JULES ROMAIN
Nous ne saurions rien dire des Trois Gräces de Polidore de Caravage ; Dubois de Saint-Gelais nous apprend qu’elles avaient une couleur rougeätre et la gravure d’Hubert montre que le peintre s'était inspiré d’un groupe antique. Mais voici Jules Romain. Les tableaux de chevalet de cet artiste que possédait le Régent ne sont pas dignes de sa réputation. L’Enfance de Jupiter (National Gallery) et la Nourriture d'Hercule (Bridgewater House) ne
sont que des documents qui prouvent combien le décorateur du palais du
Té était mal à l’aise quand il n'avait pas un grand espace à remplir de son prolifique pinceau. Les six petites frises (quatre sont à la ÂVational Gallery) ont été rendues à Rinaldo Mantovano, élève de Jules Romain. Mariette les attribuait déjà à Schiavone, il disait : « C’est son goût de dessin incertain et incorrect, mais plein d'esprit. » Au nom près, Mariette avait raison, ces esquisses oblongues, fort noircies, toutes pleines d’innombrables personnages, évoquent la Prise de Carthagène, la Continence de Scipion et deux épisodes de la guerre des Sabins. Elles provenaient de Christine de Suède ainsi que cinq cartons de tapisseries peints à la détrempe, racontant les amours de Jupiter. Buchanan écrit, en 1824, que ces cartons appartiennent à « une vieille dame de Paris ». Le renseignement est vague. Les estampes de la Galerie du Palais-Royal nous permettent de constater l'allure fort libre de ces compositions, analogues en cela à plusieurs des
fresques de Mantoue.
MAÎTRES DIVERS
Du Baroche, si apprécié autrefois, qui, suivant l'expression de Reynolds, peignait des personnages nourris de roses, rien ne saurait nous retenir, non plus que du Josépin {# Cavaliere d’Arpino). Domenico Feti figurait dans la collection avec une Fileuse, réplique de celle du Louvre. A propos de cette fileuse, il est curieux de relever une supercherie du graveur (Patas), chargé par Couché de reproduire ce panneau. Il n'avait plus sous les yeux la réplique, il s’avisa que le tableau du cabinet du Roi pourrait le remplacer, sans songer à un petit détail insignifiant, c’est qu'on y voit deux lapins, au lieu et place d’un chevreuil qui distinguait la Æileuse du Régent. Patas se contenta d'interpréter la planche de Jean-Baptiste Scotin qu'il trouva dans le Recueil Crozat, laquelle planche reproduisait le tableau aux lapins. Il faut donc consulter la Galerie du Palais-Royal avec circonspection et ne pas trop s’y fier; cette publication, commencée en 1786, et parachevée en 1806, dura vingt années, se fit dans les circonstances
les moins favorables, d’après des dessins souvent infidèles que les burinistes