‹ La galerie des oiseaux (volume 2)Chapitre 22 sur 251 · L’OISEAU-TROMPETTE · texte numérisé non relu

L’OISEAU-TROMPETTE

(PSOPHIA CREPITANS.)

L’Agami, qui est de la grosseur d’un faisan, ressemble à la grue par sa marche et son port.

Sa longueur totale est d’environ vingt-deux pouces, et sa hauteur (depuis la terre où portent ses pattes jusqu’au sommet de la tête ) est d’environ dix-liuit pouces.

Son bec, cylindrique-cônique , convexe, un peu pointu, à mandibule supérieure plus longue que l’inférieure, est d’une couleur vert-sale ou noirâtre, et sa longueur est de dix-huit, lignes ; ses narines , situées vers le milieu du bec, sont ovales et très ouvertes; sa langue est cartilagineuse , plate et frangée à son sommet. Les orbites des yeux sont nues et rougeâtres, et l 'iris d’un jaune-obscur.

La tête, et les deux tiers du col, en dessus et en dessous, sont garnis déplumés courtes, frisées et semblables à un duvet bien serré et très doux au toucher; les plumes du bas du col sont plus grandes, non frisées et d’un violet-noir. Les plumes de la gorge et du haut de la poitrine forment une plaque d’environ quatre pouces d’étendue dont les couleurs varient, suivant la projection de la lumière, entre le bleu et le violet, le vert, le pourpre et le jaune-verdâtre-doré , et ont l’éclat et le reflet métallique. Le bas de la poitrine, le ventre, les flancs, les cuisses, sont noirs; les plumes en sont longues, douces au toucher, et leurs barbes ont peu d’adhérence les unes avec les autres. La couverture du dos est noire par le haut, d’un roux-brûlé vers le milieu, et grise sur le reste et sur la queue, mais cette dernière couleur est due aux couvertures supérieures des ailes et de la queue qui sont très amples ; si

2 L’AGAMI ou L’OISEAU-TROMPETTE. I

on écarte ces plumes , on en trouve dessous qui sont noires et couvrent le dos. Les ailes et la queue sont noires; celle-ci, qui ne dépasse pas les ailes pliées, et qui est cachée sous les couvertures qui l’excédent, n’a qu’environ trois pouces de longueur. La longueur des jambes, jusqu’au ventre, est de huitpouces et demi; elles sont verdâtres, revêtues d’écailles, comme dans les gallinacés, mais dégarnies de plumes jusqu’à deux pouces au-dessus des genoux. Les pieds cendrés-brunâtres , ou verts, dénués de membranes, robustes, hauts de cinq pouces, ont trois doigts antérieurs et un doigt très petit par derrière et un peu élevé de terre. Les ongles sont courts, pointus et noirs. Sous les pieds, près du talon il y a des durillons ronds.

L’Agami habite aux Antilles et dans les contrées chaudes de l’Amérique méridionale. Il se tient dans les parties les plus couvertes des grandes forêts, et loin des lieux habités. Il vit en troupes de dix à douze individus, et souvent on le rencontre sur les lieux élevés. Il se nourrit de fruits sauvages et de grains. Il marche et court plus qu’il ne vole, et sa course est aussi rapide que son vol est pesant; il, ne s’élève jamais qu’à quelques pieds. Il dort, comme la cigogne , appuyé sur un pied et la tête retirée dans les épaules. Lorsqu’il est surpris, il fuit en courant, et jette en même temps un cri aigu semblable à celui du dindon.

Sans ouvrir le bec il fait entendre de cinq 'à sept fois , avec précipitation, un son sourd et profond qui peut, dit M. de Buffon, «provenir de « la plus grande étendue de son poumon et des cloisons membraneuses « qui le traversent. » Lorsqu’il pousse son cri , on voit son ventre et sa poitrine se remuer.

La FEMELLE gratte la terre au pied des grands arbres , et la creuse pour y déposer ses œufs : elle ne fait point de nids. Elle pond de dix à seize œufs (ce nombre est proportionné à son âge ) ; ces œufs sont presque sphériques , plus gros que ceux des poules, et d’une couleur vert-clair. Les jeunes conservent, leur duvet, ou plutôt leurs premières plumes effilées, plus long-temps que les poussins et les perdreaux ; on en trouve qui les ont longues de près de deux pouces. Ce duvet est très serré, très fourni, et très doux au toucher. Les vraies plumes ne viennent que quand ils ont pris, plus du quart de leur accroissement. La chair de l’AGAMI, et sur-

L’AGAMI on L’OISEAU-TROMPETTE.

tout des jeunes, a un goût assez agréable, mais elle est sèche et ordinairement dure.

