés par Héraclios, supportant difficilement l'hiver, quittèrent peu à peu les camps et finirent par déserter complètement et retourner chez eux *. Ces mésaventures avaient leur contrepartie : en prenant un peu de tout, pour des opérations de longueur, on était prémuni contre une défection ou une impuissance totales.

Il est fort probable que ces mosaïques de peuples constituaient principalement l'armée de campagne ; c'est ainsi surtout qu'on pouvait les répartir en groupements ethniques ;

la descriptioQ donnée celle de Tarmée idéale, selon l'opinion du temps.

* Herodian., VI, 4, 3 ; 5, 1-3.

* Amm. Marc, XX, 8, 7. Au iv* siècle encore, tous les soldats ne se laissaient pas volontiers dépayser; et auparavant, sitôt la guerre finie, ils se plaignaient volontiers, comme ceux de Macrin, d'être &v àXXo^aTiTi Staix(jl>fxsvoi (Herodian. j V, 2, 6).

3 Procop., B. P., II, 19, 32.

* Cedren., I, p. 729 ; Theophan., 317, ii.sq.

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mais il devait aussi s'en trouver dans les garnisons permanentes des frontières. L'appel fréquent adressé en temps de guerre aux troupes du Liban montre qu'on faisait grand cas de celles-ci ; elles ne devaient pas comprendre uniquement des éléments indigènes *.

Il ne faudrait pas croire d'ailleurs que Tempire trouvât sans peine à se procurer, à Theure voulue, les mercenaires, soldats de métier, dont il avait besoin; les enrôleurs durent parfois se contenter de puiser dans quelque province, dont les populations étaient appréciées sous les armes, des recrues inexpérimentées, levées à la hâte pour une nécessité urgente : tels ces Isauriens et Lycaoniens signalés plus haut ^. Il arriva même qu'on prit des mesures encore plus radicales : Julien, à Gésarée de Cappadoce, ne se fit pas scrupule d'imposer le harnais de guerre à des religieux ^ ; mais cette vexation procédait plus sans doute de ses sentiments païens que des besoins du moment. Il serait plus étrange, bien qu'on Tait supposé, qu'Héraclios, qui guerroyait pour le Christ, eût adopté le même parti.

§ Vin. — Transformation de Varmement an conrs des guerres

persiques.

Si maintenant, laissant hors de cause la nationalité des contingents militaires, nous cherchons à déterminerce qu'il y avait de plus caractéristique dans l'armement donné à l'ensemble des troupes d'Orient, nous serons frappés avant tout du soin apporté à sa partie défensive. Certes,rarmure se trouve en usage dès les premiers temps de l'armée romaine ; du moins les indications

* Procop., B. P., I, 13, 5. Si l'on rapproche II, 16, 17 et II, 19, 32. on sera amené à penser que parmi elles il y avait des Thraces.

2 R, P. y I, 18, 40. — Sous Justin II, Marcien, maître de la milice d'Orient, dut entrer en Mésopotamie « avec un petit nombre de soldats mal armes, de ber<;ers et de pionniers qu'il avait pris dansles champs n (Euagr., V, 8). Celui-là n'avait même pas trouvé de barbares dans les réserves de guerre.

ToO ÈOvo'j; cjTsaTuoTtûv, oaTiavTQpôv eTvai acooopa xat èTrovelSKJtov èv TaX; Ttôv 'Ptofjiaîajv axpax'.aT; vofiiÇexai (Sozomen., H. eccL, V, 4, p. 1224, Migne). Les moines somnolents qui gardèrent si mai une tour d*Amida (Procop., B. P.j I, 7, 22) paraissent au contraire avoir fourni ce médiocre service à titre tout bénévole.

de Polybe sont à cet égard très affirmatives K Mais à Torigine, pour la plupart des gens de guerre, la cuirasse — vu son nom — n'est qu'un assemblage de lanières de cuir, renforcé seulement vers lé cœur d'une plaque de fer; les citoyens de la première classe reçoivent une sorte de cotte de mailles, dont les anneaux sont quelquefois recouverts de rondelles de métal ; peu à peu on en vient à réserver aux officiers cette armure plus complète 2.

