‹ La frontière de l'Euphrate de Pompée à la conquête arabeChapitre 49 sur 93 · L*ARM£IS · texte numérisé non relu

L*ARM£IS

A. Exercices militaires. — S'il fallait s'en rapporter aux déclamationsj de valeur historique très inégale, que j*ai déjà utilisées eu traitant de la discipline, les troupes stationnées en Syrie auraient constamment vécu dans la mollesse et négligé la pratique des armes ; par intervalles seulement, sous l'empire d'une nécessité pressante» ou la férule d'un chef plus énergique, l'activité serait revenue aux campements. Il est des cas où l'on peut ajouter foi à de telles affirmations ^; n'importe, la vie des garnisons, par son côté sérieux, nous échappe entièrement. Quelques appréciations très générales sont sans portée *. EunapCi nous Tavons vu, parle des pontonniers toujours en manœuvres sur l'Euphrate; s'ils étaient réellement si bien dressés, l'avantage était dû aux guerres fréquentes qui obligeaient à traverser le fleuve '.

Les troupes cantonnées dans un fortin perdu étaient livrées à elles-mêmes, à leur insouciance, à moins qu'une inspection extraordinaire, comme celle d'Arrien en Golchide, ne vint les réveiller momentanément*. Il n'y a rien à conclure en somme, ni des règles toutes théoriques contenues dans VEpiiame de

* Ainsi Georges Pisidès célèbre {Exped. Pers., Il, 135-1Ô6, 177-187, 191-205), à juste titre évidemment, le zèle d'HéracIios, passant plusieurs mois, avant d*entrer en campagne, à exercer les recrues, démoralisées et peu homogènes, qu'il avait ramassées dans toute TAnatolie.

2 Gomme celle de Josèphe (fi. /., III, 72-73) : Les Romains pratiquent sans cesse, même en pleine paix, les exercices militaires, exercices qui ont l'apparence de véritables combats. — Il ne les a observés qu'en temps de guerre.

^ Le voisinage du grand cours d'eau n*invitait même pas les Syriens à rapprenlissage de la natation que Végèce (I, 10) recommande expressément : Nataudi usum aestiuis mensibus omnis aequalUer débet tiro condiscere. En réalité, très peu de soldats gaulois (Amm. Marc, XXV, 6, 13-14) ou arméniens (Id., XXI, 1, 7) savaient nager; les autres, point. Les cavaliers s'en rapportaient volon^Liers à leurs montures pour la traversée d'un fleuve, mais durant les hautes eaux il arrivait fréquemment que les uns et les autres fussent engloutis (v. Josué le Styliie, Chron.^ 67).

^ A llyssos, il fait manœuvrer les fantassins et oblige même les cavaliers t se servir du javelot (Peripl. Euxen., lil, 1) ; à Dioscurias, il passe en revue bs exercices d*équitation (X, 3). — Il parait bien résulter des Acla SS, Sergii et Bacchi (Analecta BoUandiana, XIV (1895), p. 373 sq.), que le duc d'Euphrateasis, Antiochos (peu après 420), quand il mit à l'épreuve saint Serge, faisait une tournée d'inspection le long de son limes.

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Végèce ou le Strategicon de Maurice, dont rien ne garantit l'exacte application, ni de ce que quelques auteurs nous disent du contrôle actif de quelques princes, comme Hadrien, pourtant pacifique, ou Tibère II.

B. Travaux publics. — C'est le terme le plus général qu'on puisse employer pour désigner les occupations fort diverses des soldats, dont quelques-unes se dérobent à peu près à toute classification ^ Pour leurs propres besoins, ils avaient parfois de rudes besognes à fournir *, et certaines entreprises d'adductions d'eaux pouvaient avoir une destination spécialement militaire \ N'en dirait-on pas autant, et sans exagérer, de beaucoup de routes, dont les caravanes se passaient bien, antérieurement, mais qui facilitaient la marche de l'infanterie des légions ou des cohortes, et servaient même de pistes dans un désert uniforme, sans points de repère? Celte observation aurait toujours sa justesse en ce qui concerne la province d'Arabie.

