‹ La future de province ou Les informations, comédie-vaudeville en un acteChapitre 8 sur 21 · BATHILDE, LÉON · texte numérisé non relu

BATHILDE, LÉON

LÉON ; il suit Renaudin des yeux , puis reporte ses regards sur Ba-

tliilde.

Et tout cela n'est que mensonge !.. une comédie joue'e !.. Ah ! si je m'écoutais !.. {S'arretant. ) Allons , allons , du calme , du sangfroid... Soyons donc aimable... soyons hypocrite aussi... {liserétourne et V aperçoit appuyée sur un fauteuil d'un air pensif. ) Mais que de pardons , mademoiselle!.. En vous laissant ici, seule avec moi , ma grand'mère a sans doute contrarié vos intentions , et...

BATHILDE

Nullement 3 monsieur... mais vous-même , vous avez peut-être besoin de votre liberté , si j'en juge par cette préoccupation...

LÉON

De la préoccupation I... c'est vrai^ j'en conviens franchement... {à part.) Oui, il faut qu'elle sache que je ne suis point sa dupe, et que je ne veux pas l'être... {Haut et ai^ec des intentions marquées.) Je pensais , je réfléchissais à la singularité de ce qu'on appelle la destinée., on prétend qu'elle ne peut nous manquer.,, que lorsqu'on doit s'aimer , s'épouser , on finit toujours par se rencontrer... eliî bien, par exemple, vous et moi, mademoiselle, nous étions faits l'un pour l'autre... c'était une sympathie inévitable et réglée d'avance par nos familles... pourtant, peu s*en est fallu que nous ne restassions étrangers toute la vie.

i BATHILDE.

Que voulez-vous dire ?

LÉOJV.

Que si votre lettre e'tait arrivée, quinze jours plus tard... eh! bien... je n'aurais pu remplir la promesse de mon père.

BATHILDE

J'çjitends... un mariage...

LÉOJV.

Mon Dieu, oui. . . vous savez comme sont toutes les grand'-mères. . pressées de connaître leurs petits-enfans.. la mienne surtout... elle m'avait propose déjà vingt partis, que je refusais toujours... par bonheur , j'étais secondé par ces demoiselles... elles avaient toutes des défauts^ qu'il suffisait de signaler un peu franchement... mais un jour elle me parla de mademoiselle de Lucy , la nièce du receveur général.

BATHILDE , d'uTi ton calme.

Et cette fois vous aviez consenti ?

Je ne pouvais rien opposer à cette union... J'y trouvais tout réuni... une figure charmante , des talens... BATHILDE , le regardant.

Et beaucoup de fortune, sans doute ?... et c'est pour moi que vous avez sacrifié... Mais pardon... cette lettre qui vous rappelait une promesse presque oubliée... vous avez cru que c'était à mon instigation...

LÉON

Mais je...

BATHILDE

Détrompez-vous , monsieur... apprenez que Renaudin seul...

LÉON , d^un ton incrédule .

Ah ! c'est lui... {A part. ) Je comprends... le compère obligé... c'est fort bien combiné.

BATHILDE

Oui, c'est lui... c'est-à-dire sa femme, qui, sans me consulter, de son propre mouvement...

LÉON , d'un ton légèrement ironique.

Qu^importe ?... que ce soit lui, ou vous-même...

BATHILDE

Oh ! non , je n'aurais jamais consenti... il y a des positions où le silence est un devoir.... quand nos parens ont décidé cette union, leurs fortunes étaient égales.

LÉON , à part.

Ah ! diable ' des grands sentimens , de la délicatesse... c'est un rôle tracé d'avance... ( Haut. ) Ne parlons point de fortune, je vous en prie.

BATHILDE, le regardant fixement.

Au contraire^ parlons en... {A pari,) Il me vante ses sacrifices., il m'a décidée à parler des miens. {A Léon.) Je vous dois aussi une confidence... vous saurez donc la circonstance qui décida M. et madame Renaudin à écrire cette lettre... Quoique pauvre, orpheline, quoique vivant dans la retraite, j'étais recherchée à Amiens... et le brillant parti qui se présentait... (ieo/iyhif un mouvement ; elle con^

tinue ai^ec une sortie de fierté.) Le uîs d'un des premiers négociant de cette ville... lui aussi avait une belle fortune... mais pouvais-je accepter avant de connaître vos intentions?

LÉON

Ainsi, mademoiselle, c'est pour moi que vous avez sacrifie'... {A part.) Il ne manquait plus que cette fable... c'est un roman tout entier... ( Haut et ai^ec une ironie plus ét^idente. ) Mademoiselle, tant de générosité, de désintéressement...

BÀTHILDE.

Ne doit pas vous étonner... vous qui avez rejeté les talens , la beauté et les richesses de mademoisellie de Lucy... et pour qui ?... pour une inconnue... Moi, du moins, grâce aux confidences de ma seconde mère, j'ai fait mon sacrifice avec connaissance de cause... et je n^ai pas le droit de m'en repentir , comme vous , monsieur.

( Elle le salue profondément. ) Air : Douce jouvencelle ( de Zampa ) . Près de votre mère , Que j'aime et révère , Je vais à l'instant.

JÉ^ LéoN , a part.

Quelle perfidie'. • Etre si jolie , Et tromper pourtant l.. .

Eh quoi ! c'est fini déjà?

BATHiLDE, h part.

L*espérance fuit déjà ?

lÂOli et BATHILDE.

C'est un rêve

Qui s'achève .

Et bientôt voilà

Que tout s'en va.

( Bathilde rentre dans l'appartement à gauche. )

Page 1