PÉLICANS
mais nous en avons distrait les Cormorans , les Frégates et les Fous, qui à la vérité ont les doigts disposés de la même manière, mais qui en diffèrent essentiellement par plusieurs caractères génériques ( consultez leurs divisions), et de plus par leurs mœurs, leurs habitudes et leur instinct. Les Pélicans sont d’une si grande voracité, qu’un seul engloutit dans une seule pêche autant de poissons qu'il en faudrait pour le repas de six hommes. Tantôt ils s’élèvent à une très-grande hauteur , tantôt ils rasent la surface de l’eau, ou se balancent à une médiocre élévation, pour de là, se précipiter d’a-plomb sur leur proie. La chute violente d'animaux aussi puissans, dont il en est qui surpassent le Cygne en grosseur, le tournoiegrande étendue de deurs ailes, étourdissent les poissons au point que peu leur échappent ; se relevant ensuite et tombant de même, ils continuent ce manége jusqu’à ce qu'ils aient rempli leur poche. Le matin et le soir sont les époques du jour où ces oiseaux font leur pêche et ils savent choisir les lieux où le poisson est plus abondant. A leur chasse du matin, quand leur sac est plein, ils se retirent sur quelque pointe de rocher; là ils mangent, digèrent à leur aise et restent en repos jusqu’au soir où ils recommencent le même manége. Quand ils veulent faire regorger le poisson de leur poche, ils la pressent contre leur poitrine, ce qui a sans doute donné lieu à la fable qui les représente se déchirant le sein pour en nourrir leurs petits.
ment, le bouillonnement de l’eau qu’occasione la
Cette poche, susceptible de s'étendre au point de contenir vingt pintes d’eau, est composée de deux peaux: l’interne est contiguë à la membrane de l’œsophage; l’externe n’est qu’un prolongement de la peau du cou , et les rides qui la plissent servent à retirer le sac, qui , étant vide, devient flasque ; et afin que l'oiseau ne soit point suffoqué, quand il ouvre à l’eau ce sac tout entier, la trachée-artère quitte alors les vertèbres du cou, se jette en devant, et, en s’attachant sous la poche, y cause un gonflement très-sensible ; en même temps deux muscles en anneaux resserrent l’œsophage de manière à le fermer tout entier à l’eau.
Les Pélicans font leur nid dans les rochers au bord des eaux, le construisent à plate-terre, lui donnent de la profondeur et le garnissent entiè-
rement d'herbes molles. La ponte est de deux à quatre œufs; les petits sont nourris dans leur berceau.
LE PÉLICAN BRUN, Pelecanus fuscus.
PI. CCLXXVI.
Cinereo-fuscus ; capite colloque cinereo et albo varis, remigibus prümoribus nigris.
Le Pélican brun, Briss., Ornith., tom. 6, pag, 524, n° 2.
Idem, Buff., Hist. nat. des Ois., tom. 8, pag. 306, pl. enl. , n° 955.
Pelecanus fuscus, Linn., Gm., Syst. nat., édit. 13, ne 10.
Idem, Lath., Index., n° 3.
Brown Pelican, Lath., Synopsis, tom. 3, pag. 580, n° 3.
Cette espèce, qu’on rencontre dans les grands îles Antilles et à la Car line du sud, a une taille inférieure à celle du Pélican commun ; la tête et le cou variés de blanc et de cendré; le corps d’un brun gris, marqué de blanchätre sur le milieu de chaque plume des parties supérieures; les grandes pennes des ailes noires; les secondaires brunes; le bec verdätre à sa base, bleuâtre dans le milieu et rouge à son extrémité; la poche d’un bleu cendré et rayé de rougeûtre; l'iris bleuatre; les pieds couleur
de plomb.
lime pivision. FOU, Sula.
Bec plus long que la tête, robuste, un peu épais, droit, un peu comprimé latéralement, arrondi en dessus, finement dentelé en scie sur les bords; mandibule supérieure suturée, fléchie à sa pointe. PI. X, n° 4.
INarines linéaires , très-étroites, oblitérées dans une rainure et très-prolongées.
Langue très-courte, ovale.
Face nue.
Gorge extensible.
Tarses nus, réticulés.
Doigts engagés dans la même membrane; les deux extérieurs les plus longs; l’externe bordé en dehors d’une petite membrane.
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Deuxième ongle pectiné sur son bord interne.
