‹ La frontière de Savoie, comédie-vaudeville en un acteChapitre 15 sur 27 · SCÈNE XII · texte numérisé non relu

SCÈNE XII

Les Précédens, LA COMTESSE, entrant par la porte latérale

à droite.

LA COMTESSE , à part en souriant.

Pauvre Nisida ! je sais tout , et je compte sur elle.

GODIVET , à la comtesse.

Eh bien! venez donc là... près de nous. {La faisan l asseoir

à sa droite.) Ah! c'est déhcieux de se trouver ainsi à une bonne

table... entre Mars et Vénus... C'est pour vous, monsieur le

major, que je dis cela... vous comprenez la plaisanterie eh !

eh ! eh ! A boire î. . . qu'on me verse à boire ! PEPITO debout^ le servant.

Voilà... ( A part.) Si je pouvais me raccommoder avec lui... Versons lui tout plein.

LA COMTESSE , lui offrant une assiette.

Voulez-vous de ce macaroni.

GODIVET. -

Oui , ma chère comtesse... c'est-à-dire , ma chère femme.. .. j'en veux bien... ( Lui serrant la main. ) Je veux de tout... et le major aussi ... le dieu Mars !.. Je suis aimable, n'est-ce pas ? . . . je le suis toujours quand j'ai faim... et voilà un macaroni!... excellent macaroni.

LA COMTESSE

Vous trouvez...

GODIVET.

Oui, femme charmante... Par exemple, le parmesan n'est pas assez fort... ce n'est pas ce que nous appelons parmesan première qualité.

PEPITO.

C'est cependant ce qu'il y a de mieux... on le prend chez Giletti, le premier épicier de Chambéry.

GODIVET, avec colère.

Giletti! un débitant de cassonade... im droguiste à la demilivre...

PEPITO.

Permettez...

GODIVET.

Tandis que nous avons là des épiciers français...

PEPITO.

Mais, monsieur le comte...

Oui , monsieur, la France est encore la première nation de l'Europe pour l'épicerie... Il y a là quelque chose de fin, de délicat , de coquet, dont vos Savoyards ne se doutent pas.

LASCARI.

Nous n'aurons jwini de dispute là-des.sus.

GODIVET.

Je crois hieii... il paraît que le dieu 3lars n'aime pas la guerre. C'est drAle, n'est-rr pas? c'est de l'érudition!...

àf boire! ( Pendant c/u'un luivrrse. ) Toujours à boire... et

buvons à nos amours aux vôtres, monsieur le major.

LASCARI.

Ah ! monsieur le comte, ne me parlez pas de cela.. . ici surtout.

GODIVET.

Un soupir!... il a laissé quelques souvenirs d'amour dans c»^ pays...

LASCARI.

C'est vrai: j'étais jeune alors...

GODIVET.

« J'étais jeune cl superbe. »

Comme l'Œdipe de M. de Voltaire, dont on ne veut plus maintenant , et dont nous faisons des cornets. LA COMTESSE.

Hein!...

(Elle lui (ioniie un couj> (te |iieil.1 GODIVET , à part.

Ah ! elle m'a marché sur le pied...

LASCARI. ^ ^ ;!"'; '";"'

J'adorais une petite fille de ces environs... et j'en étais aimé... Cette chère Adolphine !

GODIVET.

Adolphine! tiens, c'est le nom de ma femme.

LASCARI.

Comment, madame la comtesse...

LA COMTESSE , vi\}ement.

Oui, monsieur... un de mes noms...

GODIVET.

Bah r... vous aussi... est-ce étonnant!

LASCARI.

Par malheur , et pendant ma dernière campagne, qui a duré trois ans... toujours dans la gendaïuuerie française... elle m'écrivit qu'elle était obligée de se marier. GODIVET , riant.

Ah ! c'est charmant ! . . .

LASCARI.

Mais que si jamais elle avait à se plaindre de son niari , elle me jurait bien...

GODIVET.

De vous prendre pour vengeur. ( hiant et s'èchauffunt.) EWc est bonne celle-là... et le mari n'a qu'à bien se tenir... Je bois à sa santé. (// P«fy?/Vo, (fui rentre.) Qu'est-ce que c'est?... Qu'estce que tu veux ■'

PEPITO.

Il y a une femme qui vient d'arriver au château... elle demande à parler à monsieur le comte ou à madame la comtesse.

GODIVET.

Est-elle gentille ?

LA COMTESSE

Monsieur...

GODIVET.

Pardon , madame la comtesse... (y4 Pepito.)QvL elle attende! on verra après le souper. . . Apporte-nous du café, de la liqueur. . . quelque chose de bon... de l'huile de Vénus... du cassis... j'adore le cassis.. . surtout le mien.

LASCARI.

Le vôti'e ?

LA COMTESSE , iHvcment.

Oui, celui que je fais... n'est-ce pas, mon ami?

GODIVET.

Bah ! vraiment?... elle fait du cassis... c'est original. (Chantant.) Tra y la, la, la... la petite chanson... Cnantez-vous , mon ange?

LA COMTESSE

Jamais , monsieur.

GODIVET.

Et moi , toujours.

» J'étais bon chasseur aulrelois. »

Ou bien :

« Feaimes , voulez-vous éprouver.. . >>

Voilà monsieur le comte dedans.

GODIVET.

Et j'ai du neuf... je sais tout Desaugiers et les refrains de M. Béranger....

M Allons, Babet , un peu de complaisance. » « Eh ! Eon , zon , zon , Baise-moi , Suzon... »

( Il vcul embrasser la comtesse, — La comtesse le repousse.)

Encore !... ah ! ma chère comtesse... Mais j'y suis, c'est le niBi- ']or.(^/i Lasi.ari.) Dites donc, major, voilà qu'il est tard... on va vous conduire dans votre cliambre.

LASCARI , se let>ant.

C'est juste... je me retire... par exemple , je vais faire mettre des fadioimaires A la porte de cot appartement.

GODIVET.

Tout ce que vous voudrez , pourvu que vous nous laissiez seuls...

( Deux valets emportent U table. )

LA COMTESSE , à part.

Et Nisida qui m'avait promis.

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