‹ La future de province ou Les informations, comédie-vaudeville en un acteChapitre 12 sur 21 · LÉON, BATHILDE · texte numérisé non relu

LÉON, BATHILDE

LÉON

La voici !.. sortons !..

( Il se dirige vers la porte. ) BATHILDE, l'apercei^ant.

Monsieur Léon !.. vous partez?.. Ah ! pardon... si j'osais vous en prier... un moment d'entretien , cela vous coûterait-il beaucoup?

LÉON

Moi , mademoiselle !.. je suis à vos ordres.

BATHILDE

Je vous en remercie... C'est la deuxième fois, monsieur, que nous nous trouvons ensemble depuis ce matin, et si vous vouiez bien ine seconder , je ne vous retiendrai pas long-temps... mais il faut que vous me fassiez une promesse , c'est de me parler avec franchise, sans détour.

LÉON

Mais il me semble , mademoiselle , que jusqu'ici... BATHILDE, souriant.*

Non , monsieur , jusqu'ici vous n'avez eu ni franchise , ni confiance... convenez-en... et c'est précisément pour cela qu'il était nécessaire de nous entendre mieux... {jiprès un moment de silence. ) Savez-vous bien qu'il y va de tout votre avenir?.. Pourquoi donc, ce matin, au lieu d'être froid et contraint , pourquoi ne m'avoir pas dit sans hésiter ?..

LÉON

Quoi donc?.. Que fallait-il vous dire?

BATHILDE

Ce que vous pensiez au fond de l'âme... Je suis pauvre , et vous êtes riche... L'honneur vous fit un devoir d'accepter la promesse de votre père... mais vous attendiez autre chose , votre imagination m'avait garée d'avance de mille charmes, et lorsque la réalité est venue... ne cherchons pas de détour , tranchons le mot., je ne vous plais pas.

LÉON. jg^

Que dites-vous ?.. Ah ! quelle est votre erreur f^ Vous voulez de la franchise ?.. Eh bien, mademoiselle , au premier abord, dès que je vous ai vue, tout en vous m'a séduit, enchanté... Et puisqu'il faut vous dire maintenant ce/{ue je pensais au fond de 1 âme, je le répéterai tout haut.. Oiyi^\o\q\ ma première pensée, mes premières paroles... Qu'elle est jolie !

BATHILDE, confuse.

Ah ! monsieur...

LÉON

Vous m'avez demandé de la franchise... •

BATHILDE

C'est possible , je vous crois.. Mais suffit-il, monsieur, qu'on trouve une femme jolie ?. . C'est l'affaire d'un regard, d'un instant. . et il faut si peu de chose pour détruire le prestige !.. le son de la voix , la manière de s'exprimer... que sais-je encore ?

LÉoj>î , virement.

Votre Toix m'a semblé la plus douce qu'on pût entendre , chacune de vos paroles était pleine de ciiarme.. {Bathildefaitun mou^e^ ment, Léon continue,) Vous m'avez demandé de la franchise... Voilà^ mademoiselle^ l'impression que vous avez produite sur moi. D'où vient donc, qu'après avoir cédé à cette impression si douce, je suis devenu tout-à-coup froid, contraint, presque impoli ?.. Jugez de la force des idées contraires qui... [A i^ec embarras.) Ces idées., je voudrais... je ne puis vous les dire... mais...

BATHILDE

C'est assez., quels que soient vos m^otifs, ils n'^ont rien d'insultant pour moi, n'est-ce pas?., je les approuve sans les connaître. {Ai^ec douceur et gaîté, ) Vous voyez , monsieur , qu'une explication était nécessaire entre nous... Dès ce moment, la promesse n'existe plus... Qu'était-elle, après tout , cette promesse?., un engagement de famille , sans caractère réel , auquel vos senti mens d'honneur pouvaient seuls prêter quelque force... Vous êtes libre.

LÉON , confus.

Ah ! mademoiselle , dans quelle position !..

BATHILDE

Eh! mon Dieu ! je ne vous en veux pas.. Il n'y a pas de votre faute là-dedans, et nous nen resterons pas moins bons amis. . en voici la preuve. {Elle lui tend une main que Léon prend en hésitant. ) Au revoir, monsieur Léon, je vais faire mes adieux à madame Dervière.

