CARPENTIER- MÉRICOURT, ÉDITEUR, RUE MAZARINE, N
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INTRODUCTION
Si Buffon, cet interprète sublime de la nature, a pu, comme homme, s’étonner des grandes et nombreuses difficultés que lui offroit l’entreprise d’une description et d’une histoire des oiseaux, comme écrivain, son génie sut bientôt lui indiquer la route à ouvrir pour vaincre de pareils obstacles, et lui inspirer, sur cette intéressante partie de l’histoire naturelle, un Traité qu’il lui fait qualifier modestement d'esquisse , mais ouvrage qui « servira long-temps , comme il l’a dit lui-même , de base ou de point « de ralliement auquel viendront se rapporter les nouvelles découvertes « que le temps amènera. »
L’une de ces principales difficultés, e'toit « le défaut de termes , en au- « cune langue pour exprimer les nuances , les teintes, les reflets et les mé- « langes , c’est-à-dire, de donner, par le discours, une idée des couleurs, « souvent seuls caractères essentiels pour reconnaître un oiseau et le dis- « tincjuer de tous les autres : aussi cet auteur illustre ne trouva-t-il d’autre « moyen d’y suppléer, que celui de faire non seulement graver, mais « peindre les oiseaux à mesure qu’il pouvoit les recevoir vivant (i). «
Cette Ornithologie physique , bornée aux oiseaux dont il étoit parlé dans l’histoire naturelle, n’est plus complète, si on la compare à l’état actuel de cette partie de la galerie du jardin du roi.
Soutenus par l’exemple d’un aussi grand maître, aidés des lumières que
(i) Voyez son plan de l’histoire naturelle des oiseaux.
INTRODUCTION
répand son immortel ouvrage, nous entreprenons aujourd’hui de publier une Collection ornithologique de tout ce qui existe et pourra successivement exister dans la galerie du jardin du roi, la seule en Europe où se trouve un ensemble aussi nombreux et aussi parfait en ce genre.
Phaëton fut cause de sa perte en voulant devenir l’égal du soleil; nous craindrions le même sort si nous osions prétendre rivaliser avec notre modèle, en nous décorant du titre de ses continuateurs pour cette partie de l’histoire naturelle. Loin donc de notre pensée une présomption aussi dangereuse.
Notre ouvrage se bornera à présenter le dessin exact et colorié de chaque oiseau; à ce dessin sera jointe une simple notice descriptive de l’oiseau et de ses habitudes les plus connues.
Notre unique but, en publiant cette collection, est de rendre, pour ainsi dire, portative, la galerie des oiseaux, ou du moins d’en rendre continuelle la publicité , et de généraliser ainsi l’utilité des trésors qu’elle renferme.
De tous les avantages qui nous paroissent devoir résulter de notre entreprise, nous n’en signalerons que les suivants :
D’abord, les regnicoles et les étrangers y trouveront une connoissance préliminaire des oiseaux si parfaite , qu’en venant à Paris pour en visiter la galerie, ils y reconnoîtront aussitôt l’exactitude de notre copie, et pourront, à leur retour dans leurs foyers, porter à ceux à qui l’âge ou les infirmités, ou les occupations ordinaires, interdiroient un pareil voyage, l’assurance d’avoir, dans notre collection, un moyen facile et sûr de jouir, sur cet objet, des effets si souvent consolateurs de l’illusion.
En second lieu , dans les provinces , un grand nombre de personnes se font une étude ou un délassement de la peinture ou de la broderie. Beaucoup donnent la préférence aux objets d’histoire naturelle; si elles vem?
INTRODUCTION
lent s’occuper du genre des oiseaux, il leur manque des modèles qui puissent leur donner une idée vraie des formes de ces oiseaux , et de la variété des couleurs dans leurs plumages. Que notre ouvrage soit placé sous les yeux de ces personnes guidées par le goût autant que par l'instruction dans leurs travaux , bientôt elles n’auront plus rien à desirer pour fixer leur choix dans ce genre.
Enfin , jusqu’à présent tous les ouvrages sur cet objet n’ont pas laissé aux naturalistes et aux amateurs la liberté de classer eux-mêmes leurs oiseaux ; ces amis de la science trouveront dans notre collection ce nouvel avantage : car nos livraisons se feront de manière que nos souscripteurs pourront suivre dans leur classement , soit leur méthode particulière , soit celle adoptée pour la galerie dont nous leur transmettrons les détails si précieux. A cet effet , chaque livraison sera numérotée sur la couverture seulement. Pour prévenir toutefois la confusion dans le texte de la notice descriptive , au haut de chaque page sera répété le nom donné à l’oiseau au bas de chaque planche , avec un- numéro d’ordre relatif à la livraison dont il fera partie.
