‹ La future de province ou Les informations, comédie-vaudeville en un acteChapitre 7 sur 21 · SCÈNE VÏI · texte numérisé non relu

SCÈNE VÏI

Les mêmes, MADAME DERVIERE (i).

LÉOK , la conduisant et à voix basse»

Venez... venez, ma mère.. . vous verrez comme elle est jolie.

MADAME DERVTÈRE , ai>ec empressement, La voilà... que je suis contente!.. {Elle lui prendla main.) Vous permettez que j'agisse sans façoAi?. . C'est qu'à mon âge, les nouvelles connaissances... ça attriste,. • faisons comme si nous étions d'anciens amis... et d'abord...

( Renaudin passe à la droite de Bathilde. ) Air : Vaudeville de la Sentante justifiée. Vous voulez bien que sans tarder, ma chère. Je vous embrasse ?. . .

BATHILDE

Ah i c'est de tout mon cœur.

Ce baiser-là me rappelle ma mère ; Ce baiser-là doit me porter bonheur.

MADAME DERVIERE.

Je ne suis plus pour vous un étrangère.

( Elle Vemhràsse. ) LÉON, les regardant.

Et c'est ainsi qu'on l'embrasse à mes yeux l

( A^ec un soupir. ) Ah ! quel bonheur d'être grand' mère !.. Mais attendons... j'aurai peut-être mieux; Patience, attendons, j'aurai peut-être mieux.

MADAME DETiviÈRE, qui n'a cessé de regarder Bathilde. C'est qu'elle ressemble beaucoup à Delaunay. KENAUDIN , qui a cherché à se faire remarquer ^ passe entre Bathilde et madame Den^ière.

Oui , dans les yeux , et peut-être un peu...

(i) Bathilde , madame Dervière , Léon , Renaudin.

MADAME DEUVIÈRE.

Ail! c'est VOUS, Renaudin? Mon bon Renaudin!.. Je ne vous voyais pas., encore une ancienne connaissance! (^ part,) Dienl comme il a vieilli I

RENAUDIN

Madame est bien bonne... C'est ce que je disais en diligence à tous mes voisins.. Je suis sûr que madame Dervière sera enchantée de me revoir.. Ga les faisait rire , et moi aussi.

MADAME DERVIÈÏIE.

Et cette chère madame Renaudin?..

RENAUDIN

Je l'ai laissée ue peu souffrante., sans cela, c'est elle-même qui aurait accompagné la petite Oh ! diable î vous connaissez sa morale !

MADAME DERVIÈRE, à Bathilde.

Et vous, mademoiselle , vous ne dites rien?

BATHILDE, passant auprès de madame Derrière. J'aurais tant de peine à exprimer tout ce que j'éprouve!., car, avant de vous avoir vue, je vous connaissais déjà... et monsieur Léon aussi..

LÉON

Est-il possible ?

BATHILDE

Renaudin ne cessait de me parler de vous... que de fois il m'a fait votre portrait !.. et puis celui de M. Léon.

MADAME DERVIÈRE.

Il était si jeune alors... et il a bien changé... comme moi.

BATHILDE

Mais ces nombreuses qualités qu'il me vantait en vous , je suis sure de les retrouver... car ces choses-là restent toujours. LÉON , vwement.

Toujours! {Basa madame Derrière,) C'est qu'elle a beaucoup d'esprit... et une vivacité!...

MADAME DERVIÈRE , de même.

Tu as raison. *

RENAUDIN

Le fait est que c'est touchant... et vous voyez un homme ému jusqu'aux larmes (//m.) Ha! ha! halhal... C'est pourtant moi et ma femme qui avons arrangé tout ça... le mariage , la lettre, le caractère de la jeune personne , son éducation.. {A^ec intention, )Çxd.\: il lui fallait une dot , à elle... ( Passant au milieu , à Léon. ) Jeune homme, la femme qu'on vous destine est un ange.

(Il se place entre Bathilde et madame Dervière (i .) LÉON , à part.

