‹ La galerie du régent, Philippe, duc d'OrléansChapitre 31 sur 182 · LE TINTORET · texte numérisé non relu

LE TINTORET

Très brillamment représenté au Palais-Royal par douze toiles, dont les plus importantes nous sont connues, le Tintoret était un peintre cher au Régent.

Il est bien fâcheux toutefois que le portrait de Henri III, peint à Venise, en 1574, ne soit pas parvenu jusqu’à nous. Le jeune prince séjourna plusieurs semaines dans la ville des Doges, peu pressé d’aller occuper le trône de France, vacant par la mort de Charles IX — il s’oubliait dans ce décor superbe comme pour se consoler des mois d’ennui qu'il avait passés à Cracovie. Le Tintoret fit alors trois portraits de Henri, âgé de vingt-trois ans, et reçut, en tout, la somme de cinquante écus. L’un de ces portraits était dans la collection du duc d'Orléans. On en voit une réplique, fort détériorée, au Palais Ducal, qui a été reproduite en tête de « Il Viaggio in lialia di Enrico III » que nous devons à MM. P. de Nolhac et Engelo Solerti. « Ce prince, écrit Dubois de Saint-Gelais, est jusqu'aux genoux. Il a un pourpoint de buste, avec des manches d’étoffe qui sont galonnées et un manteau noir fort ample. Une petite fraise déborde par-dessus le collet du buste, et il a une toque avec une plume blanche. Le fond du tableau est brun. On lit au haut, à droite, en lettres capitales : Ætatis suæ 25 [c’est évidemment 23]. »

Comme portraits il faut mentionner encore ceux que le Tintoret peignit du Titien et de l’Arétin qui sont à Stafford House et ne méritent pas grande attention et une double effigie des ducs de Ferrare qui est, ou était, à Castle Howard, chez le comte de Carlisle. Ce dernier tableau, peint à guazze (gouache) sur toile, excita l'enthousiasme d’un certain docteur Maïhows qui visita la collection du Palais-Royal en 1750; il ne cite guère que ce Tintoret et le Charles I° et sa famille, de Van Dyck. « Où peut-on s'attendre, dit-il, à jamais rencontrer deux œuvres aussi intéressantes ? » Waagen parle avec éloge de ces ducs de Ferrare, noble composition où l’on voit deux princes agenouillés devant leur prie-Dieu et accompagnés d’un domestique et d’un

page. « Les lumières brunâtres, dit-il, et les ombres foncées produisent une

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