LÉON

Eh ! quoi ! vous partez ?

BATHILDE

Aujourd'hui même.

LÉON , V arrêtant.

Partir! retourner à Amiens!.. Celle que vous y trouverez est presque une mère, je le sais... mais l'avenir, mademoiselle, y avez-vous songé ? et riche de vos seules qualités , privée de cette fortune qu'on estime avant tout. .•

BATHILDE

Je vous comprends .. votre délicatesse s'effraie à l'idée de laisser sans appui, sans soutien, une jeune orpheline dont le bonheur vous était confié, . C'est un beau sentiment , monsieur Léon , et il est digne de vous... mais je puis vous rassurer à cet égard.

LÉON

Comment ?

BATHILDE

Je vous l'ai dit ce matin , ce parti , cette fortune qui me sont offerts...

LÉON , ai^ec un léger moui^ement d'incrédulité. Ah! oui... je sais.

BATHILDE

Et pour que vous n'en doutiez pas, je veux vous montrer une lettre adressée à madame Pienaudin , quelques jours avant mon départ.

LÉON , à part.

Il serai vrai!

BATHILDE

Songei que c'est commeami.. que j'exige la plus grande discrétion.

LÉON

Je vous la promets. ( // oui^re la lettre et lit. ) « Madame , je ne puis « blâmer l'attachement , fonde' ou non , que mademoiselle Defauu nay porte à un inconnu... » — O ciel ! de rattachement! Vous , mademoiselle?..

BATHILDE

Continuez , je vous en prie.

LÉON, lisant,

a A un inconnu... qui , je l'espère , ne réalisera pas la promesse u que des parens imprudens firent autrefois en son nom... Promet- M tez-moi que, s'il trahit votre espoir... » (Froissant le papier. ) Et l'auteur de cette lettre... Que vois-je ! Céran!..

BATHILDE

Vous le connaissez ?

LÉON

De réputation... Mon père , le vôtre étaient en relation d'affaires avec le sien... et je conçois que , vous connaissant dès l'enfance , il ait pu apprécier... Oui, j'aurais dû m'attendre qu'un jour il deviendrait mon rival.

BATHILDE , étonnée

Votre rival!.. Songez-y vous n'êtes plus que mon ami. LÉON , a^ec dépit.

Ainsi , mademoiselle, vous acceptez l'offre de monsieur Céran , et bientôt... Du reste , qu'y a-t-il là de surprenant? lorsqu'on a le cœur libre. . .

BATHILDE

Vous ai-je dit que j'acceptais ?

LÉON , trahissant sa joie.

Ah!... Eh bien , n'acceptez pas...

BATHILDE

Que dites-vous ?

LÉON

Que ce monsieur Céran.. oui , je l'ai toujours haï , détesté., c'était un pressentiment... et maintenant, à l'idée seule que vous lui apparteniez !.. Mais vous n'accepterez pas , n'est-il pas vrai ?

BATHILDE

Vous exigez ?..

LÉON

Non , je prie , je supplie.», c'est un grand sacrifice que je demande , je le sais... car^ cet homme est riche , et il vous aime... mais n'en connaissez-vous point un autre qui aurait mis à vos

Sieds autant de richesse et mille fois plus d'amour?.. Cet autre.. • 'affreuses idées l'ont arrêté jusqu'à présent ; mais ces idées sont fausses, impossibles.. Ou, si elles se réalisaient jamais, tout ce qu'il y a de beau sur la terre ne serait qu'une vaine déception.. Mais cela est faux ; tout me le dit , tout me le prouve... Oui , et une seule chose est vraie entre nous... c'est Tainour que j'ai pour vous, c'est l'amour que je ressens depuis le premier moment où je vous ai vue! BATHILDE , émue.

Monsieur Léon...

LÉON

Youlez-vous de moi pour votre époux?., parlez, dites un mot, et ma vie vous appartient., je jure sur Tlionneur. { A i^ec instance.) IVIais vous ne m'avez pas répondu., le refusez-vous ?

BATHILDE

Eh I bien, c'est vous qui me dicterez ma réponse.

( Léon transporté saisit sa main qu'il embrasse tendrement. )

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