DISCIPLINE DES TROUPES. RAPPORTS AVEC LA POPULATION 4S
la frontière persique, était rude, formait contraste absolu avec la vie de garnison, plus douce qu'ailleurs. On le vit bien dès le temps de Lucullus * : ses troupes se mutinèrent plus d'une fois, refusèrent de raccompagner à Artaxata, à travers les neiges, et do poursuivre Tigrane en Arménie. Ce fut pire sous Antoine, dont les contingents, effrayés des pertes subies dès le début, plièrent bagage en nombre dans le voisinage de Tennemi. Antoine, furieux, employa contre eux Tancien châtiment de la décimation, et aux neuf dixièmes subsistant donna de Forge au lieu de froment. Un peu plus tard, pressés par la disette et le manque d'eau, les légionnaires, atteints de frénésie, se précipitent sur ceux qui avaient quelque argent en poche, pillent les bagages, même ceux du général qu'ils mettent à sac, après s'être partagé sa vaisselle. Revenus dans un pays fertile, ils burent et mangèrent au point de se donner des hydropisies et de violentes coliques '.
Leurs chefs admettaient trop volontiers le droit de s'enrichir en expédition : c'est sur l'invite de Pompée que Tigrane le père promit de donner à chaque soldat une demi-mine d'argent, dix mines à chaque centurion, un talent à chaque tribun ^ Alexandre Sévère, avant son départ pour la Perse, dut châtier quelques mutineries ; des soldats d'Egypte avaient déserté ; néanmoins, après qu'Artaxerxès eut causé grand dommage dans une des armées qui le combattaient, Alexandre « Ht des largesses aux soldats pour les consoler de la défaite * ». J'ai dit ailleurs le peu de ressources que Corbulon trouva dans les légions syriennes ; les désertions s'y multipliaient : « on y remédia par la sévérité, et ce ne fut pas comme dans les autres armées, où l'on excusait la première et la deuxième fautes ; ici, immédiatement, la mort. Il y eut moins de défections dans son camp que dans ceux où on pardonnait ^ ».
^ Plut., Lucull.f 24, 32, 34, 36. — Il manquait, il est vrai, d'ascendant personnel sur les hommes.
2 Plut., Ant.y 39, 48, 49. — Les troupes romaines, on le voit, ne supportaient vaillamment ni les privations, ni les rigueurs ciimatériques ; mais cela n'interdit pas de croire qu'avant ces incidents les Parthes ont bien pu « admirer la parfaite ordonnance de l'armée » {ibid.f 39).
3 Plut., Pomp., 33.
* Herodian., VI, 4, 7 ; 6, 4.
• Tac, Afin., XIII, 35; cf. Dio Gass., LXII. 19. los., B. /., III, 103, pose en principe la peine capitale pour de telles fautes; la législation militaire criminelle n'a guère changé en somme ; à la fin du vi^ siècle,
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Du moius en Syrie comme en toutes contrées, l'empire du chef sur les combattants avait une importance primordiale; on comprend ainsi l'opinion de Josèphe sur la discipline romaine \ qu'il voulait au moins imposer à ses hommes, le véritable dithyrambe qu'il entonne au sujet de « ce grand nombre d'ennemis, paraissant ne former qu'un seul corps qui se meut en même temps ^ ». Il savait par ouï-dire les succès qu'avait finalement obtenus Corbulon, et lui-même voyait à l'œuvre Vespasien et Titus. Confiant dans ceux qui le commandaient, le soldat romain se livrait même à ces actes d'impétuosité inconsidérée que Vespasien dut blâmer un jour'; de même un centurion avait fait une sortie malheureuse, enfreignant la défense de Corbulon; ce dernier lui donna, et à sa cohorte, Tordre déshonorant de camper hors des lignes fortifiées *. L'énergie de Trajan sut lui éviter de semblables difficultés ; au surplus, nous connaissons mal sa guerre parthique, mal aussi celle de Vérus, plus mal encore celles du I n® siècle, et convient-il de s'arrêter aux actes d'indiscipline, passé le temps des Anlonins? ^
Au IV' siècle, Julien • lui-même parle d'une émeute de soldats syriens que son prédécesseur eut tôt fait de réprimer. Depuis cette époque, les guerres d'Orient se font plus fréquentes, et il faut davantage tout improviser, car maintenant les Perses attaquaient au lieu de se défendre. Tous les éléments sont réunis dans une même armée ; la provenance géographique ne peut servir de base à une distinction d'ordre moral bien siire : deux de ces escadrons illyriens, si prisés autrefois, ayant été commis à la garde d'une tranchée près d'Amida, s'en éloignent de crainte des embûches nocturnes : et les Perses approchent pendant que ces hommes sont ivres
la voici encore: désertion d'un homme, la mort; d'un corps, qu'il soit décimé (Mauril., Strateg.j I, 8, p. 38).
» B. f., II, 577; iidd. 529.
2 /6irf., III, 70-103 ; V. surtout 74, 85 sq., 98 sq. Il était du reste, et pour cause, fortement cp'.XoptojjiaToi;, et daignait ne pas tirer de conséquences générales de certains exemples de panique (V, 76 sq., 87).