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Les droits de la compagnie de la baie d'Hudson ne sont pas davantage reconnus dans un traité de neutralité couclu à Londres, le 16 novembre 1686, entre Jacques II et Louis XIV, fixant les limites 4 ;s possessions des deux souverains en Amérique, et dont la clause XIV est ainsi conçue :
“ Le présent traité ne dérogera eu aucune manière au traité conclu entre Leurs dites Majestés à Breda, le trente et unième jour du mois de juillet 1667, mais que chacun et tous les articles et clauses du dit traité demeureront dans leur force et vigueur et seront observés.” : :
Or, dans le traité de Bréda auquel il est fait ici allusion, et dans leque: on reconnaît à la France la propriété de l’Acadie, il n’est nullement question de la baie d'Hudson, quoique jamais, jusqu'alors, les rois de France n’eussent perdu une occasion de revendiquer leurs droits sur ces régions.
Puis, quand eut lieu ce traité de neutralité du 16 novembre 1686, le roi d'Angleterre ne pouvait ignorer que, dans le coursde l'été de la même année, le chevalier de Troyes et MM. d'Iberville, de Sainte-Hélène et de Maricourt, à la tête de soixante-dix Canadiens, s'étaient emparés, sur l'ordre de M. de Denonville, gouverneur du Canada, de tous les postes que les Anglais avaient établis sur la baie d'Hudson, ce qui n'empêche pas que la clause cinquième, qui se lit comme suit, fut agréée par les parties contractantes : “ Il est convenu, dit cet article, que chacun des dits rois aura et tiendra les domaines, droits et prééminences dans les mers, détroits et autres eaux de l'Amérique et aura les mêmes étendues qui leur appartiennent de droit et en la même manière qu'ils en jouissent à présent.”
Néanmoins, vers ce temps, des plaintes furent portées, tant au roi d'Angleterre qu’à celui de France. par ceux de leurs sujets respectifs qui avaient été victimes des invasions réciproques dont la baie d'Hudson était fréquemment le théâtre. Les deux souverains s’entendirent alors pour nommer une commission chargée d'examiner la nature des griefs
qui lui seraient signalés de part et d’autres; mais les commissaires n'ayant pu s'entendre,
Louis XIV donna des instructions en conséquence au comte de Frontenac, gouverneur du Canada.
Voici ce qu’en dit CFarlevoix dans son Histoire de la Nouvelle-France :"
“ Dans les instructions, qui lui furent données, (à M. de Frontenac) et qui furent signées le septième de Juin (1689), le Roy lui marquoit que sur les avis, qu'on avoit reçus en France et en Angleterre, des invasions réciproques des Postes établis dans la Baye d'Hudson par les Anglois et les François, il y avait eu à londres des Conférences entre ses Commissaires et ceux de la Grande-Bretagne ; mais que l:s Parties n'ayant pu convenir des faits »‘légués par les Intéressés, on étoit demeuré d’accord de remettre la négociation au mois de janvier de la présente année 1689; que la révolution arrivée pendant ce tems en Angleterre, avoit rompu toutes ces mesures, et que, comme il étoit vraisemblable que les Anglois n'avoient pas encore songé à prendre leurs précautions de ce côté-là, Sa Majesté souhaîtoit qu'il donnät à la Compagnie du Nord toute la protection, dont elle auroit besoin, pour les chasser des Postes, qu'ils avoient usurpés sur elle.”
Au traité de Ryswick (20 septembre 1697), il fut aussi question des différends qui avaient lieu à la baie d'Hudson. On convint de nommer des commissaires chargés de les
à Vol, I, P. 544.
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- parlers qui avaient eu lieu entre les commissaires chargés de fixer les limites commen-
régler. Mais cette commission, si elle siégea jamais, n’en arriva pas plus que celle de 1688 à uae décision définitive.
Alors, comme le dit encore Charlevoix, après avoir parlé ües règlements qui furent faits touchant d’autres frontières : !
… Pour ce qui est de la Baye d'Hudson, elle nous resta toute entière, parce que nous en étions les Possesseurs actuels. Les Anglois se bornèrent à demander de grands dédommagemens pour ce que nous leur avions enlevé pendant la paix dans les Forts du fon de cette Baye. On leur opposa l'invasion du Fort Nelson faite auparavant, sans qu'il y eût guerre entre les deux Couronnes, et où nous avions souffert une perte beaucoup plus considerable.”
Nous voyons qu'ici encore il n’y a rien de réglé.
Les Anglais, du reste, ne réclamaient que des dommages et ne se plaignaient pas d’avoir été dépouillés de leurs territoires.