Que la plupart des voies aient été tracées et empierrées par les troupes, c'est ce qu'attestent les inscriptions des bornes milliaires : presque toutes sont en latin *, langue officielle de l'armée', alors que la population civile parlait, soit le grec,

* Ainsi Plin., f/. iV., XI, 106, signale un envoi de soldats, en Syrie, pour hâter la destruction des sauterelles : Necare (locustas) et in Syria militari imperio coguntur, — Voici un cas douteux : il concerne Térection d'une borne marquant les limites de deux xû>fjiai contîguês, sur Tordre des empereurs Dioclétien et Maximien, à la diligence Map(x){ou <ï> (?) TtTT xr^jjLTEiTopoç. Weddlnglou (2559 a) interprétait irir en primipilaris ; Clermont-Ganneau(/l^y. archéolog,, iSSh, II, p. 262) propose praepositus. Les deux restitutions sont également problématiques.

* Je considère que c'est surtout, sinon exclusivement, pour leur utilité personnelle que deux uexillaliones de légions établirent, un peu en amont du moderne Roum-Kaleh, sur la falaise de PËuphrate, unecochlea, appareil élévatoire destiné à faire monter l'eau du fleuve (Ctiapot, BGH, XXVI (1902), p. 206-7) ; la région devait être fort peu colonisée.

3 Cf. Waddington, 2296-2297, 2301, 2305 (sous Trajan, dès la formation de la province d'Arabie). Il s'agit de postes militaires, autour desquels un faible groupe de population civile s'est constitué.

* Même l'une d'elles qui date des années 352 ou suivantes (Waddington, 2562 = CIL, III, 198).

» Cf. Waddington, 1845 = CIL, IIl, 206 (Beyroutti) : la leg. lll Gallica, montibus imminentibus Lyno flnmini caesis^ uiam dilatauit (sous Caracalla) ; Waddinjjçton, 1875 =CIL, 111,201 : mention, à propos des travaux d'une route (sous Marc-Aurèle et Vérue), d'un centurion de la leg, XVI

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soit les dialectes orientaux. Entreprise peu considérable du reste ; il n*y avait souvent qu'à ramasser les pierres des champs voisins, ou ailleurs qu'à en efTectuer le transport à dos d'animaux. La voirie d'alors s'accommodait des pentes rapides, des coudes prononcés ; les chariots ne passaient presque jamais ; il ne circulait que des bètes au pied sûr, marchant sans doute à la Ole comme aujourd'hui. Peu de tranchées ou de terrassements; je viens de citer des exemples du contraire; mais l'emphatique précision de la formule indique des difficultés anormales.

Tout cela est vrai en particulier des routes de Phénicie : là il y eut quelquefois des difficultés énormes à surmonter; mais on se bornait au strict indispensable; il faut voir ce que Renan dit de ces voies qu'il a observées. Pour faire quelque estime de certaines routes romaines proches de la câte» par exemple celle du c fleuve du chien », il convient de les comparer, quand la chose* est encore possible, avec celles qui furent pratiquées antérieurement; c'étaient des « casse*cou inconcevables^ ». Une viabilité approximative passait pour très suffisante; Renan signale' des terrains en pente rapide où, pour ouvrir le chemin, on a simplement taillé des échelons. J'ai noté, dans mes voyages personnels, des types de toute nature : généralement le rebord est marqué de chaque côté par des cailloux plus volumineux ; au milieu ce sont des galets ronds, de dimensions variables ; la largeur moyenne atteint 5 mètres environ ; Tarète médiane avec double pente signalée par G. Schumacher 3 ne se reconnaît que dans des cas extrêmement rares. Parfois ce sont des blocs de lave que Ton foule *, et que l'exercice prolongé a peut-ëlre seul aplanis. Tout dépendait des ressources locales.