D’après des considérations aussi déterminantes, nous ne craignons pas d’être taxés de témérité ni même d’orgueil , en espérant que les amateurs des sciences, et particulièrement de l’histoire naturelle , accorderont leurs suffrages à une entreprise que le désir seul de contribuer au progrès de l’étude et des arts, nous a fait concevoir, et pour le succès de laquelle notre exactitude scrupuleuse à faire paraître nos livraisons , prouvera la constance de nos efforts, et la franchise de notre zèle à justifier la com fiance de nos souscripteurs.
Non verbis secl factis convincere , telle est la loi que nous nous im» posons.
( LUSCINIA. )
Le Rossignol a de six pouces à six pouces un quart de longueur, et neuf pouces de vol.
Le mâle a l’œil plus grand, la tête plus ronde. Son bec, d’un brunfoncé en dessus et d’un gros brun en dessous , est plus long et plus large à sa base , sur-tout étant vu par-dessous. Le dessus de son corps est d’un brun tirant sur le roux; sa gorge, sa poitrine et son ventre sont d’un gris-blanc, et le devant de son col d’un gris plus foncé. Les couvertures de sa queue et de ses ailes sont d’un blanc-roussâtre. Les pennes des ailes sont d’un gris-brun tirant au roux , mais le côté extérieur de deux ou trois de ces pennes à chaque aile, est noir. La queue, qui est plus touffue et plus large lorsqu’il la déploie, est d’un brun plus roux. Il a le croupion large, avec une ligne, au milieu, laquelle semble le partager en deux. Il a l’anus plus gonflé et plus alongé dans la saison de l’amour. Ses jambes sont plus grosses, ses pieds sont bruns , mais avec une teinte couleur de chair; ses ongles sont délicats et un peu courbés.
Enfin le fond de ses plumes est cendré-foncé.
La femelle? diffère du mâle en ce qu’elle a la tête plate, le bec court et menu, l’œil petit. Son plumage est moins foncé en couleur ; son ventre est plus blanc , sa queue moins touffue et moins large lorsqu’elle la déploie ; son croupion est plus étroit, et son fondement plus plat. Ses pieds , lorsqu’on les met entre soi et la lumière , et qu’on regarde au travers , paroissent blanchâtres. Au reste, elle a dans la queue le même mouvement que le mâle; et lorsqu’elle est en joie, elle sautille comme lui au lieu de marcher.
Le jeune Rossignol, avant la mue, est moucheté de roux-clair sur la
tète, le clos, les scapulaires et à l’extrémité des couvertures supérieures des ailes; il est onde' de la même couleur sur le devant du col et sur la poitrine, et d’un blanc nuance de gris-brun sur les flancs.
On prétend que les Rossignols nés dans les contrées méridionales ont le plumage plus obscur, et que ceux des contrées septentrionales ont plus de blanc.
Outre les différences qu’on remarque entre le mâle et la femelle , dans leur forme et leur plumage, il est d’autres manières d’en faire la distinction parmi ceux qui sont en cage : d’abord le mâle gazouille plus tôt et d’une manière plus soutenue, et il se tient long-temps en la même place, porté sur un seul pied, au lieu que la femelle court çà et là dans la cage. En second lieu, incontinent après que le mâle a mangé, il se retire au bas de la cage sur quelque bâton, et là, commence à ga-r zouiller; quelquefois il parcourt la cage de grande vitesse; la femelle est plus posée.
L’espèce du Rossignol connu pour oiseau voyageur , appartient à l’ancien continent : elle habite l’Europe depuis l’Italie et l’Espagne jusqu’à la Suède. Il s’en trouve aussi en Sibérie et dans une partie de l’Asie ; on assure même qu’on en voit en Perse, en Chine et au Japon. Il est des pays où cette espèce se plaît plus que dans d’autres; il en est aussi où elle ne s’arrête jamais ; on cite même, sur ce dernier fait, la partie de la France connue sous le nom du Bug ey jusqu’à la hauteur de Nantua , une partie de la Hollande , l’Écosse , l’Irlande , et quelques contrées du nord de l’Angleterre.