De longs siècles de luttes contre les peuples iraniens, qui donnaient la cuirasse et le casque à toutes leurs troupes d'élite, conduisirent le génie souple et pratique des Romains à adopter les mêmes usages. Nous ne savons pas quand celte transformation s'acheva ^; elle devait être terminée depuis longtemps au vr siècle, pour lequel nous disposons d'une mine de documents plus riche. A cette date, le fantassin lui-même est un « cataphractaire », portant la cuirasse et les jambières métalliques; la cuirasse recouvre en outre une épaisse cotte de mailles. A cela s'ajoute un casque, également de métal, et un énorme bouclier *. A l'époque de Polybe aussi, les cavaliers romains, à l'imitation de ceux des armées grecques, avaient une cuirasse d'airain, et nous devons croire que, comme ceux des Grecs, leurs chevaux eux-mêmes supportaient diverses pièces de fer leur protégeant la tête, le poitrail et les flancs. Mais ces escadrons sont très peu considérables dans chaque légion, et les alae auxiliaires se composent de sujets ou d'étrangers gardant leur armement national, beaucoup plus simplifié. Le morcellement de la légion, comme nous l'avons dit plus haut, en a fait sortir les turmes, devenues des immeri séparés. Or, vers

* V. le résumé qu'en donne Marquardt, Organis. mt/iï., tr. fr., pp. 25 8q., 39 sq.

s Yégèce allègue que de son temps, et depuis peu, pedites constat esse nudos (l, 20); depuis le fondation de Rome jusqu'au règne de Gratien, rinfanterie avail toujours eu casques et cuirasses ; mais, la négligence el la paresse ayant progressivement réduit les exercices militaires, les uoldats commencèrent à trouver trop lourdes des armes qu'ils ne portaient plus que rarement et demandèrent la permission de quitter la cuirasse, puis le casque. — Il y a bien de l'exagération dans ces doléances.

' L'imitation des Parlhes et des Arméniens remonterait jusqu'à Hadrien, d'après la deuxième partie des Tactica d'Àrrien.

* Cf. l)[eh\,Justtnieny p. 146 sq. — A défaut de monuments figurés, les (acliciens nous renseignent, et particulièrement le Strategicon mis sous le nom de Tempereur Maurice, œuvre d'un homme qui a pris part aux guerres d'Orient.

l'époque où cette évolution se produit, on voit apparaître de nouvelles formations qui portent, entre plusieurs noms, ceux de catafracti (ou catafractarii) et de clibanarii ^

Ici rinfluence persique n'est pas à supposer; elle est parfaitement établie. Alexandre Sévère, dans un discours que lui prête Lampride *, s'exprime ainsi : catafractarios quos illi (Persae) clibanarios iiocant '. Cet empereur aurait créé des clibanarii suivant le modèle persique, leur attribuant les cuirasses (clibani) enlevées à des ennemis tués et prenant à cet effet des étrangers au service de Rome *. Assurément THistoire Auguste ne doit êlre utilisée qu'avec de multiples précautions; mais ce témoignage est confirmé indirectement par plusieurs autres ° : dans la Notitia dignitatum, le magistermilitum praes€7italis d'Orient compte dans ses xiexillationes palatinae des Equités Persae clibanarii *, et, parmi ses uexillationes comitatenses, des Equités {pinmi et secundi) clibanarii Parthi\ De plus,5î/6 dispositione magistri militnmper Oînetitem sont placés les Equités quarti clibanarii Parthi '. Les clibanarii, conclut Fiebiger, seraient donc les cuirassiers recrutés à l'étranger, et

* V. Fiebiger, CUbanarii, Pauly-W. — Sous Hadrien, il y a déjà une ala catafractala de Gaulois el dePaDnonien8(GIL, XI, 5632), mais elle est isolée, et du reste sa créatioa se place après la grande guerre parthique de Trajan. —Cf. Nazar.,Pane^i/r., Constanlino Aug. diclus, 22 CBaehrens, 230) : Operimento ferri, equi atque homims pariler obsaepti. Clibanariis in exerciiu nomên est. Superne hominibus tectis, quorum pectora oribus demissa lorica et crurum tenus pcndens sine impedimenta gressus a noxa uulneris uindicabat,

2 K. Seu, AL, 56, 5.

» Add. Amm. Marc, XVI, 10, 8.

* Herodian., VI, 7, 8. — Cf. supra, l'ala noua firma miliaria catafractaria campée eu Arabie sous les Philippes (CIL, III, 99).

* Seul Végèce(/oc. cit.) dit:... nam, licet exempta Gotharum, Alanorum Huîinorumque, equitum arma profecerint,.,, ce qui laisserait croire à une influence encore plusgrande des peuples qu'il cite; Végèce n'aura pas pris garde à celle des Perses, parce que celle -ci avait déjà, de son temps, produite cet égard plein effet.

«/Yo/., Or., VI, .32.

T Or., V, 40; VI, 40.