I1 me semble que l’article de ce traité (de Ryswick) qui dit: “ Mais la possession des places prises par les Français durant la paix qui a précédé cette guerre, et reprise par les Anglais durant la guerre sera laissée aux Français,” est tellement explicite qu’elle ne peut donner lieu à aucune erreur d'interprétation et assure sans conteste les droits de la France sur la baie d'Hudson. Jamais les historiens du temps ne l'ont interprété autrement, et la plupart d’entre eux se contentent de dire, sans autres commentaires, que le traité de Ryswick donnait la baie d'Hudson à la France.
Cependant quelque temps après, la compagnie de la baie d'Hudson, essaya de contester aux Français le droit d'établir des maisons, factoreries ou forts au nord des rivières Albany et Rupert, situées, la première sur la côte ouest, et la seconde sur la côte est de la baie. Mais ces prétentions ne leur furent pas reconnues.
Depuis cette époque jusqu'au traité d'Utrecht, nous voyons la compagnie de la baie d'Hudson frire à différentes reprises de nouvelles propositions tendant à faire reconnaître
ses droits de propricié sur la partie des territoires située au nord de certaines limites qu’elle.
spécifiait, demandant ainsi, en 1700, qu’une ligne fût tirée de la rivière Albany, sur la côte. ouest de la baie d'Hudson à la rivière Rupert, située sur l’autre côté; puis, en 1701, de la rivière Albany à la rivière Main ; enfin, en 1711-1712, de la rivière Albany aux rives sudouest du lac Mistassini, et de là jusqu’à l’île Grimmington, sur la côte du Labrador.
Après le traité d'Utrecht (1718), qui cédait la baie d'Hudson à la Grande-Bretagne sans spécification de limites, la compagnie devint beaucoup plus exigeante. Se prévalant des hautes influences qu’elle possédait alors en Angleterre, et profitant des embarras dans lesquels se trouvait plongée la France pendant les dernières années du règne de Louis XIV, elle réclama le 49e degré de longitude comme sa limite sud. De son côté, la France prétendit que la frontière entre les possessions des deux pays devait être fixée au 55e degré.
Comme la chuse avait eu lieu après le traité de Ryswick, les commissaires nommés pour régler ce différend ne s'entendirent pas, de sorte que chacun des deux pays resta encore une fois avec prétentions respectives.
Cependant, à partir de cette époque, et sans qu'aucune raison satisfaisante puisse être donnée pour expliquer le fait, quelques géographes, s’äppuyant sans doute sur des pour-
a indigne ras ch vol. II, p. 236.
Sec. I, 1885 — 13.
cèrent à donner la hauteur des terres comme la frontière mitoyenne qui devait exister
entre le Canada et les possessions britanniques du côté de la baie d'Hudson. Mais il est
prouvé que jamais le gouvernement français né tint compte de cette aflimitation.
Chose étrange quoique le différend fût encore pendant, lorsque eut lieu le traité d’Aix-la-Chapelle (1748), on ne voit pas qu'il y fût question de le régler. Cependant il est bien reconnu qu’à cette époque les Français avaient des forts sur la baie d'Hudson et notamment sur la rivière Albany.
Il est non moins prouvé qu’alors la compagnie de la baie d'Hudson n'avait pas encore établi de postes dans l’intérieur des terres. Car, en 1749, un comité de la chambre des communes d'Angleterre ayant été chargé de prendre connaissance des conditions où se trouvait la contrée avoisinant la baie, et du commerce qui s’y faisait, constuta que tous les forts et autres établissements de la compagne étaient situés sur le littoral même de la mer.
Effectivement, déjà depuis longtemps les Français avaient le monopole exclusif de la traite des pelleteries dans l’intérieur des terres à l’est et à l’ouest de la baie, et avaient établi, pour protéger leur commerce, un grand nombre de forts que nous voyons consignés dans les cartes du temps, entre autres dans celle du P. Laure (1731), et de d’Anville (1740).
Vers le milieu du dix-huitième siècle, la compagnie des Indes, qui ue comptait pas moins de trois cents employés à son service, avait des postes dans la vallée de la Saskatchewan, sur la rivière McKenzie, et jusque sur les rives du Pacifique.
Depuis la cession du Canada à l'Angleterre (1768), rien n’a été réglé relativement à la frontière qui doit séparer le Canada des territoires de la compagnie de la baie d'Hudson ; et si, d’un côté les actes de Québec de 1774 et de 1791, malgré leur ambiguité sur la question, semblent donner raison à ceux qui assignent la hauteur des terres comme lir:ses nord du Canada, de l’autre, la commission de lord Durham (1838) paraît établir clairement que
“à . la frontière des provinces du Canada d'alors devait être les rives mêmes de la baie.