Flauia Firmn, qui operi imtiiit. Mais il se trouve qu'une autre inscription, copiée uu môme endroit (ancienne Abila de Lysanias), porte que Marc- Aurcle et Vérus uiam flumiais ui abruptam intercixo monte reslituerunt^ per lui, Vernm, leg, pr. pr. prouinc, Syr, et amicum SHum^ inpendiis Ahilfnorum (Waddington, 1874 = CIL, UI, 199). Ces derniers mots sembleraient, à première vue, écarter la possibilité de la main-d'œuvre militaire, malgré la présence du centurion. Peut-être les gens d'Abila ont-ils fourni aux soldats une récompense ou un salaire.

* Mission en Phénicie, p. 836.

- Ibid.f p. 151.

^ Across ihe Jordan^ London, 1885, p. 19.

* Cf. Wad.Jinglon, ad. n. 2i33.

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A raménagement des routes se rattachait naturellement la construction des ponts sur les rivières, même guéables; c'étaient encore travaux de garnison *. A plus forte raison l'armée était-elle chargée des ouvrages d'ordre rigoureusement stratégique, comme les tiirres, castellay miiri,mimitio?î€s, fossae, termes qui reviennent constamment dans les textes législatifs, et qu'on retrouverait en épîgraphie si la qualité des pierres de Syrie s'était prêtée davantage aux commémorations 2. Dans quelques champs de ruines on remarque parfois aussi des briques, dont l'estampille atteste la main-d'œuvre légionnaire '.

Les garnisons d'Orient n'étaient pas aussi nombreuses que le ferait supposer la très grande étendue des régions à couvrir; mais la population civile ne l'était pas davantage aux confins du désert. Non seulement tous les castella durent être élevés par les soldats eux-mêmes, mais des villes sorties brusquement du sol, comme Resapha *, en un point où il n'y avait auparavant que quelques solitaires, ne pouvaient naître, à la suite d'une décision du prince, de l'effort bénévole des particuliers •. Dès le début du Bas-Empire, comme les besoins généraux de l'armée épuisaient le trésor métropolitain, les travaux publics intéressant l'Etat furent laissés à la charge des cités •. Tel était le principe. Qu'advint-il dans la pratique?

Les nécessités du moment auront imposé une solution dans

* CIL, III, 6709 : Marius Perpétuas, leg. Augg, leg. XVI F.F., pontem Chabinae fluui a solo restit., à Kiachtn^ aux confins de la Commagène et de la Gappadoce, vers 200 p. C.

2 V. cependant IMnscriplioa d'Oumm-el-Djernâl (a. 371) : fabricdtus est burgus ex fondamento mano equitum Vllll Dalm(atarum) s{ub) c{ura) Vahali trih{um) (Waddington, 2058 = CIL, III, 88).

3 Ainsi à Samosate (Ghapot, BCH, XXVI fl902), p. 203, no 56) : LEG. XVI. FL. Cette légion a dû prendre part à rédincalion des murs du périmètre, sinon de facropole. En effet, Tenceinte, où intervient l'opus re^ ticulatum, n'a nullement le caractère syrien ; elle doit remonter au i^*" siècle et avoir été exécutée par des soldats venus d'ailleurs et apportant d'autres procédés de maçonnerie.

* Cr. mon étude sur ses ruines (BCH, XXVII (1903), p. 280-291).

» Strabon nous dit positivement (XVI, 2, 19, p. 756 G) que Béryte ayant été détruite par Tryphon, les Romains la relevèrent à l'aide de deux corps de troupes (zi^iKX'zoL) qu'Agrippa y établit.

« G. Theod., XV, 1, de op, pubL^ c. 18, 32, 33; G. Humbert, Opéra publica (Dictionn. des anliq,).

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chaque cas ^ Si Dara fut reconstruite sous Anastase, c'est que € les chefs de Tannée firent connaître à Tempereur le mal considérable que causait à leurs troupes le manque d'une ville située sur la frontière. Quand les soldats sortaient de Gonstantia ou d'Âmida, ils étaient^ à cause des voleurs, assassinés partout où ils s'arrêtaient. Quand ils rencontraient des forces supérieures, et croyaient devoir se replier, ils étaient condamnés à de grandes fatigues, faute d'avoir tout près d'eux une ville de refuge. L'empereur ordonna donc de rebâtir Dara ; à cet effet on rassembla des carriers dans toute la Syrie ' ». Il est très probable que le travail s'accomplit avec le concours des soldats, si intéressés à son achèvement, adiumentis minium^ comme disent les textes de lois.

