GODI VET
Il se passe qu'on veut me faire violence qu'on veut
m'enlevcr. . . ce garçon-là. . .
Toi, Carlo?
Laissez-moi, perfide.
Et il fait son devoir.
CARLO
LASCARI.
GODIVET.
Le dieu Mars , à présent...
LASCARI.
L'ordre m'est arrive de vous arrêter sans pitié , pour vos intelligences avec la frontière.
GODIVET.
Je n'ai pas d'intelligences.
LASCARI.
Et de vous envoyer sur-le-cliamp à Turin, où la bonne justice de Sa Majesté vous attend.
ADOLPHIIVE.
O ciel ! mon mari ! je me trouve mal !
( Elle tombe dans un fauleuil. ^ CARLO.
On en a déjà fusillé deux.
LA COMTESSE , tombant dans un autre fauteuil. Dieu! si c'était...
NISIDA, pleurant. Monsieur le comte —
GODIVET.
Eh bien! voilà qu'elles pleurent toutes les trois!... elles se croient déjà veuves. ( Allant de l'une à l'autre. ) Mesdames , mesdames, rassurez-vous... reprenez vos sens comme je reprends moi-même mes titres, et mon vrai nom... car je déclare ici, à la face du ciel , que je suis Godivet , le seul et véritable Go— divet... je ne suis ni grand seigneur, ni trompeur, ni séducteur... je suis épicier, un loyal épicier : j'ai voulu venger l'honneur du corps... ça m'a joliment réussi... et voilà ma femme qui vous l'attestera, si elle ne veut pas me laisser pendre.
ADOLPHINE , à Lascari.
Il l'aui'ait bien mérité.. . mais je suis déjà assez vengée.
LASCARI.
Hélas î madame, cette ruse-là même ne le sauvera pas. .. car un rapport que je reçois à l'instant m'apprend que l'épicier Godivet , giâce à vui passeport bien en règle , a passé la frontière ce matin.
LA COMTESSE, s'élu/iÇant.
Mon mari I monsieur ?. . .
( Elle prend le rapport)
LASCARI.
Eh non ! . . l'épicier Godivet. . .
LA COMTESSE*
Il est sauvé!... {A GodU^et. ) Pardon , monsieur, pardon... je vous ai compromis un instant, en changeant votre passeport, à voti'e insu... mais vous le voyez , c'était pour sauver mon mari.
ADOLPHINE
Est-il possible ! et cette petite ?
LA COMTESSE
Une plaisanterie pour gagner du tems... et pour nie pas épouser Pepito qu'elle déteste.
PEPITO.
Merci.
ADOLPHINE
Et moi qui ai pu le soupçonner... moi , qui dans ma colère...
LA COMTESSE
Major, j'ai bien des excuses à vous demander.
LASCAHI.
Aucune , madame. . . et je suis ti'op heureux de l'accueil que j'ai reçu au château.
GODIVET.
Je n'en dirai pas autant et je reviens à ma femme , ma
vraie femme, ma seule et unique... car de trois femmes que
j'avais , il ne m'en reste qu'une pourvu encore qu'elle m'a|>
partienne entièrement... et; que cet imbécillede major...
ADOLPHINE
Qu'est-ce, que c'est ?
GODIVET , la prenant sous le liras.
Rien. . . je me renferme désormais avec ma fennue , dans mon comptoir {regardant le rnajur), où il n'y a place que pour deux, et alors enverra...
( Saluant tout 1c moudc )
N'oubliez pas que vous avez la pratique du château.
GODIVET.
C'est la .seule chose que j'y aurai gagné... et... {s'adressant au public ) , si ces messieurs et ces dames veulent bien ne pas ou-
* Carlo , NisiJ.. , Laicari , h Comicjic , Goilivcl, Adolphine , Pcpilo.
blier notre adresse Grande rue... au Mortier d'Or : Godi-
vet , épicier.