ARDEA VIRGO
CjET oiseau rare tient du genre de la cigogne, et cependant a toutes les proportions et la taille de la grue. Il doit son nom à la parure de son plumage, à l’élégance de sa forme, aux mouvements souples et agréables qu’il emploie pour se faire remarquer, et à certaines allures qu’il prend, et dans lesquelles il semble imiter les gestes et la coquetterie d’une femme qui affecte de la grâce dans son port et dans sa manière de marcher.
Sa longueur, du bout du bec à celui de la queue, est d’environ trois pieds trois pouces; et l’envergure est de quatre pieds neuf pouces.
Son bec, droit, pointu et long, un peu comprimé , sillonné d’une rainure depuis les narines jusqu’à son sommet, est verdâtre à la base, rougeâtre au milieu, et noir à sa pointe. Ses narines sont linéaires; sa langue acuminée ; l’iris de ses yeux est d’un beau rouge-vif.
lie sommet et le milieu du dessus de la tête sont coiffés de blanc. Quatre aigrettes, ou pinceaux de plumes fines sont placés sur les tempes, deux sont d’un beau noir, et les deux autres placés au-dessous sont d’un beau blanc perlé et beaucoup plus longs, ils tombent en arc sur chaque côté du col. Les joues, la gorge et tout le col sont couverts de plumes d’un noir foncé , celles qui naissent à la partie inférieure du col sont fort longues , très larges, et pendent avec grâce au-dessous. Le dos, le croupion , le ventre , la queue et ses couvertures inférieures sont d’un cendré-bleuâtre , mais les grandes pennes des ailes et de la queue sont brunâtres. Entre ces pennes des ailes percent des touffes flexibles alojigées et pendantes. Les jambes, dégarnies de plumes bien avant au-dessus des genoux, et couvertes d’écailles noires, ont, depuis les genoux jusqu’à l’extrémité du doigt du milieu , dix pouces de longueur. Les pieds , couverts des mêmes écailles , sont pareillement noirs, ainsi que les ongles.
a LA DEMOISELLE DE N U MI DIE.
Cet oiseau habite la côte orientale et occidentale de l’Afrique, en Égypte , en Numidie, à la terre de Tripoli, aux environs de la mer Noire, et du lac Baikal ; et fréquente le voisinage des fleuves et lieux marécageux. 11 est docile. et s’apprivoise aisément.
On a vu six de ces oiseaux à la ménagerie de Versailles; ils y produisirent, et le dernier, mort à vingt-quatre ans, étoit un de ceux qu’on y avoit vus naître. Les curieux qui les avoient vus disoient que leurs gestes et leurs sauts légers avoient quelque rapport à la danse des Bohémiennes, et qu’ils sautoient en suivant les gens qu’ils rencontroient.
M. de Buffon prétend que depuis plus de deux mille ans « les auteurs « qui ont parlé de cet oiseau lui ont reconnu ce penchant à sauter et ,< bondir par gaieté comme s’il dansoit. Il ajoute qu’Aristote l’a appelé ic Y Jeteur ou\e Comédien ; que Pline l’a nomméle Danseur ou le Baladin , « et que Plutarque a fait mention de ses jeux et de son adresse. »
Enfin cet oiseau imite les gestes qu’il voit faire aux hommes. On prétend même que les chasseurs qui veulent en prendre usent d’un stratagème assez singulier; ils se frottent les yeux et les pieds, en leur présence, avec de l’eau qu’ils tirent d’un vase, et ensuite ils s’éloignent en emportant ce vase auquel ils en substituent un autre semblable et rempli de glu : alors LA DEMOISELLE DE NUMIDIE vient auprès du nouveau vase, et se colle les yeux et les pattes avec la glu, en imitant ce qu’elle a vu faire.
Aristote prétend qu’on prend les grues de Numidie, quand elles dansent vis-à-vis l’une de l’autre (i).
Edwards (2) croit qu’il n’y a que peu ou point de différence entre le mâle et la femelle, et qu’il n’en a trouvé aucune dans ceux de ces oiseaux qu’il a vus.
(1) Mém. de l’Académie des Sciences de Paris, tom. 3 , 2e partie.
(2) Tom. 3. n° 1 34-
L’AGAMI
ou