L’Agami s’apprivoise et se familiarise aisément. De tous les oiseaux , c’est celui qui a le plus d’instinct, et le moins d’éloignement pour la société de l’homme. Il paraît être dans l 'espèce volatile ce que le chien estparmi les quadrupèdes. Comme le chien , il est susceptible d’éducation , et donne, de même, des marques d’affection et d’attachement. Il obéit à la voix de son maître, le suit, en reçoit des caresses et lui en rend, ou le prévient; il lui en prodigue de vives à son retour quand il a été absent. Autant il est sensible aux caresses qu’on lui accorde, autant il est susceptible de jalousie contre ceux qui pourraient les partager. S’il prend quelqu’un à quignon, il le chasse à coups de bec dans les jambes , et le reconduit fort loin, toujours avec des démonstrations d’humeur et de colère qu’on ne peut attribuer (suivant M. de Buffon) « qu’au caprice de « l’oiseau , déterminé peut-être par la figure déplaisante , ou par l’odeur « désagréable de certaines personnes. » Il arrive , sans être appelé lorsqu’on est à table : alors il chasse tous les animaux domestiques, il poursuit même les nègres nouveaux-venus qui font le service , il se rend maître de la chambre avant de demander à manger. Il est courageux et ne fuit jamais. Les chiens de taille ordinaire sont obligés de lui céder. Il sort seul, s’éloigne sans s’égarer, et revient chez son maître.

M. de Buffon dit avoir été assuré qu’on pourrait apprendre à I’Agami à garder et conduire un troupeau de moutons. Si l’on en croit les voyageurs, cet oiseau a l’instinct de faire sortir, le matin, les dindons, canards et autres oiseaux domestiques , et le soir d’obliger les traîneurs de rentrer. Pour lui , il ne se renferme pas , il se couche sur le toit de la basse-cour, ou sur quelque arbre voisin.

Privé, il mange volontiers du sarrazin , du pain et même des petits poissons et de la viande.

En un mot, 1’ Agami est un esclave fidèle, intelligent, docile, aimant, dont les habitudes sociales offrent un animal si intéressant, qu’on ne peut s’empêcher de renouveler le vom de M. de Buffon pour qu’on s’occupe des moyens d’acclimater en France cet oiseau et d’en voir multiplier l’espèce.

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LA GRUE CARONCULÉE.

(AEDEA CARUNCOLATA.)

JLi ESPÈCE de cet oiseau est très rare, et habite au midi de l’Afrique. Sa grandeur est celle de la cigogne, et sa longueur est de cinq pieds six pouces.

Son bec, droit, pointu comme celui du héron, a six pouces et demi de longueur; la mandibule supérieure est couverte d’une peau rouge-vif, grenue, et qui s’étend jusqu’au tiers de sa longueur; le surplus de cette mandibule est d’un jaune qui devient rouge vers le milieu, et verdâtre à la pointe. La mandibule inférieure est verdâtre. Ses narines sont linéaires. Les orbites des yeux sont nues et de couleur rougeâtre, et Y iris en est rouge-pâle. A chaque côté de la mandibule inférieure est une caroncule pendante au menton et couverte de plumes blanches.

La tête est non-huppée. Le sommet en est d’une couleur gris-bleu, et le reste, ainsi que le col et la gorge , sont blancs. Les plumes du bas du devant du col et de la gorge sont longues, étroites et pendantes jusqu’au milieu du sternum sur lequel elles forment une pointe. Le chignon et le haut du dos sont d’un gris-brun-foncé. Les couvertures supérieures des ailes sont d’un gris-perlé, mais les poignets sont d’un gris plus foncé. Les grandes pennes des ailes et de la queue , les deux côtés du sternum , et la partie abdominale jusque sur l’anus, sont d’un bleu-noir. lies cuisses sont garnies de petites plumes du même gris que les ailes jusqu’au tiers de leur longueur. Les jambes, les pieds et les ongles sont d’un bleu-noirâtre.

On n’a aucune connoissance de ses habitudes particulières. Le Système de la Nature de Linné, comprend sous le n° 71 du genre des hérons, le hé ron à caroncules, arclea carunculata (1) qui a beaucoup de ressemblance , dans les formes et dans le plumage , avec l’individu dont nous donnons ici la description , et qui est vivant au Jardin du Roi.

(0 Voyez la traduction de la treizième édition latine, mise au jour par J. -F» Gmelin, tom. 2, pag. 25o.

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L’EUPHONE ORGANISTE,

MÂLE ET FEMELLE

(PIPRA MUSICA.)

-^ES Eüphones ou Tangaras à queue courte, forment la seconde espece du genre des oiseaux nommés Tangaras.