Les prestations de matériaux furent parfois réduites ou facilitées par la destruction d*aulres édifices. Arcadios et Honorius décidèrent en 397, parrescrit au comte d'Orient Astérios ', que les décombres provenant de la démolition des temples païens seraient affectés à l'entretien des ponts, chaussées, aqueducs et murailles. En cas d'insuffisance manifeste, les localités, petites ou grandes, pourraient recevoir du trésor des emolumenta. Ainsi « le vénérable Serghis, évèque de la citadelle de Birtha, située chez nous, au bord de l'Euphrate, commença à bâtir des remparts à sa ville * ; l'empereur lui donna pour cela des

* Cf. WaddiDgton, 2129 (Btheine) : ['H xu>fxï)] xo [<pp]o'jpiov xo xo[ivov (xv/i]Ytp£v 'jrpovo(cf[ Josou xaî 'Aou[ei8ou]... SaDs être certaines, les restitutions offrent grande vraisemblance, car elles concordent entre elles. Ici la population elle-même aurait élevé les deux tours de garde qu'a vues Waddington ; elles étaient dans un village à la lisière du désert, trop insignifiant sans doute pour mériter une garnison. V. par contre Waddington, 2194 (Khirbet-el-Aradji) : 'Ex irpovofac 4>X. SaXoutviavoj ToO Y^vewxàTou 8ouxoç xo ©pouptov èxxiaOïj èx(E)i jfxç (a. 351 p. C).

2 Josué le Stylite, Ckroniq,, 91.

' G. Theod., XV, 1, 28.

^ Là encore, comme dans les opérations de guerre, se reconnaît l'initiative de ce pouvoir nouveau, récemment grandi, TÉglise, qui suppléait les administrations défaillantes. — Cf. une inscription de Kerraten (Oppenhoim Lucas, Byzantin, ZeUschr,^ XIV (1905), p. 47, n® 68) : eue <xo<p(tt»]<: XT,v Tcaxpîoa opouptûv, 'itodfvvr,^... iz'jp^oy Y.oyLil^ti xoîc <p{Xoic aa)Xî5piov, ffTTouoTi llajXou oiax((5vou). *Ev îx{z)i axio (509 p. C). Les restitutions du n*' 86, p. 54, qui serait encore à citer, sont très aventurées. Add. Hallier, Chroniq. dCt^desse, loc, cit., n» 68, p. 114 : <€ Après 457/8, Tévéque Nonnos éleva des couvents et des tours, construisit des ponts et prit des mesures pour la sûreté des routes ». D'après Zacharias Rhetor (Vif, 6, p. 115-119), c'est sons la surveillance des prêtres, diacres et autres

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ommes considérables. » Le même texte * poursuit, montrant 'application, en cette circonstance, de la règle du Bas-Empire : i Le maître de la milice ordonna également de construire des

urailles autour d'Europos ; les habitants de Tendroit se omirent courageusement à l'œuvre. »

Les décisions de cette nature appartenaient, semble-t-il, à des agents très divers, même purement financiers. Saint Sabas

prie l'empereur xeXe'jjat So-jfxjAtp xif) IvSoÇoxàTqi, «7:6 xoù8T)fjiojtouX«5You,

xidtpov oîy.ooofji7iiai, xxX. ^. Le prince lui fit remettre, pour ce travail, 1000 pièces à prendre sur les ^rniàiia de Palestine et lui fit attribuer une garde de soldats ^ ; mais rien ne dit que ceux-ci étaient désignés également pour le travail de construction, qui du reste n'eut pas lieu. Deux inscriptions de Kinnesrin * montrent nettement les principales interventions que provoquait une entreprise de bâtiments : 'ExxuivÈÙŒeSuiv «ptXoxifjiitûv xoù...

