‹ La future de province ou Les informations, comédie-vaudeville en un acteChapitre 1 sur 21 · SCENE PREMIERE · texte numérisé non relu

SCENE PREMIERE

LÉON , MADAME DERYIERE. {Ils entrent' par le fond,)

MADAME DEE.VTÈRE.

Eh! bien, mon cher Léon, c'est aujourd'hui qu'elle arrive.

Aujourd'hui... dans une heure... A propos, je voulais vous demander... est-elle brune ou blonde?

MADAME DERVIÈRE.

Ah ! je ne te dirai pas ati juste... autant qu'il m'en souvient , la mère...

LÉON

Mais décide'ment quel âge a-t-elle ?

MADAME DERVIÈRE.

Ohl pour ça, je le sais... attends un peu... elle est née un an après la séparation des deux amis... est-ce un an?., oui, en 1812... ça nous fait dix-huit ans.

LÉON

Et moi vingt-cinq... Savez-vous que c'est très-bien?... Quelle singulière aventure I... mon père s'associe pour des opérations de commerce avec un ami d'enfance... c'était une société qui devait toujours durer... d'autant plus qu'à ma naissance, pour la cimenter, on s'engagea , au nom de l'honneur et de l'amitié, à me faire épouser la tille que Delaunay espérait avoir... quelque tempw après, les deux amis étaient brouillés... brouillés pour un rien..T et bientôt... ^

MADAME DERVIÈRE. «^

Hélas ! oui, je perdis mon pauvre Albert... et nous apprîmes eft même temps la mort de ce bon Delaunay. ^

LÉON,

Les années s'écoulent .. et c'est au moment où nous nous y attendions le moins, qu'une lettre d'Amiens nous apprend que Delaunay a laissé une fille, qu'elle a été recueillie , élevée par Renaudin , l'ancien caissier, l'homme de confiance des dei|x associés, et il finit sa lettre en nous rappelant la promesse de mon père.

MADAME DERVIï:RE.

Et comme notre famille s'était enrichie , tandis que la leur était allée se ruiner en province , l'engagement était plus sacré que jamais... car il paraît que ce pauvre Delaimay lui a laissé à peine le nécessaire... Il fallut donc accepter ce parti... mais ça s'est trouvé à merveille, puisque, dans le même moment, j'en chercliais un pour toi.

LÉON

Oh ! il n'en est plus d'autre maintenant... et, je l'avoue, ce mystère , ce vague , tout ça m'enchante... et, sans la connaître, il me semble que je l'aime déjà... ça ne vaut-il pas mieux qu'une autre que je connaîtrais sans l'aimer?

Air : Vaudeville du Baiser au porteur.

Se marier ainsi de conliance , C'est singulier .. mais j'écoute mon cœur. On pourra dire : Il n'a pas de prudence j Je répondrai : J'ai du bonheur , Et je me fie a mon bonheur.

Bien d'autres ont épuisé leur sagesse A faire un choix... qui les trompa plus tard; J'ai tant vu perdre à tous ces jeux d'adresse... J'aime mieux im jeu de hasard.

Aussi , je suis d'une impatience ! . . c'est que , voyez-vous , ma vie de garçon me pèse , m'ennuie...

MADAME DERVIÈRE, souriant, A vingt-cinq ans, c^est précoce... c'est que tu t'y es pris de bonne heure... Ah, dame^ quand on n'a plus qu'une grand' maman... et qu'on a des amis...

LÉON

Encore Bazin!... Ce pauvre garçon^ vous l'accuserez donc tou~ jours? Il semble que je ne puisse pas faire une folie sans qu'il y soit pour les trois quarts., vous n'en mettez pas une seule sur mon compte...

MADAME DERVIÈRE.

Ecoute donc... un jeune homme qui a la plus mauvaise opinion des femmes, qui voit partout des coquettes et des. . C'est toi qui me l'as dit.

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