Le Rossignol ne paroît en France qu’au commencement d’avril. D’un naturel timide et solitaire, il voyage, arrive et part seul. Il se retire et se plaît dans les bois frais , épais et ombrageux , aux endroits les plus touffus. Il ne souffre aucun de ses pareils dans le canton qu’il a choisi pour sa retraite. Suivant M. Vieillot (i), la jalousie seroit une des causes de cette aversion pour la société générale , et il fonde cette opinion « sur ce que les Rossignols se combattent à outrance lorsqu’il s’agit de
(1) Auteur de l’Histoire des Oiseaux d’Europe , et de l’article Rossignol dans le Dictionnaire d’Histoire naturelle appliquée aux arts, édition de 1817.
«faire choix d’une compagne. » Au contraire, d’après M. Montbeillard , ce digne collaborateur et ami de M. de Buffon , la jalousie n’entreroit pour rien dans cette aversion, elle ne seroit causée que par l’attentive précaution « de s’assurer une chasse assez étendue pour eux et leur « famille » : et il se détermine à en juger ainsi sur ce que «la distance « des nids est beaucoup moindre dans un pays où la nourriture abonde : « car on sait, dit-il, que la jalousie ne trouve jamais les distances assez « grandes , et que l’abondance des vivres ne diminue ni ses ombrages ni « ses précautions. »
Toutefois , quel que soit le motif auquel il faille attribuer cet éloignement du Rossignol libre pour la société de ses semblables, on est forcé d’y voir un contraste frappant avec la sensibilité et la reconnoissance qu’il exprime, lorsqu’il est captif, à l’égard de la personne qui prend soin de lui. «Il s’attache difficilement, dit M. Montbeillard, mais aussi « dès que la connoissance est faite, il distingue le pas de cette personne « avant de la voir, il la salue d’avance par un cri de joie; et s’il est en «mue, on le voit se fatiguer en efforts inutiles pour chanter, et sup- « pléer, par la gaieté de ses mouvements, par l’ante qu’il met dans scs « regards, à l’expression que son gosier lui refuse. Lorsqu’il perd sa bien- « faitrice , il meurt quelquefois de regret; s’il survit, il lui faut long-temps « pour s’abandonner à une autre. »
La femelle ne chante pas. Cependant dans l’espèce du Rossignol , comme dans toutes les autres, il se trouve quelquefois des femelles qui participent à la constitution du mâle , à ses habitudes , et spécialement à celle de chanter. M. Montbeillard dit avoir vu une de ces femelles dont le ramage ressembloit à celui du mâle , sans être ni aussi fort ni aussi varié, et qu’elle le conserva jusqu’au printemps; « mais subordonnant, « dit-il , l’exercice de ce talent , qui lui étoit étranger , aux véritables « fonctions de son sexe , elle se tut pour faire son nid et sa ponte , quoi- « qu’elle n’eût point de mâle. »
Le chant du Rossignol offre de grandes différences dans sa durée et dans sa force, si l’oiseau est libre ou s’il est captif.
Lorsqu’il est libre, son chant (rapporte M. Montbeillard, d’après Aristote et Pline) dure dans toute sa force quinze jours et quinze nuits,
sans interruption, dans le temps où les arbres se couvrent de verdure. Il a toujours deux ou trois arbres favoris sur lesquels il se plaît à chanter, et qu’il choisit dans un endroit résonnant ou bien à porte'e d’un e'cho.
Un observateur a remarqué que l’on comptoit dans le ramage de ce Coryphée des bois, seize reprises différentes et bien déterminées par leurs premières et dernières notes, qu’il les soutenoit pendant vingt secondes, et que la sphère cpte remplit sa voix , n’a pas moins d’un mille de diamètre, sur-tout lorsque l’air est calme, ce qui égale, au moins, dit M. Montbeillard , la portée de la voix humaine.
Le Rossignol finit tout-à-fait de chanter vers le solstice d’été. Cette époque passée, il ne lui reste qu’un cri rauque, c’est un oiseau absolument différent, du moins quant à la voix, et même quant aux couleurs du plumage : mais la véritable époque à laquelle son chant diminue beaucoup, est celle où ses petits viennent d’éclore , parcequ’alors il s’occupe du soin de les nourrir.
