A) - HISTORIQUE
Le mécanisme humoral de la lactation a été de tous temps l’objet de nombreuses recherches et si, dès le début, toutes les théories ont nettement subordonné le fonctionnement mammaire au fonctionnement génital, le mécanisme de cette interrélation a donné lieu à de nombreuses théories.
La théorie nerveuse est la première en date, c’est celle du réflexe génito-mammaire ‘en faveur pendant la deuxième moitié du xIx° siècle. Cependant, toutes les expériences faites pour confirmer cette théorie ne font que l’infirmer.
— Les sections des nerfs périphériques ne modifient en rien la sécrétion lactée (Eckard, 1855; Rœh-
rig, 1876; Laffont, 1879; de Sinety, 1879; Mironow,
— La destruction de la moelle dorso lombaire (Goltz et Ewald, 1896):
— La section du sympathique (Rein, 1880; Pfister, 1901: Basch, 1903) n’ont pas davantage d’action. Cependant, Cannon et Bright, en 1931, constatent une
mauvaise lactation chez la chienne privée de chaîne sympathique.
— Ribbert, en 1898, transplante une mamelle de lapine dans l’oreille et constate que cette mamelle se développe et sécrète normalement.
— Halban et Knauer (1900) constatent que l’ablation des ovaires entraîne une atrophie mammaire, mais la greffe ovarienne qui supprime les connexions nerveuses empêche l’atrophie.
Toutes ces expériences démontrent le rôle négatif du système nerveux et c’est ainsi que nous arrivons à un deuxième stade, celui de la théorie hormonale.
La théorie hormonale, annoncée pour la première fois par Stumpf en 1882, a donné lieu à de nombreuses expériences sur le rôle de l'ovaire, expériences qui se résument ainsi :
— La castration chez l'animal ou la femme impubère empêche le développement mammaire (Halban et Knauer, 1899; Foges, 1906). Les greffes ovariennes permettent ce développement (Knauer, 1900; Foges, 1905; Cramer, 1906; Bond, 1906; Athias, 1915).
L’ovariectomie au cours de la grossesse n’empêche pas la lactation. De nombreux auteurs ont cherché à découvrir quel est le rôle respectif de la lutéine et de la folliculine dans le développement mammaire.
— Ancel et Bouin, en 1911, obtiennent chez la lapine, par coït infécond, des corps jaunes sans gestation, et leur attribuent la prolifération mammaire. En effet, la destruction des corps jaunes empêche le développement mammaire.
— Champy et Keller, en 1927, obtiennent avec un extrait lutéinique une sécrétion colostrale.
— Corner et Allen, en 1928, indiquent comme test d'activité lutéinique l’apparition du stade de prolifération prémenstruelle chez la femelle castrée, et prouvent que les résultats obtenus auparavant étaient dûs au fait que les extraits lutéiniques utilisés n'étaient pas purs, mais contenaient de la folliculine.
Les extraits préparés par Corner et Allen permettent de mener à terme des lapines oyariectomisées à la 18 heure de la gestation; le développement mammaire est normal. Mais ces expériences répétées avec des extraits purs sur des lapines vierges ou castrées donnent un résultat négatif (Corner, 1930) et permettent de conclure que la lutéine est incapable, à elle seule, de donner des modifications mammaires.
Le rôle de la folliculine sur le développement mammaire a été mis en évidence par Allen et Doisy en 1923; cependant, jamais les injections de folliculine n’ont amené un développement comparable à celui produit par la gestation et les très nombreux travaux faits pour tenter d’éclairer définitivement nos connaissances n’ont pas donné de résultats satisfaisants jusqu’à la découverte fondamentale par Stricker et Grueter, en 1928, du rôle de l’antéhypophysc dans la lactation, découverte complétée quelques années plus tard, en 1933, par l'isolement du principe galactogène de l’antéhypophyse, appelé prolactine par Riddle et Bates, galactine par Gardner et Turner.