OEjTTOxou irpovotqt xoû axpaxTjXaxou,,... epYOOOXTfjffavxo^ 'laiowpou xoû

{jii)yavty.où. Le chef de travaux est désigné par le dernier mot ^ Le magister militum ayant présidé à l'ouvrage •, il n'y aurait rien de surprenant à ce que l'armée s'en fût mêlée, en dépit de la subvention impériale, qui couvrit peut-être des frais de transport ou de fournitures diverses.

En conclusion, la participation des soldats aux travaux puclercs de l'endroit, que s^acoomplirent les travaux de construction d'Amida.

* Josué, 93.

2 CyrilL Scythop., Sabae uUa, ap. Colelier, loc, cit., 72, p. 343.

3 Ibid., 73, p. 347.

* Oppenheim-Lucas, loc, cit,, p. 55-57, n°" 88-89 (a. 550). Il n'y a naturellement rien à conclure de ce qu'elles sont aujourd'hui simplement encastrées dans une maison de paysan.

* Procop., Aed,f I, p. 174, l. 6, l'appelle fjir))^avo7roi'5<:, peut-être parce que sa spécialité comprenait aussi ia confection des machines de guerre. — Cf. Sab, ai/., loc. cit,^ 73, p. 346 : L'empereur envoya à Jérusalem, pour la construction de l'église, Bs^SiopcSv xiva (jLT]^avtx6v, que mentionne aussi Procope (B. P., II, 13, 26). V. une signature d'architecte dans une inscription bilingue, grecque et nabatéenne (Butler- Littmano, Rev. archéolog., 1905, I, p. 409).

^ Rapprocher Waddington, 1882 : rappel d'un « travail d'Anatollos », ffX5aio[7C£8]2p)^ou xaî ôiràp^ou ; l'éditeur traduit comme axpaxyjXaxrjç, avec raison, je crois, et les soldats sous les ordres d'Anatolios ont dû être ses ouvriers. D'après une inscription d'irbid (Haouran), la construction de l'enceinte de l'ancienne ville, ou du péribole d'un temple, eut lieu ex 87] fjLojCou, et cependant ecpeTxwxo; KaX(iropv(ou) 2axopve(voi» ^gt- Àtapxou (Whicher, Americ. Journ. of Arch., X (1906), p. 289-293).

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blics apparaît évidente dans des cas où elle ne semblait pas s'imposer; dans d'autres, où elle était indiquée» on pourrait, à interpréter littéralement les sources, la considérer comme très douteuse : le camp de Palmyre» sous Dioclétien eiBIaximien, fut construit par les soins {curante) du praeses prouinciae *; on se fût attendu plutôt à voir le dtix au premier plan. Mais, d'une façon générale, l'abstention des gens de guerre reste dans les hypothèses légitimes, lorsqu'il s*agit de petites constructions isolées, de médiocre importance ; au contraire, c'est eux qu*on voit à l'œuvre, et par bandes nombreuses, dans les travaux de grande étendue et de longue haleine. Je me bornerai à un exemple : le grand canal de déviation de Sélcucie de Piérie (i*' et n* siècles), creusé par des détachements de légions, et le port de la même ville, approfondi au commencement du IV* par une cohorte^ dont on connaît la tragique aventure *.

§ V. — Le cuUe.

Il ne s'agit pas ici de rappeler les diverses manifestations religieuses auxquelles les opérations de guerre en Orient ont pu donner naissance. Des cérémonies comme les SiaSaxTJpia, bien que célébrées avant le passage de l'Euphrate ', n'auraient rien de spécial à la Syrie. On ne s'étonnera pas davantage de voir Julien préparant la guerre persique à Antioche par des sacrifices *, et, pour savoir si l'issue en serait heureuse, se faisant accompagner d'haruspices étrusques, que d'ailleurs il n'écouta pas ^ Inutile encore de mentionner les offrandes de Galère avant son départ pour la frontière ^ Je crois plus intéressant de signaler, en vue de la comparaison que je lâche d'instituer

1 Waddinglon, 2626 = CIL, III, 6661. — Aux clefs de voûtes du temple d'Héliopolis ont été relevés des graffites en langue latine (Waddinglon, 1884 à 1386 = CIL, III, 143-144 ; add. p. 2328'»). Celte parlicularité n'indiquerait-elle pas que des soldats ont figuré parmi les ouvriers ?

