‹ La galerie du régent, Philippe, duc d'OrléansChapitre 1 sur 182 · PRÉFACE · texte numérisé non relu

PRÉFACE

Une galerie de tableaux naît, vit et meurt. Elle a ses aventures, ses vicissitudes, tout comme les humains. Les musées qui semblent le mieux protégés contre les coups du sort ne sont pas exempts de catastrophes. L’année 1911 sera à jamais pour le Louvre une année de deuil.

Que dire alors des périls auxquels sont exposées les œuvres d’art réunies par les simples amateurs, fussent-ils rois ou princes du sang ? Où sont maintenant les magnificences de Whitehall qui firent le bonheur de Charles I? Et, si les chefsd'œuvre de l’archiduc Rodolphe, autrefois à Bruxelles, ont été presque tous sauvés par le gouvernement impérial d'Autriche, combien d’autres ne sont plus que des recueils d’estampes ou des inventaires notariés! Est-il rien de plus navrant que de voir, au Castello de Mantoue, la grotta d'Isabelle d’Este, avec ses murailles nues envahies par les toiles d'araignées ? Que reste-t-il au palais de Modène des célèbres collections de ses ducs ? Et, à Paris, les trésors entassés par les Crozat, les Julienne, les Tallard, où sont-ils ? Tout cela a vécu.

Rendre un peu de vie aux belles choses défuntes est une joie. Nous avons pensé que, plus qu'aucune autre, la galerie formée par le Régent, après avoir été pendant un siècle la merveille de Paris, était digne d’une résurrection; et, en nous faisant biographe, comme s’il s'agissait de quelque princesse d’autrefois, nous ne croyons pas avoir été trop audacieux. L'histoire que nous voulions raconter se personnifiait d'elle-même, elle ressemblait tant à celle de nos existences que l'illusion est devenue réalité.

Tous les voyageurs du xvuri° siècle allaient faire leur cour à ces tableaux fameux. C’est le poète anglais Thomas Gray qui, en 1739, écrit dans son journal : « Noble collection de près de cinq cents peintures des grands maîtres, le Saint Jean-Baptiste de Raphaël, la Vénus tordant ses cheveux du Titien, la Léda et la Danaë du Corrège,

toute une salle des plus beaux Véronèse, les Sept Sacrements de Poussin, etc. »

Le]

C’est le docteur Maihows, Walpole, la baronne d’Oberkirch, l'abbé Antonini, le jeune Oldenbourgeois Halem, et que d’autres témoins ignorés !

Personne, semble-t-il, n’a tenté encore de faire le travail que nous avons entrepris. Et ceux qui incidemment ont parlé de la Galerie du Régent ont donné cours à mille légendes, à mille anecdotes apocryphes ; si bien que, sur sa formation si curieusement mélée à la vente du cabinet de Christine de Suède, sur les dégâts qu’un prince dévot lui fit subir, sur sa dispersion aux temps révolutionnaires, on n’apprend rien qui soit vrai. Nous avons demandé aux archives, aux brochures, aux journaux, aux livres de nous révéler leurs secrets et nous sommes arrivé, pensons-nous, en contrôlant les documents les uns par les autres, à mettre les choses au point.

Il convient de citer les principales sources auxquelles nous avons puisé. Les Archives de Dreux, qui nous ont été obligeamment ouvertes par S. A. R. le duc d'Orléans, nous ont fourni les Inventaires de Madame, Henriette d'Angleterre, et de Monsieur, frère de Louis XIV ; nous y avons trouvé les premiers éléments de la Galerie qui se forma ainsi tout d’abord avec des souvenirs de famille. Aux Archives nationales les /nventaires de 1724, 1752 et 1786, après le décès des ducs d'Orléans, le Registre de réception des objets d'art et antiquités trouvés chez les émigrés et condamnés, les Lettres de Louis-Philippe, duc d'Orléans, en 1817, réclamant la restitution de certaines épaves du Palais-Royal, nous ont permis d'établir un catalogue raisonné. A ces pièces indispensables sont venus s’adjoindre l'Inventario de quadri della G! [Galleria] m° [memorabile] della Regina di Svezia (British Museum), l’Inventaire de Mazarin publié par le comte de Cosnac et l'État général des tableaux appartenant à S. A. R. Mgr le duc d'Orléans, dressé au mois de mars 1788 (Bibliothèque nationale, manuscrits).

Les recueils de gravures ont été consultés ensuite : le Crozat, avec ses belles planches et ses notices rédigées par Mariette; a Galerie du Palais-Royal (Couché), publication assez médiocre sous ses apparences de luxe, exécutée de 1786 à 1806, dans les pires conditions, enfin les monographies anglaises (Bridgewater Gallery, Stafford Gallery, Wallace Collection) qui ont paru récemment, ces deux dernières chez les éditeurs du présent ouvrage.

Si nous passons aux livres, il faut placer en tête la Description des tableaux du Palais-Royal de 1727, par Dubois de Saint-Gelais. Ce volume décrit 479 tableaux. C’est le premier catalogue officiel. Quelques lacunes, quelques inexactitudes s’y remarquent, mais c’est un vade-mecum infiniment précieux qui a servi d’échafaudage à tout notre édifice. En l'absence de gravures, nous avons pu nous laisser

guider d’après les indications de Dubois de Saint-Gelais et identifier plus d’un

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