Ailes longues; première et deuxième rémiges les plus longues de toutes.
Queue à douze rectrices.
On a présenté plus d'espèces dans cette division qu’il n’en existe; ce qu'on doit attribuer à la variation de leur plumage dont les couleurs changent depuis le premier âge jusqu’à l’âge avancé, Quant à nous, nous croyons qu'il y en a tout au plus quatre. La nature a donné aux Fous la force , la grandeur et une arme redoutable dans leur bec robuste, de longues ailes, des pieds entièrement et largement palmés, tout ce qu'il faut enfin pour agir et vivre dans l’air et dans l’eau ; mais elle semble ne leur avoir accordé que la moitié de l'instinct qui sert au maintien de leur existence, puisqu'ils ne savent ni prévoir ni éviter ce qui peut les détruire, en fuyant, comme les autres oiseaux , à l’aspect de l’homme, leur plus dangereux ennemi. Cette indifférence au péril ne vient ni de fermeté, mi de courage, puisqu'ils n’attaquent ni ne se défendent, quoiqu'ils en aient tous les moyens. Leur insouciance est telle qu'ils se laissent prendre à la main sur les vergues des navires qui sont en mer, leur élément naturel, qu'on les tue à coups de bâton sur les îles ou les côtes, qu'ils ne se détournent ni ne prennent leur essor devant le chasseur, qui les assomme tous , les uns après les autres, sans qu’ils cherchent à éviter ses coups. Ils ne savent pas même défendre ni conserver leur proie, vis-à-vis un autre ennemi (l'oiseau Frégate ); celui-ci les suit ou les attend sur les rochers où ils nichent, fond sur eux aussitôt qu'ils paraissent, se moque de leurs cris, et à coups d'ailes et de bec les force de regorger leur pêche, qu'il saisit à l'instant. « Dès que ce pirate, dit Catesby, s'aperçoit que le Fou a pris un poisson , il vole vers lui avec fureur et l’oblige de plonger sous l'eau pour se mettre en sûreté; le pirate ne pouvant le suivre , plane sur l’eau jusqu’à ce que le Fou ne puisse plus respirer; alors il l'attaque de nouveau, jusqu’à ce que celui-ci, las et hors d’haleine, soit obligé d’abandonner son poisson. »
C'est d'après cette espèce de stupidité que les marins et les voyageurs de toutes les nations se sont accordés à leur donner les noms de Boubie,
Booby en anglais, Bobos en portugais, Sula en latin moderne ou de GALERIE DES o1seaux. Ÿ< ET DERNIÈRE PARTIE. 25
sl
nomenclature, qui tous signifient fous, niais , Stupides. On rencontre des Fous sur toutes les mers, et partout ils ont le même nature] ; ils pêchent en planant les ailes presque immobiles , et tombent sur le poisson à l’instant qu'il paraît près de la surface de l’eau; ils volent le cou tendu et la queue étalée ; ils ne peuvent prendre leur vol que de quelque point élevé, aussi se perchent-ils comme les Cormorans, les Frégates et plusieurs aures palmipèdes syndactyles. La rencontre de ces oiseaux en mer annonce assez sûrement aux navigateurs le voisinage de quelque terre, cependant on en voit en mer à plusieurs centaines de lieues, ce que je puis assurer; donc on ne peut pas les regarder, dans certaines circonstances, comme des avant-coureurs de terre sur lesquels on doive toujours se fier. Cest aux îles les plus lointaines et les plus isolées au milieu de la mer, qu’on trouve ces oiseaux en plus grande abondance; ils y habitent par peuplades avec les Mouettes, les oiseaux des tropiques et les Frégates. C’est là qu'ils se retirent pour nicher. Les îles qu'ils préfèrent sont celles qui se trouvent d’un tropique à l’autre; cependant quelques espèces remontent au nord jusqu'au Kamitschatka , et il y en a même aux îles Ferroës mais elles n’y restent que pendant l'été, et elles retournent au sud, avec leurs petits aux approches de l'hiver. Les Fous nichent sur les arbres dans l’île d’Aves, ailleurs dans les rochers ou à terre, et toujours en grand nombre, dans un même quartier. Leur ponte est au plus de deux œufs; les petits restent long-temps couverts d’un duvét très-doux et très-blanc
dans la plupart.
LE FOU BRUN, Sula fusca.