DISCIPLINE DES TROUPES. RAPPORTS AVEC LA POPULATION
coussins ; mais il semble que Vérus ait contracté lui-même ces habitudes efféminées au lieu d'y mettre un terme. Les mêmes compliments ont été adressés à Alexandre Sévère pour la répression, vraie ou fausse, d'une révolte légionnaire à Antioche ' ; c'est, au moins dans la forme, une invention ridicule à laquelle s'oppose Taffirmation, bien moins suspecte, du meurtre perpétré par des soldats de Mésopotamie sur leur chef Flauius Héracléon '.
Dans ce ni" siècle incohérent, où plus d'un Syrien arriva au pouvoir, aucun des Césars n'osa s'aliéner l'élément militaire. Macrin n'eût pas voulu étendre à de nouvelles recrues, mais n'osa pas retrancher aux vétérans les récompenses abusives et les immunités de service consenties par Caracalla ^. Sous ce dernier, les soldats désertaient la caserne et passaient l'hiver chez i'habitant, dont ils mettaient la maison en coupe réglée *. Dans les guerres civiles, une armée victorieuse entre dans Antioche; son chef a promis aux soldats qui l'entourent 500 drachmes, « pour les empêcher de piller la ville ^ ce dont ils montrent grande envie ^ ». Lorsque Julien faisait ses prêtres hostiles aux Syriens ; Fauteur de lavie de Perlinax (3, 1) reproche, sans raison, à cet empereur son amour pour Targent depuis son gouvernement de Syrie (Dion Cassius partageait cette prévention; cf. LXXVII, 10) ; add. Vopisc, u. Tac, 3 : leues mentes Syri,
* Lamprid., u. Alex, Seu.y 52, 3; 53-54, 1-7.
' Dio Cass., Epit.y LXXX, 3 ; il était probablement préfet d'une légion parthique (Hirschfeld, KaiserL Verwaltungsbeamte, 2. Aufl., p. 397).
^ Xiphilin., ad Dio Cass., LXXVIII, 28. Et encore Macrin fut-il victime d'une conspiration de soldats gagnés à prix d's^rgent (Herodian.,
* L'affirmation de Dio Cass., LXXVIII, 3, est corroborée par Tinscription bien connue de Phaene (CIG, 4551 = Waddington, 2524 = Dittenberger,0rGri5, 609) : « lui. Saturninus aux gens de Phaene, jx/jxpoxwjxCa de Trachonite, salut. Si quelqu'un, soldat ou pariiculier, séjourne chez TOUS et se comporte avec violence, faites-le moi savoir et justice vous sera rendue. Ayant un ^svcôv (sorte de caserne de passage], vous ne pouvez être obligés de recevoir personne dans vos demeures privées. Exposez cette lettre bien en évidence, pour que nul ne prétende l'avoir Ignorée. »
^ Je ne signale le fait que parce qu'il s'agit d'une guerre civile ; sans quoi il serait normal. Hérode avait pris Jérusalem avec l'assistance de ttosius; il voulait empêcker qu'on ne la mît à sac. Sosius ayant répondu qu'on ne pouvait refuser aux soldats le pillage d'une place conquise, Hérode promit de les récompensera ses frais (los., B. /., L 356).
^ Xiphilin., ad Dio Cass., LXXIX, 1. Vers le môme temps, sous Élaga-
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paratifs de guerre dans cette capitale, « les passants étaient obligés de charger sur leurs épaules et de porter au quartier ses soldats, qui s'étaient gorgés de viandes et de vins dans les temples », profitant des sacrifices propitiatoires ^ Les Celtes se distinguèrent entre tous dans ce genre de prouesses ; mais peu après, les Syriens eux-mêmes se signalaient par de pires excès.
