CHAPITRE VI
J'éviterai de revenir, les ayant exposés dans rintroductiou, sur les motifs qui font disparaître de ce chapitre certains développements qu'on attendrait peut-être ' et réduisent les autres à une singulière brièveté. Je m'en tiens, on le sait, aux données qui s'appliquent aux régions orientales, sans aucune contestation.
§ I. — Les approvisionnements.
Le sujet présente un intérêt capital : en temps de guerre, il fallait prévoir des réserves suffisantes par elles-mêmes, car le pays à envahir était en grande partie désertique ; s'il ne l'était pas, l'ennemi tâchait de le rendre tel temporairement : du moins, bien souvent, les récoltes déjà mûres furent dévastées. et lorsqu'une place assiégée devait renoncer à la lutte, on en brûlait les greniers et magasins avant de capituler. En temps de paix, les difficultés étaient moindres, grâce à la prospérité économique de la Syrie ; pourtant, au cours des années, lorsque les Romains pénétrèrent davantage dans l'intérieur, multiplièrent les postes avancés, perdus dans les pierres et les
^ La bureaucratie militaire de ces régions, pour citer un exemple, nous est très peu familière. Nous n'avons que quelques mentions épigraphiques d'employés dans les bureaux des gouverneurs et des ducs. Waddington, 2700 : por,6(]> xopvixouXap'wv 6::axtxoû ; 2225 : un beneftciaritu et commenlariensis ; 2i22 : 8oux7)vàpiE xâ^ew; ooux'Sc (cf. 2405); CIL, XII, 4254 ; ex [t]abul{ario).., Syriae Pala[e\Hinae; Ewin, Palest. Explor, FttW(/,1895, p. 36, n° 62 : a quaest{i)onar{i)is leg, îll Cyr(enaicae).
L*ARMÂB
sables, un service régulier de ravitaillement devint tout ensemble plus onéreux et plus nécessaire. La création des limitanei chdingea. le problème sans le supprimer.
Nous allons nous placer successivement dans ces deux hypothèses : élat de paix, état de guerre. Ai-je besoin d'ajouter que cet exposé présentera surtout des lacunes? Nous courons aussi le risque de commettre de fréquentes confusions : nous nous préoccupons ici des questions de droit, du régime normal ; les auteurs, eux, envisagent principalement les questions de fait et ne distinguent guère de façon explicite entre les réserves des villes ' et les services de Tin tendance militaire, entre les fournitures réglementaires de celle-ci, acquittées avec plus ou moins d'exactitude, et les aubaines occasionnelles; entre la solde en numéraire payée aux soldats et les divers avantages qui leur sontassurés en nature ; le terme même d'annone prête à beaucoup d'illusions. — Enfin, sous le titre que j'ai adopté, nous examinerons à la fois ce qui a trait aux vivres et fourrages, au matériel de combat, ainsi qu'aux moyens de transport. Les documents à utiliser se rapportent parfois indistinctement à tout ceci.
A. En temps de paix. — Donc les gens de guerre recevaient une solde et des fournitures. La première esta peu près connue pour les différentes périodes, les divers genres de troupes et les principaux grades ; je me borne sur ce point à renvoyei aux ouvrages généraux ^ Quant aux fournitures {annona), elles demeurent beaucoup plus mystérieuses ; elles devaient varier suivant les régions, selon 'que le militaire était cantonné avec un corps nombreux ou faisait partie d'un détachement relégué dans quelque fort isolé \ Nous sommes informés du moins qu'il y avait dans chaque légion une dizaine de frumentarii chargés
^ Voici cependanl une indication assez claire (Malal., p. 467 Bonn) : èv ajxqj ol tÔ) /po'qj (S0U3 Justinlen) xaxeïisfKpOTj elç xà àvaToXixà Ai]fA09- Oivr^;, £rttï/£Oo»jL£vo; /.a» )^pyi|jLata oj< oX^y^ el; to 6Ùxp5it{ffat xaxà it^Xiv àrtoOexa aixo'j evezîv xr,<; [lizol Usp^ùv a'jjiooXTJc
2 Cf. notamment Marquardt, op. cit., pp. 18, 20, 88, 89, 93, 105, 204, 209,282,284, 311, 323.
' Vannona militaris n'a été qu'un peu tard Tobjet d'une réglemeatation minutieuse, du reste hésitante : cf. les textes du Gode Théodosien, cités par Seeck, s. u. (Pauly-W.). Une inscription de 350(WaddiDgton, 2037) nomme un àxxojàpi; {aciuariufi) ouEj'XXaxi5vo;Mo6avwv, comptable dressa il les rôles qui servaient de base à la délivrance des rations.
de ce service d'approvisionnements. Deux inscriptions rappellent des frumentarii des armées de Syrie et d'Arabie *. Il semble bien qu'ils n'aient eu à pourvoir qu'aux besoins des soldats, et non k ceux des officiers.
S'il en fallait croire un pseudo-document de l'Histoire Auguste S une lettre de Valérien à un Zosimion inconnu, procurateur de Syrie, c'est ce dernier qui aurait eu dans ses attributions de remettre soldes et fournitures à Claude (plus tard Claude II le Gothique), alors tribun d'une légion V Martia Fortissima^ des plus suvspectes '. Dans la longue et curieuse nomenclature qu'on y trouve, il y a sûrement des détails exacts ; Pollion a pu se procurer des listes de subsistances militaires ; mais les tableaux administratifs utilisés par lui sor^t sans doute, pour la plupart, du iv^ siècle, les autres de diverses époques, et il aura enjolivé le tout *.
Ces fournitures, faites « sur notre trésor privé », comprennent toutes sortes d'articles. Comme vivres: blé, orge, lard, vin, huile de deux qualités ; pour l'écurie, chaque année : 6 mulets, 3 chevaux, 9 mules, 10 chameaux, et du fourrage pour ces animaux. Il y est joint : des peaux à faire des tentes ; des efTets : tuniques, manteaux, avec leurs accessoires décoratifs : fibules, ceinturon, anneau, bracelet; des armes: casque, boucliers, lances, javelots, etc.. ; des serviteurs : cuisinier, muletier, se. crétaire, architecte, veneurs, charron, valet de bains, confiseur, etc.. etc..' Beaucoup de ces articles sont à restituer au terme du commandement {quem refundat). Le tribun — ou le
* L'un, de la leg. lîl Gallica (Cil., VF, 1636) ; l'autre, de la III Cyrenaica (CIL, 111,2063). Sur les miliies frumentarii en général, v. R. Paribeni, Rom. Mitth.y XX (1906), p. 310-320.
