‹ La galerie du régent, Philippe, duc d'OrléansChapitre 107 sur 182 · LES LOIS FISCALES ANGLAISES · texte numérisé non relu

LES LOIS FISCALES ANGLAISES

D'où une assez grande difficulté à suivre la trace de certaines œuvres: puis, il est indiscret de se renseigner sur ces enfants prodigues qui ne reviendront jamais au logis paternel... Quelques-unes de nos enquêtes sont restées sans écho, mais comment s’en offusquer? Ce sont là affaires de famille, inviolables et respectables. Les lois fiscales anglaises sont terribles; on ne se contente pas d’estimations faites par les sollicitors, on a recours à des experts professionnels qui, naturellement, font subir aux objets d’art les hausses constantes du marché et inventorient les Raphaël, les Véronèse, les Rubens, les Rembrandt aux prix actuels. Les revenus des héritiers deviennent insuffisants pour régler, à chaque nouvelle succession, les frais de cette marée montante. Les patriciens sont ainsi obligés d'abandonner peu à peu les plus belles pièces de leurs collections, de faire appel, la mort dans l’âme, aux courtiers qui approvisionnent l'Amérique. Disons que parfois ils s’imposent les plus nobles sacrifices et que devant l'intervention de la National Gallery qui, malgré un budget fort beau en comparaison de ceux de nos musées, ne peut se mettre en concurrence avec les milliardaires, les lords cèdent leur bien à un prix inférieur à celui qu'on leur offre; ils préfèrent récolter moins d’argent, heureux de voir le tableau rester la pro= priété de la nation et ne pas traverser l'océan. Le public aussi a de beaux gestes, il organise des souscriptions qui font pencher la balance du bon côté et aident à conserver les objets en litige; l'État lui-même intervient et rend une parcelle de son profit dans la même patriotique intention. C’est ainsi que le portrait de Christine de Danemark par Holbein, et que tout dernièrement, la Nativité de Jean de Mabuse sont demeurés en Angleterre. L'un fut payé 750,000 francs, l’autre un million, mais l’on n'ignore pas que les propriétaires auraient pu, aux États-Unis, retirer de ces chefs-d’œuvre presque une somme double. Si, malgré tout, l'affaire ne peut se conclure, il est bien rare que le vendeur ne dédommage pas le pays en faisant un don à la caisse des musées. La vente du Moulin de Rembrandt valut une centaine de mille francs de commission bénévole à la National Gallery.

Une autre cause entrave les recherches, ce sont les fausses attributions

et les tableaux douteux, il y en avait au Palais-Royal comme partout.

Ceux-ci peu à peu se cachent, se dissimulent, et finissent par se perdre. En dernier lieu, toute la séquelle des peintres décadents, dont les amateurs étaient jadis si fiers, s’est réduite à peu de chose avec le temps, avec le goût, avec les travaux de la critique. On en a honte aujourd’hui, et ici encore il s’est fait des vides nombreux.

Tout cela réduit considérablement la moisson que l’on peut attendre après plus d’un siècle. Avoir fait revivre la moitié presque de la galerie du Régent nous semble donc un résultat dont on peut se contenter jusqu’à ce que des recherches plus heureuses ajoutent de nouvelles trouvailles à

ce premier quotient.

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