Libanios en a gémi à plusieurs reprises : « Â ceux qui le traitent de fâcheux », il objecte la cupidité des officiers, les débordements des soldats, fort absorbés par leur existence familiale, dont beaucoup sont d'anciens échappés des prétoires et qui, aux jours de combat, useraient moins de leurs bras que de leurs jambes. 11 a connu d'autres mœurs militaires, dit-il '. Un peu plus tard — probablement en 391 ou 392 — il prononce son discours sur les a patronages ^ » : les soldats sont établis en plus ou moins grand nombre dans des bourg (xcôixai) ; ils s'y enivrent, s'y repaissent de viandes sans mesure ; qui est lésé ne peut se défendre : ce serait sa ruine de frapper un soldat ; il faut supporter toutes les suites de Tivresse, les lois sont sans action. Aussi les paysans sont devenus des brigands : quand les décurions viennent doucement leur réclamer le tribut, on les insulte et ils remportent, non de l'argent, mais des blessures. Les paysans se sont placés, en effet, sous la protection de la soldatesque qui loge chez eux ; ce patronage permet de refuser l'impôt à l'État, les redevances aux propriétaires, et même de dévaster les champs qui ne sont pas protégés de la sorte ; les laboureurs désertent parfois leurs hameaux pour se retirer dans ceux que garantissent des patronages. Valens a pris des dispositions contre protecteurs et protégés ; Théodose doit les renouveler ; il ne réussit pas davantage *. Les militaires continuaient à être redoutés de toute la population civile et
baie, le chef de la légion III GaUica et un officier de la IV Scyihica essayèrent de soulever ces deux corps à leur profit (Id., LXXIX, 7) ; il est probable que le second ne réussit pas, car le nom de la IV' légion n'a pas, comme celui de la III«, été martelé sur les monuments.
» Amm. Marc, XXII, 12, 6.
•! Or. II {Wpoç Toù; papùv aùxov xaXéaavxaç, prononcée en 381), 37-40, 45; Fœrster, I, p. 250-253; cf. 38: xai xaXov (jlIv è^ilaott xai fjLEÔ-jaOfjvai •/.a*. Tuvâ'i^ai TOJTot^ e-jftî)^ £0(oOt,v ÉTÉpav xaî 716517, atd^rpov 8e al fjieXixai
3 (h-. XLVII (Uzp\ TÔ)v TTpoiTai'.wv), 5-12; Fœrsler, III, p. 406 sq. ♦ Constitution du 8 avril 392 (G. Theod., XII, I, 128).
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courtisés par les gens ambitieux *. J'ai rappelé ailleurs * l'épisode grotesque qui eut d'abord Séleucie pour théâtre : les soldats d'une cohorte occupée à l'approfondissement du port, se plaignant de surmenage, voulurent donner la pourpre à leur tribun, et, après force libations, se rendirent à Antioche où ils furent taillés en pièces '.
Les empereurs de Byzance avaient à l'égard des troupes une conduite en partie double : ils toléraient les excès des milices palatines, et d'autre part laissaient tomber les soldats dans le dénuement. Justinien faisait percevoir sur les sujets de Tempire les deniers destinés au paiement des gens de guerre, par des logothètes auxquels le douzième de ces sommes était attribué ; mais ceux-ci se réservaient beaucoup plus. Les soldats étaient répartis en classes fondées sur l'ancienneté *, les vétérans touchant la solde la plus élevée ; mais les logothètes négligeaient de renouveler les états et de promouvoir des conscrits d'autrefois, déjà vieillis au service. Pour les limitanei surtout la situation était lamentable ; les paysans se mettaient en retard de plusieurs années et les malheureux soldats dépendaient de la charité privée ^
Vint ensuite Maurice qui, dans la déroute du trésor, ordonna la réduction d'un quart sur la solde ; elle devait être opérée par Priscos, nommé magister militum d'Orient (en 587). Celui-
' Amm. Marc, XXV, 8, 18 : un officier « fui précipité dans un puits desséché et accablé de pierres parce que, depuis la mort de Julien, il se montrait imprudent, murmurait de tout ce qui s'était passé, inuitabalque ad conuiuia subinde militares ».