Allons , voilà l'éloge obligé... Comme si je n'étais pas capable de l'apprécier moi-même !

RENAUDIN, continuant.

Et puis, des talens... ce qu'on appelle des talens... Savez-voua qu'elle est de première force sur le piano !

Jj^to"^ ^ à part et comme frappé.

Sur le piano !

(i) Bathilde, Renaudin, madame Dervière, Léon.

MADAME DERVIÈRE , gatment.'' Elle nous fera danser.

. RENAUDIN , ai^ec fierté.

Oh ! elle est beaucoup au-dessus de la contredanse!

BATHILDE , qui déjà fait des signes à Renaudirij à voix basse. Je vous en prie...

RENAUDIN

Elle serait capable de donner des leçons...

LÉON, à part.

Des leçons !

RENAUDIN

Enfin, c'est au point qu'en l'entendant jouer une sonate, le neveu du préfet •.

LÉON, à part.

Grand Dieu! quel étonnant rapport I

BATHILDE^ Tiy tenant plus et prenant Renaudin par le bras, Renaudin!..

LÉON , à part.

Elle le fait taire!., plus de doute... tout ce qu'a dit Bazin est vrai. ( Il la regarde avec agitation, pendant que de son côté elle fixe sur lui des yeux étonnés. )

RENAUDIN,, à madame Den^ière.

Eb ! bien , qu'est-ce qu'ils ont donc tous les deux à se regarder?

MADAME DERVIÈRE.

Yous n^ devinez pas?., on voit bien que vous n^êtes pas grand'îiière... Moi j j'ai deviné tout de suite... [très-bas) nous les gênons... Ecoutez donc... c'est tout naturel.

RENAUDIN

Parbleu, c'est tout naturel, nous les gênons.

MADAME DERVIÈRE, haut ^ et aç^ec intention.

Mais dites-moi , Renaudin , vous ne m'avez pas répondu au sujet de cet ancien arrêté de compte que j'ai trouvé dans les papiers de la liquidation... suivez-moi, il faut que je vous le montre...

< RENAUDIN , à part.

Comme c'est adroit!

MADAME DERVIÈRE.

Je parie que vous ne reconnaîtrez pas la maison ?

RENAUDIN

Allons donc, j'ai là-dessus une mémoire!., la salle à manger est au rez-de-chaussée.

MADAME DERVIÈRE.

Oui , autrefois... mais maintenant... venez voir comme tout est embelli.

RENAUDINo

Volontiers.

MADAME DERVIÈRE.

Léon, tu resteras avec mademoiselle.

LÉON , bas et virement.

Mais , ma mère...

MADAME DERVIÈRE , de menic.

Fais donc l'hypocrite, mauvais sujet. {Haut,) Vous viendrez nous rejoindre au salon.

Air : Du crédit et de la fortune.

MADAME DERViERE, hds à Henaudîn, Nous pouvons les laisser ensemble.

Songez donc qu'ils sont presque époux ; De tout temps le cœur se ressemble.

J'ai connu ces momens si doux.

{Haut.)

Venez, venez visiter chaque étage ;

Tout est bien mieux qu'autrefois: voyez-vous ,

Une maison embellit avec l'âge ,

Mon vieil ami ; ce n'est pas comme nous.

RENAUDIN

^ Nous pouvons les laisser ensemble.

Songez donc qu'ils sont presque époux ; De tout temps le cœur se ressemble.

J'ai connu ces momens si doux.

LÉON , à part.

Comment l ils nous laissent ensemble l Que faire? que dire entre nous?

ENSEMBLE. \ Près d'elle d'où vient que je tremble? C'est de vengeance et de courroux.

BATHiLDE, bas à madarm Derrière Eh quoi ? vous nous laissez ensemble ? Cela me fait peur , entre nous.

, Mais diles-moi pourquoi je tremble, , \ Puisqu'il est presque mon époux?

( Madame Dervière emmène Renaudin. )

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