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La frontière nord de la province de Québec [microforme]

En réponse à une adresse de félicitations qui lui était présentée, dans le cours de l’automne deruier, par le conseil de ville de Québec, à l’occasion de son élévation au poste de lieutenant-gouverneur de la province de Québec, l’honorable M. Masson disait :

“ J'ai souvent parcouru le chemin de Sainte-Foye, témoin de l’héroïsme de nos ancêtres (KR! a tous, et admiré cette incomparable plaine de la rivière Saint-Charles, si merveilleusement { |] encadrée par les Laurentides, et je me suis dit que, au-delà, bien au-delà de ces montagnes, se trouve peut-être, s'étendant jusqu'aux rives de la baie d'Hudson, un champ vaste et productif d'exploitation qui pourra contribuer avant longtemps à la prospérité de la ville de Québec et de toute la province.”

Pourquoi l'espoir exprimé par notre lieutenant-gouverneur ne se réaliserait-il point ?

Pourquoi, comme notre province sœur d’Ontario, qui vient d’obtenir une extension considérable de ses limites, n’aurions-nous pas notre part de ces vastes territoires qui s'étendent au nord de u0os frontières actuelles ?

Ne sommes-nous pas, nous enfants de la province de Québec, les descendants, les héritiers directs de ces hardis coureurs des bois qui les premiers se sont aventurés dans ces

if contrées inconnues ? an LAS n Ne sont-ce pas nos missionnaires, des jésuites français, qui les premiers ont porté le j NL flambeau de la foi et de la civilisation au milieu des populations sauvages qui les ha-

ù bitent ?

Nous avons des droits acquis sur ces régions, jui. ne. le cèdent en rien pour la fertilité aux territoires canadien et améfigain. di” Nord-Ouést, tout en ayant sur ceux-ci l'avantage d'être bien boisées et copieusement arrosées ; et ces droits, nous awions tort de ne pcs les

pes revendiquer.

EE | Depuis que les paroles citées plus haut ont été prononcées, la législature de Québec 8 L' ayant agité cette question dans sa session dernière, j'ai pensé qu’une étude sur les faits

qui s’y rattachent pourrait n'être pas sans intérêt. C’est ce qui m'a décidé à grouper, bien trop à la hâte malheureusement, une certaine quantité de preuves qui, à mon sens, donnent à la province de Québec des droits indiscutables à la possession des territoires qu* de sa frontière nord s'étendent jusqu'à la baie d'Hudson.

Je me contenterai d'envisager lc sujet à un point de vue purement historique, jusnu’au jour où les possessions françaises en Amérique ont été cédées à l'Angleterre par le traité de 1768, laissant aux hommes politiques qui auront mission de la débattre, le soin d’en tirer les conclusions.

Après avoir fait l'exposé de chacun des motifs que l'Angleterre et la compagnie de la

Sec. I, 1885.—12,

Universitas

baie d'Hudson faisaient valoir à l'appui de leurs prétentions sur les territoires du Nord, je donnerai à l'encontre les raisons sur lesquelles la France se fondait, pour maintenir ses droits sur cette partie du continent américain.

Pendant longtemps la baie d'Hudson fut le sujet de vives contestations entre la France et l'Angleterre, ou plutôt la compagni- de la baie d'Hudson, à qui le roi Charles II avait cédé en 1670 des droits fictifs en ces parages.

Personne n’ignore que cette région fut le théâtre de quelques-uns des faits d'armes les plus mémorables qui aient été enregistrés dans les annales militaires du Canada, sous la domination française ; que là eurent lieu les principaux exploits de LeMoyne d'Iberville, qui valurent au jeune capitaine le surnom glorieux de Cid du Canada.

Les Anglais font remonter leurs droits de possession sur la baie d'Hudson à un voyage de découverte que les frères Cabot firent dans ces parages vers l’année 1498.

En admettant que la mer du Nord ait été visitée par les Cabot, et plus tard même par Henry Hudson, qui, après y avoir passé l'hiver de 1510 à 1611, y périt au printemps suivant, abandonné par son équipage en révolte, par le chevalier Thomas Button en 1612, par Baffin en 1615, et par Fox et James en 1681, rien ne prouve qu'aucun de ces navigateurs, dont le seul objectif était la aécouverte d'un passage conduisant à la mer des Indes ait fait une prise de possession quelconque de la région qu'elle baigne.