> J'ai rapporté le détail de cet épisode, avec les textes à l'appui, dans mon mémoire sur Séleucie^ loc, cit., p. 62 du tiré à part.

3 Sallusl., flistor. reliq.^ 60 (Maurenbrecher, I, p. 180).

* Amm. Marc, XXIl, 12, 6.

» Id., XXI II, 5, 10 ; XXV, 2, 7 : Etrusci haruspices qui comitabantur.

^ Cf. l'arc de triomphe de Salonique : Klncb, pi. IV, p. 34 sq.

en toutes choses, la consullation des victimes ouvertes par les rois des Perses, des Ghionites et des Albains sur le pont d'Anzabe ^ Ce sont également les auspices défavorables qui décidèrent le roi des rois à retirer ses troupes et à laisser Constance en repos ^, Avant d'entreprendre la campagne, Sapor, toujours suivant le même historien ', avait évoqué des ombres et pris l'avis des devins; et enfin il nous est parlé d'un chef perse qui, au vi" siècle, entra en conversation, lui aussi, avec les devins, lesquels lui promirent la victoire *• Ce parallélisme est curieux à observer ; ce n'est pas dans le domaine religieux que Ton eût pensé surtout le rencontrer.

Mais je voudrais principalement m'attacher aux cultes militaires, c'est-à-dire à ceux que rendaient les officiers ou soldats des troupes d'Orient.

L'épigraphie africaine nous met fréquemment sur les traces des dévolions des gens de guerre ; en ce qui concerne la Syrie, nous sommes réduits, une fois de plus, à une extrême pauvreté. Et d'abord, un acte religieux accompli par tout un groupe de militaires à la fois, voilà un fait qui n'apparaît pour ainsi dire pas dans nos sources.

Je rappellerai seulement le passage de Tacite ' relatif à la la coutume des Syriens d'adorer le soleil levant; rien de moins inattendu dans un pays où s'était si longtemps exercée l'action des cultes phéniciens • ; je citerai encore le monument rupestre que j'ai photographié sur les bords de l'Euphrate, représentant le dieu fleuve étendu et accoudé sur son urne, auquel deux iiexillationes rendaient grâces, après avoir installé l'appareil qui

« Amm., XVIII, 7, 1.

« Id., XXI, 13, 8.

» XVllI. 4, 1.

* Theoph. Simoc, II, 2, 2.

5 m$L, III, 2.

• Cf. Max. Maysr, Kronos, ap. Roscher, Lexikon der Mytholog. ; in- Fcription de Beyrouth : Hev, arckéolog., XXIII (1872), p. 273. — Si nous voulons poursuivre la comparaison avec la Perse, nous lirons dans Procope (B, P., 1, 3, 8-22) qu'au cours d'une campagne contre les Ephthaliles, le roi Péroze se laissa maladroilement couper la retraite. Les Uuns lui demandèrent de se prosterner devant leur chef; coaame il hésitait, les mages insinuèrent que cette adoratioa aurait lieu, en réalité, devant le soleil levant, ce dont Tennemi ne se douterait pas ; et c'est ce que fit Péroze.

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permetlait de puiser, à mi-c6le de la falaise, dans ses ondes rafraîchissantes *.