2 Un autre (Vopisc, u. Aurelian,, 13, 1) nomme un Maecius Brundisinu8, préfet de Tannone d'Orient sous Valérien, d'authenticité 1res douteuse, comme figurant dans une notice de fantaisie.
•Trebell. Poil., u. Claud., 14, 2-4. — Ce texte est commenté par Lécrivain, Éludes sur l'Histoire Auguste, p. 55-57 ; L. Homo (De Claudio Go- IhicOy Lutet. Paris., 1905. p. 25) ne s'y est pas arrêté.
^ Le cas de Claude serait en outre un peu parliculier, diaprés les dernières lignes : Haec autem omnia idcirco specialiler non quasi iribuno sed quasi duci deluli, quia uir ialis est, ut ei plura etiam deferenUa sunt.
* Une preuve de la pluralité des sources de cette nomenclature est dans le désordre qu'on y remarque : chaque série s'interrompt pour recommeocer plus loin, après intercalalion d'objets fort différents.
212 l'armée .
procurateur pour le tribun — ne pourra rien demander aux provinciaux, surtout en argent*.
Celte interdiction de Vadaeratio est fréquente au iv* siècle * ; mais elle n*apas duré ', surtout en Orient: au commencemenl du V*, Honorius et Théodose II ne se préoccupent plus que de douner à cet équivalentpécuniaire un caractère de Ûxité *. Les provinces et les localités se sont sûrement résignées à fournir aux troupes des subsides et subventions, même très élevés, ne fût-ce que pour échapper à Tobligation de les loger et de subir leur tyrannie à domicile. Il est probable que les empereurs, toujours prêts à légiférer, s'efforcèrent au moins d'empêcher que ce rachat ne devînt trop lourd ■.
La même constitution de 409 nous montre l'extension du paiement de la solde aux enfants, aux familiae des gens de guerre^, conséquence naturelle du principe qui assujettissait personnellement au service le filius ueterani comme le colon, et faisait de lui un déserteur lorsqu'il négligeait de se présenter aux agents de recrutement. Le limitaneus^ et même la plupart des soldats de province, avaient peu à peu beaucoup perdu de leur caractère militaire; on les employait à toutes sortes de besognes, et il est vraisemblable qu*eux-mêmes cherchaient à louer leurs bras à des civils, pour accroître leurs ressources ^
* lam caclera^ quae propter minutias suas scribi nequeunty pro modérationepraestahis, sed ita ut nihU adaeret, et si alicubi aliquid defuerit, non prnesletur nec in nummo exigatuv.
- C. Theod., VII, 4,1.
3 Cf. Seeck, Adaeratio (Pauly-W.).
^ G, Theod., VII, 4,31 (a. 400) : Militaribiis commodis prospicienies adaeraturum annonarum, quae familiis apud Orientem uel Aegyptum praeberi consuerunt, certa ac distincta iocis et numéro pretia staluimus,,,
5 Peut-être le rescrit impérial de Rersabée (Glerraont-Ganneau, Rev, bihliq., XII(i003), pp. 27 sq., 429; N, S., 1(1904), p. 85; III (1906), p. 412-432) réglait-il précisément les redevances dues aux corps d'occupation. Gclle formule énigmatique ïtzI toIc, qu'on lit à la fin de chaque ligne, avant la cassure, précédait-elle les noms des xaiàXo^ot ? Ce serait très concevable.
6 Add. source de 359, d*Ascalon (Hermès, XIX (1884), p. 422).
" Le Gode Théodosicn renferme plusieurs mesures destinées à supprimer ces abus. Constance II écrit au duc de Mésopotamie (en 349) : Obacruelur, ne ueieranorum seu mililum filii officiis praesidalibus adgregentur (VII, 22, 6) ; Arcadios et Honorius au duc d'Arménie (en 396): Si quis posthac mililum in priuato obsequio (re)pertus futrit, quinque libras auri muliae {no)minc fcrialur ^VII, I, Ki).
REGIME ADMINISTRATIF ET LËGAL DE l'aRMÉE 213
L'aiinone * n*était pas payée seulement aux troupes romaines, c'est-à-dire faisant partie officiellement de l'armée impériale; les princes fédérés, gouvernant des états-frontières, avaient droit aux mêmes fournitures,'conçues en principe comme prestations en nature, mais naturellement converties en argent ^ Les traités d'alliance prévoyaient ces annonae foederaticae^ en spécifiaient le montant et le mode de paiement ^ En ce qui concerne les soldats d'empire, on ne saurait fixer les échéances
de ces versements. Xei[xwvo; -^àp rfir^ tcou iv60i5tx£i xaipà; îtai ^ £YxuxXioç Ttôv ^p7)^âTiov £7:(8o(jiç Ttjj» 'PwfJiatxtJ) è/^ïÏTO a'jvxaYînxi*. Ce texte
est peu explicite, d'autant plus que xp^fjiaxa a un sens extrêmement vague et s'appliquerait aussi bien aux deniers ou aux vivres *. La rébellion qui éclata sous Maurice * eut pour motif le projet de réduire les (jitï!(J6i<:. L'approvisionnement des troupe» subissait forcément le contre-coup de l'état du marché local ; lors de la terrible famine qui dévasta l'Orient en 324, les soldats ne furent pas les derniers, je pense, à se ruer sur les greniers et dépôts de la ville d'Antioche '.
Quand les militaires étaient réunis par petits groupes dans des fortins dispersés, il est bien possible que l'annone ne fût pas individuelle ; en tout cas, le soin incombait en outre au gouvernement d'accumuler des réserves pour les cas de guerre et de siège éventuel. Arrien, commandant en Cappadoce et chargé d'une inspection en Colchide, rend compte à Hadrien
^ Sur les étapes de Taonone, la façon dont elle parvenait à destination, lorsqu'il fallait la faire arriver d'un peu loin, je ne vois à ciler que ce passage un peu obscur de Libanios {Epist., 20) : STaOfji^c xi; ècrct TTôpt TÔv Eùcppàir^v, KaXXivixo; ovo[jLa aùx(f)...TOî>xo xo ^^topiov ïyti axpaxtàv I8pu{iév7)v, -îjv Set xpécpeaOai Ttpoç Tj{JL(ii)v oux èxelde xojxiÇovxwv, àXX* ïzipwot XTjv xpocpi5v' fixeïOev 81 eic KaXX(vixov àyeiv vo^oç xov ap)rovxa xov Trepl xôv Eutppdîxr^v. Les contribuables de Tannone n'étaient donc pas obligés de la convoyer eux-mêmes jusqu'au bout.