Ces hardis marins, qui poursuivaient un but unique, devaient considérer comme peu

avantageuse pour leurs pays la possession de terres qui semblaient ne recéler aucun des métaux précieux dont la découverte faisait l'ambition des navigateurs, à cette époque.

Au reste, cette prétendue décoururte de Cabot peut bien avoir eu, au point de vue ‘le l'Angleterre, le même résultat que celle de Terre-Neuve faite en 1491 par le même nevigateur, et qui n’en fut pas moins acquise à la France trente-quatre ans plus tard (1525) par la prise de possession de Verazzani, au nom du roi François Ier.

Depuis le jour où Christophe Colomb se vit voler jusqu'au nom du nouveau conti- “rent qu'il avait révélé à l’ancien monde, combien, parmi les hardis navigateurs qui le suivirent, ne profitèrent pas des avantages de leurs découvertes !

Voici ce que Charlevoix ' dit au sujet de la première prise de possession de la baie CR

…… Mais il est certain nude fat : :Hénrÿ ‘Hudëün, Anglois qui en 1611, donna son nom, et à Ja Baye, et au Détroit, "par Gù ‘il'énttai ‘On rie schh rien de ce qu'il y fit, on ignore méme s'il y pénélra bien avant. Les prétendus prises de possession de Nelson, de Thomas Button et de Luxfox, faites en divers temps de tout ce pays, quand elles seroient aussi constatées, qu’elles le sont peu, n’étaplissent pas mieux les droits, que cette Nation (l'Angleterre) s’attribuoit sur cette Baye au tems, dont je parle, que celles de Verazzani sous le règne de François I ne nous donnoit celui de revendiquer la Caroline, la /irginie et les autres Provinces de l'Amérique Septentrionale, qui sont aujourd’hui occupées par la Couronne d'Angleterre, puisqu'il est certain que les Anglois ne possédoient rien aux environs de cette Baye, lorsqu'en 1656 :e Sieur Bourdon y fut envois pour en assürer la possession à la France: Cérémonie qui fut plusieurs fois renouvellée dans la suite.”

La première tentative sérieuse d'occupation de la baie d'Hudson par les Anglais n'eut lieu qu’en 1668, et voici en quelles circonstances :

iVol. I, p. 476.

Deux Français établis au Canada depuis un grand nombre d'années, ! Chouart de Grozeillers et de Radisson, avaient conçu le projet de faire en grand la traite des pelleteries vers la mer du Nord. Ayant vainement cherché à Québec quelqu'un qui voulût s'as- | socier à leur entreprise, ils passèrent en Angleterre où ils s'adressèreut au prince Rupert, neveu du roi, qui leur fournit les moyens d'entreprendre une expédition dont le commandement fut donné au capitaine Zacharie Gilham.

Cette connaissance des seules ressources que pouvaient offrir les contrées avoisinant la baie d'Hudson semble prouver à l'évidence que les deux aventuriers français avaient | déjà visité ces parages. Une note qui se trouve dans le Journal des jésniles, à la date du 3 mai 1662, me confirme dans cette certitude, quant à des Grozcillers, au moins.

“Je partis de Québec — y est-il dit — pour les Trois-Rivières. Je rencontrai des Grozeillers qui s’en allait à la mer du Nord.”

11 paraît évident aussi que des Grozeillers et son compagnon n'avaient d'autre but, en conduisant les Anglais à la baie d'Hudson, que d’y faire une expédition purement commerciale, et non d’en prendre possession au nom de la Grande-Bretagne. Ce qui le | prouverait, c’est que nous voyons, quelques années plus tard, en 1682, les mêmes des | Grozeillers et de Radisson se mettre à la tête d’une expédition semblable pour le compte

de la compagnie du Nord formée par les marchands de Québec, et s'emparer même d'un