Il n'y a guère de doute que des collèges militaires, formant comme des sociétés de secours mutuels etdes caisses d'épargne, se soient fondés en Orient comme ailleurs, et ils se plaçaient sûrement sousle patronage d'une ou plusieurs divinités. Haisles inscriptions n*enont rien révélé. Elles laissentvoir qu'un grand nombre de cultes avaient cours dans cette Syrie» marché où aboutissaient l'Orient et TOccident, où devait naître sans peine et se développer le syncrétisme religieux; seulement le hasard a fait que dans la masse relativement considérable des proscynèmes, 11 en est très peu où soit consignée la qualité propre des dédicants ; et encore ceux-ci sont-ils rarement des militaires ^. 11 me paraît évident^ malgré tout^ que les gens de guerre. indigènes ou non, ont dû s'associer à certains cultes extrêmement répandus dans le pays où ils tenaient garnison ; tel était le culte d'Âthéna', dont les souvenirs fourmillent en Batanée ; celui de Dusarès, particulier à la province d'Arabie ^.

On a signalé plusieurs autels où apparaît en relief un type local d'Ësculape, représenté en officier romain; témoignages sans doute d'un culte dont ce dieu était l'objet dansleHaouran, l'Adjloun et le Djebel Riha, plus au nord ; vu le type adopté pour figurer le dieu, on serait tenté de conclure qu'il était adoré là par des soldats ou des vétérans *.

Mais il faut me borner sur ces divers points à une indication

* BGII, XXVI 0902), p. 205-6 ; Mém. de la Soc. des antiq. de France, LXII (;i901[= 1903]), p. llS-7, pi. VI. — Une mosaïque représentant l'h^uphrate a été également découverte par le comte Max von Oppenbeim, à El-Ulassoudiyë {Zeifschr, der GeseUsch, fur Erdk. zu Berlin, XXXVl (1901), p. 82) ; dans un cartouche était l'inscription, 8yriai|ue et grecque (BajiXsù; Ejztpiir^z Ilotafio;) ; add. Byjianlin, Zeilschr,, XIV (1905), p. 58-59, n» 91 ^'pl. IV, fîg. 21-22.

» Cette qualité, il est vrai, peut se dissimuler; cf. Waddinglon, 2099 : "AStêo; y.ai Bo|jijdt/7) aufxêio; Tr,v N(/.rjv àvsOnjxsv. La Niké ne semble guère devoir être vénérée par des civils ; pourtant derrière cette formule se cache peut-^.tre simplement un vœu pour les empereurs ; n'importe qui pouvait l'exprimer.

' Waddington, ad n. 2308 ; add. 2203 b, etc.. — Ce n'est, sous nne forme hellénisée, que la déesse Allât des textes safaltiques (Dussaud^ Les Arabes en Syrie avant l^hlam, p. 129).

* Tertullian., Apolog., 24; cf. Waddington, ad n. 2023.

^ C'est l'hypothèse plausible du P. Jalabert, Mélanges de la Faculté orient, de l'Univ, Saint- Joseph, Beyrouth, I (1906), p. 157-161.

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hypothétique. Venons-en aux dédicaces sans ambiguité, si peu nombreuses.

L'une d'elles est offerte au Soleil * ; ce n'est probablement qu'un échantillon entre beaucoup. J'en rapproche tout de suite une inscription d'Héliopolis ^, où l'acte de piété s'accompagne d'une libéralité. Le passage est facile d'Hélios à Zeus, qu'on trouve gratifié d'épithètes variées '.

Parmi ces inscriptions, il en est où l'expression d'une pensée religieuse s'unit à une manifestation de loyalisme * ; un centurion de la leg. XVI FL F. a élevé, pour le salut des empereurs, TTjv ElpYÎvTrjv et T7)v EToTiv ». Uu autre, de la [/// Gallicà\, Iulius Germanus, pour le salut et la victoire de Commode, a dédié

un To^aïov *.

Ce dernier sentiment est en somme celui qui prédomine : il serait superflu d'énumérer la foule des monuments où s'affirme la vénération envers les Césars. Chaque fois qu'un pan de mur s'élève ou se restaure quelque part, on tend à encastrer une pierre inscrite au nom du prince régnant, forme d'acclamation '. Les témoignages relatifs au culte impérial

* Waddington, 2407 : [*H]X{t|> 6£tj> jji£Yi<ï["cti>... 'IJouXtavo; Uaxdvxatp^oç

2 Ibid., 1180 =C1L, III, 138 add, : Aur, Ant{onius) Longinus, specul{ator) leg. L[An]toninianae (= Parihicae)^ a offert in{agnis) diis Heltupoliitanis)y pour le salut et la victoire d'Antonin le Pieux et de Iulia Augusta, capita columnarum dua (sic) aerea auro inluminata sua pecunia ex uolo.