^ Sous Justinien, les dispensateurs de ces sommes ne sont plus les princes, mais des fonctionnaires impériaux, les OTriicove; (Benjamin, op. cit. y p. i3). V. suprà, pp. 113 et 123.
^ Cf. le fragment de Malalas (Mommsen, Hermès, VI (1872), p. 344] : (ço'.Sipaxot) àcp '(î)v xat al tpoiSspaxixai avvoivat 'Kaxi-^o'j'caLt.,
^Theopb. Simoc, II, JO, 5.
^ 'Eïr(Soai<; pourrait encore ne pas désigner, malgré èyxjxXio;, un paiement ordinaire, mais une sorte de donaiiuumy de règle à la fin de chaque campagne heureuse.
^ Ci-dessus, p. <56.
"^ Tbeopban., 29, 13 sq.
214 l'armâb
decequ*ilafait: A Apsarus, «j'ai remis leursolde aux hommes, passé en revue les armes, les remparts, les fossés, les malades et les approvisionnements de vivres * ». A Sébastopolis (Dioscurias) « le même jour nous avons pu payer aux troupes leur solde, et voir les chevaux, les cavaliers..., l'hôpital, les approvisionnements, puis faire le tQur des murs et des fossés ^ ». Ces règlements de comptes avaient inévitablement de l'irrégularité \
A regard de la fabrication des engins de guerre, pour toute la période de la République et du Haut-Empire, nous sommes réduits aux hypothèses. Aussi bien ce matériel n'avait-il pas besoin d'être souvent renouvelé : en principe, à moins d^une défaite, rien ne se perdait à la bataille, que le javelot ; on usait de l'arc beaucoup moins que plus tard; d'importantes réserves de flèches n'étaient pas alors indispensables. De plus, les guerres n'éclataient généralement pas de façon inopinée, comme du temps des Sassanides ; Tempereurqui projetait une expédition au-delà de l'Euphrate pouvait y pourvoir à Rome même, au moins en Italie. Mais ily avait des cas exceptionnels, par exemple celui d'un gouverneur aspirant au principat et obligé de se pourvoir de tout dans sa province: c'est ce qui arriva pour Vespasicn en Syrie *.
Quand aux Arsacides eut succédé une autre dynastie, les choses changèrent de face : ce nouvel ennemi avait des ambitions réelles et le désir de les faire valoir ; en outre, les guerres devenant plus fréquentes, en même temps que plus soudaines, les perles de matériel se multiplièrent : il fallut combler les
* PeripL Euxen,, éd. Didot, VI, 2.
- Id., X, 3.
' On voit aussi que l'inspecteur s'occupe de tout. Le gouverneur de la province devait être le surveillant de l'annone ; sous quelle haute autorité? Chez Gapitolin et Pollion, auteurs sans garanties, on trouve cette idée que le soin des approvisionnements appartient au préfet du prétoire (Lécrivain, op. /awrf., p. 58). Ceci paraît vrai pour le iv® siècle ; v. iiîfra.
* Tac, Hist., II, 82 : « Le premier soin fut de faire des levées, de rappeler les vétérans ; on choisit des places fortes pour y fabriquer des armes ; à Anlioche, on frappa de la monnaie d'or et d'argent. » — A la rigueur, la question des émissions obsidionales serait de notre ressort; mais nous ne pourrions reconnaître dans quelle mesure elles servdient au paiement des militaires ou répondaient à d'autres besoins; on frappait fréquemment des pièces commémoratives (Cf. B. Pick, Journ, intern. d'arch, numism.j \ (1808), p. 452).
RÉGIMIS ADMINISTRATIF ET LEGAL DE l'aRMÉE 215
vides des magasins. L'armure des gens de guerre se fil plus compliquée : le fer prédomina sur le cuir, et la cuirasse fut attribuée à un plus grand nombre de combattants ; par suite, l'intendance des vêlements se transforma, s'amplifia. Enfin jadis on avait besoin de machines pour Taltaque des places \ bien rarement pour la défense; Partillerie n'avait guère son rôle dans les « raids » de cavalerie des Parthes. Les Perses font des sièges autant qu'ils en soutiennent: il faut dans les villes et castella des batteries de précaution -. Il semble bien que, le premier, Dioclélien ait compris l'urgence de pourvoir à ces services nouveaux et assez près du théâtre des opérations. Le rapport de Malalas ^ reçoit une confirmation à peu près complète de la Notitia dignitatum * :
18 Fabricae infrascriptae
19 Orieiitis qxdnque :
20 Scutaria et armoriim, Damasci,
21 Scutaria et armorum, A^itiochiae,
22 Clibanaria, Antiochiae ^,
23 Scutaria et armamentoriay Edesa,
24 Hast aria Irenopolitana Ciliciaey
25 Ponticae très :
26 Clibanaria^ Caesarea Cappadociae,
27 Scutaria et aj^moinim, Nicomediae^
28 Clibanaria^ Nicomediae.
Dans ce document, il n'est 'pas question de l'artillerie — à moins qu'elle ne soit comprise sous le terme général à'arma,
* Une inscription de Zeïzoun, de la fin du ii« siècle, mentionne un fjLa(Y)Ya(v)2pto; (BGH, XXI (1897), p. 44). Ce terme désigne un fabricant de machines de guerre.
* Cf. Iulian., Or, I, 26 D: « Tu pourvois les villes de la Syrie de machines, de garnisons, de vivres, de munitions de tout genre, et estimant que cela suffira durant ton absence, tu décides de marcher en personne contre les tyrans » (à l'ouest de l'empire). V. en effet ce qu'Ammien (XVIFI, 9,1) dit d'Amida :... turribus circumdedU (Constanlius) amplis et moenibus locatoqueibi conditorio muralium tormentonim.,.
' Xlf, p. 307: "ExT'.ae oï (ô AioxXTjTiavô;) xa». (à Antioche) cpaSp'./.à; Tp£Ï; itpo? TO xaTaJXEuiÇeîOat ô'îrXa Ttj) aTpaxcjj, extkjs os xiî ev 'Eoiaifi oaêptxi 8tà xô ik HtiXol eyy'^^ yoprt^il<jBoLi ' oisajxw; Bè xa'. àv Axaaaxàj exxt<j£ ooêpixà, 6vvoï5ffaç xàç eTrtopojxàc xtov Saoaxr^vwv.
^ Or.; XI.
' Une des trois fabriquiîs d'Antioche seulement avait été supprimée
216 l'armAb
mais cela est peu probable. En raison de leur volume, qui ne permettait souvent de les transporter que démontées, il convenait de fabriquer les pièces là où on en éprouvait la nécessité ' ; c'étaient alors les artifices eux-mêmes qui se déplaçaient.