fort que les Anglais avaient construit sur la rivière Nelson. | Quoiqu'il en soit, c'est à la suite de cette expédition de 1668 que le prince Rupert | obtint du roi d'Angleterre, Charles IT, la charte sur laquelle la compagnie de la baie d'Hud- | son «est toujours fondée, depuis, pour appuyer ses prétentions sur les territoires du Nord. Le roi d'Angleterre, en octroyant cette charte, n’a pu avoir l'intention de conférer à la ( compagnie de la baie d'Hudson des droits qu'il ne possédait pas lui-même. Cette idée il Î est, du reste, manifestement exprimée par la phrase suivante qui s’y trouve : “ Nous avons donné, octroyé et confirmé, et par ces présentes donnons et confirmons pour nous, nos héritiers et successeurs, le commerce exclusif de tous les détroits, mers, baies, rivières, -Iacs, criques et bas-fonds, quelque soit leur latitude, compris entre l'entrée des détroits com- f munément appelés détroits de la baie d'Hudson, avec toutes les terres et territoires situés { sur ces contrées, côtes et confins de terre, baies, lacs, rivières, criques et bas-fonds ci-dessus Li qui ne sont pas maintenant en la possessiou de quelques uns de nos sujets ou ne leur G auront pas été octroyés, 04 ne sont pas en la possession des sujets de quelque autre prince ou Etat Chrétien. ….”

Cette exce”tion en faveur de tout ce qui pourrait être déjà en la possession des sujets de quelque autre prince chrétien prouve d’une façon assez claire que le roi d’Ar cerre ne définissait pas bien exactement la nature de ses prétentions sur la baie d'Hudson et les territoires environnants. Cette charte ne pouvait donc s'appliquer qu'aux terres à découvrir, car sur la question de l'occupation antérieure de ces contrées par la France il ne peut y avoir de doute.

Dans une lettre que le P. Allouez écrivait en 1667 au P. Jacques Cordier, provincial de l'ordre à la Nouvelle-France, sur la mission des Kilistinous, tribus qui vivaient dans les environs de la mer du Nord, il dit:

1 M, Suite, dans son Histoire des Canadiens-français, dit que, dès 1645, ce Chouart des Grozeillers était employé, pour le compte des jésuites du Canada, à des voyages de découvertes.

“ Les Kilistinous ont leurs demeures plus ordinaires sur les costes de la Mer du Nord ; ils naviguent sur une rivière qui va se descharger dans une Grande B: ye que nous jugeons bien probablement celle qui est marquée dans la carte avec le nom d'Hudson, car cenx que | j'ay veus de ce païs m'ont rapporté qu'ils ont eu connaissance d'un navire, et un vieillard, entre autres, me dit qu'il l'avait veu luy-mesme, à l'entrée de la rivière des Kilistinous, dont le païs est encore plus au nord.

“Il m'adjousta qu'il avait uussi veu une maison que les Européens avaient faile en terre ferme, de planche et de pièces de bois...”

Preuve qu'il y avait eu avant cette époque (1667) des terrains occupés sur la baie d'Hudson même, soit par des sujets anglris, soit par des sujets de quelque autre prince ou élal chrélien.

Or, comme il paraît parfaitement établi que les Anglais n'ont pu faire aucun acte de prise de pssession dans ces régions avant 1668, il est supposable que la maison dont il vient d’être question était le poste que les Français avaient construit en 1661, à l'embouchure de la rivière Rupert, qui prit, pour cette raison, le nom de rivière des Français, sous lequel elle est le plus souvent désignée sur les cartes anglaises les plus anciennes.

Ce fait est consigné dans un mémoire produit par la Compagnie Française du Canada en réponse à un factum que la compagnie de la baie d'Hudson avait adressé aux commissaires chargés de régler (en 1687) leurs difficultés.

Au reste, la Compagnie anglaise avait une si médiocre confiance dans la validité de su charte, que vingt ans après l'avoir obtenue (en 1690 ), elle en demandait la confirmation au parlement, qui la reconnut, mais pour sept ans seulement.

A l'expiration du temps fixé, aucune nouvelle demande ne fut adressée au parlement par la compagnie, et jamais, depuis, les privilèges que lui conférait cette charte ne furent renouvelés.

De tout temps, au contraire. nous avons vu la France revendiquer les territoires qui, à l’est et à l’ouest, s er.daient jusqu’à la mer du Nord.

Je ne donnerai pas plus d'importance qu'il ne faut à la version qui tendrait à dire qu'une petite colonie de pêcheurs bretons était établie dès 1504 sur les rives de la baie d'Hudson, ainsi qu’en ferait foi une carte publiée en 1506 par Jean Denys, de Honfleur, et je ne rappellerai que pour mémoire, les explorations qu'aurait faites en ces parages, vers 1523, Jean Verazzani pour le compte de la France, mon intention étant de ne m’appuyer que sur des documents aussi incontestables que possible.