Leur bec est conique, acumine', échancré , presque trigone à la base, et incliné sur le sommet. Leurs jambes sont couvertes de plumes jusqu’au talon; ils ont quatre doigts dénués de membranes, trois devant et un derrière , tous séparés environ jusqu’à leur origine.

Ces oiseaux , remarquables par la richesse et l’éclat de leurs couleurs, ont beaucoup de ressemblance avec nos moineaux d’Europe, par leurs mœurs sociales et leur familiarité; comme eux, ils s’approchent des lieux habités, mais sans s’y fixer et sans quitter les bois ou les plantations : ils préfèrent les terrains secs; rarement on les voit dans les terrains humides.

Ils habitent l’Amérique depuis le Brésil jusqu’au Canada. Ils vivent solitaires et par couples. Ils sont généralement granivores , cependant quelques uns mangent des insectes. Ils se font remarquer par l’étendue et la variété de leur chant. Leurs mouvements sont brusques ; leur vol , très court et peu élevé, est vif; perchés à la cime des arbres , ils descendent rarement à terre : quand ils le font ils marchent en sautillant.

Les femelles construisent seules leurs nids ; elles sont en amour dans toutes les saisons, et chacune de leurs pontes n’est que de deux ou trois œufs alonge's , blancs et plus ou moins tachetés vers les bouts.

L’Euphone , dont nous donnons ici la description sous le nom d’OR- GANISTE, est placé par Lalham parmi les mésanges; par M. de Buffon,

a L’EUPIIONE ORGANISTE.

au nombre des oiseaux chanteurs (1). Dans le Système de la Nature de Linné , il fait partie des Manakins (2). M. Desmarets le dépeint le premier des Tangaras-Euphones (3) , et M. Cuvier le place le troisième des Tangaras-Euphones , espèce que ce savant présente comme le premier sous-genre du genre des Tangaras (4).

L’Organiste mcile est un peu plus gros que la femelle, mais il en diffère par les couleurs. Sa longueur totale est de quatre pouces, depuis la pointe de son bec jusqu’au bout de sa. queue ; celle de sa queue est d’environ quatorze lignes , et celle de son bec est de quatre lignes depuis les coins de la bouche jusqu’à sa pointe.

Le sommet de la tête, ainsi que l’occiput et la nuque, sont d’un beau bleu-clair; le front est jaune, mais ces deux couleurs sont séparées par un petit bandeau noir. Les tempes, les joues et la gorge sont d’un noiriustré avec des reflets bleus ; sur les côtés de la gorge on voit les traces interrompues d’un collier. La couverture du dos, jusqu’au milieu, est d’un violet glacé de noir, ainsi que les couvertures supérieures des ailes et de la queue; le reste du dos et le croupion sont d’un jaune-orangé. Les grandes pennes des ailes sont d’un noir sans reflets. La partie abdominale , et le dessous du croupion sont d’un jaune-orangé ; le dessous de la queue est gris, mais les barbes des pennes sont noirâtres. Le bec est noir; les pieds et les ongles sont noirâtres.

La femelle , comme le mâle, a le front jaune, le sommet de la tête, l’occiput et la nuque d’un bleu-clair, mais elle en diffère dans tout le reste du plumage. Les tempes et les joues , le chignon , le dos , les couvertures supérieures des ailes et de la queue sont d’un vert-olive sans reflets. Les plumes du has du dos approchant du croupion, ont une teinte jaune. Les grandes pennes des ailes sont noirâtres, et leurs barbes intérieures sont d’un gris-blanc. La gorge, îa poitrine, le ventre et les cour-

(1) V, Hist. nat. , t. 4- , p- 290.

(2) Y. Traduction de la treizième édition latine mise au jour par J.-F. Gmeîim

(3) V. Hist. nat. des Tangaras.

(4) V. son Règne animal, tom. 1. pag. 34a.

L’EUPHONE ORGANISTE. 3

vertures inférieures de la queue sont d’un jaune-verdâtre. Le bec est noir ; les pieds et les ongles sont noirâtres.

L 'Euphorie-Organiste habite les Antilles. Sa voix, très étendue et très variée, fait entendre successivement tous les tons de l’octave , en montant du grave à l’aigu ; et cette particularité lui a fait donner à Saint-Domingue le nom d 'Organiste, et dans d’autres parties des Antilles celui de Musicien.

On dit cet oiseau fort rare , et très difficile à tirer : très défiant , il sait se cacher. Pour n’êtrepas aperçu des chasseurs, il tourne autour d’une branche à mesure que celui-ci change de place, en sorte que souvent, quoiqu’il y ait plusieurs de ces oiseaux sur un arbre, on ne peut en découvrir un seul , tant ils sont attentifs à se mettre à couvert.

L’EUPHONE A VENTRE-MARRON,

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