XIX
^ Amm., XIX, 5, 5. Les inslructions de Maurice, plus développées ailleurs [Slrateg.y IX, 2, p. 205-211), furent suivies à la lettre par Héraclios, aux environs de la ville actuelle de Van (Theophan., 311). C'est Je seul exemple que j'aie retrouvé dans les auteurs. — Cf. encore Strateg., IX, i, p. 201 sq. : izipl icpootov àSojtTjrcov. Maurice déconseille seulement les marches de nuit en pays ennemi ; il faut une nécessité absolue, et alors le plus grand secret (IX, 3, p. 212).
» Cela dépend pourtant dos races que Ton met en ligne : Parthes et Gaulois sont familiarisés avec les plaines ; aux Espagnols et Ligures conviennoni les lieux accidentés, aux Bretons les forêts, aux Germains les plaines détrempées (VIII, 2, p. 190). Add. VII bis, 2, p. 150 : Éviter les montagnes quand on se bat contre des archers ; ils pourraient décocher leurs traits d'un niveau supérieur.
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On peut exécuter des mouvements tournants ou rétrogrades sur les flancs ou les derrières de Tennemi. Toujours soucieux, en effet, de ne pas rompre leur ordre, les Perses présentent facilementle dos aux attaques de revers; ceux qu'ils poursuivent ne doivent absolument pas se retourner pour faire face ; ce serait leur perte, caries Perses pourchassent les fuyards, non en désordre comme les Scythes, mais avec calme et méthodiquement. Donc toute manœuvre de conversion contre eux doit se produire, non sur le front, mais de côté, de façon à les prendre à revers.
Au chapitre suivant *, l'auteur oppose les Scythes aux Perses et aux Romains à la fois : ils ne se retranchent pas derrière un fossé ; leur corps de bataille, au lieu de trois masses, n'en forme qu'une *; la poursuite du vaincu est de leur part extrêmement opiniâtre ; elle vise à son désarmement complet.
Maurice se préoccupe aussi de la formation et de Texercice des troupes légères ', pour réaliser une de ses pensées favorites: l'économie des moyens *. Les rapides SpoûvYoi sont à choisir de préférence pour les embûches ^ ; les éclaireurs envoyés en reconnaissance seront utilement revêtus de manteaux, à manches très larges pour les cas de pluie, servant à dissimuler aux ennemis l'éclat des cuirasses®. Le stratégiste a été trèsfrappé des inconvénients qu'offre la présence de gens de guerre d'une même race chez les deux belligérants tout ensemble ; aussi <f les soldats qui ont des compatrioteià du côté de l'ennemi doivent être prudemment écartés du combat "^ ». Et comme ces armées bigarrées sont toujours un peu suspectes, au moment
* XI, 3, p. 263-264.
* Aussi Arrien, Tacite», XI, 2 (Kœchly-Rustow, II, 1, p. 304-6) recommande, pour les battre, la formation en £fx6oXov ou éperon de navire. Nous avons un exemple unique de la disposition des fantassins en coin aigu contre les Perses eux-mêmes (Procop., B, P., I, 18, 46).
3 Slrateg., XII, 8, 3, p. 304.
* Aussaresses, loc, ciL, p. 26-27.
5 IV, 5, p. 117 sq.
^ Qu'on se rappelle à ce propos Suréna, à la bataille de Carrhae (53 av. J.-G.) : « 11 avail placé ses masses derrière la première ligne et voilé Téclat de leurs armes en les faisant recouvrir d'étoffes el de peaux • (Plut., Crass., 23).
' VII, 16, p. 147 ; add. VIÏ, 7, p. 141 : toù; ôfioYeveï; twv è^^Opwv irpô icoXXou ^a)p(2^eiv, xal ev xaipfjj iroXé{iou toutouç (jltj ^spetv xaxà toiv
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d'engager ractîon, le général se conciliera les hommes xoiç
fxaTŒ *.
Maurice nous apporte enfin une indication sur les moyens de transmission des ordres parmi des combattants parlant des idiomes très divers ^ : il expose ses idées sur un corps d'adjudants-majors {[ii^oizuipiç), qui doivent savoir le latin, le persan et, autant que possible, le grec ^ Peut-être ainsi pourront-ils toujours être compris des hommes ; en tout cas ils seront plus utiles dans le rôle d'espions ou d'éclaireurs.
Adaptation ne se confond pas avec emprunt, et il est très naturel qu'une stratégie cherche à en contrecarrer une autre, sans s'approprier tous les moyens d'action de cette dernière. Les armées orientales, nous l'avons dit, conduisaient avec elles de nombreux éléphants, qui leur venaient des provinces limitrophes de l'Inde. J'ai signalé les moyens principaux dont usaient les Romains pour rendre inutiles ou même gênantes à l'ennemi ces énormes masses : on les frappait au ventre, on coupait les sangles retenant les tours que ces animaux charriaient sur le dos *. Un éléphant effarouché ou blessé à mort pouvait suffire, en renversant ceux qu'ils portaient et en s'affaissant, à rompre les rangs d'un corps d'armée *. Les Romains, ajoute naïvement Procope, savaient bien comment repousser ces animaux, et ils n'en profitèrent pas: quand Chosroès assiégea Édesse, il entraînait un effroyable éléphant % d'où parlaient des nuées de traits ; les habitants attachèrent au haut
' VIII, 2, p. 190.
2 C'est là une question très difficile : on a bien trouvé àEaccaea Tépitaphe d'un ïpiir^yzyç £7r'.xpÔ7rtuv, mais cela ne concerne que l'administration civile (Waddinglon, 2143). Théophylacte Simocalta (II, 10, 6) mentionne un £p|JLr^vî'j;... Toù !2apaxr^v'.y.o\3 cpjXou,xou £7:txoupoûvxo<; 'PcofJiatotç. L'interprète Paul, un Romain, (Procop., B. P., II, 6, 22) doit avoir été au service de la Perse.