Marc Lescarbot, qui vint au Canada en 1606 avec M. de Poutrincourt, et qui a laissé un ouvrage très précieux sur les découvertes et les premiers établissements des Français dans l'Amérique du Nord, écrivait à cette époque, c’est-à-dire quatre ans environ avant l’arrivée d'Hudson dans la baie qui porte aujourd’hui son nom:' ‘“ Ainsi nôtre Nouvelle- France aura pour limites du coté d'Oües‘ la terre jusques à la mer dite Pacifique, au-deçà du Tropique du Cancer: Au Midi, les îles et la mer Atlantique du côté de Cuba et l’île Hespagnole: Au Levant la mer du Nort qui baigne la Nouvelle-France : Æt au Septentrion, celle terre qui est dile inconuë vers la mer glacée jusques au Pole arctique. ….”

La description que faisait Lescarbot des bornes de la Nouvelle-France est confirmée, du reste, pour ce qui concerne la limite nord, par divers documents émanant des rois de France.

1 Histoire de la Nouvelle France par Marc Lescarbot, vol. T, p. 29, — Paris 1866,

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Ainsi, la clause 4e d= “l'Acte pour l’établissemant de ‘1 compagnie des Cent-Associés,” datée du 27 avril 1627, se lit comme suit :

“Sa Majesté donnera à perpétuité auxdits Cent-Associés, leurs hoirs et ayants cause, en toute propriété, justice et seigneurie, le fort et habitation de Québec, avec tout le pays de la Nouvelle-France dite Canada, tout le long des côtes depuis la Floride, que les prédécesseurs Rois de Sa Majesté on’ fait habiter, en rangeant les côtes de la mer jusqu'au cercle arctique.”

En 1632, une cmte ‘ que Champlain publiait pendant sa captivité en Angleterre, donne à la Nouvelle-France toute la région qui s'étendait au nord jusqu’au pôle.

Quoique les prétentions des rois de France sur le nord de l'Amérique ne fussent pas igrorées en Angleterre, on ne trouve rien qui en fasse mention dans le traité de Saint- Germain-en-Laye (1682). On y voit, au contraire, que le roi d'Angleterre s'engage “à rendre et restituer à Sa Majesté très-chrétienne tous les lieux occupés par les Anglais en la Nouvelle-France, l’Acadie et le Canada.”

Enfin, les commissions de M. de Lauzon en 1651, du vicomte d’Argenson en 1657, de M. de Mézy en 1668, et de plusieurs autres gouverneurs du Canada établissent leur juridiction du côté nord, autant que s'étendent les terres dudit pays.

Après avoir montré que les prétentions des rois de France sur les possessions de l’extrême nord de l'Amérique n'étaient pas alors contestées par l'Angleterre, je vais tenter de prouver que les Français furent les premiers occupants de ces régions.

Le marquis de Denonville, gouverneur du Canada de 1685 à 1689, écrivait au ministre des affaires étrangères de France :

“En 1656, Jean Bourdon, après avoir longé avec un navire de trente tonneaux la côte du Labrador, pénétra dans la baie du Nord, dont il prit possession. Ce fuit est prouvé par un extrait de l'ancien registre du conseil de la Nouvelle-France, daté du 27 août de ladite année. ,

“En 1661, des sauvages de la baie du Nord vinrent à Québec, dans le but de confirmer la bonne entente qui existait entre eux et les Français, et pour demander un missionnaire. Le père Dablon s’y rendit par terre avec le sieur de la Vallière et d’autres. net

“ Le père Dablon a certifié la chose. En 1663 ces mêmes Sauvages revinrent à Québec pour prier d’autres Français de venir chez eux.

“ Le sicur d'Avaugour, alors gouverneur, envoya le sieur Couture avec cinq autres, Le sieur Couture prit alors possession du fond de ladite baie où il se rendit par terre et y plaça les armes du roi gravées sur une plaque de cuivre.”

On a nié quelque part que Bourdon en 1657, le P. Dablon en 1661, et Couture en 1663, se fussent rendus jusqu’à la mer du Nord.