Somme toute, les divers services dont je viens de m'occuper, pour autant que de rares documents en laissent juger, subissaient à un haut degré les hasards de Timprovisation ; cette impression va s'afArmer plus encore, maintenant que nous passons aux préparatifs de campagnes.
B. En temps de guerre. — Dès les premiers jours, les Romains éprouvèrent l'extrême difficulté du ravitaillement dans les régions nouvelles où ils étaient venus tenter la fortune. L'Arménie leur était une terre inexplorée ; les campagnes du début avaient en outre été occasionnées par les circonstances, et non préparées de longue main. L*habileté militaire des chers sufQl d'abord à tout ; des exploits comme la prise de Tigranocerle, le pillage du palais de Zarbiénos, mirent aux mains du général et de ses troupes d'énormes quantités d'or et d'argent, avec 300.000 médimnes de blé: a on admira LucuUus d'avoir su, sans puiser uiie drachme dans le trésor public, fournir aux frais de la guerre par la guerre même * ». Pompée fut tiré d'embarras par la rapidité de ses coups. Mais avec Antoine commencent les souffrances et les désastres.
Sa qualité essentielle n'était pas la prévoyance, et le temps ne comptait guère pour lui ; il semble avoir eu rillusion qu'il pourrait vivre sur le pays. Il en fallut bientôt rabattre: tout alla bien tant qu'on fut en Arménie ' ; mais dès l'arrivée en
au IV® siècle. Doit-on y voir une suite du complot auquel avaient promis leur concours deux tribuni fabricarum^ sous Constance? (Amm. Marc, XIV, 7, 18; leur supplice est raconté 9, 4 sq.). Du moins il faut croire que leur complicité semblait une chose inconcevable, puisqu'après que le questeur Montius (Magnus d'après Socrat., H. eccL, II, 34, etSozom., IV, 1), torturé, eut désigné comme conjurés Épigone et Eusèbe, au Jieu de songer aux deux tribuns qui étaient dans la ville, on fit comparaître, venant de loin, deux de leurs homonymes bien innocents : le philosophe Épigone de Lycie et l'orateur Kusèbe d'Émèse.
* Qu'on se souvienne du siège d'Udtra ; v. supra^ p. 189. En Lazique, pour l'attaque d'un fort, les Byzantins improvisent leur artillerie sur place (Agalh., III, 3, 3).
* Plut., LucuU., 29.
^ J'adopte, on le voit, sur l'itinéraire d'Antoine, Popinion de J. Kromayer, Kleine Forschumjen zur Geschicktedes xweilen Triumvirats {Uemiesj
RÉGIMB ADMINISTRATIF ET LÉGAL DE l'aRMÉE 217
Médie la disette devint une menace grandissante. Impossible d'aller au fourrage sans abandonner des morts et se retirer avec de nombreux blessés * ; car l'approche de l'hiver déterminait les chefs parthes à une guérilla active, inlassable. « On ne pouvait non plus se procurer du blé sans combat ; on manquait de moulins pour le moudre ; on avait été forcé de laisser ceux qu'on avait sur le chemin, la plupart des bêtes de somme ayant péri, et celles qui subsistaient devant transporter les malades et les blessés. Le boisseau attique de froment se vendait, dit-on, dans le camp, jusqu'à 50 drachmes, et les pains d*orge * au poids de l'argent. Les Romains durent recourir aux légumes et aux racines, se résigner à en goûter qui leur étaient inconnus (et parfois vénéneux). Le vin seul eût remédié aux maux que ces aventures occasionnaient, et il n'y en avait pas '. » L'eau même manquait. L'Arménie n'est point aussi arrosée que le ferait supposer sa grande altitude moyenne; par suite, les plateaux circonvoisins sont encore plus secs. Pompée, marchant contre l'Albanie révoltée, avait, par précaution, fait remplir d'eau 10.000 outres *. Antoine, en quittant Phraaspa, et bien qu'il évitât les plaines, dut faire endurer une soif terrible à son armée ; on puisait au moindre ruisseau, même roulant une eau malsaine, qu'on transportait, faute de vases, dans des outres ou dans son casque ; et il fallait, dans cette détresse, combattre la cavalerie parthe à chaque pas ^. Dois-je ajouter que les contrées mésopotamiennes opposaient des obstacles encore plus sérieux * ?
XXXI (1896), p. 70-104). Delbrûck (op. cit., p. 408-414) s'en tient à l'ancienne doctrine, sans discuter celle-là qu'apparemment il n'a pas connue.
* Plut., Anl., 40.
2 Dio Cass., XLIX, 27 : Antoine, manquant de vivres devant Phraaspa, donna à ses hommes, au lieu de blé, de l'orge, nourriture des chevaux quand les herbes faisaient défaut.
« Plut., Ant., 45.
♦ Plut., Pomp,, 35.
• Id., Ant,, 47. On voit que les préparatifs d'Octavie (grande provision de vêtements pour les soldats, nombre de bétes de somme, de l'argent et des présents pour les officiers — ibid.y 53) arrivaient trop tard.
* Avec sa vive imagination, Plutarque fait dire au perfide phylarque arabe, Ariamnès, qui servait de guide : « Vous croyiez donc voyager en Campanie ! » (Crass., 22) ; la Campanie était sans doute peu familière au barbare ; Dio Cass., XL, 21, à propos de la même expédition, ne
218 l'armâb
Même près des rives de l'Euphrate, Corbulon dut recourir à de durs travaux et à des subterfuges pour assurer l'approvisionneineat en eau '. Ses campagnes furent conduites avec plus de prudence ; il se rendait compte qu'elles seraient longues et que tout imprévu aurait des conséquences funestes. En Arménie même il ne trouvait pas de froment; sur les hauts plateaux, notamment vers les bords du lac de Van, il ne rencontrait que des troupeaux de moutons, nourriture désagréable aux troupes romaines et qui convenait bien mal dans les chaleurs de Tété ^ Aussi avec Tarmée marchaient de longues Aies de chameaux chargés de blé '. Par bonheur, il détenait un certain nombre de forteresses, où il pouvait abriter ses légions et toute son infanterie, tandis que les Parthes, hors d'état de faire des sièges, erraient misérablement autour des villes, voyant des nuées de sauterelles détruire les fourrages sur lesquels ils avaient compté pour leur cavalerie.
Durant le dernier siècle avant notre ère, la Syrie avait été mise effroyablement à contribution % mais ce n'était guère pour les entreprises extérieures : la guerre civile surtout en profitait ^ Cette province dut encore faire les frais de la guerre
parle pas, lui, d^un absolu désert de sable, mais d'une région un peu montueuse et non dépourvue d'arbres.