^ Strateg., XII, 8, 7, p. 306-7.
^ Add. Veget., III, 24, qui préconise en outre les balistes, les chars portant des guerriers armés de longues sarisses, les vélites à pied couverts d'armures garnies de pointes de fer.
» Procop., D. G., IV, 14, 35 sq. ; cf. Agath., III, 9, 8 : Un Homain plaîite sa lance dans le fronl d'un éléphant qui, exaspéré par sa blessure, s'agite avec rage et sème le d(îsordre dans Tarmée perse.
^ Souvent le roi des rois monle lui-môme un éléphant, au lieu d'un cheval, ainsi pour le passage d'un fleuve (Euagr., V, 14).
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d'une tour un porc, dont le cri, un peu plus perçant que de coutume, effaroucha la bête et la fit reculer.
Les Romains, malgré Péloîgnement de l'Inde ou la difficulté de convoyer de tels animaux par la voie maritime, auraient pu en avoir dans leurs campagnes; des vaincus et des auxiliaires leur en offrirent plus d'une fois en présent ^. Quand la nouvelle parvint à Rome de la victoire persique de Gordien, le Sénat lui décerna un quadrige d'éléphants % et Galère reçut les mêmes honneurs, car un autre bas-relief de Salonique ® le montre dans son carpentum de triomphe, traîné par quatre éléphants attelés deux à deux ♦. A la fin du vi*' siècle, l'armée de Narsès, comme celle deRahram, avait des éléphants * ; mais cela tient peut-être à ce que la première comptait quelques contingents fournis par Chosroès II, dontRyzance appuyait alors les prétentions contre Rahram, son compétiteur.
Des chameaux, constamment employés par les Arabes, leurs auxiliaires ou ennemis, les Romains ne firent pas non plus grand usage, hormis pour les convois ^ Il y eut cependant des SpofxeSàpioi nabatéens embrigadés en tiirmae régulières dans la province d'Arabie \ et une ala dromedariorum % à la disposition du duc de Palestine, paraît dans la. Notitta dignitatum. Végèce • dit que les chameaux ne sont pas très utiles à la guerre *°, et la plupart des cas que Ton peut néanmoins citer ne relèvent pas de mon sujet *^
* Sur l'arc de triomphe de Salonique (Kinch, pi. V, p. 37) on voit les Perses, en cortège, venant offrir des cadeaux à Galère : éléphants, lions, tissus de pourpre et d*or.
* Vit. Gordian. III, 27.
* Kinch, pi. VII, p. 28-29. Il semble que, dans la guerre môme, les Perses faisaient traîner des chars à ces animaux : cf. pi. YIII, p. 42.
* Héraclios rentra d'Orient à Gonstantinople sur un char tout pareil (Nicephor. Pair., p. 26 Migne).
» Theoph. Simoc, V, 10, 10.
« Tac, Ann., XV, 12. Hygin appelle epibatae les dromedarii et les dit affeclés au service des transports ; cf. la colonne de Théodose à Gonstantinople, qui en donne une représentation (Dictionn. des antiq., I, fig. 1050).
■^ Glermont-Ganneau, Rec. d^archéol. orient,, II (1898), p. 127.
» Cf. Waddington, 1946 (= CIL, III, 93), Bostra : dromedarii; 2267, Namara : 8pofxeoàpi(o)<; ; add. 2425.
» Epitom., m, 23.
*o Add. Plin., H. iV., Viïï, 68 : uelocitas utequo,
** Cf. Fiebiger, Dromedarii, Pauly-W.
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Des circonstances très diverses ont concouru à ce résultat que, dans toutes les guerres d'Orient, une partie surtout de la stratégie a passé au premier plan et s'est singulièrement développée : la poliorcétique ; avec elle, bien entendu, la défense des places et la fortification ; bref, ce que nous appellerions aujourd'hui le génie et Tartillerie.
§ III. — Pionniers et pontonniers.
Le génie comprenait le service des pionniers et l'établissement des camps et travaux de siège. Les pionniers avaient rude besogne dans les régions montagneuses de l'Arménie et au pied du Caucase. Tigrane en possédait une nombreuse bande sous ses ordres ^ Il fallait ouvrir des chemins dans des contrées rarement parcourues, et n'offrant que d'étroits sentiers, des pistes intermittentes ; jeter des ponts, couper des bois, etc.. A vrai dire, ces fonctions n'étaient pas toujours remplies par des spécialistes; des pionniers sont mentionnés à part dans Tordre de marche de Titus ^, mais les récits de la guerre juive nous font voir que bien souvent l'ensemble des légionnaires était affecté sans distinction aux travaux de cette nature. Les Perses n'y étaient pas moins rompus que les Romains ^ ; on sait l'admiration que professait Procope pour les hardis défricheurs des forêts d'ibérie et de Colchide, faisant passer des éléphants et des convois où il n'y avait auparavant que forùts et précipices *.
Quelquefois, c'était la besogne inverse qui s'imposait: il y avait lieu d'obstruer un passage, en le barricadant de pierres et de chariots, en avant ou en arrière d'un large fossé ^ ; ou encore d'embarrasser le courant d'une rivière avec des bateaux et des pieux ou palissades ^
Et surtout il fallait pourvoir à l'établissement des ponts de bateaux. Là également, pour l'habileté, Romains et Perses se
1 Plut., Lucull.y 2G.
« los., lu /., V, 47.
3 Cf., par ex., Agath., III, 9, 3.