3 Ewin, Palesl. Expl. Fund, 1895, p. 136, n» 62 (Saura, du Haouran) : dédicace à Zeu9 Ainmon, par M. Aur, Tkeodor[us]f a quaest{i)onar(i)is leg. m Cyr.; Waddington, 1922: Au [4>pa]tp(qj xat "Hp<f OeoT*; itaxptjjot; r. 'louXtoç Majifxoç (TTpoT(ia)T7);) Xêy(£ÎÏ)vo;) y' KL>(pT^vaïx7)<;), Bostra ; 2290 (flehran) :Au xupt'qi [e]ux^^> ^Xadtaç X^?^^ [AÉ/.iJfxo; 'lo'j[Xi]o^ *a[6t]avôç

[<Jxp]axta)XT)[; XÊyew Jouis C, lul[xus Maxi

vo;.... ; 2291 (ibuL) = CIL, III, 108 : [in aede] mtt5, uetran(us), qui sub ambos militauit, f[e]cit. Ici le sentiment est plus complexe : l'hommage s'adresse avant tout & deux chefs et bienfaiteurs du soldai.

* V. ci-dessus, note 2.

'^ Waddington, 2526-2527 (Phaene = Mismié).

^ Ibid,, 2413. — Dans un autre texte, ce n'est plus de loyalisme impérial qu'il s'agit : Eïiha, sur un petit édifice à arcades (ibid., 2115) : ÂrXtoç Màjtfjioç ETrap^oç ttI TiaTptot ex-ciaev. Le personnage peut être, ou un préfet de cohorte, ou le phylarque d'un district arabe.

' Exemple frappant d'Adraa (Brùnnow,MiUh,des P alàstina-Vereins, iS91 ^ p. 40 = Clermont-Ganneau, Rer. d'arch. orient,, II (1898). p. 243) : 'Yirlp <ja)TT)p(aç xoù xupi'ou ^[xwv autoxpdtTop(o<;) TaXXtTjvou Ze6(aTcov>) àcptepwÔTj 6 irupYOç, xxX.

l'armée

sont rares en revanche, parce que les sacerdoces qu'il implique ne pourraient guère être rappelés que dans des cursus hotiorum muuicipaux; or ceux-ci font défaut : les gens de Syrie et d'Arabie avaient, si j'ose dire, l'épitaplie modeste, au rebours de ceux d'Asie i^Iineure. Voioi, par exception, un êï:!X;kt[oî] {soldat d'élite) qui est en outre prêtre des dieux Anlonin et Commode '- Celte dévoLion aux empereurs s'explique en Syrie plus facilement encore que dans d'autres provinces : les troupes du pays, sous le Haut-Empire à tout le moins, savaient gré aux Césars de la vie douce et calme qui leur était faite ; ellesmêmes, au m* siècle, eurent plus d'une fois l'orgueil et la joie de proclamer des empereurs; les règnes de ceux-ci furent courts, et passagère la faveur dont ils jouissaient ; en tout cas il y avait beaucoup d'élan dans ces hommages momentanés '.

' Wttddinglon, 2380 (Selaeinia = Sieim).

' La plupart des CÉaars, arrivant au trûoe par desccadance légilime ou adupLion, étaient dieux, fils de dieux. Les Syriens s'embarrassa icat peu des esceptiona ; deux inscriptions curieuses (Waddington, 2076) portent une dËdicBcu SeqjMapiîviH; on ne Ql pas dinicultË de diviniser après coup Marinoe, le père île Philippe l'Arabe, lui-même ancien cber de brigands, et non llls de prince.

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