' Tac, Arm., XV, 3 : et quiaegena aquarum regio est^ castella fonlibus imposUa ; qtiosdiim riuos congestu arenae abdidit. Il est vrai que le contexte ne précise pas sutfisamment où était cette regio.
' Pour les menus accidents de cette expédition, cf. le résumé de B. W. Hcnderson, The Life avA Principale of ihe Emperor Nero, London, 1903,
•* Tac, //nw., XV, 11.
^ Caes.f Bell, ciu.y I, 32 : Les sommes imposées à la Syrie étaient exigées avec une extrême rigueur. La cupidilé inventait pour se satisfaire jf's moyens les plus variés: une taxe avait élé mise sur les esclaves, les hommes libres, les porles des maisons, les colonnes ; on requérait perpéluellement des grains, des hommes pour la guerre, des rameurs, des machines, des chariots. Il suffisait, pour qu'une chose fût frappée d'un impôt, qu'on pût lui attribuer un nom. Il y avait des chefs dans les villes, villages et châteaux forts. Le plus rude et le plus cruel passait pour un bon citoyen, de ferme caractère. La province était remplie de licteurs, agents, exacteurs, extorquant de leur mieux pour leur propre compte. — Add. Appian., Bell, ciu.^ IV, 62, pour les réquisitioQS de Cassius à Laodicée.
^ C'est pour Talimenter que Cassius isolait du continent par de grands travaux le port de Laodicée, où il voulait enfermer des vivres (Appian., t7?irf.,60).
RÉGIME ADMINISTRATIF ET LÉGAL DE l'aRMÉE 219
juive de Titus ; du moins, durant celle-ci, l'intendance romaine eut-elle la tâche aisée : retranchés dans leurs citadelles, les Israélites subirent la disette *, mais les assiégeants étaient libres de se ravitailler, et il n'y a pas dans Josèphe une seule ligne qui trahisse des embarras de cette nature ^
Par la Syrie encore s'était principalement opéré le ravitaillement de Paetus et de Corbulon ^ ; pourtant, alors déjà, une nouveauté se fait jour : des troupes avaient été laissées en Cappadoce durant un hiver ; Paetus y était venu avec des contingents du Pont et de la Galatie ; d'autres régions avaient aussi contribué aux préparatifs de campagne. Divers faits, mal connus, indiquent cette intention d'assurer aux convois de vivres un autre itinéraire éventuel, par le nord. Dans le pays des Ibères une forteresse fut construite en 75 par les Romains *, l'Arménie même peut-être occupée militairement pendant un certain temps ^. Avant de partir pour sa grande expédition d'outre-Euphrate, Trajan eut soin de nouer une alliance et d'échanger des présents avec Anchialos, roi des Hénioques «; aux Albains il donna un nouveau souverain, se procura des relations amicales avec les chefs des Ibères, des Colques et des Sarmates ' ; bref, il voulait la soumission ou
^ Rappelons que Geslius, dans sa retraite, tua ses bêtes de somme, &ne8, mulets, etc., pour qu'elles ne tombassent pas aux mains de Tennemi (los., B. /., II, 546).
^ Bien plus, la Syrie profita de cette guerre, après coup, car le butin fut tel, Jérusalem prise et le temple pillé, que l'or ne se vendait plus dans ce pays que la moitié de ce qu'il valait auparavant {Ibid., VI, 317).
^ Le chef de rintendance militaire dans une expédition s'appelait praefeclus necessariorum, eTiap^o; twv èTrtTr^oetojv. Dans l'armée de Corbulon, celui qui revêtit cette charge était le Juif Tiberius Iulius Alexander (miniultum belio datum, dit Tac, Ann., XV, 28) ; la preuve qu'il s'en lira à son honneur, c'est qu'on le maintint en fonctions pour la guerre juive ; v. l'inscription de Pline : àvTe7r(Tpo[7rov Tiozpio]u 'lou- X(oi> 'AX[e]J[dvopou iiz]ipyo\) [tJoO 'Iouoaï[xoû axpaTOÙ]. (Dittenberger, OrGrIS, 586; add. los., B^ L, V, 46; VI, 237, et Domaszewski, Rkem, Mus., AT. f., LVIII (1903), p. 218-230).
* Journ, asiatiq., sér. VI, XIII (1869), p. 96.
^ Stat., Si7tt., I, 4, 79: Rulilium Gallicum timuit | Àrmenia eipatiens Lalii iam pontis Araxes. Ces détails se rapportent peut-être à des hostilités contre les Partbes, dont nous n'aurions pas de souvenirs précis ; cf. Gsell, Domitieriy p. 232-3.
« Dio Cass., LXVIII, 19.
' Eutrop., VIII, 3 ; Plin., Epist,, X, 13-15 (^ Plin. ad Traian., 63, 64, 67 Keil).
220 L'ARMiB
Tamitié des peuplades avoisinant rArménie et le Caacase, pour être libre de se servir de la ligne de Trébizonde, qui permettrait de transporter des approvisionnements réguliers à travers le continent.
Ces convois utilisaient sur terre tontes sortes de bêtes de somme S mais en particulier, semble-t-il, des cbameaaz : on en réquisitionnait même en dehors des provinces intéressées; ainsi en Egypte, comme en témoigne un papyrus du Fayoam \ à une femme il est demandé deux chameaux» dont Tun cU xk
"^[iiôv auxoxpixopoc £eouijpou *Avt(dvCvou (Garacalla). Pois leur chargement passait sur des barques, qui sillonnaient TEuphrateeQ grand nombre, accompagnant l'armée d'invasion '. Julien, comme je l'ai dit^ en avait un millier, pauvres embarcations du reste, puisqu'il suffit de quelques tourbillons de vent el d'un grossissement du fleuve pour entraîner la perte de plusieurs d'entre elles et de leur cargaison de grains *•
Vannona militaris fonctionnait chaque année, m(us en cas de guerre elle devenait plus lourde, ou une annone supplémentaire se superposait à elle : c'est ce qu'attesteraient las titres de Tim^%\\he\x%, procurator prouinciae Syriae Pale$iiMe, ibi exavtor reliquor{um) annon[aé) sacrae expeditionis *. 11 se montra très rigoureux dans la perception des subsides de guerre. II eut pour gendre le jeune Gordien 111 et devint préfet du prétoire ; Jules Capitolin met dans la bouche de Gordien un panégyrique de fantaisie de son beau-père • : il loue les soins pris par lui pour l'approvisionnement des villes delà
^ Chevaux et mulets notamment; cf. Iulian., Ept</., 27.