Cependant, en outre de l'autorité fort respectable que je viens de citer, Charlevoix, dans sou Histoire de la Nouvelle-France, corrobore le fait en ce qui concerne Bourdon, lorsqu'il dit: “ Le sieur Bourdon, habitant de la Nouvelle-France, envoyé par le gouverneurgénéral dans le Nord, entra dans la Baie d'Hudson, où personne que l’on sache n'avait encore

pénétré, et en prit possession au nom du roi très Chrétien.”

D'autre part, je trouve dans le Journal des jésuites, à la date du 2 mai 1657 : “ M. Bourdon ;eva l'ancre de Quebec pour le voyage du Nord.”

Puis, plus loin, à la date du 11 août de la même année :

“ À dix heures du soir, arriva devant Quebec. M. Bourdon de son voyage du Nord.”

Me:

! Cette carte est reproduite dans le 3e volume des Œuvres de Champlain, Québec 1870. !

Ce qui prouverait que M. Bourdon a mis trois mois et neuf jours à faire le trajet | par mer. jh

Il est vrai que le peu de détails fournis par le P. Dablon sur la dernière partie de ! son expédition vers les régions boréales, a pu laisser supposer qu'il ne s'était pas rendu jusqu'à la mer du Nord en 1661; mais le document suivant, dont l'original se trouve dans les archives du ministère des affaires étrangères, à Paris, ne peut laisser aucun doute à cet égard.

“ Nous, Louis Dablon, prêtre, religieux de la compagnie de Jésus, missionnaire employé à l’ynstruction des nations sauvages de la Nouvelle-France, et Denis de Lavalière, lieutenant d’une compagnie d'ynfanterie entretenüe pour le service de Sa Majesté au dit pais, certifions à tous qu'il appartiendra que les sauvages du costé de la Baye du Nord du Canuda estant venus à Québek au mois de juin de l’année 1660 pour demander à monsieur le vicomte d’'Argenson, gouverneur de la Nouvelle-France, un missionnaire pour les yne- 4 (4 truire et un officier pour les conduire, nous y serions allez par ordre de monsieur d'Argenson, accompagnez des nommez Denis Guyon, Desprez, Couture ' et François Pelletier, faisant le dit voyage par terre, et estant arrivez chez les dits Sauvages, ils nous auroient reçu fort humainemer.t et consenti que nous prissions possession de leur païs au nom de Sa Majesté, ce que nous avons fait en y arborant des croix et cotes d'armes de Sa Majesté.

“ En Foy de quoi nous avons signez le présent certificat. Fait à Montréal le troisième may 1662.

“ Louis Dablon, de la compagnie de Jésus, Denis de Lavalière.”

Voici, du reste, ce que le P. Dablon écrivait le 2 juillet 1661 au P. Jérôme Lalemant, supérieur des missions de la compagnie de Jésus à la Nouvelle-France :

“ Enfin, avec l'aide de Dieu, nous voilà rendus presque à my-chemin de la Mer du Nord, en un lieu qui est comme le centre des deux Mers, de celle que nous avons quittée et de celle

que nous cherchons ; puisque en venant de Tadoussac icy nous avons tousiours monté, mais "I si prodigieusement, que nos Sauvages nous voulant rendre raison des excessives chaleurs { / / dont ces régions sont bruslées, disoient que cela provenoit du voisinage du Soleil, duquel : NC | nous avons beaucoup approché, ayant surmonté des saults si hautset en si grand nombre. rl 2

D'un autre costé, nous n'avons plus désormais qu’à descendre, toutes les rivières sur lesquelles nous avons à naviguer, s’allant descharger dans la Mer du Nord, comme toutes celles que nous avons passées, se vont rendre à Tadoussac.”

Le fait que le P. Dablon désigne le lac Nekouba, d'où il écrivait ce qui précède, comme ; | | étant à mi-chemin de Tadoussac à la mer du Nord, prouve de plus que la topographie des | lieux ne lui était pas inconnue. |

L’authenticité de ja prise de possession du sieur Pierre Couture est tout aussi bien il établie par deux nouveaux documents provenant des mêmes archives.

n Portant la date du 10 mai 1668, se trouve la commission du sieur d'Avaugour, gou- ” Ë verneur de la Nouvelle-France, au sieur Couture, missionnaire, pour aller prendre posses- Éà sion de la baie du Nord, qui se lit comme suit : “ Nous, Jean du Bois, seigneur d’Avaugour, conseiller du roy en ses conseils et gouverneur de la Nouvelle-Franc

nt

"À 1 Probablement Guillaume Couture, le premier colon de Lévis, dont M, J, E. Roy, rédacteur du Quolidien, n 1 D: dernièrement écrit la vie.

