BATHILDE , RENAUDIN
HENAUDïN, le suivant des feux.
Quel singulier accueil!., cet air contraint... froid !.. est-ce que ce petit monsieur Dervière voudrait nous humilier?
BATHILDE
Ah ! que dites-vous ?
REJNAUDIN.
Nous n'avons rien , c'^st vrai , mais les qualités que tu as reçues de la nature et de tes pète et mère... l'éducation que nous t'avons fait donner , ma femme et moi... est-ce qu'il ne ferait pas entrer ça en ligne de compte?
BATHILDE
Mon ami , mon bon Renaudin...
REPîAUDIjy.
Ne dirait-on pas que nous sommes les obligés!., non^ mais, c'est que sans la promesse qui a été faite à son père , je ne sais pas si j'aurais consenti... je veux dire -, si ma femme aurait consenti...
BATHILDE
Vous avez tort... je vous réponds qu'il nous a très-bien reçus... il avait l'air troublé ; mais à une première entrevue , c'est si naturel... je l'étais aussi, moi.
BEISAUDIN.
Toi aussi? Allons , à la bonne heure... il est possible que je me sois trompé... et puis , je serais fâché d'avoir des sujets de tristesse dans ce moment-ci. .
BATHILDE
Comment donc ça ?
UENAUDIN.
Parbleu! est-ce que je ne suis pas libre... émancipé? Est-ce que je ne peux pas rire à mon aise ?.. ma femme n'est pas là... Ce n'est pas que que ma femme, ta respectable institutrice, soit méchante... mais elle attachait une telle importance à terminer dignement ton éducation; elle est si sévère, si raisonnable, que moi, qui suis naturellement gai, qui aurais toujours le petit mot pour rire... de peur de la contrarier^ je n'ose risquer la moindre plaisanterie en sa présence... et je ne la quitte jamais... de sorte que notre ménage a l'air d'une pantomime»
Air : Vaudeville de la Somnambule, Epoux muet, tel est mon rôle.
Mais à présent. Dieu merci, j'y suis fait ; A ma moitié je laisse la parole , Et je me borne à penser en secret...
Pendant le jour j'ai, pour me taire, ^
La ressource de rélléchir.
Et la nuit, toujours pour lui plaire.
J'ai la ressource de dormir.
Aussi , depuis que je l'ai quittée , je ris comme un fou. . . je -bavarde comme^unc...
BATHILDE
Oh! j'ai remarqué ça , et puis à chaque instant un motivement d'effroi ... ♦
REJVAUDllv , se retournant vwement.
Comme ça, n'est-ce pasP. . c'est que je croyais sentir ma femme derrière moi... ça m'arrivait à Tauberge où nous avons soupe chaque fois que la vieille hôlesse entrait... Elle ne peut pas dire que je ne pense pas à elle , ma femme... J'ai des frayeurs intermittentes qui me la rappellent toujours...
BATHILDE
C'est égal 5 il faudra vous contenir un peu devant madame Dervière... et monsieur Léon.
RENAUDIN
Oh! sois tranquille, je rirai horujêjtement... comme un homme ordinaire... Mais c'est si bon , un rire franc , libre, indépendant. (// rit à gorge déployée.) Ha! ha! ha! ha! (*5'^ retournant ai^ec frayeur. ) Ah ! mon Dieu I
BATHILDE
Qu'avez-vous donc?
REJVAUDIN , se rassurant.
Rien. .. c'est madame Dcrvière... je croyais encore que c'était ma femme.