PAUL VÉRONÈSE. — EMBRASEMENT DE SODOME
un état de conservation absolue, embellie par le temps et les dédains administratifs.
Elle est. bien supérieure à Mars et Vénus (Musée Condé) que le duc d’Aumale acheta en souvenir de son ancêtre. Certes ce tableau de moyenne. dimension a son charme, mais les lignes des jambes et des bras sont mal agencées et le paysage ne révèle presque plus rien qu’une masse sombre ; les belles lumières du front et de la poitrine de la déesse indiquent pourtant que cette œuvre est bien de Véronèse.
Il était resté en souffrance au Palais-Royal deux esquisses : l’Embrasement de Sodome et les Israélites sortant d'Égypte, qui furent mises de côté pour le Museum, aïnsi qu’on appelait alors le Louvre. La première y est encore, la seconde fut envoyée à Caen par décret du 14 fructidor an VIII (1 septembre 1800). Ce sont deux pendants, peints d’une touche spirituelle. Ils sont inscrits dans le Æegistre de réception des objets séquestrés chez les émigrés comme « représentant différents moments du départ de Loth ». Malgré cette constatation, ils ont été séparés. Pareille bévue et plus grave fut faite, à la même époque, quand on envoya à Tours deux panneaux de la prédelle du Mantegna de Vérone (San Zeno) et que l’on ne garda pour le Louvre que le Calvaire.
La fatigue sénile est évidente dans l’Enlèvement d'Europe (National Gallery), petite étude fruste et dure des grands tableaux de Venise et de Rome.
Avec Muziano, les deux fils du Bassan, Carletto Véronèse, Alexandre Turchi, Carlo Saraceni et Varotari (il Padovanino) se clôt la série des maitres vénitiens et s’annonce la décadence de l’école qui devait renaître à la fin du xvin® siècle. Ces peintres secondaires tenaient une place assez encom-
brante au Palais-Royal.
ÉCOLES OMBRIENNE ET ROMAINE PÉRUGIN é
Les Pérugin n'étaient pas très appréciés avant la campagne que Ruskin fit
en leur honneur. A dire le vrai, l'intérêt de ce maître est surtout historique.
Les trois œuvres de l'artiste signalées par Dubois de Saint-Gelais se vendirent
fort mal à Londres. La Descente de Croix fut acquise pour soixante guinées; l’'Adoration de Notre-Seigneur et la Vierge et l’Enfant-Jésus ne trouvèrent pas preneur.
Cette Descente de Croix a été gravée par Claude Du Flos dans le recueil Crozat ; c’est une réplique, avec quelques légères variantes, de la Deposizione de l’Académie de Florence, où le Christ, démesurément long, soutenu par saint Jean, la Vierge et Marie-Madeleine, tient presque toute la largeur de la composition. Le groupe est accompagné de deux saints et se détache sur
une perspective d’arcades ; le tout est d’une régularité, d’un équilibre de
portail d'église. Nous ne savons ce qu'est devenue cette réplique du Palais- Royal. Mariette nous dit qu’elle avait appartenu à Claude Gouffier, duc de Roanne, grand écuyer de France, mort en 1570; les armes de ce seigneur y sont peintes avec celles de sa seconde femme, Jacqueline de la Trémoille. Ce
détail héraldique fera sans doute retrouver un jour le tableau du Régent.
La simple description de Dubois de Saint-Gelais nous a permis d'identifier l’Adoration de Notre-Seigneur avec le tableau que possède Sir G. R. Sitwell,
de Renishaw : « Trois femmes contemplent et adorent l’Enfant-Jésus qui
est à terre, dans l'angle gauche. Le fond est un paysage. » L’aimable
collectionneur, à notre premier appel, nous en a envoyé une excellente
photographie; le panneau est intact, il possède tous les caractères péru-
ginesques.
La Vierge et l’Enfant-Jésus offrent quelque ressemblance avec un Pérugin du Palais Pitti (n° 219). C’est tout ce que nos recherches nous ont apporté de renseignements ; en l’absence des gravures de ces deux dernières compositions on peut s’estimer heureux d’en avoir au moins découvert une. L'important était
de constater que les Pérugin du Régent n'étaient pas des mythes; si, à la
fin du xvin siècle, ils furent si mal appréciés en Angleterre, c’est que les amateurs ne dépensaient alors de grosses sommes que pour les Raphaël,
les Poussin et surtout les Carrache — c'était le goût du jour.
Rien n’est plus rare qu’une peinture de Michel-Ange; en dehors des
fresques du Vatican, on n’en compte que deux, l’une à Londres, l’autre à
ANSE G NES ST Gr AN