‹ LA GALERIE DES BUSTESChapitre 10 sur 19 · HENRY CRÛS · texte numérisé non relu

HENRY CRÛS

laurs. Se jugeant capable de tout trouver, il' cherchait tout.

Le malheur de ces deux hommes, comblés de ions spirituels, fut de n'avoir que du génie. Avec des facultés d'apôtre, ils furent dénués de la candeur qui doit aeeompagner L'apostolat. Ils rêvèrent de faire exprès les besogees âa Ilnecffiâcient. La bonhomie des prophètes leur ftil €tm^ gère.

La candeur, l'innocence parfaite de l'esprit, la divine enfance du cœur, tel fut le lot du troisième frère. A la différence d'Antoine et de, Charles, Henry se serait contenté d'être génial en un seul genre. Devenir un artiste immortel suffisait à son humilité. Ombrageux, susceptible, bégayant, craintif, il cachait sous une timidité enfantine une âme de domination. De quel homme d'autrefois a-t-on écrit ? « Il avait trop de politesse pour en affecter les dehors. » On pourrait dire de .même d'Henry Gros qu'il contenait trop d'orgueil pour en laisser rien voir. On prenait pour un humble ce passant distrait, en perpétuelle geistation du chef-d'œuvre. Ce doux effarouché, cet absent du monde se heurtait à tout et à tous, parce qu'il ne voyait ici-bas que sa pensée.

Tout d'abord il n'avait prétendu être qu'un modeleur de cire. Il aimait, d'un subtil amour d'ouvrier, la souple matière des ex-voto et des envoûtements. Les céroplasles de l'Italie l'enchantaient. Il rêvait d'adapter à nos mœurs ces médaillons de la Renaissance, où la grâce des femmes apparaît si fragile et si somptueux le costume des

rois. Ces cires de la jeunesse d'Henry Gros, infl*

niment rares, sont délicieusement surannées. 11 vengeaFt la cire des outrages que lui infligent les baraques foraines et les vitrines de coiffeur. Il fit aussi quelques portraits. Des dames, qui n'étaient pas d'autrefois, lui doivent leur image. Nous connaissons, chez un maître de l'archéologie, un petit buste, dune grâce achevée, où Gros a fixé dans la cire la beauté d'une Parisienne au profil de reine. Ces délicates merveilles, suprême adieu d'un art abandonné, attendent encore leur place dans les grands musées.

Mais cette technique d'artisan adroit était trop facile et trop heureuse pour un amoureux d'inconnu. Les arts du feu ont des surprises, des mystères et des cruautés qui ravissent les chercheurs de l'impossible. Henry Gros se fit verrier parce que c'est un art de sorcellerie et de • souffrance. Sa place naturelle était devant un fourneau, à guetter l'instant où le feu se fait créateur. Et puis la verrerie est métier de prince. Gros saluait des ancêtres dans ces souffleurs Ihébains des hypogées qui tiennent leurs longues cannes avec des gestes sacerdotaux. Le vase des Vendanges, du musée de Naples, le vase Barberini, du British, quelques fragments de notre cabinet des Médailles devinrent pour lui les vestiges d'un beau perdu à reconquérir. G'est peu dire qu'il se fit verrier; il se voua au bel art du verre, si décevant, mais qui permet aux gens de haute race de l'exercer sans déroger.

On lui trouva, dans une dépendance de la Manufacture de Sèvres, un coin où il put poursuivre son rêve de poète et d'ouvrier. De son modeste atelier sortirent ces poétiques ouvrages, d'une gaucherie ravissante, en pâte colorée : le buste Corinthe, fatal et sauvage, la Circé, VHistoire de

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