‹ La galerie du régent, Philippe, duc d'OrléansChapitre 39 sur 182 · RAPHAEL · texte numérisé non relu

RAPHAEL

Ce n’est point que les trois madones de Sanzio dont a hérité le comte d’Ellesmere n'aient, dans ces dernières années, passé un mauvais quart d'heure. Ainsi la Vierge au Palmier serait d’Alfani, qui aurait travaillé d’après un carton de Raphaël — une première pensée de cette madone, vue de profil, est, en effet, au Louvre dans la collection des dessins. Mais est-ce là une preuve? Bien que cette œuvre soit alourdie par des retouches, on y reconnaît la seconde manière de Raphaël, vers 1507, surtout dans le visage de Saint Joseph, très vigoureux de ton et d’un savant modelé; la tête de la Vierge, au contraire, est plate, sans relief, mais c’est certainement le résultat d’un nettoyage malhabile. M. Herbert Cook est de notre avis et défend la « radieuse beauté » de cette Madone, il n’y voit pas trace d’une « coopération inférieure »; elle est, pour lui, tout entière de la main de Raphaël. M. Berenson ne la rejette pas absolument, il y reconnait, dans quelques parties, le faire de Sanzio.

Le même critique est moins affirmatif pour la Bridgewater Madonna où

ce qui, d’après lui, est de l’Urbiniate est bien peu de chose. Passavant et Waagen n'avaient fait aucune objection. Pour eux, c'était la Vierge raphaélesque par excellence, à l’ovale plein, au visage placide et calme, telle qu’on la voit dans les madones du Palais Colonna et de la Maison d'Orléans. Il est de fait que si l'Enfant n’a pas une attitude naturelle et gracieuse comme à Chantilly, on n’en est pas moins séduit par l’ensemble de ce groupe charmant. Les repeints, c’est indéniable, ont fait là leur œuvre désastreuse en affadissant les tons et en les privant de lumière.

Pour un tableau qui fut donné par le duc d’Urbin à Philippe II et par celui-ci à Rodolphe IT, la Madonna del Passeggio, la famosa Vergina de l’Inventario de Christine, est bien maltraitée aujourd’hui. Ni Passavant, ni Waagen, ni les nouvelles générations des Crowe et Cavalcaselle, des Dollmayr, des Berenson ne veulent l’inscrire dans le livre d’or de Sanzio. Pour tous, elle est attribuée à Francesco Penni, il Fattore! La défaite de cette fameuse Vierge semble bien définitive. Depuis soixante-dix ans elle a été en butte à toutes les attaques, à toutes les avanies, après avoir jadis été tant admirée, au point que Poussin en fit une copie, aujourd’hui chez le prince de Lichtenstein, à Vienne. On a vu quel enthousiasme excita cette madone en 1716 et avec quelle tendresse Poërson surveilla les réparations qu’elle subit par les soins du signor Domenico.

Des débris de la collection du Régent, le duc d’Aumale a pu reconquérir cinq tableaux dont un seul vaut tous les autres et beaucoup plus même, c’est la Vierge dite de la Maison d'Orléans, une des perles du Santuario de Chantilly. Le prince était si heureux de son achat que ce petit chefd'œuvre ne le quittait jamais, tel le grand-duc autrefois qui, dans tous ses déplacements, emportait sa madone (aujourd'hui au Palais Pitti). Admirablement conservée, sans la moindre retouche, malgré la légende qui voudrait nous faire croire que David Teniers en repeignit le fond, cette Vierge est à l’abri de toute discussion. Elle fut sans doute exécutée vers 1507 pour le duc d’Urbin. On ressent une impression mélancolique en voyant cette merveilleuse épave, au Musée Condé, et l’on pense à toutes les

richesses d’art qui ont échappé à la descendance du Régent et qui, éparses

LA VIERGE DE LA MAISON D'ORLÉANS Tableau peint par Raphaël (Musée Condé. — Chantilly)

Photo Giraudon

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