Le Rossignol captif continue de chanter pendant neuf à dix mois , et son chant est plus long-temps soutenu , plus parfait et mieux formé. Four obtenir qu’il chante en cage, il faut lui rendre sa captivité aussi agréable que sa liberté, en peignant sa demeure de la couleur des bosquets , en l’environnant de feuilles , en étendant de la mousse sous ses pieds, en le garantissant du froid et des visites importunes, en le nettoyant rarement lorsqu’il chante , et en lui donnant une nourriture abondante et qui lui convienne.
R est tellement sensible à la perte de sa liberté, sur-tout dans les commencements, qu’il se laisseroit mourir de faim les sept ou huit premiers jours si on ne lui donnoit la becquée , il se casserait la tête contre le plafond de sa cage si on ne lui attachoit les ailes. A la longue , la passion de chanter l’emporte. Rien ne l’y excite comme le son des instruments, et sur-tout le chant d’autres oiseaux: l’instinct de sa supériorité, sur ceux-ci, lui inspire une telle jalousie , qu’on lui voit bientôt faire tous ses efforts pour éclipser ceux qui lui semblent vouloir devenir ses rivaux , pour couvrir toutes les autres voix et même tous les autres bruits. On a reconnu que les drogues échauffantes et les parfums l’excitoient aussi à chanter. Il se baigne habituellement après avoir chanté : c’est
LE ROSSIGNOL DE FRANCE, aussi la première chose qu’il fait le soir, au moment où l’on prend de la lumière. « On a observe, dit M. Montbeillard , un autre effet de la lu- « mière sur ces oiseaux , dont il est bon d’avertir; un mâle qui chantoit «très bien, s’étant échappé de sa cage, s’élança dans le feu ou il périt « avant qu’on pût lui donner aucun secours. »
Un vieux Rossignol , pris dans le commencement du printemps , chante au bout de huit jours, et même plus tôt, et il recommence tous les ans au mois de mai et sur la fin de décembre. Ceux pris après le quinze mai, chantent rarement le reste de la saison : ceux qui ne chantent point au bout de quinze jours, ne chantent jamais bien, ou sont des femelles.
Les Rossignols de première ponte , élevés à la brochette, commencent à gazouiller dès qu’ils mangent seuls , leur voix hausse et se forme par degrés ; elle est dans toute sa force sur la fin de décembre. Rs l’exercent tous les jours, excepté au temps de la mue.
Les Rossignols libres et appariés , commencent à faire leurs nids vers la fin d’avril ou au commencement de mai. Ils choisissent, pour l’établir, une place un peu tournée au levant et dans le voisinage des eaux ; ils le posent sous des buissons, contre et proche des troncs d’arbres, ou dans les arbrisseaux verts ou touffus.
On est parvenu à faire nicher aussi des Rossignols captifs; le moyen le plus sûr est de les lâcher dans une grande volière , formée avec un filet dans un jardin planté d’ifs , de charmilles et d’arbrisseaux.
Dans notre climat, la femelle pond ordinairement cinq œufs d’un brun-verddtre uniforme , excepté que le brun domine au gros bout et le verdâtre au petit. Elle couve seule, et ne quitte son poste que le soir, pour aller chercher à manger ; en son absence , le mâle semble avoir l’œil sur le nid.
Les petits commencent à éclore après dix-huit à vingt jours d’incubation. Le nombre des mâles est communément plus que du double de celui des femelles. En moins de quinze jours les petits sont couverts de plumes : lorsqu’ils volent seuls, les père et mère recommencent une seconde ponte ; quelquefois une troisième; mais pour que cette dernière réussisse il faut que les froids soient tardifs. Dans les pays chauds ils
font jusqu’à quatre pontes, et par-tout les dernières sont moins nombreuses. Pour en élever il faut choisir ceux de la première ponte.
Le Rossignol libre se nourrit d’insectes aquatiques et autres, de petits vers, d’œufs ou plutôt de nymphes de fourmis; il mange aussi des ligues, des baies. S’il a avalé quelque chose d’indigeste , il le rejette comme font les oiseaux de proie. « Ce sont , dit M. Montbeillard , des oiseaux de «proie très petits, mais très féroces, puisqu’ils ne vivent que d’êtres vi- « vants : il est vrai, ajoute-t-il, que Belon admire la providence qu’ils « ont cle n’avaler aucun petit vers qu’ils ne l’aient d’abord fait mourir. »
Le Rossignol tenu en cage se nourrit de pâtées composées, soit de cœur de bœuf et de pain de pavot, de mie de pain, de chenevis et de persil pilés et mêlés; soit d’un mélange d’omelette hachée, et de mie de pain, avec une pincée de persil haché; soit de bœuf maigre, de poischiches, de millet jaune ou écorcé , de semence de pavot blanc, d’amandes douces, de miel blanc, de fleur de farine, de jaunes d’œufs frais, de beurre frais et de safran en poudre, le tout séché, chauffé et réduit en une poussière très fine et passée au tamis de soie.