“Avons donné pouvoir à prestre missionnaire sieur Couture ! de se transporter dans tous les puis habitez par les sauvages de la Baye du Nord et de prendre rossession réitérée au nom de Sa Majesté de tous lesdits pais, et ce, en conséquence de la réquisition que les- | dits sauvages nous en sont venus faire à Québek par leurs députez au nombre de 15 qui

| ont témoigné le désir que toutes ces nations ont d'être instruites en la véritable religion et de vivre sous l'obéissance de Sa Majesté, “ Fait à Québek le 10 may 1668.

* D'Avaugour.” Puis, plus loin, le certificat de la prise de possession de la baie du Nord par les sieurs Couture et de la Chesnaye, ainsi conçu :

“Nous, Pierre Couture, prestre, missionnaire entretenu en la Nouvelle-France, et Jacques de la Chesnaye, envoyés par le sieur d'Avaugour, gouverneur de la Nouvelle- M2 France, pour instruire et diriger les sauvages de la Baye du Nord dans leurs affaires, cer- 4 # tifions que nous nous sommes transportez chez les dits sauvages par ordre de mon dit Ke { sieur d'Avaugour, qu'y estant arrivez, nous avons pris hauteur, y avons planté une croix et pour mieux marquer la possession que nous prenions de leur pais et en laisser des | marques à la postérité, nous avous mis en terre au pied d’un gros arbre les armes de | Sa Majesté gravées sur du cuivre, enveloppées entre deux plaques de plomb et de l'écorce ) d'arbre par dessus ; ce que nous certifions véritable. “ Fait à Québek ce premier mars 1664.

| “Pierre Couture, La Chesnaye.”

Nous verrons maintenant que les rois de France et les représentants en Amérique, loin de reconnaitre la charte de Charles IT à la compagnie de ia baie d'Hudson, n’en tinrent jamais aucun compte. Nous en trouvons ia preuve dans un grand nombre de documents provenant de diverses sources, ayant trait à la question qui nous occupe.

Le 2 novembre 1671, c'est-à-dire plus d’un an après la promulgation de cette charte,

D l'intendant Talon écrivait à son gouvernement à ce sujet : PAR nn JE / AB .

W /. “Comme ces contrées ont été depuis longtemps et originairement découvertes par la 3 \'e7 + 2 : : ‘ : .

EN France, j'ai chargé le dit sieur Saint-Simon d'en renouveler la possession, au nom de Sa

4 À Majesté, avec ordre d'y élever les armes de France, que je lui ai confiées, et de dresser nn procès-verbal en la forme que je lui ai fournie.” * D'autre part, quelques années plus tard, le 5 août 1683, Louis XIV. donuait les instrnc- Î tions qui suivent à M. de la Barre, alors gouverneur du Canada: “Je vous recommande | d'empêcher autant que possible les Anglais de s'établir sur la baie d'Hudson, dont la prise | de possession fut faite en mon nom, il y a plusieurs années, et comme le colonel d'Unguent ; (Dongan ), nommé gouverneur de New-York par le roi d'Anglecerre, a reçu des ordres précis Î | de son souverain de se tenir en bonne intelligence avec nous et d'éviter avec soin tout ce | qui pourrait la rompre, je ne doute pas que les difficultés que vous ont causées les Î

Anglais ne cessent à l'avenir.” À

| Ce Pierre Couture, prétré missionnaire, à été confondu, par la plupart de ns historiens, avec Gnillaume Couture, 4 interprete, qui vivait à la même époque.

| ? Preuve qu’il y avait au moins eu déjà une prise de possession.

* L'expédition dont parle l'intendant Talon est celle à laquelle prit part le P, Albanel, découvreur du lac -Mistassini, et le premier qui ait fait une narration circonstanciée de son voyage, que nous trouvons consignée dans les Relations des jésuites — année 1672.

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