« Berliner Griech. Urkund., I, 266, 1. 17-20.
^ V. p. 146 ; celle pratique commence avec rexpédition de Grassos (Plut., Crass., 20).
^Amm. Marc, XXIV, 1,10.
* Ces préparatifs (CIL, XIII, 1807) étaient en vue de Texpéditioa de Sévère Alexandre ; c'est ce que paratt confirmer TApocaljfpse joi^ d'Élie ; cf. Samuel Krauss, Neue Aufschlàsse ûber Timesitheus uni dit Perserkriege (Rhein. Mus,yibid.^ p. 627-633). Mais les approvisicoDemeoti ne venaient pas tous de Syrie ; du moins une part do matériel àt guerre était expédiée d'Occident, car une division de la flotte de Mis^oe fut chargée d'escorter, pour les protéger des pirates méditerranéens, U cour impériale et tout ce dont elle se faisait accompagner (Desean* Inscr, Lat, Sel., 2767 ; CIG, 2 509 ; cf. le commentaire de Domaszewikii niievi. Mm., ibid., p. 382-390).
® Cf. Lécrivain, op. laud,, p. 292-4.
RÉGIME ADMINISTRATIF ET LÉGAL DE l'aRMÉB 221
frontière, sa sollicitude à Tégard des soldats. Il y a dans ce développement des anaclironismes, mais peut-être Capitolin a-t-il pris dans Dexippe, plus digne de foi, Tattribution au préfet du prétoire de l'intendance générale. Zosime rapporte d'autre part qu^après la mort de Timesicles * Pliilippe TArabe lui succéda et trahit son maître. 11 voyait que des vivres étaient expédiés en abondance à l'armée, qui se trouvait avec Gordien entre Carrhae et Nisibis ; il les détourna de leur destination : les troupes, conduites dans un pays sans ressources, reprochèrent à Gordien de vouloir les faire périr, le tuèrent et proclamèrent Philippe *. Rien ne prouve absolument que Philippe disposât de la direction des convois en vertu de sa qualité de préfet du prétoire : peut-être commettait-il simplement un coup de force, parce qu'il en avait les moyens de fait. Du moins nous est-il dit qu'Auxonîus, préfet du prétoire d'Orient sous Valens en .367-9, se montra équitable, bien qu'une guerre
fût imminente, iztpl te twv elacpopwv EÎ'aTrpafiv '.
Cette question des approvisionnements prenait une importance toute particulière quand les opérations se poursuivaient à quelque distance d'un fleuve. Le siège d'Hatra, sous Seplime Sévère, dut être levé, non seulement à cause deJa belle résistance des habitants, mais parce que les fourrageurs, succombant aux coups de la cavalerie ennemie, poussèrent à la révolte des troupes déjà découragées par les chaleurs estivales *. Ce qui compliqua énormément l'investissement et la prise de Palmyre, ce fut la nécessité de conserver des lignes de communication avec la Syrie : tout venait de là, même l'eau, amenée d'Émèse, et l'on devait, pour soustraire les convois aux attaques des nomades, jalonner la route d'une série de postes militaires. Peut-être faut-il attacher, pour le fond, quelque créance aux documents apocryphes de l'Histoire Auguste, qui relatent des négociations avec la ville assiégée ; il est encore plus vraisemblable qu'Aurélien se décida à acheter la défection des nomades, alliés de Zénobie, de façon à éviter le souci des approvisionnements *.
' Oq a reconnu depuis longtemps que c'est le nom corrompu de Timesitbeus.
2 Zosim.. 1, 18,2.
3 Id., IV, 10, 4.
♦DioCass., LXXV, 10-11.
* Et 0*681 ainsi que s'explique le mot de Zosime (I, 54, 2) : x-^c xpocp^c
222 LURMiB
Julien était parti prudemment muni de tout le nécessaire : (c Mes bateaux de rivière, écrivait-il S sont pleins de blé et plus encore de biscuits secs et de vinaigre. » Une masse de chariots accompagnait en outre son armée *, et il arriva qu*on pût, chemin faisant, améliorer son ordinaire en décochant des flèches sur les troupeaux de cerfs qui gambadaient dans la plaine ^ EnQn le pillage du camp perse, après la défaite des ennemis, mit au pouvoir des Romains une telle abondance de provisions qu'il y eut à craindre une prodigalité abusive et nuisible au bon ordre *.
Julien se croyait à Tabri de tout besoin; aussi, sur sa route, détruisait-il palmiers, vignobles, magasins, pour faire expier aux Perses ce dont ils s'étaient rendus coupables à Nlsibis, Bezabde, Singara. Mais cette richesse ne dura pas ; la misère commença avec la retraite : les Perses enx-mémes brûlaient les récoltes avant le passage des Romains ^, ou lâchaient les écluses du Tigre pour inonder la plaine K Au siège de Maiozamalcha, pendant que l'infanterie attaquait, la cavalerie devait battre la campagne pour découvrir des vivres ^. La disette véritable se fit sentir encore après la paix signée ; pas d'herbe même ; une fois, deux officiers emportèrent du château perse d'Vr des vivres pour quelques jours ' ; mais ensuite « quand on trouvait par hasard, très rarement, un boisseau de farine, il se vendait au moins dix aurei ».
Iy, twv 7tXr^(jta^(5vTa)v èOvtôv tî{» axpaToiréStj) ^opaYOUfiévTjc... Ao lieu de piller les provisions, les nomades désormais se faisaient eux-mêmes pourvoyeurs.
» EpisL, 27.
«Liban., EpisL, 1186.
3 Amm. Marc, XXIV, 1, 5. — Maurice (S^ra/^gf., 1,9, p. 44) condamne cette licence el recommande de ne pas permettre, en temps de guerre, la chasse aux animaux sauvages, car c'est une occasion de trouble. Il est vrai qu'il conseille aussi (p. 43) de ménager les lieux cultivés et de ne pas piller les villes (!)
^ Eunap., fragm. 16-17, p. 68 Bonn. Après la prise de Pirisabora, on trouva dans la place une masse de vivres et d'armes ; on prit ce qui était utile et brûla tout le reste (Amm. Marc, XXIV, 2, Z2).
» Amm. Marc, XXIV, 7, 7.
Md.,XXlV, 3, 10.
"^ Un corps de coureurs perses, sorti de Ctésipbon, enlève les bétes de somme et tue quelques-uns des fourrageurs, qui 8*étaieDt imprudemment écartés (Id., XXIV, 5,5).
Md.,XXV, 8,6. 7. 15.