2 + Vers 1812, lord Selkirk, qui jouissait d’une influence considérable en Angleterre, afin d'affirmer les droits de propriété de la compagnie de la baie d'Hudson dont il était un des principaux actionnaires, vint établir une petite colonie à la Rivière Rouge, et contestant naturellement à la compagnie du Nord-Ouest, qui s'était formée au Canada, le droit de È traiter sur les territoires, il entreprit de la détruire. Il s’empara de piusieurs des forts de | la compagnie rivale, saisit ses marchandises et fit prisonniers les gens à son service. Mais bientôt les employés de la compagnie canadienne, s'organisant, opposèrent une résistance des plus vigoureuses aux empiètements dont ils étaient les victimes. Il s’ensuivit une série de luttes sanglantes qui durèrent jusqu'au jour (1821) où les deux compagnies se fondirent en une seule, k
Il n'y a donc jamais eu entre les possessions de la compagnie de la baie d'Hudson et le Canada qu’une ligne de démarcation imaginaire tracée par une entente tacite entre la puissante compagnie et le gouvernement anglais, mais qui n’a jamais été régulièrement définie.
S'il faut en croire la relation déjà fort ancienne laissée par le P. Albanel qui, en 1672, se rendant à la mer du Nord, a visité le pays jusque vers le 65e degré de longitude,
relation corroborée en tous points par l’arpenteur, M. Bignell, qui a exploré ces parages dans le cours de l'été deruier, la possession de ces contrées ne serait pas à dédaigner. Après avoir décrit le lac Mistassini “ qu'on tient estre si grand, qu’il faut vingt jours
rem
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de beau temps pour en faire le tour,” dans lequel “il y a quantité de très belles isles, du gibier et du poisson de toute espèce,” et où ‘ les orignaux, les our:, les caribous, les porcsépics et les castors sont en abondance.” Voici maintenant ce que le révérend père dit des environs du lac Némiskau, situé à ini-chemin du lac Mistassini à la baie James, vers le 5le degré de longitude :
“ Le 28. et le 24. nous trouvasmes un paiïs qui n’est pas si montagneux, l'air y est bien plus doux, les campagnes sont belles, et les terres y produiroient beaucoup, et seroient capables de nourrir de grands peuples, si on les faisoit valoir. Ce pais, le plus beau de toute nostre route, a continué jusqu'à Némiskau, où nous arrivasmes le 25. Juin sur le midy.
“ Némiskau est un grand Lac de dix journées de circuit, entouré de grandes montagnes, depuis le Sud jusqu’au Nord, formant un demy cercle; on voit à l’'emboucheure de la grande rivière, qui s'étend de l'Est au Nordest, des vastes plaines, qui regnent mesme au dessous des montagnes qui font le demy rond, et toutes ces campagnes sont entrecoupées si agréablement d'eau, qu'il semble à la veuë que ce soient autant de rivières, qui forment un aussi grand nombre d’Isles, qu'il est difficile de les pouvoir compter. On voit toutes ces Isles tellement marquées des pistes d’orignaux, de castors, de cerfs, de porc-épics, qu’il semble qu'elles soient le lieu de leur demeure, où ils font leurs courses ordinaires. Cinq grandes rivières se déchargent dans ce Lac, qui font que le poisson y est si abondant, qu'il faisoit autrefois la principale nourriture d’une grande nation sauvage qui l’habitoit il n’y a que huit ou dix ans...”
Plus loin il fait une description non moins avantageuse des environs de la baie James.
“ Ceux-là se sont trompez, dit-il, qui ont crû que ce climat estoit inhabitable, soit à raison des grands froids, des glaces et des neiges, soit par le défaut de bois propre à bastir et à se chauffer. Ils n'ont pas veu ces vastes et épaisses forests, ces belles pleines et ces
grandes prairies, qui bordent les rivières en divers endroits, couvertes de toute serte- __
d’herbage propre à nourrir du bétail ; je puis assurer qu’au quinziesme de Juin, il y avoit des roses sauvages aussi belles et aussi odoriferantes qu'à Quebec, la saison mesme m'y paroissoit plus avancée, l'air fort doux et agreable. Il n’y avoit point de nuit, quand j'y estois, le crepuscule n'estoit point encore finy au couchant, quand l’aube du jour paroissoit au levant du Soleil.”
Maintenant que le Canada, en devenant acquéreur par l'acte de cession de 1870 de tous les droits de la compagnie de la baie d'Hudson, a tranché les difficultés en litige qui ont pu exister jusque là, je me demande quelle raison valable le gonvernement fédéral pourrait opposer à la requête qui un jour ou l’autre lu‘ sera adressée, demandant l’extension de notre frontière nord.
Nous, habitants de la province de Québec, ne ferons tort à personne en prenant notre part de ces vastes territoires que nos ancêtres ont arrosés du meilleur de leur sang.