* Or., VII, 32. Les tertii ne se retrouvent plus ; ils auront été supprimés, ou convertis en un autre corps différemment désigné: soit les Equités promati clibanarii (Wll, 31), soit \e cuneus equitum secundorum clibanariorum Palmirenorum (Vil, 34). Après la défaite de Zénobie, il est très naturel <iue des Palmyréniens prisonniers aient été armés à la mode des Parthes.

ron appelait catafracti ceux qui avaient une origine romaine *. Ce n'est pas impossible ; on n'oserait rien dire de plus. Notons seulement que ces corps, spécifiés comme cuirassés dans leur nom officiel même, sont encore peu nombreux dans la Notitia, et qu'ils figurent parmi les troupes d'élite, bien qu'on ne leur réserve pas le premier rang dans les nomenclatures; la tradition ne leur donne pas préséance sur les Delmatae et les Mauri. Mais bientôt ils vont prendre plus d'importance et se multiplier ^

Au VI* siècle, on l'apprend des tacticiens ^ dans toute la cavalerie de ligne homme et cheval sont bardés de fer ; l'animal a Tavant-train cuirassé et porte sur la tète un fronton de métal; à l'armure complète du cavalier s'ajoutent un grand bouclier et un casque élevé à panache. Les gens de guerre qu'on voyait en Palestine, à l'occasiQn de quelque expédition, ressemblaient beaucoup moins aux troupes romaines qui y passaient naguère, encore sous les Antonins, qu'à nos chevaliers du moyen-âge occidental, aux croisés francs. Et ici je ne parle pas seulement des réguliers impériaux. Si bigarrées que fussent les troupes byzantines et quelque liberté qu'eussent les chefs de fédérés ou les condottieri d'armer les hommes à leur guise, on aura peine à croire qu'un type général d'équipement, avec des différences de détail, n'ait pas fini par s'imposer à tous. L'appropriation des usages iraniens se traduit d'autre part en ceci que l'on fait fond avant tout sur les troupes montées, qui constituent les principaux effectifs; elles ont naturellement plus d'élan dans l'attaque et n'offrent pas moins d'obstacles aux coups.

Il y aussi une infanterie et une cavalerie légères, vêtues et armées sans doute d'une manière bien plus sommaire et plus variée. Elles ont un rôle, sinon accessoire, au moins plus modeste, fbnt des attaques inopinées sur des points mal défendus *, et pourvoient au service des renseignements, fort utile

^ Dans l'armée d'Orient, le même document ne signale que les comités catafradarii bucellarii luniores (Vil, 25), qui marchent avec le magisler militum per Orienlem,

' Constance les a le premier réorganisés ; ils firent sensation à son entrée à Rome en 356 (Amm. Marc, XVI, 12, 22 : dibanarius nosler).

3 Cf. Maurit., StraCeg,, I, 2, p. 20 Scheffer.

^ • Liicilien, avej 1000 veilles, fut chargé d'attaquer Ânatba » (Amm. Marc, XXIV, 1,6).

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dans certaines régions, comme TArménie, où il était parfois bien difficile de se guider. Dans Ammien en particulier, il est fait mention constante de speculatoi^es •, d' explorât or es ', sans qu'on puisse voir avec netteté s'il s'agit d'une faible patrouille d'espions, choisis et momentanément groupés» ou d*un corps véritable n'ayant jamais d'autres attributions. Dans un très petit nombre de cas seulement, la première hypothèse est forcément à exclure '. Nos textes d'ailleurs ne permettent pas de donner à ces qualificatifs divers des sens bien rigoureusement distincts, et peut-être Ammien les a-t-il employés par périphrase. Nous reprendrons cette question des éclaireurs d'avant-garde à propos de la stratégie.

Deuxième point : les nécessités des guerres par tho-persiques ont amené l'usage presque universel de Tare. Les catafractai^es ont la pique ou la lance, l'épée et parfois la hache ; mais le contact direct est redouté ; on l'évite et préfère le combat à distance,hormis dans les escarmouches; aussi tous ces hommes sont en premier lieu des sagittaires. Là non plus, on ne suit pas une tradition romaine : les légionnaires n'ontjamais porté le carquois ; ils l'abandonnaient^ comme une arme peu honorifique, aux alliés et aux mercenaires étrangers*, en particulier aux Syriens et aux indigènes du Pont. Parmi les cohortes dites sagittariae-el cantonnées en Orient, je remarque celles qui furent recrutées à l'origine parmi les gens d*Ascalon, de Chalcis, de Pétra, les Ituréens, les Numides °. Pas de sagittaires

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