RÉGIME ADMINISTRATIF ET LÉGAL DE l'aRMÉE 223
Non seulement l'armée devait être munie, mais on avait soin d'accumuler des réserves derrière soi, dans Les places principales, pour leur permettre de résister longtemps à un siège, ou de fournir, en cas d'urgence, des ressources nouvelles, plus vite réunies et transportées : Constance avait ainsi approvisionné Édesse, tandis qu'il observait les mouvements de Sapor ^ A Dara, devenue forteresse frontière, Anastase avait construit des greniers et pratiqué des citernes '. Nous aurions dans la chronique de Josué le Stylite des renseignements précieux sur les obligations des villes et de leurs habitants envers le service de défense, si l'auteur s'exprimait avec plus de clarté '\ Il parle de l'impôt qui pesait sur chaque maison d'Édesse : dix hvres de fer, pour l'exécution d'un travail qui en exigeait une grande quantité *. iMais ses récits sur la disette d'Amida, pendant la courte période où les Perses en furent maîtres, ne sont pas d'un témoin oculaire et relèvent plutôt de la légende ^
Au sujet des transports, Procope, non plus l'historien, mais le pamphlétaire de Justinien, a encore multiplié les doléances ^ : depuis longtemps le trésor public nourrissait de nombreux troupeaux de chameaux, qui portaient les bagages des troupes en campagne. Les paysans n'étaient nullement astreints à la corvée d'y pourvoir, et rien de nécessaire ne manquait aux soldats. Mais Justinien a supprimé presque entièrement ces troupeaux, et les troupes sont au dépourvu. De Tannone mi-
* Id., XXf, 7,7. — Des particuliers mettaienl môme à Tabri leurs trésors dans certains castetUif où ils ne pensaient pas qu'on dût les chercher. Des transfuges dénoncèrent au roi de Perse ceux qui avaient été cachés dans les forteresses des environs d'Amida (Id., XVIII, 10, 1-2).
- Cedren.,1, p. 630 Bonn.
3 Qu'entendre, par exemple, sous ces mois (40) : « A la suite de la misère des habitants d'Édesse, Anastase les dispensa de fournir de Feau aux Romains »? Le commandant romain avait fait aussi des contrats avec cette ville pour des livraisons de blé.
* Chron.y 53.
* 77-78 : Les Perses n'osaient quitter les remparts : ils y avaient installé de petits fours, où ils faisaient cuire la poignée d'orge qu'on remettait à chacun pour sa journée; ils établirent au môme endroit de grands pétrins, pleins de terre, où ils semèrent des légumes. Add. l'histoire singulière des femmes qui mangèrent ceux qu'elles pouvaient arrêter, et de l'édit du chef perse ne permettant de dévorer que les morts.
* Hiii, arcan., 30, 15.
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litaire, un tableau 1res poussé au noir nous est présenté : Les propriétaires doivent nourrir Tarmée en proportion de lenn biens ; s'ils ne trouvent pas sur place ce qui est exigé, il le leur faut acheter à des prix exagérés et le transporter très loin, suivant le hasard du campement, pour le donner à mesurer aux chefs de l'intendance, qui y appliquent, non la loi universelle, mais leur bon plaisir. Voilà ce qu'on appelle l'annone I une ruine pour des malheureux, qui paient dix fois ce qu'ils doivent et ne fournissent pas seulement Tannée, mais même Byzance ^ ! Quelque part que Ton fasse à Texagération, il ne fait pas doute que l'administration militaire du vi* siècle était déplorable ^.
Le Strategicon de Maurice n'a pas négligé le train des équipages ^ Les tagmatarques ont charge d y subvenir durant rhiver *. Il ne faut pas s'embarrasser de convois trop considérables ^ ; cependant, ne compter que médiocrement sur les ressources qu'on se procurera en chemin *. Le bagage doit rester dans le camp ; les enfants et parents des soldats, qui le surveillent^ être mis en sûreté, pour que les combattants n'aient pas, dans la bataille, l'esprit distrait par ce souci ^. Les vedettes envoyées en exploration ont à se pourvoir largement de vivres à leur usage personnel *, et l'auteur se préoccupe même de ce qu^il faut que chaque combattant en emporte sur lui à toute éventualité ®. On reconnaît là la minutie qui est une des caractéristiques de ce livre ; une recom-
* Ibid,, 23, 11-16.
2 Le Bellum Vandalicum nous en apprendrait un peu plus, mais il faut le laisser hors de cause.
^ Désigné d*un nouveau nom, xoûXoov, ainsi défini (I, 3, p. 30) :f, iroffXEUT) TWY ffTpaxiwTcJv, Touxiffxi TTalSic xe xai UTtoÇu^i^t xat xà ).o:ità Jô»!. Cf. tout le livre V.
* Ne pas consommer le vin ou le pain qu'oa trouve en campagne sans l'avoir d'abord fait goûter à des prisonniers ; et de même poar l'eao des puits. Sans ces précautions, on risquerait d*être empoisonné (IX, 3, p. 220-221).
"^ los., B, /., III, 69, a loué la valeur des valets d'armée, qui restaient longtemps dans cet emploi et acquéraient rexpérience des guerres. Aa VI' siècle, on voit que le système des limitanei met en mouvemcDl, à divers titres, les familles tout entières.
' VI, 11, p. 143. — Cf. los.» B. L, III, 95 : ^(jLfipûvxe xpicûv ^ooiov.
RÉGIME ADMINISTRATIF ET LEGAL DE l'aRMKE 225}
mandation, du moins, était un peu inulilesans doute aux contemporains de Maurice : celle d'éviter Tencombrement. Tout indique que le défaut de l'intendance byzantine n'était pas la recherche du superflu.
§ IL — Le service sanitaire.
Nos sources syriennes ne permettent guère de contrôler ou de compléter les notions générales que nous avons sur le sujet * ; cette lacune est encore due principalement à la rareté des inscriptions. Médecins et ambulances étaient certes nécessaires dans des campagnes aussi pénibles que celles d'Orient ; les auteurs parlent bien des fois des pertes subies, des souffrances de l'armée, rarement des soins donnés aux malades ou aux blessés ^. Pourtant, au cours de la bataille de Garrhae, malgré le désastre essuyé, nous est-il dit, on parvint à emmener les blessés qui ne pouvaient fuir '. Arrien, en tournée dans la Colchide, inspecte, en même temps que les armes, les approvisionnements etrétat des forteresses, xoù; xàfxvovxaç ♦.