' Dans mon mémoire sur Séleucie de PiériCf loc. cil.
3 Liban., XI, 159, Fœrster, I, p. 489 ; XIX, 45, F., H, p. 405 ; XX, 18, F., II, p. 429.
^ Il y avait souvent des passe-droits, dont les chefs se rendaient coupables ; un édit d'Anastase, dont on a que des fragments extrêmement mutilés (Waddington^ 1906,Bostra ; 2033, Mothana), parattse rapporter, dans son premier paragraphe, aux promotions arbitraires ; i'édit prescrit de s'en tenir, pour les changements de grades; à l'ordre établi dans le registre matricule du corps.
^ Les renseignements de Procope^ bien que consignés dans VHisl, arcan, (24, 1-6), méritent crédit, car ils reçoivent d'autre part des confirmations de détail. Exemple de charité privée: « Grégoire* évêque d'Antioche, avait acquis grande autorité sur les gens de guerre par ses bienfaits. Il avait donné de l'argent aux uns, des habits et des vivres aux autres, lorsqu'ils avaient été enrôlés et avaient passé sur ses terres » Eaagr., YI, 11).
ci arrive à Antioche et ordonne le rassemblement des troupes à Monocartum de Mésopotamie. Suivant Tusage en pareil cas, l'armée va à sa rencontre, s'attendant à le voir descendre de cheval et circuler amicalement dans les rangs. Il s'en abstint: premier mécontentement, qui s'accrut quand on apprit la diminution de r « annone » ; les hommes s'avancent vers la tente du chef, jetant des pierres ou brandissant leurs épées. Priscos, pour les apaiser, fait vainement promener dans le camp la statue du Christ, qu'on menace de lapider ; alors il s'enfuit, non sans peine, jusqu'à Gonstantia, d'où il écrit aux autorités de ne rien retrancher à ce qu'on donnait d'ordinaire aux soldats. Mais la sédition augmente : la tente du chef est réduite en miettes; les officiers se dispersent; les troupes se choisissent un général, qui doit accepter sou titre souspeine de mort. Sur ces entrefaites arrive l'évêque de Gonstantia, dépêché par Priscos pour annoncer le retrait de la mesure, et dire que le prédécesseur du magister l'avait conseillée à Maurice, et non lui. J/évêque ne peut se faire entendre; les hommes brisent la statue de l'empereur S les enseignes à son nom ; le supérieur des religieux d'Édesse échoue pareillement. Les soldats se livrent au brigandage dans toute la province, enlèvent les récoltes et les troupeaux ; puis ils envoient à Priscos 45 députés pour lui ordonner de sortir d'Édesse. Il réussit à les attirera son parti et ils tâchent d'apaiser leurs compagnons qui, furieux, les dégradent et font marcher 5.000 hommes vers Édesse, contre Priscos. Celui-ci était reparti pour Constanlinople ; on lui substituait à nouveau Philippique, que seul Tarchevôque de Constautinople put réconcilier avec les troupes, même après que Maurice eut expédié le montant de leur solde ordinaire, pour leur être distribué ^.
Cet épisode est caractéristique du moral des troupes d'Orient en temps de paix. Les dispositions que nous avons remarquées à diverses époques feraient mal augurer de ce qu'il devenait en temps de guerre. Et justement le service en campagne, à
* Ils le traitaient de brocanteur (TraXiYxdfrTjXo;).
^ Theoph. Simoc, III, 1-5; même récit dans Euagr., VI, 4-7, mais moins clair, moins complet et encombré de rhétorique. — Rapprochons Procop., R. P., II, 7, 34 sq. : Fléchi par l'évêque, Chosroès laissa les habitants de Bcrooa se retirer de la ville ; il sortit aussi quelques soldats qui se plaignirent qu'on leur devait un arriéré de solde el eotrèreal dans son armée ; ils le suivirent en Perse.