HENRY GROS
Ce pauvre Henry Gros, qui vient de mourir, a quitté le monde sans faire aucun bruit. Quelques lignes de nécrologie, à la troisième page, et ce fut tout. Il appartenait à la catégorie des illustrer qui demeurent inconnus. Peu de gens surent discerner en lui un type magnifiquement attardé. Il n'était en rien de son siècle et c'est là un vice qu'aucune époque ne pardonne. Nous nous souvenons tous de certains camarades de collège qu'il était obligatoire de ne point aimer. Si nous essayons aujourd'hui de deviner ce qu'on leur reprochait, nous comprenons qu'ils commettaient le crime inexpiable d'être « différents ». L'instinct égalitaire s'essaye déjà chez les écoliers. La rareté nous choque comme une sorte d'outrage aux bonnes mœurs. Henry Gros eut le malheur d'être un homme rare. ^
Il était le dernier survivant d'une trinité de bizarres et superbes esprits. Les trois Gros constiluaient une confrérie dont l'histoire sera curieuse à lire, s'il se trouve quelqu'un pour l'écrire véridiquement. L'aîné, Antoine, feignait avec bonne humeur d'exercer la profession médicale. Les médecins affectaient de le renier; il leur ren- . dait dédain pour dédain. Il tenait sur l'art de
^uiriir, tel que le praliquaient les autres, de? |)roi)us captieux et impies. Le seul docteur. qui trouviU grâce devant lui était Piorry, à cîiuse du plessimùtre. Antoine Gros envetoppîiit le client d'une sorte de chemise de papier calque, i?ur laquelle il dessinait artisti- (fuenient Torgane affecté-. Le malade obtenait ainsi une image polychrome de son mal, importante conquête sur l'inconnu. Avec cela le docteur Antoine Gros était-il un thérapeute ? Question frivole, à laquelle il ne nous appartient pas de répondre. Au moins parlait-il de toutes choses avec une éloquence persuasive. Il écrivait des vers délicieux; il était généreux, enthousiaste, affable et charmant. Nul n'expliquait plus clairenient, le sourire aux lèvres, que l'œuvre humaine est & recommencer du tout au tout. Il vous faisaîl erolce des choses énormes pendant le temps qu'il metlait à les dire.
Charles ne survit dans la mémoire des hommes que pour avoir inventé le Monologue. De toutes les choses qu'il a songé à inventer, c'est & coup sûr la moindre. Nous accordons que le Bilboquet^ cette farce féroce, mélange d'ironie anglaise et de gaieté de faubourg parisien, a été le chef-d'œuvre dun genre. Verlaine 'taffolait de cet « enfantillage angélique », le f/^reng-Saur. Gharles était poète et prosateur, parce qu'il faut, dans une société utilitaire, qu'un homme soit classé professionnellement. Mais il y avait en lui un peintre, un savant, un plîilosophe, un encyclopédique de la 11-, gnée d'Alberti. Il ne cessa de s'occuper des correspondances interastrales que pour créer la photographie des couleurs. Ghacun sait qu'il faillit devancer Graham Bell dans l'invention du phonographe. G'élnit un aJehimisfe en veston de ve*