Les Rossignols quittent la France en automne; on n’en voit pas même en hiver dans nos contrées méridionales.
M. Montbeillard paroît avoir ajouté foi à l’opinion qu’il n’y avoit point de ces oiseaux en Afrique, et qu’ils se retiroient en Asie; on sait, à présent , que ceux d’Europe se réfugient en Afrique pour y passer la mauvaise saison.
Un de nos voyageurs modernes (M. Sonnini) assure qu’il y en a dans la contrée la plus orientale de l’Afrique, et qu’ils arrivent en automne dans la Basse-Égypte ; il ajoute en avoir vu plusieurs, pendant l’hiver, sur les plaines de la Delta, et avoir été témoin aussi de leur passage dans les îles de /’ Archipel.
M. Vieillot ne fait aucun doute qu’il en est qui se retirent en Barbarie; « car, dit-il (i), lorsqu’au printemps, ou à l’automne, on observe leur u marche en France, on les voit plus nombreux à l’arrière-saison dans
(i) Dkt. d’Hist. nat. appliquée aux arts, 18x7. Verbo Fauvette, § Rossignol.
« les contrées voisines de la Méditerranée qu’en tout autre temps : On « les y rencontre , lorsqu’ils ont disparu totalement de nos pays septen- “ trionaux, et près d’un mois plus tôt.» Il assure en avoir entendu, au commencement de mars, dans les bosquets aux environs de Bayonne.
M. Montbeillard dit « que l’habitude innée de voyager est si forte dans ii le Rossignol , que ceux tenus en cage s’agitent beaucoup an printemps » et en automne , sur-tout la nuit, aux époques ordinaires marquées « pour leurs migrations. »
Le Rossignol captif est sujet à devenir ou très gras, et lorsqu’il l’est trop, il faut lui donner trois fois la semaine, jusqu’à ce qu’il maigrisse , un couple de vers de farine ou de fumier , et de l’eau sucrée; ou très maigre, et alors il faut lui donner des figues fraîches ou sèches émiettées.
Il faut le tenir gras en hiver afin qu’il puisse résister au froid. En général, il convient aussi de le purger tous les ans, au mois d’avril, en lui faisant prendre six araignées. Il faut avoir soin de ne lui rien donner de salé.
Il arrive aussi qu’au bout de deux ou trois ans de cage, il est attaqué de la goutte; on ne peut la pallier qu’en lui oignant les pattes d’un peu de graisse ou de beurre.
M. Montbeillard assure avoir vu un Rossignol qui , nourri avec l’une des pâtées indiquées plus haut, a vécu jusqu’à sa dix-septième année. Ce vieillard volatile avoit commencé à grisonner à l’âge de sept ans; à quinze ans , il avoit des pennes extérieures blanches aux ailes et à la queue ; ses jambes , ou plutôt ses tarses , avoient beaucoup grossi par l’accroissement extraordinaire qu’avoient pris les lames dont ces parties sont recouvertes dans les oiseaux ; enfin il avoit des espèces de nodus aux doigts comme les goutteux, et l’on étoit obligé, de temps en temps, de lui rogner la pointe du bec supérieur. Il n’avoit nulle autre incommodité de la vieillesse; il étoit toujours gai, toujours chantant, comme dans le plus bel âge , toujours caressant la main qui le nourrissoit. Ce Rossignol n’avoit jamais été apparié.
M. Montbeillard fait remarquer, en même temps, que les ongles des Rossignols, tenus en cage , croissent beaucoup dans les commencements , et au point qu’ils leur deviennent embarrassants par leur excessive Ion-
gueur : il dit en avoir vu qui formoient un demi-cercle de cinq lignes de diamètre. Dans la grande vieillesse il ne leur en reste presque point.
En résumé, le Rossignol, cet oiseau si justement nommé le Chantre de la nature , rassemble en lui, la timidité du solitaire, l’amour de l’indépendance, la sagesse de la soumission, l’orgueil légitime du talent supérieur, la fidélité conjugale , la tendresse paternelle, la prudence et la sincérité de l’amitié, et l’effusion de la reconnoissance.