Dans le Strategicoii de Maurice, de brèves dispositions sont prévues iiepi SriTrwxàxwv ^ : ridée essentielle est qu'il faut désigner d'avance les ambulanciers {depiUati), pour ne pas distraire les hommes du combat. Il est probable que, dans les sièges, les soins à donner aux blessés appartenaient aux prêtres et religieux de la cité. Les sentiments d'humanité étaient en ce temps-là quelque chose de très superficiel : lorsqu'un auteur fait allusion aux pertes d'une armée, il songe à l'affaiblissement de celle-ci, aux chances réduites de succès pour la prochaine rencontre. Ces guerres ont un caractère de sauvagerie assez marqué : on ne fait guère quartier à moins de rançon*.
* Cf. Marquardt, Organis. mi7i7., p. 297 sq.
2 Carin, à l'approche de l'hiver, rentre de Perse en Cyrrhestique, pouXojjievo^ xat xo Toiov ŒTpaxov àvaraûaai xal xoùç irXïJYâxouc 6£pa7reu6^vat (Malal., XII, p. 304-305, Bonn).
* Ils gémissaient d'être abandonnés; quelques ofOciers firent descendre les moins malades du dos des bêles de somme et monter à leur place les plus grièvement atteints (Plut., Crass,, 26).
* Peripl. Euxen., VI, 2 (à Apsarus); X, 3 (à Dioscurias). » II, 8, p. 62.
^ Ou bien pour se procurer des colons, ou des soldats supplémeataires
226 L*ABMiB
§ III. — Les courriers et le service cCin formation.
J*ai déjà traité un côté de la question en parlant des espions qu'entretenaient les deux empires >. Ils étaient mis paf l'administration militaire en union étroite avec les ambassadeurs, qui rendaient leur tâche plus facile» et à qui eux-mêmes permettaient de correspondre plus rapidement avec le gouvernement qui les avait envoyés '.
Mais il nimportait pas seulement d*ètre renseigné sur les mouvements de Tennemi et les affaires de l'étranger. Chaque légion comptait d*a|)ord une dizaine de speculatores^ chargés du transport des dépêches '. Pour la poste proprement dite» poste officielle et gouvernementale, les Romains n'avaient qu'à s'inspirer de l'exemple des anciennes monarchies orientales ^. C*est encore Procope qui nous documente sur ce sujet * :
contre quelque autre ennemi : par exemple, toute la population de Sin« gara est emmenée au fond de la Perse (Amm. Marc., XX, 6, 7), ainsi que celle de Théodosiopolis d'Arménie (Josué le Stylite, Chrontq., 49). Après la prise d'Amida, la plupart des chefs romains furent mis à mort (Amm., XIX, 9, 2). Plus tard, les Romains, « sur les borda du Tigre, tuèrent tous les mâles au-dessus de douze ans, et emmenèrent les autres, avec les femmes, en captivité. Le mettre de la milice a^ait ordonné Texécution de quiconque, parmiles Romains, sauverait un maie de douze ans ou plus » (Josaé, 80) ; v. dans Procop., fi. P., Il, passim^ bien des cas de dureté.
^ Deuxième partie, chap. III, § 6.
2 Cf. Aram. Marc, XVIII, 6, 17 : « Parvenus à Amida, où nos espions étaient eux-mêmes arrivés, nous trouvâmes dans un étui un parchemin, sur lequel étaient des caractères que nous adressait notre ambassadeur Procope, donnant un sens obscur, mais à desseio ».
3 Cf. Waddington, 1881 (Héliopolis), un speculator de la leg. I {Parihica?) Anloniniana; BuU, deW Islit., 1884, p. 27 : T. Flauius Domilianus domo Nicomediaf quod speculator leg. IIJ Parih, Seuerianae uouit^ hoiiatus leg, X Frelensts princeps peregrinorum reddedil ; CIL, III, 14385 b : un speculator de la lll Gallica.
* Cf. Seeck, Angaria et Cursus publicus (Pauly-W.). Le cursus clabularis {clabulare zz chariot) fonctionne encore en Orient après Tempereur Léon, pour le service de guerre et le transport des députés, aux frais des propriétaires fonciers (G. Theod., VI, 29, 5, 1 ; C. Iust.,XII, 50, 23).
^ Hvit^ arcan., 30,1 11.
RéGlMfi ADMINISTRATIF ET LÉG.VL DE l'aRMÉE 227
Les empereurs de jadis, pour être informés de l'état des provinces avaient établi des courriers réguliers. Dans le seul espace d'une journée de marche de piéton, il y avait toujours de cinq à huit hôtelleries, organisées sur leur ordre, et où logeaient respectivement une quarantaine de chevaux et autant de palefreniers. Les courriers pouvaient changer fréquemment de montures et faisaient en une journée de trajet l'équivalent de dix. Les propriétaires des terrains éloignés de la mer tiraient |)on profit de ces relais, débouchés permanents pour leurs produits. Ce service facilitait enfin la perception de l'impôt. 11 paraît que partout Justinien le désorganisa; il réduisit le nombre des hôtelleries et remplaça les chevaux par des ânes *. Il ne fit qu'une exception, bien inattendue vu sa négligence générale à Tégard des affaires d'Orient, en faveur de la route de Perse, où il maintint l'ancien état de choses. Cette anomalie même mettrait légitimement notre méfiance en éveil sur le bien fondé de la critique.
On peut enfin se demander si, pour correspondre avec les places investies, les Romains n'ont pas usé, dans leurs provinces orientales, d'un procédé qui entra dans leurs habitudes dès la fin de la République ^ 11 nous est rapporté que dans les derniers temps du règne d'Héraclios, le castellum d'Azas, sur la roule d'Alep, ayant été envahi traîtreusement par le renégat Yukinna, uniillet confié à une colombe avertit le commandant de la place, qui arrêta Yukinna. Le fait n'aurait rien de surprenant, mais il n'est relaté que par un auteur tardif ^
§ IV. — Les travaux de la paix.
On peut les diviser en deux groupes : la préparation à la guerre, autrement dit les exercices miUtaires, et les travaux publics.
* Rapprocher le modeste équipage qu'Héraclios expédie vers le député du nouveau roi de Perse, Gavad, lui apportant des ouvertures de paix : il lui envoie c deux ambassadeurs avec une petite troupe de jeunes gens choisis, et vingt ânes bien sellés » (Chron. Pasch.y p. 730 Bonn).
2 V. sur leurs pigeons voyageurs ; Wescher, Bull, de la Soc. des antiq, de France, 1870, p. 162.
8 Saint-Martin, éditeur de Lebeau, Hist, du Bas-Empire, XI (1830), p. 255, remprunte à V Histoire d'Alep, écrite en arabe par Kemci-Eddin, au milieu du sin^ siècle.