‹ La galerie du régent, Philippe, duc d'OrléansChapitre 22 sur 182 · IDENTIFICATIONS IMAGINAIRES · texte numérisé non relu

IDENTIFICATIONS IMAGINAIRES

que Dubois de Saint-Gelais écrit sans hésiter : Philippe IT et sa maitresse. Cette question mise à part, ce Titien est une copie fort médiocre et une mauvaise interprétation des originaux ou répliques de Dresde, de Madrid et de Florence.

L'imagination s’est encore exercée à propos de la Waiïtresse du Titien dont l'original est au Louvre (Collection Charles I”) et dont une copie figurait dans la galerie du Régent, ainsi sobrement désignée dans l’/nventario de Christine : « Donna con l’amante che tieno lo specchio. » On y voyait Laura de’ Danti et Alphonse. Cette trouvaille était due à un certain Ticozzi qui, se fondant sur le passage de Vasari mentionné plus haut où il est question du merveilleux portrait {opera stupenda) de la signora Laura, avait, non sans consulter médaillons et effigies authentiques, identifié cette jeune femme avec la belle duchesse. Le problème a été élucidé de façon très érudite par un critique d'art anglais, M. Herbert Cook, dans le PBurlington Magazine (1905) et c'en est fait de cette légende.

On croyait ajouter plus d'intérêt aux tableaux en les affublant de noms pompeux, sans aucune raison, sans aucune preuve. Dans les inventaires des ducs d'Orléans ne trouve-t-on pas une reine Brunchaut peinte par le Titien ? Les principales victimes de cette manie sont : Christophe Colomb, la belle Simonetta, Catherine Cornaro, la reine Élisabeth, Marie Stuart, Molière, Mademoiselle de La Vallière, la marquise de Pompadour et Marie- Antoinette.

Laissons de côté les copies ou attributions douteuses; on les trouvera dans notre catalogue. Mais arrêtons-nous un peu devant deux belles compositions : l’Enlèvement d'Europe et Persée et Andromède que le Titien peignit pour Philippe IL et que ce dernier offrit à l’empereur Rodolphe. L'Enlèvement d'Europe, aujourd'hui chez Mrs. Gardner, à Boston, provenant de Cobham Hall, fut exposé à Manchester : « Bien que ce soit un ouvrage de la vieillesse du peintre, écrit Charles Blanc, on y sent encore la robuste énergie, la chaleur d’un artiste qui devait mourir centenaire et qui conserva sa virilité jusque dans l’âge ordinaire de la décrépitude. Couchée sur le

taureau qui l’enlève à travers la mer bleue, la fille d’Agénor se montre à

nous presque de face, belle de son désespoir et secrètement enchantée laissant voir, dans les derniers efforts de la lutte, son corps voluptueux, dont les rondeurs se font sentir sous la draperie mouillée qui la recouvre à demi. Il va sans dire qu’une telle scène s’encadre dans un paysage superbe, opulent de couleur, plein d’une sauvage poésie, rocheux, profond, grandiose, tel enfin que je n’en ai jamais vu de plus beau même à Venise. Aussi le maître a-t-il signé son œuvre en lettres capitales d’or : Tirranus PINXIT. »

À défaut de l'original nous avons pu voir à Hertford House (collection Wallace) une petite copie de ce grand tableau, très spirituelle d'exécution, d’une grande fraîcheur, et qui passe pour fort exacte; elle serait, croit-on, du gendre de Velazquez : J.-B. del Mazo. Le Musée de Madrid possède une autre copie, grandeur de l'original, due à Rubens. N'est-ce pas dire beaucoup de cet Ænlèvement d'Europe qu'il a été copié par le maître d’Anvers?

L’Andromède est placée très haut à Hertford House et sous verre, si bien qu'il est très difficile de juger ce tableau. Dans les masses sombres apparaissent de-ci de-là quelques clartés : le corps assez lumineux d’Andromède et les draperies rouges et bleues de Persée qui accourt à tire d’aile vers le monstre et remplit presque tout le ciel; la mer est obscure, c’est le Ponto nox incubat atra, de Virgile, mais de légères stries orangées indiquent l'horizon.

Ces deux grandes compositions se faisaient pendant dans le palais de Philippe II; comme Calisto et comme Actéon elles offrent deux effets opposés, ce sont des symphonies de tons différents, l’une en rose majeur, l’autre en noir mineur.

Le Départ d’Adonis pour la chasse n’a pas été retrouvé, et c’est dommage quand on a lu la critique faite par Guibert (ci-dessus p. 23). L’exemplaire du Régent devait être fort beau, puisqu'il pouvait être avantageusement comparé à deux exemplaires connus. Les répliques de cet Adonis sont extrêmement nombreuses, mais ni celle du comte de Darnley (Cobham Hall), ni celle de Dulwich que nous avons vues ne peuvent passer pour avoir été au Palais-

Royal.

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LE RESPECT Tableau peint par Véronèse

(National Gallery. — Londres)

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