‹ La galerie des oiseauxChapitre 150 sur 170 · L'OISEAU-ROYAL · texte numérisé non relu

L'OISEAU-ROYAL

(ARDEA PAVONINA.)

Lise place lOrseaAu-RoyaL le premier du genre des hérons (1); Edwards l'a décrit sous le nom de grue panachée d'Afrique, en observant que l’Académie de Paris l’a nommé O1SEAU-RoYAL (2).

Celui dont nous donnons aujourd’hui la description est vivant au château de Neuilly, et appartient à S. A. R. Madame la duchesse d'Orléans.

La longueur de l'Oiseau-RovaL, du bout du bec à celui de la queue, est de deux pieds neuf pouces; sa hauteur, lorsqu'il se redresse, est d’environ quatre pieds, et l’envergure est de cinq pieds et demi.

Son bec est droit, pointu et noir; sa longueur, depuis les plumes du front jusqu’à sa pointe, est de deux pouces trois quarts, et de trois pouces trois quarts à partir de ses angles. La mandibule inférieure paroît plus longue que la supérieure lorsque le bec est ouvert. Ses narines triangulaires sont situées au milieu du bec; les yeux, placés au-dessus des angles du bec, ont l'iris couleur de perle.

Son front rond et avancé est couvert de plumes courtes, douces au toucher, et formant une toque de duvet noir, fin et serré comme du velours. Sur le sommet de la tête, jusqu’au bas de la nuque, domine

SE ————— . (1) Syst. de la Nature, traduction de la treizième édition latine, corrigée et mise au Jour par J.-F. Gmelin, tom. 2, pag. 211.

* (2) Hist. nat. de divers oiseaux, tom. 4, n° 192.

LA GRUE COURONNÉE ov L'OISEAU-ROYAL.

une aigrette qui, épanoule, paroît plus grosse que la tête, et est com-

posée de brins touffus couleur isabelle, aplatis, filés en spirale, et hérissés de très petits filets à pointe noire. Les tempes et les joues sont vêtues d’une membrane charneuse , réniforme, d’un beau blanc sur les tempes, d’un vif incarnat sur les joues, et qui descend jusque sous le bec où se voït une petite peau rouge presque imperceptible. Des plumes longues, douces, étroites et d’un noir plombé avec reflets bleuâtres pendent le long du col et s'étendent sur les épaules ; celles du dos sont plus larges et plus longues , se terminent en pointes, et leurs barbes sont relétées d’une couleur roussâtre. Les grandes pennes des ailes et celles de la queue sont noires avec le même reflet, mais arrondies. Les secondaires sont brun-bai, et s'étendent au-delà du croupion. Toutes les couvertures des ailes sont blanches, à la réserve de celles qui couvrent et cachent les plumes noires qui sont d’un jaune-pâle et sombre.

Les cuisses sont couvertes de petites plumes noires comme celles du ventre; les jambes ont neuf pouces de hauteur depuis l'extrémité du genou jusqu’à l'extrémité du talon; elles sont nues bien au-dessus des genoux, couvertes d'une peau noire et formant écailles. Les pieds sont noirs et garnis de trois doigts alongés dont celui du milieu a environ quatre pouces de long. Le talon est garni d’un doigt très court. Les ongles sont pareillement noirs.

D’après Edwards, oiseau qui vient d’être décrit est femelle. Suivant cet auteur, le mäle diffère « 1° en ce que la peau membraneuse qui « couvre les tempes et les joues est rouge - vif sur le haut des tempes et « sur le bas des joues, et blanche dans le milieu, et que sous le bec est un « fanon pendant sur la gorge, lequel fanon s’enfle quelquefois de vent « par l'effort que fait l'oiseau en formant un son enroué et désagréable; «2° et tout ce qui est noir sur le corps de la femelle est d’un cendré- - «bleuâtre sur celui du mâle, et les plumes de celui-ci sont plus alon- « gées et plus pendantes. Mais dans tout le reste les deux oiseaux sont « ressemblants. »

Cette description s'accorde avec celle donnée de l'OISEAU-ROYAL par M. DE BUFFON.

L'Oiseau-RoyaL habite l'Afrique, et particulièrement les terres de la

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Gambra, de la Côte-d'Or, de Juida, de Fida et du Cap-Vert : mais

paroît qu'il s’acclimate facilement en France. M. DE BUFFON en a possédé un, qui passa l'hiver rigoureux de 1778, sans paroître ressentir aucun effet d’un froid aussi excessif. Cet oiseau (1) avoit choisi lui-même l'abri d’une chambre à feu pour y demeurer pendant la nuit; il ne manquoit pas, tous les soirs à l'heure de la retraite, de se réndre devant la pote de cette chambre, et de trompetter pour se la faire ouvrir. Il est doux et paisible, et n’a de défense que dans la hauteur de sa taille, la rapidité de sa course et la vitesse de son vol qui est élevé et soutenu.

On assure qu’au Cap-Vert ces oiseaux sont à demi domestiques et viennent prendre leur nourriture dans les basses-cours avec les volailles. Ils se perchent, en plein air, pour dormir, à la manière des paons dont on a dit qu'ils imitoient le cri, ce qui, joint à l’analogie de leur aigrette, leur a fait donner le nom de paons-marins ou de paons à queue courte. Le cri de l'Oiseau-Royal ressemble à la voix de la grue, c’est un son retentissant (clangor) assez semblable aux accents rauques d’une trompette ou d’un cor; ce cri est bref, réitéré lorsqu'ils ont besoin de nourriture, et le soir lorsqu'ils cherchent à se gîter : il exprime aussi leur inquiétude et leur ennui. Les voyageurs rapportent que ces oiseaux fréquentent les grandes rivières, et y pêchent des petits poissons; ils vont aussi dans les terres pâturer les herbes et recueillir des graines. Ils courent très vite en étendant leurs ailes et s’aidant du vent. Autrement leur démarche est lente, et, pour ainsi dire, à pas comptés.

En captivité, l'OrsEau-RovaL s’apprivoise aisément; mais il s'ennuie dès qu’on le laisse seul trop long-temps; il aime qu'on le visite; lorsqu'après l'avoir considéré, on se proméne indifféremment et sans prendre garde à lui, il suit les personnes, ou marche à côté d'elles, et fait plusieurs tours de promenade.

En repos, il se tient sur un pied; son col est alors replié comme un serpentin, et son corps, comme tremblant sur ses hautes jambes, porte dans une direction presque horizontale : mais quand quelque chose lui cause de l’étonnement ou de l'inquiétude, il alonge le col, éléve la tête,

(1) Voyez l'Histoire naturelle de M. de Buffon.

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prend un air fier, et tout son corps paroît alors dans une situation à-peuprès verticale ; il s’avance gravement et à pas mesurés, et c’est dans ce moment qu'il est beau, et que son air, joint à sa couronne, lui mérite vraiment le nom d'OisEAU-RoyAL. Il aime à se baigner; on doit done, pour le satisfaire, lui ménager un petit bassin peu profond dont Peau soit renouvelée de temps en temps, et y jeter quelques poissons vivants qui sont pour lui un régal. Le fond de la nourriture qui lui convient le mieux , est du riz sec ou légèrement bouilli, ou au moins lavé et bien choisi, car il rebute celui qui n’est pas de bonne qualité ou qui reste souillé de sa poussière. Néanmoins il paroît que les insectes et les vers de terre entrent aussi dans sa nourriture.

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